Le marché de l’or vient de traverser une période suffisamment mouvementée pour réveiller une question que les investisseurs en métaux précieux connaissent bien : sommes-nous face au début d’une nouvelle phase haussière durable ou simplement devant un énième rebond avant une nouvelle correction ? C’est précisément le doute auquel répond Adrian Day, président d’Adrian Day Asset Management, dans une analyse consacrée au comportement récent de l’or et des valeurs minières. Son raisonnement est particulièrement intéressant parce qu’il ne consiste pas simplement à constater que le métal jaune remonte. Il cherche surtout à déterminer si les caractéristiques habituelles d’un véritable sommet spéculatif sont déjà présentes. Or, selon lui, quelque chose manque encore : cette euphorie généralisée, cette ruée désordonnée de l’argent des particuliers et ces primes extravagantes sur certains produits liés à l’or qui avaient accompagné les grands sommets historiques. Dans cette perspective, l’achat d’or physique peut être étudié comme une manière concrète de diversifier une partie de son patrimoine face aux incertitudes des marchés.
Le grand doute : le rebond de l’or est-il seulement un « dead cat bounce » ?
La première question posée à Adrian Day est probablement la plus importante pour les investisseurs actuellement positionnés sur l’or : comment savoir si le rebond observé aujourd’hui est réellement le début d’un nouveau mouvement haussier ou simplement un « dead cat bounce », c’est-à-dire un rebond temporaire au sein d’un marché qui resterait fondamentalement baissier ? L’histoire fournit plusieurs exemples qui incitent à la prudence. Entre 2011 et 2012, notamment, le marché de l’or a connu plusieurs remontées qui semblaient à l’époque annoncer une reprise avant de finalement déboucher sur de nouveaux points bas. Avec le recul, il est toujours facile d’identifier les faux signaux. La difficulté consiste précisément à savoir, au moment où ils apparaissent, si un mouvement constitue le début d’une tendance ou simplement une pause dans une tendance opposée. Pour Adrian Day, la question mérite cependant d’être inversée : plutôt que de demander pourquoi le rebond actuel serait faux, il faut se demander si le précédent mouvement de baisse n’a pas constitué le véritable sommet intermédiaire du marché. Cette nuance est essentielle pour quiconque envisage l’achat d’or comme un investissement patrimonial de long terme plutôt que comme un simple pari sur quelques semaines de hausse.
2011 et 1980 : les deux précédents qui hantent encore les investisseurs
Lorsqu’un investisseur évoque le risque d’un faux rebond sur l’or, deux périodes historiques reviennent presque systématiquement : 1980 et 2011. Dans les deux cas, le métal précieux avait connu une progression spectaculaire avant d’atteindre une zone de sommet accompagnée d’une très forte participation des investisseurs. Le parallèle avec 2011 est particulièrement intéressant parce que cette période avait été marquée par une véritable euphorie autour des métaux précieux. Les investisseurs particuliers étaient extrêmement présents, les produits d’investissement liés à l’or connaissaient une demande exceptionnelle et les valorisations de certaines sociétés minières reflétaient déjà des anticipations très optimistes. Adrian Day estime justement que cette caractéristique fait actuellement défaut. Autrement dit, même si le cours de l’or a fortement progressé sur une période relativement longue, le comportement du marché ne ressemble pas encore totalement à celui observé lorsque l’euphorie atteint son paroxysme. Pour un épargnant qui souhaite comprendre cette différence historique avant d’envisager l’achat d’or et d’argent, le point essentiel est donc de distinguer une hausse alimentée par des fondamentaux solides d’une hausse principalement provoquée par une spéculation excessive.
