L’or peut-il atteindre 13 000 $ ? – Avec Gareth Soloway

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L’or traverse une phase spectaculaire. Après une progression fulgurante, le métal jaune est revenu au voisinage des 4 500 dollars l’once, tandis que les valeurs minières ont accéléré encore davantage. Cette envolée pose pourtant une question essentielle : l’or peut-il poursuivre son ascension sans correction, ou les mines ont-elles pris trop d’avance ? C’est précisément le paradoxe actuellement observé sur le marché. D’un côté, le scénario haussier de long terme demeure particulièrement puissant, porté notamment par les achats des banques centrales, les incertitudes budgétaires et géopolitiques ainsi que la recherche de diversification des réserves. De l’autre, la vitesse du mouvement récent augmente mécaniquement le risque d’une consolidation. Le World Gold Council indique que la demande mondiale d’or a atteint 2 522 tonnes au premier semestre 2026, en hausse de 2 % sur un an, pour une valeur record de 380 milliards de dollars. Dans ce contexte, acheter de l’or physique peut s’inscrire dans une logique patrimoniale très différente d’un trade de quelques séances sur les sociétés minières.

Un objectif de 13 000 dollars qui paraît vertigineux… mais qui s’inscrit dans un scénario de long terme

L’hypothèse d’un or à 13 000 dollars l’once paraît, à première vue, presque irréaliste lorsque l’on compare ce niveau aux cours observés quelques années auparavant. Pourtant, il faut replacer cette projection dans son véritable horizon temporel. Gareth Soloway situe cet objectif entre 2029 et 2031 : il ne s’agit donc absolument pas d’une cible pour les prochaines semaines, mais d’un scénario de sommet potentiel à plusieurs années. Cette distinction est fondamentale, car elle évite de confondre une anticipation structurelle avec une prévision de marché à court terme. Dans une analyse récente, Soloway évoquait également la possibilité d’un retour de l’or vers 3 900–4 000 dollars avant une nouvelle phase de hausse. Autrement dit, même dans un scénario extrêmement haussier, une correction importante pourrait parfaitement intervenir avant que le métal ne se rapproche de 13 000 dollars. Pour un investisseur qui raisonne en patrimoine plutôt qu’en spéculation intraday, l’achat d’or physique répond justement à une logique de détention beaucoup plus longue, où les fluctuations quotidiennes occupent une place secondaire.

Pourquoi l’or vient de connaître une accélération aussi impressionnante

Le mouvement récent ne repose pas sur un seul facteur. Il résulte de la combinaison de plusieurs forces qui se renforcent mutuellement : inquiétudes concernant les finances publiques américaines, tensions géopolitiques, incertitudes monétaires, demande des banques centrales et recherche d’actifs considérés comme des réserves de valeur. Les données du World Gold Council montrent que les banques centrales ont acheté net 289 tonnes d’or au deuxième trimestre 2026, soit une progression spectaculaire par rapport aux 57 tonnes estimées au premier trimestre. Sur l’ensemble du premier semestre, les achats nets atteignaient 345 tonnes. Cette demande institutionnelle est particulièrement importante parce qu’elle correspond davantage à une stratégie de diversification des réserves qu’à une simple opération spéculative. Le World Gold Council rapporte par ailleurs que 89 % des gestionnaires de réserves interrogés anticipent une hausse des réserves mondiales d’or au cours des douze prochains mois, tandis que 45 % pensent augmenter leurs propres réserves. Dans ce contexte, l’or physique demeure un actif à considérer pour une stratégie de diversification patrimoniale, même lorsque le marché paraît déjà fortement valorisé.

