Une probabilité de réévaluation de l’or désormais supérieure à 50%
L’analyste autrichien Ronald-Peter Stoeferle, auteur du rapport In Gold We Trust, vient de formuler une alerte majeure : selon lui, la probabilité que les États-Unis procèdent à une réévaluation officielle de leurs réserves d’or dépasse désormais 50%. Il y a encore quelques années, il évaluait cette hypothèse entre 10 et 15%. Aujourd’hui, la détérioration de la confiance dans les dettes souveraines, l’explosion des besoins de financement publics et les signaux envoyés par l’administration américaine le conduisent à considérer ce scénario comme de plus en plus réaliste. Pour les épargnants, cette bascule pourrait transformer l’or d’un simple actif de diversification en pilier central du futur système monétaire. Dans ce contexte, l’achat de pièces d’or historiques comme le 20 francs Napoléon tête nue apparaît comme une réponse concrète à un risque systémique qui ne cesse de s’aggraver.
Le point de départ de ce scénario est aussi simple qu’inquiétant : les États-Unis détiennent environ 261,5 millions d’onces d’or, soit près de 8 133 tonnes, la plus importante réserve officielle au monde. Pourtant, cette or est toujours comptabilisée à 42,2222 dollars l’once, un prix statutaire figé depuis 1973. Alors que l’once évolue autour de 4 100 à 4 200 dollars en octobre 2026, l’écart entre la valeur comptable et la valeur de marché atteint plus de 1 100 milliards de dollars. Autrement dit, Washington détient un actif colossal, mais refuse toujours de le reconnaître à sa juste valeur. Cette anomalie comptable explique pourquoi les pièces d’or restent un refuge tangible face à une monnaie fiduciaire de plus en plus fragilisée.
Cette situation n’est pas une simple curiosité administrative. Elle traduit un choix politique profond : les États-Unis ont conservé un prix officiel de l’or hérité de l’après-Bretton Woods, alors même que le métal jaune est devenu, dans les faits, l’un des actifs de réserve les plus recherchés de la planète. Le Congressional Research Service rappelle que la valeur statutaire de l’or américain demeure fixée à 42,2222 dollars l’once en vertu des sections 5116 et 5117 du titre 31 du code des États-Unis, ce qui maintient la valeur comptable du stock autour de 11 milliards de dollars. La Réserve fédérale confirme elle-même que ce prix légal n’a pas varié depuis 1973. Face à cette réalité, les lingots d’or permettent de détenir directement un actif qui ne dépend d’aucune promesse étatique, contrairement aux obligations souveraines dont la valeur repose sur la capacité des États à rembourser.
Stoeferle insiste sur un élément décisif : Scott Bessent, secrétaire au Trésor, aurait évoqué la volonté de « monétiser la partie actifs du bilan des États-Unis pour le peuple américain ». Il aurait également parlé d’un possible « moment Bretton Woods », une formule lourde de sens dans l’histoire monétaire. Pour l’analyste, ces déclarations ne sont pas anodines : elles suggèrent que Washington étudie sérieusement comment transformer ses actifs, dont l’or, en levier de réparation budgétaire. Une réévaluation de l’or permettrait en effet de créer une plus-value comptable massive sans émettre un dollar de dette supplémentaire. C’est précisément cette mécanique qui rend le scénario si puissant, et qui explique pourquoi le 20 francs Napoléon tête nue constitue une porte d’entrée historique vers l’or physique.
Le raisonnement de Stoeferle s’appuie également sur un document de la Réserve fédérale publié en 2025, intitulé Official Reserve Revaluations: The International Experience. Cette étude analyse les réévaluations passées des réserves officielles et indique qu’une réévaluation des 261,5 millions d’onces d’or américaines, depuis 42,22 dollars jusqu’aux prix de marché d’environ 3 300 dollars à l’époque, représenterait environ 3% du PIB américain. Avec l’or désormais proche de 4 200 dollars l’once, ce potentiel est mécaniquement encore plus élevé. Pour Stoeferle, ce n’est pas une coïncidence : la Fed aurait déjà décrit, étudié et cadré un mécanisme qu’il qualifie de « recapitalisation silencieuse des bilans ». Dans un tel environnement, acheter des pièces d’or revient à se positionner sur l’actif que les États pourraient être contraints de réhabiliter.
