L’investisseur international Adrian Day, fondateur d’Adrian Day Asset Management, ne mâche pas ses mots : il se dit « absolument » haussier sur l’or et considère que le pétrole est aujourd’hui « extrêmement bon marché ». Son analyse repose sur trois piliers : les cycles historiques du marché de l’or, la dédollarisation progressive des réserves mondiales et le sous-investissement massif dans les matières premières. Pour comprendre les enjeux actuels et envisager sereinement l’achat d’or physique comme protection patrimoniale, il est essentiel d’examiner en détail son raisonnement.
Un cycle haussier de l’or encore jeune selon Adrian Day
Depuis la fin de l’étalon-or en 1971, les grands marchés haussiers du métal jaune ont duré en moyenne une dizaine d’années (années 1970, puis 2001–2011). Pour Adrian Day, le cycle actuel n’a véritablement démarré qu’entre 2022 et 2023. Autrement dit : nous serions encore dans la première moitié du mouvement.
Autre élément clé : l’absence de participation massive du grand public occidental. Les sommets de 1980 et 2011 s’étaient accompagnés d’une frénésie spéculative généralisée. Aujourd’hui, ce phénomène reste marginal hors de certaines zones d’Asie. Tant que cette euphorie n’apparaît pas, le cycle haussier pourrait se prolonger. Dans ce contexte, acheter de l’or physique pour le long terme s’inscrit dans une logique de positionnement anticipatif plutôt que spéculatif.
Banques centrales : la dédollarisation comme moteur structurel
Au début des années 2000, environ 78 % des réserves de change mondiales étaient libellées en dollars. Cette proportion est tombée autour de 58–60 % ces dernières années selon les données du FMI. Le mouvement s’est accéléré après le gel des avoirs russes en 2022, perçu comme un tournant géopolitique.
Pour Adrian Day, même 48 % d’exposition au dollar reste « trop élevé » pour certains pays. Les déficits budgétaires américains persistants et l’usage croissant du dollar comme instrument de pression renforcent la volonté de diversification. Or, l’or présente une caractéristique unique : il n’est la dette de personne et peut être détenu en dehors du système financier international. Cette réalité explique l’attrait croissant pour détenir de l’or physique hors système bancaire.
Tether Gold : un acheteur inattendu mais stratégique
Un autre acteur majeur, souvent sous-estimé, est Tether, émetteur du stablecoin adossé au dollar USDT. L’entreprise développe également Tether Gold, un jeton numérique garanti par de l’or physique. Chaque unité émise doit être adossée à du métal réel.
Si la croissance du stablecoin indexé sur l’or suit celle du stablecoin dollar ces dernières années, la demande pourrait devenir structurelle et significative. Pour de nombreux investisseurs situés dans des pays soumis à des contrôles de capitaux, ce mécanisme offre une alternative crédible. Toutefois, à la base de tout système adossé au métal, il demeure indispensable de posséder de l’or physique tangible et vérifiable.
Une offre d’or rigide face à une demande croissante
La production mondiale d’or progresse d’environ 2 % par an. Même avec des prix élevés, augmenter rapidement l’offre reste difficile : délais d’exploration, permis environnementaux, financement, construction des mines.
Cela signifie qu’en cas d’accélération de la demande — qu’elle provienne des banques centrales, des investisseurs institutionnels ou du grand public — les ajustements se feront principalement par le prix. Dans ce cadre, constituer une réserve d’or physique permet de se positionner avant une éventuelle tension accrue sur le marché.
L’argent : déficit réel mais volatilité plus forte
Contrairement aux années précédentes où les déficits étaient souvent théoriques, le marché de l’argent connaît aujourd’hui un déficit physique réel, notamment porté par la demande industrielle (panneaux solaires). Cependant, l’argent ne bénéficie pas d’achats massifs de banques centrales.
Autre point crucial : lorsque les prix montent fortement, les industriels cherchent des substitutions ou optimisent leur consommation. Comme le rappelle souvent Rick Rule, « la solution aux prix élevés, ce sont des prix élevés ». L’argent offre un potentiel, mais aussi davantage de volatilité. Pour une approche défensive, beaucoup privilégient l’investissement en or physique reconnu internationalement.
Pétrole : pourquoi Adrian Day parle d’actif « extrêmement bon marché »
Rapporté à l’or, le pétrole apparaît historiquement sous-évalué. Le ratio or/pétrole a atteint des niveaux extrêmes. Or, les cycles des matières premières sont avant tout des cycles d’investissement.
Pendant plus d’une décennie, le secteur énergétique a souffert d’un sous-investissement massif, en partie lié aux contraintes ESG et aux incertitudes réglementaires. Résultat : les capacités de production ne peuvent pas être augmentées rapidement. Dans un scénario de reprise ou de tension géopolitique, les prix pourraient fortement réagir. Face à ces incertitudes énergétiques, maintenir une allocation stratégique en or physique agit comme stabilisateur patrimonial.
Minières aurifères : encore attractives ?
Des groupes majeurs comme Agnico Eagle Mines, Barrick Gold ou Newmont Corporation génèrent aujourd’hui des flux de trésorerie records. Les marges se sont élargies car les coûts n’ont pas progressé aussi vite que le prix de l’or.
Selon Adrian Day, même après la hausse des cours, les valorisations restent raisonnables au regard des flux de trésorerie disponibles. Toutefois, les actions minières restent plus volatiles que le métal lui-même. Pour équilibrer performance et sécurité, beaucoup choisissent de combiner actions minières et détention d’or physique.
Rotation mondiale : réduction de l’exposition américaine
Après quinze années de domination des marchés américains, les marchés internationaux (indice MSCI World ex-US) ont commencé à surperformer. Historiquement, ces rotations durent souvent une décennie. Adrian Day réduit donc progressivement l’exposition américaine au profit de marchés comme le Royaume-Uni, Singapour ou Hong Kong, où les valorisations apparaissent plus attractives.
Dans une phase de transition monétaire mondiale, diversifier géographiquement prend tout son sens. Et au cœur de cette diversification, intégrer de l’or physique dans son allocation globale permet de neutraliser le risque souverain.
Conclusion : un basculement progressif mais profond
Pour Adrian Day, nous assistons à une transformation structurelle : dédollarisation graduelle, montée en puissance des banques centrales acheteuses d’or, apparition des stablecoins adossés au métal, et sous-investissement chronique dans l’énergie et les métaux industriels.
L’or redevient un pilier stratégique du système monétaire mondial. Tant que la participation spéculative massive ne marque pas un sommet euphorique, le potentiel haussier demeure intact. Dans cet environnement incertain — budgétaire, monétaire et géopolitique — l’achat d’or physique comme socle de sécurité financière apparaît moins comme une option que comme une décision de prudence éclairée.


