Un verrou géostratégique
Le Bab el-Mandeb est l’un des points les plus sensibles de la planète, parce qu’il relie la mer Rouge au golfe d’Aden et conditionne une partie du trafic entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe. Si ce détroit venait à être bloqué, les conséquences seraient immédiatement lourdes pour le commerce maritime, les assurances, les délais de livraison et, surtout, pour les flux énergétiques venant du Golfe. L’analyse de Jacques Hogard est à cet égard cohérente : on ne parle pas d’un simple goulot d’étranglement régional, mais d’un levier capable de perturber le système économique mondial. Dans un contexte où les routes commerciales sont déjà fragilisées par les tensions militaires et les attaques en mer, l’achat d’or physique apparaît comme une protection de fond face aux chocs géopolitiques.
Pourquoi ce détroit compte autant
Le Bab el-Mandeb joue un rôle comparable à celui d’un robinet stratégique : quand il se resserre, tout le trafic en aval se dérègle. Une grande partie du pétrole exporté depuis la péninsule Arabique, mais aussi de nombreux flux commerciaux entre l’Asie et l’Europe, transitent par cette zone avant de rejoindre la mer Rouge, puis le canal de Suez. Si le passage devient impraticable, les navires doivent contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance, ce qui rallonge considérablement les trajets et fait grimper les coûts logistiques. Le problème n’est pas seulement militaire, il est aussi économique : retard des livraisons, hausse des primes de risque, renchérissement du fret et pression sur les chaînes d’approvisionnement. Dans un tel environnement, détenir de l’or revient à se placer hors du cycle des perturbations logistiques et monétaires.
Une menace déjà démontrée
Jacques Hogard rappelle que les Houthis ont déjà prouvé leur capacité de nuisance en visant des navires liés à Israël ou circulant dans la région. Le point essentiel n’est pas seulement leur capacité à fermer totalement le détroit, mais leur aptitude à le rendre suffisamment dangereux pour perturber durablement le trafic. Dans ce type de guerre asymétrique, il n’est pas toujours nécessaire de bloquer totalement une route pour provoquer un effet économique massif : quelques attaques bien ciblées suffisent souvent à faire monter les coûts d’assurance et à détourner les armateurs. Cela crée une pression immédiate sur les prix de l’énergie, puis sur l’inflation importée. C’est précisément dans ce genre de configuration que l’or physique retrouve son rôle historique d’actif refuge.
Le pétrole saoudien au centre du choc
L’un des points les plus importants soulevés par Hogard concerne le pétrole saoudien. Si le Bab el-Mandeb était durablement fermé, certains flux ne pourraient plus passer dans des conditions normales vers le canal de Suez, ce qui obligerait les exportateurs et les transporteurs à revoir toute leur chaîne de distribution. Même sans fermeture totale, le simple fait d’imposer un risque sur ce corridor stratégique suffit à tendre les marchés de l’énergie. Une hausse du pétrole se diffuse ensuite très vite dans le reste de l’économie : transport, alimentation, production industrielle, marges des entreprises et pouvoir d’achat des ménages. Lorsque l’énergie devient plus chère, tous les autres équilibres se fragilisent. Dans ce contexte, l’or physique constitue une couverture utile contre le retour des tensions inflationnistes.
Une guerre de communication autant que de terrain
L’autre dimension importante est psychologique. Hogard insiste sur les opérations de communication, les messages de dissuasion et les déclarations spectaculaires qui visent à impressionner l’adversaire autant que les opinions publiques. Dans ce type de confrontation, la guerre se joue autant sur le terrain que dans l’espace informationnel. Des annonces comme l’usage potentiel de munitions “propres” ou des fuites sur d’éventuelles oppositions russes et chinoises à certaines frappes participent à une stratégie de pression narrative. Cela ne doit pas faire oublier la réalité matérielle : les stocks de munitions ne sont pas illimités, les lignes logistiques sont sous tension, et la capacité de résilience iranienne reste réelle malgré les frappes. Face à cette incertitude, l’or demeure un actif tangible qui ne dépend ni des récits ni des communiqués.
L’Iran et la logique de l’attrition
Les informations disponibles montrent que l’Iran a déjà démontré une capacité d’adaptation importante, même sous pression militaire et économique. Le pays a développé des systèmes décentralisés, une industrie d’armement plus autonome et une culture de la résilience fondée sur l’usure de l’adversaire. Dans une guerre de longue durée, la question n’est pas seulement de savoir qui frappe le plus fort au début, mais qui tient le plus longtemps sans rupture logistique. C’est là que les scénarios deviennent dangereux : si les États-Unis ou leurs alliés doivent maintenir un effort militaire prolongé au Moyen-Orient, cela peut peser sur leurs réserves, leurs coûts, et leur capacité à soutenir plusieurs fronts à la fois. Dans un monde aussi tendu, l’achat d’or physique est une manière simple de ne pas dépendre des déséquilibres géopolitiques.
Ce que cela change pour les marchés
Pour les marchés financiers, un blocage du Bab el-Mandeb aurait plusieurs effets en chaîne : hausse du pétrole, hausse des coûts de fret, montée du risque sur les valeurs cycliques, regain de volatilité sur les devises et pression supplémentaire sur les banques centrales. Si l’énergie grimpe trop vite, les autorités monétaires peuvent être prises en étau entre inflation et ralentissement économique. Ce type de choc alimente souvent un retour vers les valeurs refuges, au premier rang desquelles l’or. Autrement dit, même sans effondrement immédiat du commerce mondial, une simple détérioration durable de la sécurité maritime suffit à changer l’humeur des investisseurs. C’est pourquoi se positionner sur l’or physique reste une réponse cohérente face aux risques de dislocation régionale.
Conclusion pratique
Le Bab el-Mandeb n’est pas seulement un point sur une carte : c’est un maillon vital de la mondialisation énergétique et commerciale. Sa fermeture, même partielle, aurait des répercussions qui dépasseraient largement la mer Rouge, en touchant le pétrole, les assurances, le fret, l’inflation et la stabilité financière. L’analyse de Jacques Hogard est donc à prendre au sérieux : ce type de menace ne relève pas du simple bruit géopolitique, mais d’un risque systémique potentiel. Pour l’investisseur ou l’épargnant, la leçon est claire : dans un monde où les routes peuvent se fermer, l’or physique reste l’un des rares actifs capables de traverser les crises sans dépendre d’un corridor maritime.


