DR. NOMI PRINS : « Les États-Unis ont besoin d’un cours de l’or bien plus élevé qu’il ne l’est pour que leur dette paraisse plus attrayante ! »

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Depuis plusieurs mois, un changement profond s’opère dans l’équilibre monétaire mondial. L’or ne monte pas simplement parce que l’inflation inquiète ou parce que les banques centrales achètent davantage. Il monte parce que le système financier mondial est en train d’évoluer.

Et selon l’analyse développée par l’économiste et ancienne dirigeante de Goldman Sachs Nomi Prins, les États-Unis pourraient avoir un intérêt stratégique à voir le prix de l’or continuer à progresser.

Ce n’est pas un détail technique. C’est peut-être la clé de lecture des années à venir.

Une dette américaine devenue mathématiquement ingérable

La dette fédérale américaine dépasse désormais les 34 000 milliards de dollars. Plus préoccupant encore : le coût annuel des intérêts franchit le seuil symbolique du trillion (1 000 milliards) de dollars par an. Autrement dit, les États-Unis doivent émettre toujours plus de dette… simplement pour payer les intérêts de la dette existante.

Dans ce contexte, acheter de l’or physique constitue une protection concrète face à la dégradation structurelle du dollar, car si la valeur de la monnaie baisse, la valeur relative de l’or augmente mécaniquement.

La Réserve fédérale ne peut pas maintenir des taux élevés indéfiniment sans asphyxier l’économie. Mais elle ne peut pas non plus les baisser massivement sans relancer la création monétaire. Le dilemme est total.

Pourquoi un or plus cher rend la dette « plus supportable »

L’idée peut sembler contre-intuitive. Pourtant, elle est simple : si l’or devient un actif d’ancrage dans le système monétaire mondial, alors sa valorisation plus élevée améliore mécaniquement la position des pays qui en détiennent d’importantes réserves.

Or les États-Unis possèdent officiellement plus de 8 000 tonnes d’or, stockées notamment à Fort Knox.

Si le prix de l’or double, triple ou plus, la valeur théorique de ces réserves augmente fortement dans les bilans nationaux. Cela ne supprime pas la dette… mais cela améliore la perception de solvabilité.

Dans cette logique, détenir de l’or aujourd’hui permet de s’aligner sur ce rééquilibrage monétaire mondial plutôt que de le subir.

La dédollarisation accélère le mouvement

Depuis la crise financière de 2008, la Chine réduit progressivement son exposition aux bons du Trésor américain. La People’s Bank of China a divisé par deux ses détentions de Treasuries en quelques années.

Dans le même temps, elle augmente ses réserves d’or.

Ce mouvement n’est pas isolé. De nombreuses banques centrales font de même. L’or représente désormais une part croissante des réserves mondiales, au détriment des obligations américaines.

Face à cette réalité, l’achat d’or physique apparaît comme une stratégie cohérente face à l’érosion du statut du dollar.

Le message implicite est clair : le monde se prépare à un système monétaire plus diversifié, moins centré sur le billet vert.

La Fed peut-elle réellement rester « faucon » ?

Certains responsables monétaires affichent un discours dur sur l’inflation. Mais l’histoire montre que lors des crises majeures, la Réserve fédérale finit toujours par injecter massivement de la liquidité.

La crise de 2008, la pandémie de 2020, les tensions bancaires récentes : à chaque épisode, le bilan de la Fed a explosé.

Si les marchés obligataires se tendent fortement, la banque centrale pourrait redevenir acheteur de dernier ressort. Cela signifierait davantage de création monétaire.

Dans ce scénario, posséder de l’or en dehors du système bancaire devient une assurance face aux politiques monétaires expansionnistes.

Un basculement comparable à Bretton Woods ?

En 1944, les accords de Bretton Woods ont consacré le dollar comme monnaie de réserve mondiale, adossé à l’or.

En 1971, le président Richard Nixon a mis fin à cette convertibilité.

Aujourd’hui, nous entrons peut-être dans une nouvelle phase : non pas un retour strict à l’étalon-or, mais un système hybride où l’or redeviendrait un pilier implicite des échanges internationaux.

Si la couverture or des dettes souveraines devait remonter même partiellement, le prix de l’once devrait s’ajuster fortement à la hausse.

Dans cette perspective, acheter de l’or maintenant revient à anticiper une revalorisation structurelle du métal.

Ce n’est pas un simple cycle, mais un changement d’époque

Beaucoup analysent la hausse actuelle comme un cycle classique. Or, les dynamiques décrites par Nomi Prins suggèrent autre chose : une transformation multi-décennale.

Les tensions sur les métaux stratégiques, la sécurisation des chaînes d’approvisionnement, la relocalisation minière et la montée des blocs géopolitiques indiquent un basculement profond.

L’or n’est pas seulement un actif financier. Il redevient un instrument géopolitique.

Dans ce contexte, détenir de l’or physique permet de se positionner du côté des actifs tangibles dans un monde en mutation.

Conclusion

Les États-Unis ne peuvent pas officiellement annoncer qu’ils souhaitent un or plus cher. Mais dans un monde où la dette explose, où la demande mondiale de Treasuries s’érode et où les banques centrales accumulent du métal, un prix de l’or en hausse améliore objectivement la stabilité relative du système.

Ce n’est pas une théorie marginale. C’est une lecture macroéconomique froide.

Si l’or doit jouer un rôle central dans le prochain système monétaire, alors son prix actuel pourrait n’être qu’une étape.

Et dans les périodes de transition historique, ce sont les actifs tangibles qui traversent le mieux les tempêtes.

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