Le véritable déclencheur : la tension sur la dette américaine et les taux longs

L’un des éléments les plus intéressants du moment concerne le marché obligataire américain. Washington cherche actuellement à contenir la pression exercée par les rendements des obligations à longue échéance. Le Trésor américain a annoncé une augmentation de ses opérations de rachat sur les maturités longues, avec des opérations passant de 2 à au moins 4 milliards de dollars pour certaines échéances de 10 à 30 ans, à partir de septembre. Cette stratégie vise notamment à améliorer la liquidité du marché et à limiter la hausse des coûts de financement à long terme. Mais elle ne règle évidemment pas les problèmes structurels liés aux déficits et à l’endettement. Les inquiétudes concernant l’inflation, les déficits budgétaires et l’ampleur des besoins d’emprunt américains restent présentes chez les investisseurs. C’est ici que le raisonnement haussier sur l’or devient particulièrement intéressant : si les investisseurs commencent à considérer que les autorités doivent intervenir davantage pour maintenir la stabilité du marché obligataire, la perception du risque monétaire peut évoluer. Dans une telle configuration, détenir une part d’or physique peut apparaître comme une manière de diversifier un patrimoine exposé aux actifs financiers et aux monnaies.

4 500–4 550 dollars : la zone qui peut décider de la prochaine étape

Sur le plan technique, la zone des 4 500–4 550 dollars constitue un niveau particulièrement intéressant. Après une progression aussi rapide, le marché a besoin de digérer une partie de ses gains. Cette zone correspond à une ancienne région de confrontation entre acheteurs et vendeurs et peut donc provoquer des prises de bénéfices. Le fait que l’or ait réussi à franchir plusieurs résistances successives montre cependant une puissance acheteuse considérable. Une résistance n’est donc pas nécessairement un plafond définitif. Elle constitue plutôt une zone où le rapport de force devient particulièrement important. Pour celui qui souhaite profiter de cette dynamique sans transformer chaque mouvement de marché en décision émotionnelle, l’or physique peut être envisagé dans une approche progressive et patrimoniale, distincte du trading à court terme.

Une correction vers 4 175 dollars serait-elle catastrophique ?

Non. Et c’est probablement l’un des points les plus importants à comprendre. Une correction vers une zone de support ne remettrait pas nécessairement en cause la tendance de fond. Dans le scénario technique présenté par Gareth Soloway, 4 175 dollars constitue une zone de support importante, notamment en raison de la convergence entre anciens pivots et retracement de Fibonacci de 61,8 %. Le principe est simple : lorsqu’un même niveau est confirmé par plusieurs outils techniques indépendants, les traders lui accordent généralement davantage d’attention. Une baisse vers ce type de zone pourrait donc correspondre à une respiration après l’envolée récente plutôt qu’à un retournement structurel. Cette distinction entre correction et changement de tendance est capitale pour l’investisseur. Pour un épargnant qui privilégie le long terme, acheter de l’or lors de phases de consolidation peut donc constituer une approche plus rationnelle que de chercher à anticiper chaque sommet ou chaque creux.

Le paradoxe des mines d’or : pourquoi elles pourraient baisser alors que l’or reste haussier

C’est probablement le point le plus contre-intuitif de toute l’analyse. Les sociétés minières bénéficient normalement de la hausse du métal jaune : lorsque le prix de vente de l’or augmente alors que les coûts de production progressent moins vite, les marges des producteurs peuvent s’améliorer. Les actions minières peuvent alors amplifier le mouvement du métal. Mais cette caractéristique fonctionne dans les deux sens. Lorsque les investisseurs anticipent une correction de l’or ou prennent leurs bénéfices après une hausse verticale, les mines peuvent subir une baisse beaucoup plus rapide que le métal lui-même. Le raisonnement de Soloway repose précisément sur cette divergence : selon son analyse graphique, les minières auraient effectué un retracement beaucoup plus important que l’or et apparaîtraient donc techniquement « en avance ». Une correction technique sur les minières ne signifie donc pas automatiquement que la thèse fondamentale sur l’or est invalidée. Pour un investisseur qui veut s’exposer directement au métal plutôt qu’au risque opérationnel d’une entreprise minière, l’achat d’or physique permet de bénéficier d’une exposition fondamentalement différente.