Pourquoi l’absence de mania pourrait être un signal haussier
C’est probablement le cœur du raisonnement d’Adrian Day. Un grand sommet du marché de l’or n’est généralement pas uniquement caractérisé par un prix élevé. Il s’accompagne également d’un changement de comportement des investisseurs. Lorsque le grand public commence massivement à croire que les prix ne peuvent plus baisser, lorsque les médias généralistes consacrent une attention disproportionnée au métal jaune, lorsque les ETF enregistrent des afflux gigantesques et lorsque les investisseurs acceptent progressivement de payer des primes très importantes pour accéder aux actifs liés à l’or, le marché peut entrer dans une phase de spéculation terminale. Or, selon Day, cette situation n’était pas véritablement observable au début de l’année. Il y avait bien des achats physiques, notamment en Chine, ainsi que des flux vers certains ETF de sociétés minières, mais l’intensité de ces mouvements restait très éloignée de la frénésie observée lors des grands sommets précédents. Cette absence de panique acheteuse peut sembler paradoxale : pourquoi considérer qu’un marché est potentiellement plus solide parce que tout le monde n’est pas encore enthousiaste ? Parce qu’un marché qui progresse alors que les investisseurs particuliers ne sont pas encore massivement impliqués dispose potentiellement d’une réserve de demande supplémentaire. Dans une telle configuration, l’achat d’or physique peut être envisagé progressivement par les investisseurs qui souhaitent diversifier leur patrimoine sans attendre nécessairement une nouvelle phase d’euphorie.
Le véritable test : que font les investisseurs derrière le cours de l’or ?
Le cours de l’or ne raconte qu’une partie de l’histoire. Pour déterminer la solidité d’un mouvement haussier, il faut également observer les flux de capitaux et la manière dont les investisseurs se positionnent. C’est précisément pourquoi Adrian Day accorde une attention particulière aux ETF liés aux sociétés minières aurifères, notamment GDX et GDXJ. Le VanEck Gold Miners ETF, connu sous le symbole GDX, permet d’observer l’appétit des investisseurs pour les grands producteurs d’or, tandis que le GDXJ est davantage exposé aux sociétés minières de plus petite taille. Ces instruments peuvent donc fournir des indications sur l’appétit pour le risque à l’intérieur même du secteur. Lorsque les investisseurs commencent à délaisser uniquement le métal physique pour aller vers les producteurs et ensuite vers les sociétés plus spéculatives, cela peut traduire une confiance croissante dans la poursuite du cycle haussier. À l’inverse, une hausse de l’or accompagnée d’un désintérêt persistant pour les actions minières peut signaler que les investisseurs restent prudents. Cette distinction est également importante pour ceux qui étudient l’achat d’or physique comme alternative aux investissements plus spéculatifs dans les sociétés minières.
GDX et GDXJ : les flux récents commencent-ils enfin à changer la donne ?
Adrian Day observe un élément particulièrement intéressant dans les données récentes : les flux vers GDX et GDXJ ont nettement augmenté au cours de la dernière période observée. Mais il insiste immédiatement sur une nuance essentielle. Si l’on regarde uniquement les derniers jours, les afflux semblent impressionnants. Si l’on élargit l’analyse à un mois, deux mois ou trois mois, le phénomène apparaît beaucoup moins spectaculaire. Pour lui, cette différence est fondamentale. Une véritable mania ne se résume pas à quelques journées de flux massifs. Elle se caractérise par une accumulation durable de capitaux spéculatifs qui finit par pousser les valorisations bien au-delà de ce que justifient les fondamentaux. Les données disponibles sur le marché de l’or en août 2026 montrent effectivement un regain marqué de l’intérêt pour le métal. Reuters rapportait notamment que l’or avait rebondi d’environ 9 % en août et évoluait autour de 4 400 dollars l’once à la mi-août, avec des signes de retour progressif de certains investisseurs institutionnels et des banques centrales. Cette évolution renforce l’intérêt de surveiller les flux plutôt que de regarder uniquement le prix. Dans ce contexte, l’achat d’or peut constituer une approche différente des ETF et des actions minières pour ceux qui recherchent une exposition directe au métal.
L’or vient de connaître un rebond spectaculaire, mais il n’est pas encore au sommet de la spéculation
Le comportement du marché au cours des dernières semaines donne du poids à cette analyse. Après avoir subi une correction particulièrement sévère au premier semestre, l’or a retrouvé une dynamique beaucoup plus favorable au mois d’août. Reuters indiquait le 21 août que l’or au comptant avait atteint environ 4 632 dollars l’once, signant une troisième semaine consécutive de hausse et dépassant sa moyenne mobile à 200 jours située autour de 4 513 dollars. Le métal bénéficiait notamment de la faiblesse du dollar et d’un regain d’optimisme concernant les perspectives de politique monétaire américaine. Cette accélération est importante, mais elle ne suffit pas à démontrer qu’un nouveau marché haussier est définitivement installé. Elle montre en revanche que les acheteurs sont revenus sur le marché avec suffisamment de conviction pour absorber une partie des ventes précédentes. Pour l’investisseur, la distinction est capitale : un mouvement haussier peut être puissant sans être nécessairement arrivé à sa phase terminale. C’est dans cette logique que l’achat d’or physique peut être envisagé dans une stratégie progressive de diversification plutôt que comme une opération destinée à profiter d’un mouvement de court terme.
