Début juin, j’écrivais que l’économie américaine était bien plus fragile qu’annoncé, malgré des indicateurs en apparence solides. En réalité, elle vacillait déjà davantage qu’il n’y paraissait. À New York, Main Street se vidait, et le tourisme reculait sous l’effet combiné des boycotts et des tensions commerciales : -20% de trafic aérien en provenance du Canada, -35% aux frontières terrestres, -12% de réservations européennes, soit jusqu’à 8,5 milliards $ de pertes potentielles pour le secteur. L’inflation avait poussé les consommateurs vers le low-cost, tandis que les ménages s’endettaient pour couvrir leurs besoins essentiels : 49% ont eu recours au BNPL (Buy Now, Pay Later) — dont 64% des 18-28 ans — 25% l’ont utilisé pour des achats alimentaires (contre 14% un an plus tôt), et près de la moitié (48%) disent aujourd’hui le regretter.
Les fondamentaux se dégradaient : recul du revenu national, consommation révisée à +1,2% au T1, défauts en hausse (cartes, autos, étudiants), recettes fiscales en baisse de 100 milliards $ (-3,6%), stocks élevés, investissements et embauches en repli. Les indicateurs avancés passaient déjà au rouge (JOLTS, enquêtes, moral des dirigeants), alors que la politique monétaire demeurait restrictive. La contraction de la liquidité n’était encore que partiellement compensée par le crédit, ce qui soutenait les marchés de façon artificielle et précaire.
Les révisions massives du marché du travail ont ensuite confirmé ce ralentissement pressenti en juin.
La situation du marché du travail américain met désormais en lumière sa fragilité profonde, après deux années de statistiques enjolivées. En septembre, le Bureau of Labor Statistics a procédé à la plus importante révision négative de l’histoire des payrolls : 911 000 emplois “fantômes” ont été effacés des bilans officiels. Sur trois ans, ce sont près de deux millions de postes annoncés… mais jamais créés.
Cette manipulation statistique a eu des effets bien réels : le retail a investi à des niveaux historiques, misant massivement sur les géants technologiques. Depuis janvier, les particuliers ont injecté près de 50 milliards $ dans les “Magnificent 7” et Palantir — dont 20 milliards $ sur Nvidia à elle seule. Cette frénésie sans précédent a propulsé le Nasdaq à plus de 120% du PIB américain, un record absolu, dépassant largement les excès de la bulle internet et les sommets de 2021.
Le contraste est saisissant : un marché du travail en récession masquée, face à des marchés financiers en état d’euphorie, dopés par des flux retail massifs et par une complaisance structurelle.
Goldman Sachs a récemment averti qu’il sera difficile pour Nvidia de continuer à surperformer faute de nouveaux catalyseurs tangibles. Autrement dit, la hausse est de plus en plus alimentée par la narration autour de l’IA et par la liquidité retail, plutôt que par des fondamentaux solides. Même la Fed, qui s’est appuyée sur des chiffres surestimés pendant deux ans, apparaît aujourd’hui en retard sur sa mission de protection de l’emploi, ayant resserré trop longtemps en croyant à tort que le marché du travail restait robuste.
Dans ce décor, l’or envoie un signal puissant.

L’implication macroéconomique est claire : la trajectoire bascule vers une désinflation cyclique, qui pourrait dégénérer en déflation si la destruction d’emplois s’accélère. Dans un tel scénario, la Fed n’aurait d’autre choix que d’assouplir sa politique “dans la faiblesse”, comme en 2008. Et c’est précisément dans ce type d’environnement — désinflation marquée, croissance en berne, perte de confiance dans les données officielles — que l’or retrouve tout son rôle de couverture, quel que soit le régime d’inflation.
Source: or.fr
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