GDX : quatre signaux techniques qui expliquent le pari baissier à court terme

Le cas du GDX est particulièrement révélateur. Cet ETF regroupe des sociétés minières aurifères et constitue donc une manière liquide de suivre le secteur. Après sa forte accélération, plusieurs éléments techniques peuvent se retrouver au même endroit : comblement d’un gap, ancienne zone de résistance, ligne de tendance ascendante et retracement de Fibonacci de 61,8 %. Lorsque quatre facteurs techniques convergent autour d’une même zone, un trader peut considérer que le potentiel de réaction augmente. Il ne s’agit évidemment pas d’une certitude, mais d’un rapport rendement/risque potentiellement intéressant pour une opération courte. Le point essentiel est donc de ne pas confondre une position vendeuse temporaire sur les minières avec une opinion négative sur l’or. Pour celui qui souhaite éviter ce risque spécifique aux entreprises productrices, l’or physique permet de miser directement sur le métal sans prendre une position sur GDX ou une société minière.

Newmont et Agnico Eagle : quand les graphiques deviennent trop tendus

La logique s’applique également aux grandes valeurs minières citées dans l’analyse, notamment Newmont et Agnico Eagle. Une action minière ne dépend jamais uniquement du cours de l’or. Elle dépend aussi des coûts énergétiques, des salaires, des problèmes géologiques, de la qualité des réserves, des investissements nécessaires pour maintenir la production, de la fiscalité, du risque politique dans les pays producteurs et de la capacité du management à transformer un prix élevé de l’or en flux de trésorerie. C’est précisément pourquoi les minières peuvent surperformer le métal dans une phase haussière, mais également sous-performer brutalement lorsque le marché devient nerveux. Une correction technique sur une action minière ne signifie donc pas automatiquement que la thèse fondamentale sur l’or est invalidée. Au contraire, elle peut simplement traduire une normalisation après une envolée trop rapide. Cette différence entre exposition au métal et exposition à une entreprise explique pourquoi l’or physique reste une solution distincte des actions minières pour diversifier un patrimoine.

Le point essentiel : être haussier sur l’or et vendeur sur les mines n’est pas contradictoire

C’est probablement la leçon la plus importante de cette analyse. Un investisseur peut parfaitement être extrêmement optimiste sur l’or à cinq ou dix ans et, simultanément, anticiper une baisse des minières au cours des prochains jours. Tout dépend de l’horizon de temps. Le trading cherche à exploiter des mouvements relativement courts ; l’investissement patrimonial cherche à conserver une exposition à une tendance structurelle. Mélanger ces deux horizons conduit souvent à de mauvaises décisions : un investisseur long terme peut vendre un actif solide parce qu’il vient de perdre 8 %, tandis qu’un trader peut conserver une position perdante beaucoup trop longtemps parce qu’il croit au potentiel du secteur dans dix ans. La cohérence consiste donc à définir son horizon avant de définir son opération. Dans cette perspective, acheter de l’or physique pour le conserver à long terme et prendre, séparément, une position tactique sur une valeur minière répondent à deux stratégies radicalement différentes.

L’argent pourrait-il prendre le relais ?

L’argent mérite également une attention particulière parce qu’il possède une double nature : métal monétaire et métal industriel. Cette caractéristique lui confère un profil différent de celui de l’or. Lorsque l’environnement macroéconomique favorise les métaux précieux, l’argent peut profiter de l’élan du secteur, mais il reste également exposé à l’évolution de l’industrie et de l’économie mondiale. Dans l’analyse étudiée, le niveau technique à surveiller correspond à une ancienne ligne de résistance devenue potentiellement support. Une confirmation au-dessus de cette zone renforcerait le scénario haussier, tandis qu’un rejet pourrait signaler une nouvelle phase de consolidation. Pour ceux qui souhaitent diversifier leur exposition aux métaux précieux, l’or et l’argent physiques peuvent être étudiés comme deux composantes complémentaires, sans pour autant supposer qu’ils évolueront toujours de manière identique.