Le contexte macroéconomique est-il devenu plus favorable à l’or ?
Plusieurs facteurs macroéconomiques expliquent pourquoi le scénario d’une simple correction technique paraît aujourd’hui moins évident qu’il y a quelques mois. Le dollar américain s’est affaibli, les marchés ont réévalué leurs anticipations concernant la politique de la Réserve fédérale et les inquiétudes concernant les finances publiques américaines restent élevées. Parallèlement, les rendements obligataires à long terme demeurent élevés, ce qui entretient les interrogations concernant la capacité du gouvernement américain à financer durablement sa dette à des coûts acceptables. Le 17 août, le rendement du Treasury américain à 30 ans avait notamment atteint environ 5,31 %, son niveau le plus élevé depuis 2007 selon Reuters. Dans le même temps, l’or progressait au-dessus de 4 400 dollars. Cette combinaison est intéressante parce qu’elle montre que l’or peut conserver une forte demande même dans un environnement où les obligations offrent des rendements nominaux élevés. Si les investisseurs commencent à considérer que les risques budgétaires, monétaires et géopolitiques sont suffisamment importants, l’absence de coupon de l’or peut devenir moins pénalisante. Dans cette perspective, l’achat d’or physique peut être étudié comme un actif complémentaire aux obligations et aux actions dans une allocation diversifiée.
Pourquoi le comportement des particuliers est peut-être le signal le plus important
Adrian Day insiste particulièrement sur l’absence de participation massive du grand public. Cette observation peut sembler secondaire, mais elle est en réalité déterminante lorsqu’on cherche à identifier un sommet de marché. Les grands mouvements haussiers de long terme peuvent commencer alors que la majorité des investisseurs reste sceptique. Ce n’est que progressivement que la hausse attire les capitaux, puis que la performance devient elle-même le moteur de nouveaux achats. La phase finale est souvent très différente : les investisseurs achètent parce qu’ils ont peur de manquer la hausse, les valorisations deviennent secondaires et le raisonnement fondamental laisse progressivement place à la spéculation. Selon Day, ce stade n’a pas encore été atteint. Son argument n’est donc pas que l’or ne peut plus baisser, mais que les conditions caractéristiques d’un sommet majeur ne sont pas réunies. Cette nuance mérite d’être conservée à l’esprit par toute personne qui envisage l’achat d’or pour protéger ou diversifier son patrimoine.
La Chine reste un acteur essentiel de la demande physique
L’un des éléments qui distingue le cycle actuel des anciennes phases spéculatives est également la composition de la demande. Adrian Day souligne les achats physiques observés en Chine, qui constituent un élément structurel particulièrement intéressant. L’Asie occupe depuis longtemps une place majeure dans la demande mondiale d’or physique, mais son comportement n’est pas identique à celui des investisseurs occidentaux. L’or peut y être considéré comme une réserve de valeur, un actif patrimonial et une protection contre certaines incertitudes économiques et financières. Reuters soulignait récemment que la demande chinoise restait relativement stable malgré la remontée des cours, alors que la demande de bijoux en Inde demeurait davantage pénalisée par les niveaux de prix élevés. Cette différence entre demande d’investissement et demande de consommation est importante : un marché peut continuer à bénéficier d’achats structurels même lorsque les particuliers réduisent leurs achats de bijoux. Pour ceux qui souhaitent se positionner directement sur le métal plutôt que sur les produits financiers qui lui sont liés, l’achat d’or physique permet d’examiner une exposition directe à cet actif mondial.