Le parallèle historique renforce encore la thèse. L’Italie a déjà réévalué ses réserves d’or en 2002, l’Afrique du Sud en 2024, et plusieurs pays ont utilisé les plus-values sur leurs réserves pour renforcer leurs bilans publics. La Banque centrale européenne détient toujours plus de 12 000 tonnes d’or et les évalue aux prix de marché, ce qui lui permet de bénéficier directement de la hausse du métal jaune. Les États-Unis, eux, restent prisonniers d’un prix de 1973. Cette asymétrie devient de plus en plus difficile à justifier alors que la confiance dans les dettes publiques s’effrite aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, en France et au Japon. Pour Stoeferle, ce n’est plus une question de savoir si l’or retrouvera un rôle monétaire, mais quand. C’est pourquoi l’or sous forme de lingots constitue une protection directe contre la perte de confiance dans les dettes souveraines.
Des marchés obligataires sous pression extrême
Le contexte qui rend cette hypothèse crédible est celui d’un marché obligataire mondial de plus en plus tendu. Stoeferle ne se limite pas aux Treasuries américaines : il pointe également les tensions sur les obligations européennes, notamment françaises, ainsi que sur les dettes britannique, allemande et japonaise. Selon lui, les hausses de rendements observées ne reflètent pas seulement l’inflation ou les politiques monétaires. Elles traduisent une perte de confiance plus profonde envers les gouvernements, leurs déficits, leurs engagements futurs et leur capacité à maîtriser des budgets publics devenus ingérables. Lorsque les investisseurs commencent à douter de la solvabilité des États, ils exigent une prime de risque plus élevée. C’est exactement ce que révèlent, selon lui, les tensions actuelles sur les marchés souverains.
Dans cette lecture, la pression sur les obligations est d’abord un vent contraire pour l’or, car des rendements élevés rendent les actifs sans rendement moins attractifs à court terme. Mais elle devient ensuite un puissant catalyseur haussier. Plus les États devront payer cher pour se financer, plus ils seront tentés de recourir à des solutions exceptionnelles : rachats massifs de dette, interventions sur les marchés, baisse des taux, contrôle des courbes de rendement ou réévaluation d’actifs stratégiques comme l’or. Stoeferle estime que les autorités américaines ont probablement préparé ce qu’il appelle une « bazooka », une réponse massive destinée à éviter une crise de confiance incontrôlable avant les élections de mi-mandat. Le marché obligataire, lui, semble déjà envoyer un message clair : la confiance dans les finances publiques industrialisées est en train de se fissurer.
Comment se déroulerait une réévaluation de l’or américain
Le scénario décrit par Stoeferle suit une séquence précise. Le Trésor américain augmenterait d’abord ses rachats de dette, tandis que la Réserve fédérale engagerait une nouvelle phase de baisse des taux. L’or monterait fortement, car le métal jaune réagit historiquement lorsque le court terme est maintenu artificiellement bas alors que le long terme devient incontrôlable. Ensuite, le Trésor réévaluerait officiellement son or à un prix bien supérieur à 42,22 dollars l’once. Cette opération créerait un profit exceptionnel de plusieurs milliers de milliards de dollars crédité au compte général du Trésor, le Treasury General Account. Ce montant pourrait ensuite servir à racheter une partie de la dette longue après sa chute, faisant mécaniquement baisser les taux longs.
L’élégance du mécanisme, du point de vue de Washington, réside dans son apparence de solution sans dette nouvelle. Aucun impôt supplémentaire ne serait directement nécessaire, aucune émission massive d’obligations ne serait immédiatement requise, et aucun actif physique ne devrait nécessairement être vendu. Il suffirait de modifier la valeur comptable de l’or pour transformer un actif dormant en levier budgétaire. Pour Stoeferle, celui qui réussirait une telle opération pourrait passer à l’histoire comme l’homme qui aurait « réparé le bilan de l’Amérique ». Plus le prix de l’or serait élevé au moment de la réévaluation, plus l’arithmétique deviendrait favorable au Trésor. C’est cette logique qui conduit l’analyste à affirmer que, pour la première fois, les gouvernements ne seraient plus nécessairement opposés à une hausse du prix de l’or.
Un scénario qui pourrait aussi se retourner
Stoeferle ne présente pas ce scénario comme une solution miracle. Il reconnaît qu’une réévaluation de l’or pourrait être perçue comme un acte de désespoir, surtout dans un climat de défiance politique et à l’approche des élections de mi-mandat. Si l’opération était annoncée brutalement, sans coordination ni explication, elle pourrait alimenter l’idée que Washington cherche à masquer l’ampleur de sa crise budgétaire par un tour de passe-passe comptable. Les marchés pourraient alors réagir violemment, non pas en validant la manœuvre, mais en punissant le dollar, les obligations américaines et la crédibilité des institutions.