Pourquoi le contexte des banques centrales reste déterminant

Il serait dangereux de réduire la hausse actuelle de l’or à une simple histoire de spéculation. Les banques centrales jouent un rôle structurel de plus en plus visible. Au premier semestre 2026, plusieurs banques centrales ont continué à renforcer leurs réserves aurifères. Ces achats sont particulièrement importants parce qu’ils traduisent une volonté de diversification des réserves officielles. Ils ne signifient évidemment pas que les banques centrales achèteront à n’importe quel prix ni que le cours ne peut pas corriger. Mais ils constituent un socle de demande différent de celui créé par les traders à court terme. Le World Gold Council estime d’ailleurs que les banques centrales devraient rester des acheteurs importants en 2026, même si la demande annuelle devrait être inférieure au niveau exceptionnel de 2025. Dans cet environnement, conserver une exposition à l’or physique peut répondre à une logique de diversification à long terme plutôt qu’à la recherche d’un simple gain sur quelques séances.

Le scénario à 13 000 dollars nécessite toutefois une condition fondamentale

Pour que l’or atteigne effectivement 13 000 dollars entre 2029 et 2031, il faudrait évidemment davantage qu’un simple franchissement de résistance graphique. Une telle trajectoire supposerait probablement une combinaison durable de facteurs : perte de confiance dans certaines monnaies, déficits publics persistants, demande soutenue des banques centrales, inflation ou instabilité financière, baisse éventuelle des taux réels et poursuite de la diversification des portefeuilles mondiaux. Aucun de ces facteurs n’est garanti et plusieurs pourraient évoluer dans une direction défavorable à l’or. Le World Gold Council souligne notamment que les rendements réels, le dollar et les anticipations de politique monétaire peuvent encore provoquer des phases de pression sur le métal. Le scénario des 13 000 dollars doit donc être considéré comme une hypothèse de long terme, et non comme une promesse de cours. Pour cette raison, acheter de l’or physique progressivement peut être une approche plus prudente que de tenter de parier l’intégralité de son capital sur une cible précise.

La vraie question n’est peut-être pas « l’or va-t-il monter ? », mais « jusqu’où peut-il corriger avant de repartir ? »

Après une accélération aussi spectaculaire, attendre une correction n’a rien d’alarmiste. Au contraire, les marchés les plus solides connaissent eux aussi des phases de respiration. Le passage rapide au-dessus de 4 500 dollars montre à quel point le marché peut changer de régime en quelques semaines. Si une consolidation intervient, elle pourrait permettre au marché de reconstruire une base avant une nouvelle tentative de hausse. À l’inverse, une rupture nette des principaux supports obligerait à revoir le scénario technique. C’est pourquoi il est essentiel de distinguer les niveaux de surveillance des certitudes. Dans une stratégie de conservation, l’achat d’or physique lors de plusieurs points d’entrée peut permettre de réduire la dépendance à un timing parfait, qui est par définition extrêmement difficile à réaliser.

Conclusion : un or potentiellement à 13 000 dollars, mais des mines vulnérables à une correction

Le paradoxe actuel du marché de l’or tient en une phrase : la tendance structurelle peut rester extrêmement haussière alors que le court terme devient dangereusement tendu. C’est précisément ce qui explique le positionnement défendu par Gareth Soloway : conserver une conviction positive sur l’or à moyen et long terme tout en envisageant une position vendeuse temporaire sur les mines après leur envolée. L’objectif de 13 000 dollars entre 2029 et 2031 représente un scénario de long terme particulièrement ambitieux, mais il s’inscrit dans un environnement où les banques centrales continuent de considérer l’or comme un actif stratégique et où les tensions sur les finances publiques américaines restent au centre des préoccupations des marchés. Le message à retenir n’est donc pas qu’il faut acheter ou vendre aveuglément, mais que l’horizon d’investissement change complètement l’interprétation d’un même graphique. Les minières peuvent corriger fortement sans invalider la tendance de l’or, tandis qu’une baisse temporaire du métal pourrait constituer une phase de digestion avant une nouvelle tentative de hausse. Pour les investisseurs recherchant une exposition directe au métal et non au risque spécifique d’une entreprise minière, l’or physique peut constituer une composante de diversification patrimoniale à étudier. Comme toujours sur les marchés, une projection à 13 000 dollars reste un scénario, pas une certitude, et toute décision d’investissement doit tenir compte du risque, de l’horizon de placement et de la situation personnelle de chacun.

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