Le véritable danger serait une nouvelle explosion spéculative
Le paradoxe du marché de l’or est donc le suivant : une forte hausse n’est pas nécessairement inquiétante en elle-même. Ce qui devient préoccupant, c’est lorsque la hausse commence à produire une euphorie disproportionnée. En 2011, Adrian Day rappelle que certains ETF liés à l’or et aux sociétés minières s’échangeaient avec des primes particulièrement importantes pendant plusieurs mois. Les investisseurs ne se contentaient plus d’acheter : ils acceptaient de payer sensiblement plus cher pour obtenir leur exposition au secteur. Cette dynamique est très différente d’un marché où les capitaux arrivent progressivement. La spéculation terminale se caractérise généralement par une accélération de la demande, une forte médiatisation et une disparition progressive de la prudence. Pour l’instant, Day estime que le marché n’en est pas là. Cela signifie évidemment que l’or est à l’abri d’une correction, mais simplement que la présence d’une mania n’est pas encore suffisamment évidente pour conclure que le cycle haussier touche à sa fin. Dans ce contexte, l’achat d’or peut être considéré avec davantage de discipline, sans attendre qu’une éventuelle euphorie transforme le marché en phénomène purement spéculatif.
Pourquoi le marché des actions minières est particulièrement révélateur
Les sociétés minières constituent un autre élément essentiel de l’analyse. Historiquement, lorsque l’or entre dans une véritable phase haussière, les bénéfices des producteurs peuvent progresser plus rapidement que le prix du métal, car leurs coûts d’exploitation ne montent pas nécessairement aussi vite que leurs revenus. Cette caractéristique crée un effet de levier opérationnel qui peut rendre les actions minières beaucoup plus volatiles que l’or lui-même. Mais cet effet fonctionne également dans l’autre sens. Une baisse du métal peut exercer une pression importante sur les valorisations minières. Adrian Day considère donc le comportement de GDX et surtout de GDXJ comme un indicateur permettant d’observer si les investisseurs commencent réellement à prendre davantage de risques. Son analyse publiée en février 2026 soulignait déjà que les actions minières ne présentaient pas encore le type de levier habituellement observé au début d’un grand marché haussier, tandis que les valorisations de nombreux producteurs restaient relativement basses. Pour un épargnant qui préfère éviter la volatilité spécifique des sociétés minières, l’achat d’or physique peut représenter une manière plus directe d’obtenir une exposition au métal précieux.
Le rebond de 2026 intervient après une correction qui a profondément changé le marché
Il faut également replacer le rebond actuel dans son contexte. L’or avait atteint un sommet historique supérieur à 5 500 dollars l’once en janvier avant de connaître une correction particulièrement brutale, descendant sous les 4 000 dollars en juin. Reuters expliquait alors que les investisseurs avaient recherché de la liquidité dans un contexte de tensions géopolitiques et de forte hausse du pétrole, tandis que certaines banques centrales avaient utilisé leurs réserves pour soutenir leurs économies. Cette correction a donc joué un rôle important : elle a éliminé une partie de l’excès d’optimisme qui pouvait exister au début de l’année. C’est précisément ce qui rend l’hypothèse d’un simple rebond technique plus difficile à trancher. Un marché qui vient de subir une baisse de plusieurs dizaines de pourcents peut parfaitement connaître une forte reprise sans nécessairement entamer immédiatement une nouvelle tendance haussière de plusieurs années. Mais il peut également avoir terminé sa phase corrective. Pour l’investisseur qui cherche une stratégie de long terme, l’achat d’or physique peut être envisagé avec une approche progressive afin de ne pas dépendre de la capacité à identifier exactement le point bas ou le point haut du marché.
Le signal technique à surveiller : la capacité de l’or à conserver ses nouvelles zones de prix
Au-delà des flux et des fondamentaux, le comportement technique du marché mérite également une attention particulière. La progression récente de l’or au-dessus de certaines moyennes mobiles importantes constitue un signal encourageant, mais elle devra être confirmée dans la durée. Le 19 août, Reuters rapportait que l’or avait franchi sa moyenne mobile à 100 jours située autour de 4 381 dollars après une progression de plus de 3 %. Deux jours plus tard, le métal avait dépassé sa moyenne mobile à 200 jours, un niveau considéré par de nombreux analystes comme un repère majeur de tendance. Le véritable test consiste maintenant à déterminer si ces niveaux deviennent des supports ou s’ils sont simplement franchis temporairement avant une nouvelle correction. Un marché haussier solide doit progressivement transformer les anciennes résistances en supports. Si cela se produit, le scénario d’une reprise durable gagnera en crédibilité. Dans cette optique, l’achat d’or peut être étudié dans une perspective de long terme plutôt que de chercher à anticiper chaque mouvement technique.