Toutefois, l’analyste considère qu’une telle opération serait probablement préparée avec une coordination et une communication importantes en amont. Il cite notamment David Zervos, ancien stratège de Jefferies devenu conseiller spécial de Scott Bessent, comme exemple d’un profil capable de comprendre les mécanismes de marché et de préparer une transition complexe. Pour Stoeferle, la combinaison entre rendements obligataires en hausse, dette publique hors de contrôle, pression électorale et présence de conseillers favorables à la « monnaie saine » rend les prochaines semaines particulièrement décisives. Il ne promet pas une date, mais affirme avec force que « quelque chose va se passer ».
Un simple cycle de l’or ou une remontétisation historique ?
La question centrale, selon Stoeferle, est de savoir si nous vivons un cycle ordinaire de l’or ou une véritable remontétisation du métal jaune. Dans un cycle classique, l’or monte, se corrige, puis entre dans une longue phase de consolidation. Mais plusieurs signaux ne correspondent plus à ce schéma habituel. Les banques centrales ont acheté plus de 1 000 tonnes d’or par an durant trois années consécutives, un niveau jamais vu depuis des décennies. Le rapatriement des réserves s’est accéléré, les États cherchent des actifs impossibles à geler ou à sanctionner, et la réévaluation de l’or figure désormais dans les débats officiels. Pour Stoeferle, ces éléments ne relèvent pas d’une simple mode d’investissement : ils signalent un changement structurel du système monétaire.
Son rapport In Gold We Trust identifie six vecteurs de remontétisation : le retour de l’or comme réserve de valeur résistante aux sanctions, sa fonction de protection institutionnelle, son rôle dans la recapitalisation des bilans, les obligations adossées à l’or, le rattrapage des banques centrales occidentales et la tokenisation de l’or. Cette approche montre que le métal jaune n’est plus seulement un actif spéculatif ou une assurance contre l’inflation. Il redevient progressivement un instrument de souveraineté monétaire, de stabilité financière et de confiance entre États. Dans un monde où les réserves en dollars, en euros, en yens ou en yuans peuvent être exposées à des décisions politiques, l’or physique retrouve une fonction que la finance moderne avait cru pouvoir effacer.
Pourquoi l’or reste sous-évalué selon Stoeferle
Stoeferle reconnaît qu’un investisseur traditionnel peut trouver l’or cher après sa forte progression. Mais il invite à changer de référentiel. Mesuré non pas seulement en dollars, mais rapporté aux agrégats monétaires, à la masse monétaire mondiale et à l’expansion historique des bilans des banques centrales, l’or demeure selon lui relativement bon marché. Cette distinction est essentielle : une monnaie qui est créée en quantité croissante finit mécaniquement par dévaluer les actifs denomés dans cette monnaie. L’or, au contraire, ne peut pas être imprimé, créé par décret ou annihilé par une décision de banque centrale. C’est cette rareté non reproductible qui explique sa résilience à travers les crises monétaires.
Pour l’analyste, la vraie question n’est donc pas de savoir si l’or a déjà beaucoup monté, mais si le monde entre dans une nouvelle ère monétaire. Si la réponse est oui, alors les niveaux de prix actuels ne constituent pas un plafond, mais une étape dans un processus de revalorisation beaucoup plus large. Les banques centrales, les États et les investisseurs institutionnels ne raisonnent plus uniquement en termes de rendement. Ils raisonnent en termes de risque de contrepartie, de sanctions, de confiscation, de dévaluation et de perte de confiance. Dans ce cadre, l’or redevient ce qu’il a toujours été : la seule réserve ultime qui ne dépend d’aucune promesse.
Ce que cela signifie pour les épargnants
Pour un épargnant, la leçon est directe : ne pas considérer l’or comme un placement parmi d’autres, mais comme une assurance contre une réorganisation monétaire. Une réévaluation des réserves américaines ne garantirait pas mécaniquement une hausse immédiate et illimitée du prix de l’or. Mais elle enverrait un signal historique : la première économie mondiale reconnaîtrait officiellement que l’or possède une valeur stratégique bien supérieure à celle inscrite dans ses livres depuis 1973. Ce signal pourrait déclencher une vague de demandes institutionnelles, souveraines et privées, sur un marché physique déjà étroit.
Stoeferle ne donne pas de objectif de prix, car il refuse de spéculer sur un niveau précis. En revanche, il est catégorique sur la direction : une réévaluation américaine serait un « vent arrière massif » pour l’or. Dans un monde où les dettes souveraines perdent de leur crédibilité, où les banques centrales accumulent le métal jaune et où Washington évoque la monétisation de ses actifs, l’or physique redevient un actif de première ligne. Les pièces d’or et les lingots permettent précisément de détenir ce que les États eux-mêmes pourraient bientôt être obligés de revaloriser.