Pourquoi l’or peut continuer à monter sans entrer immédiatement dans une bulle
Il existe une différence fondamentale entre une hausse alimentée par une amélioration des fondamentaux et une hausse alimentée par la seule spéculation. L’or peut progresser pendant plusieurs années si les facteurs qui soutiennent sa demande restent présents : achats des banques centrales, inquiétudes budgétaires, diversification des réserves de change, faiblesse potentielle du dollar, incertitudes géopolitiques, recherche de protection contre l’inflation ou encore baisse des taux réels. Dans ce cas, une hausse importante du prix ne signifie pas automatiquement que le marché est dans une bulle. C’est précisément le message qu’Adrian Day semble vouloir faire passer. Le niveau du cours ne suffit pas à déterminer si l’or est surévalué. Il faut également analyser qui achète, pourquoi ces investisseurs achètent et à quel degré de levier ou de spéculation ils interviennent. Cette approche permet de comprendre pourquoi l’achat d’or physique peut conserver une place dans une stratégie patrimoniale même après une forte progression du cours.
Que ferait un véritable retour de la mania sur l’or ?
Pour comprendre la thèse d’Adrian Day, il faut également imaginer le scénario inverse. Supposons que l’or poursuive sa progression et atteigne progressivement de nouveaux records. Les médias généralistes pourraient alors recommencer à consacrer une place croissante au métal jaune. Les particuliers pourraient revenir massivement vers les ETF, les pièces et les lingots. Les actions minières pourraient commencer à surperformer le métal de manière spectaculaire. Les investisseurs pourraient accepter des valorisations de plus en plus élevées et les flux vers les produits spécialisés pourraient exploser. Si cette dynamique se mettait réellement en place, elle constituerait paradoxalement un signal de prudence. Le problème ne serait plus la hausse de l’or, mais la vitesse à laquelle la conviction haussière se diffuserait dans l’ensemble du marché. C’est ce phénomène que l’expérience de 2011 permet d’illustrer. Tant que cette euphorie n’apparaît pas, Adrian Day considère qu’il est prématuré de conclure que le cycle actuel touche nécessairement à son terme. Pour les investisseurs qui veulent éviter d’attendre le stade de l’euphorie, l’achat d’or peut être étudié dès maintenant dans une logique de diversification progressive et maîtrisée.
Le rôle du dollar reste déterminant pour la prochaine étape
L’évolution du dollar sera probablement l’un des paramètres les plus importants à surveiller dans les prochains mois. L’or étant coté en dollars, une baisse de la monnaie américaine tend, toutes choses égales par ailleurs, à rendre le métal plus accessible aux détenteurs d’autres devises et peut donc soutenir sa demande. À l’inverse, un dollar très fort peut exercer une pression sur le métal. Les événements récents illustrent clairement cette relation. Reuters rapportait le 21 août que l’affaiblissement du dollar avait contribué à soutenir l’or, tandis que les anticipations concernant la politique de la Réserve fédérale renforçaient également l’intérêt pour le métal. Il serait toutefois dangereux de réduire toute l’analyse à cette seule variable. L’or peut progresser même avec un dollar ferme lorsque les risques financiers, géopolitiques ou budgétaires sont suffisamment importants. C’est pourquoi l’achat d’or peut être envisagé comme une diversification qui ne repose pas sur un seul indicateur économique.
Les banques centrales apportent une demande différente de celle des spéculateurs
Un autre élément distingue le marché actuel des précédentes phases de mania : le rôle des banques centrales. Ces dernières années, plusieurs banques centrales ont renforcé leurs réserves d’or, contribuant à créer une demande structurelle qui n’est pas nécessairement liée aux mouvements de court terme des investisseurs particuliers. Cette catégorie d’acheteurs est particulièrement importante parce qu’elle ne raisonne pas de la même manière qu’un trader. Une banque centrale peut acheter de l’or dans le cadre d’une stratégie de diversification de ses réserves sur plusieurs années. Elle n’a donc pas nécessairement besoin de vendre dès que le prix recule de quelques pourcents. Adrian Day souligne également le rôle d’acheteurs institutionnels capables de rester relativement insensibles aux fluctuations quotidiennes du prix. Cette demande structurelle contribue à modifier le profil du marché. Pour les particuliers qui souhaitent eux aussi construire une exposition patrimoniale indépendante des marchés financiers, l’achat d’or physique peut être étudié comme une composante de diversification à long terme.
Et si Adrian Day se trompait ?
Une analyse sérieuse doit naturellement envisager la possibilité que le scénario défendu par Adrian Day soit incorrect. Il reconnaît lui-même cette possibilité. Si le mouvement observé actuellement était effectivement un simple rebond au sein d’un marché baissier, l’or pourrait échouer à conserver ses nouveaux niveaux et revenir vers des supports inférieurs. Une remontée des taux réels, un renforcement marqué du dollar, une diminution des tensions géopolitiques ou une amélioration spectaculaire de l’appétit pour le risque pourraient également réduire l’attrait du métal précieux. Le scénario baissier ne peut donc pas être éliminé. La force de l’analyse de Day réside davantage dans l’identification des indices permettant de distinguer progressivement les deux scénarios que dans la prétention de connaître avec certitude l’avenir. Pour un investisseur, cette distinction est fondamentale : l’achat d’or doit être envisagé en fonction de son horizon, de sa tolérance au risque et de sa stratégie patrimoniale, et non comme une certitude de hausse.
Le véritable « smart money » n’attend pas forcément les records pour se positionner
L’expression « smart money » peut être trompeuse si elle laisse croire qu’un groupe d’investisseurs possède une capacité magique à prédire les marchés. En réalité, elle désigne généralement les investisseurs professionnels ou institutionnels qui disposent de davantage de ressources pour analyser les données, les flux et les fondamentaux. Leur comportement peut toutefois fournir des informations intéressantes. Dans le cas présent, le point important est que l’intérêt pour l’or semble revenir progressivement plutôt que de manière totalement désordonnée. Les flux vers les ETF miniers ont récemment augmenté, le métal a récupéré plusieurs niveaux techniques importants et certains investisseurs institutionnels semblent revenir sur le secteur. Cette combinaison n’est pas la preuve que l’or va nécessairement continuer à monter, mais elle est compatible avec l’hypothèse d’un marché qui tente de reconstruire une tendance haussière. Pour les particuliers qui souhaitent construire leur propre stratégie plutôt que simplement suivre les mouvements spéculatifs, l’achat d’or physique peut constituer une piste à examiner dans une démarche de diversification patrimoniale.
Or physique ou actions minières : deux stratégies qui ne répondent pas au même objectif
Le débat autour du retour potentiel de l’or soulève également une question pratique : faut-il privilégier le métal physique ou les actions de sociétés minières ? La réponse dépend avant tout de l’objectif recherché. L’or physique offre une exposition directe au prix du métal sans dépendre de la gestion d’une entreprise minière, de ses coûts de production, de sa dette, de ses réserves ou des risques liés à ses pays d’exploitation. Les actions minières peuvent, à l’inverse, offrir un effet de levier plus important lorsque le cours de l’or progresse, mais elles comportent également davantage de risques spécifiques. Une société peut voir son action baisser alors même que l’or monte si ses coûts augmentent, si sa production diminue ou si ses perspectives opérationnelles se détériorent. C’est pourquoi l’investisseur doit distinguer clairement les deux approches. Dans une stratégie patrimoniale prudente, l’achat d’or physique peut être envisagé comme une exposition directe au métal, tandis que les actions minières relèvent d’une prise de risque différente.
Pourquoi l’argent pourrait également bénéficier d’un nouveau cycle des métaux précieux
Bien que l’analyse d’Adrian Day porte principalement sur l’or, le même raisonnement peut être étendu à l’argent. Le métal gris possède une double fonction : monétaire et industrielle. Dans une phase de hausse généralisée des métaux précieux, l’argent peut parfois enregistrer des mouvements plus rapides que l’or, mais il présente également une volatilité supérieure. Les investisseurs doivent donc éviter de considérer les deux métaux comme parfaitement interchangeables. L’argent dépend davantage de la santé de l’industrie mondiale, tandis que l’or est davantage perçu comme une réserve de valeur et un actif monétaire. Cette différence explique pourquoi une éventuelle poursuite du cycle haussier pourrait profiter aux deux métaux selon des mécanismes partiellement différents. Pour ceux qui souhaitent comparer ces deux expositions, l’achat d’or et d’argent peut être étudié conjointement afin de réfléchir à une diversification adaptée à son horizon patrimonial.
Les prochaines semaines permettront de départager le rebond technique du véritable marché haussier
Le marché dispose désormais de plusieurs indicateurs qui permettront progressivement de départager les deux scénarios. Il faudra notamment surveiller les flux vers les ETF, le comportement de GDX et GDXJ, la demande physique en Asie, les achats des banques centrales, le dollar, les taux réels américains et la capacité de l’or à conserver les niveaux techniques reconquis en août. Il faudra également observer le comportement des investisseurs particuliers. Si les capitaux continuent d’arriver progressivement sans provoquer d’euphorie, le scénario d’un marché haussier encore relativement jeune gagnera en crédibilité. Si, au contraire, les flux explosent soudainement et que les valorisations des sociétés minières s’envolent sans rapport avec leurs fondamentaux, le risque d’une phase spéculative avancée deviendra beaucoup plus important. Pour l’épargnant, l’objectif n’est donc pas de deviner exactement le prochain sommet, mais de comprendre la dynamique générale. Dans cette optique, l’achat d’or peut être envisagé progressivement plutôt que dans une logique de tout ou rien.
Alors, l’or est-il réellement reparti pour une nouvelle envolée ?
La réponse d’Adrian Day est prudente mais clairement constructive. Il ne prétend pas que le cours de l’or ne peut plus baisser et ne présente pas le mouvement actuel comme une certitude. Son argument est différent : si février avait constitué le sommet définitif du cycle, il faudrait expliquer pourquoi les signes classiques d’une véritable mania ne sont pas apparus. Il n’a pas observé la même frénésie que celle de 2011, ni les mêmes primes prolongées sur les produits liés à l’or, ni une vague massive et durable de capitaux spéculatifs provenant du grand public. Les flux récents vers GDX et GDXJ sont certes plus importants, mais lorsqu’ils sont replacés dans une perspective de plusieurs mois, ils ne ressemblent toujours pas à une véritable capitulation de l’argent vers le secteur aurifère. Parallèlement, l’or a fortement rebondi en août et a retrouvé plusieurs niveaux techniques importants. Reuters indiquait le 21 août que le métal avait progressé de plus de 5 % sur la semaine, atteignant environ 4 624 dollars l’once. Tous ces éléments ne garantissent évidemment pas la poursuite de la hausse, mais ils expliquent pourquoi le scénario d’une simple remontée éphémère ne peut pas être considéré comme acquis. Dans ce contexte, l’achat d’or peut être étudié comme une solution de diversification à long terme plutôt que comme un simple moyen de spéculer sur le prochain mouvement du cours.
Conclusion : le signe le plus haussier pourrait être celui que personne ne regarde
La leçon principale de l’analyse d’Adrian Day est finalement assez différente d’une simple prévision sur le prix de l’or. Pour déterminer si un marché haussier est réellement solide, il ne suffit pas de regarder la courbe du cours. Il faut observer qui achète, pourquoi, pendant combien de temps et avec quel niveau de spéculation. Les grands sommets de 1980 et 2011 étaient accompagnés d’une véritable frénésie. Le marché actuel présente au contraire un contraste intéressant : l’or vient de connaître un rebond spectaculaire, les investisseurs institutionnels semblent revenir progressivement, les flux vers certaines actions minières augmentent et les préoccupations monétaires et budgétaires restent importantes, mais la participation spéculative du grand public ne semble pas encore avoir atteint les niveaux caractéristiques d’une euphorie terminale. Cela ne signifie pas que l’or est condamné à monter. Cela signifie simplement que l’argument selon lequel le marché aurait déjà atteint son sommet définitif mérite d’être examiné avec davantage de prudence. Le véritable signal d’alerte pourrait paradoxalement apparaître lorsque tout le monde commencera à croire que l’or ne peut plus baisser. D’ici là, l’achat d’or et d’argent peut constituer une piste de diversification patrimoniale à étudier avec une approche progressive, réfléchie et adaptée à son propre profil.
Avertissement : cet article présente et analyse les propos attribués à Adrian Day ainsi que des données de marché disponibles en août 2026. Il ne constitue pas un conseil en investissement, une recommandation d’achat ou de vente, ni une garantie concernant l’évolution future de l’or, de l’argent, des actions minières ou des marchés financiers. Les métaux précieux peuvent connaître des fluctuations importantes et leur prix peut évoluer à la hausse comme à la baisse. Toute décision d’investissement doit tenir compte de la situation personnelle, de l’horizon de placement et du niveau de risque accepté par l’investisseur.



