L’argent vient peut-être de vivre l’un de ses moments les plus décisifs de l’année. Le 14 octobre, le ratio argent/or a franchi un niveau technique majeur avant de rebondir brutalement, un comportement qui évoque fortement un bear trap, c’est-à-dire un piège à baissiers destiné à provoquer des ventes paniquées avant un retournement haussier. Pour l’analyste de Manco 64, la probabilité que l’argent ait formé un plancher face à l’or est désormais élevée, même s’il rappelle qu’aucune certitude n’existe sur les marchés. Dans ce contexte, acheter des pièces en argent devient une stratégie que de nombreux investisseurs réexaminent sérieusement, car le métal blanc pourrait être au seuil d’un nouveau cycle de surperformance.
Le signal est d’autant plus important qu’il ne s’agit pas d’un simple mouvement de court terme contre le dollar. Le ratio utilisé ici mesure combien d’onces d’or peuvent être obtenues pour 100 onces d’argent. Au 16 octobre, il se situait autour de 138,5 après avoir dépassé le sommet de juin 2024, fixé à environ 137. Ce dépassement suivi d’un rapide retour en arrière constitue précisément la configuration d’un piège haussier pour l’or face à l’argent, donc d’un potentiel creux pour l’argent. Pour ceux qui souhaitent se positionner physiquement, les lingots d’argent représentent une option directe pour s’exposer à ce scénario de reprise.
La logique de l’analyste est simple : l’or demeure la mesure ultime de la valeur. Mesurer l’argent contre l’or est donc plus significatif que de le mesurer uniquement en dollars, car cela révèle la force relative réelle du métal blanc dans un univers où les deux métaux précieux évoluent souvent ensemble. Lorsque l’or et l’argent montent simultanément face au dollar et que le marché devient haussier, l’argent a historiquement tendance à surperformer. C’est pourquoi ce retournement du ratio argent/or est si lourd de conséquences : il pourrait annoncer une phase où l’argent métal précieux reprend la main sur l’or.
Le graphique de long terme renforce encore cette lecture. En 1980, le ratio argent/or avait connu une explosion spectaculaire, avec près de 6 onces d’or obtenues pour 100 onces d’argent sur une base de clôture mensuelle. En 2011, il avait de nouveau bondi vers 3 onces d’or pour 100 onces d’argent. Plus récemment, la pointe de début d’année a atteint environ 2,3. Or, l’analyste estime que ce sommet récent n’est pas un sommet d’euphorie finale, mais une étape dans une tendance haussière plus vaste. Si cette lecture est correcte, l’argent pourrait franchir les anciens sommets remontant jusqu’à 1968, ce qui expliquerait pourquoi certains évoquent désormais des objectifs de 300, voire 500 dollars l’once. Face à un tel potentiel, les pièces d’argent restent un moyen concret de détenir le métal.
Il faut être clair : l’analyste ne affirme pas que l’argent atteindra immédiatement 300 ou 500 dollars. Il souligne en revanche que le potentiel existe, et qu’il est immense. Le marché de l’argent reste, selon lui, profondément sous-évalué dans le secteur des matières premières et des métaux précieux, particulièrement par rapport à la technologie. Cette sous-évaluation relative, combinée à une demande industrielle et technologique en plein essor, crée un terrain favorable à une reprise durable. Pour les investisseurs qui veulent une exposition tangible à ce scénario, investir dans des lingots d’argent permet de détenir directement l’actif concerné par cette dynamique.
Le marché a d’ailleurs commencé à réagir. Le 16 octobre au matin, l’argent spot cotait autour de 57,65 dollars l’once, après avoir touché un plus haut proche de 58 dollars, soit une progression d’environ 0,5 % sur la journée. L’or, lui, évoluait autour de 4 175 dollars l’once, quasiment stable. Ce rebond de l’argent, plus marqué que celui de l’or, correspond exactement au scénario attendu après un creux potentiel face au métal jaune. Dans un tel environnement, l’achat d’argent physique apparaît comme une réponse directe à une configuration technique qui pourrait changer la donne.
Un bear trap qui pourrait avoir piégé les vendeurs d’argent
Le concept de bear trap est essentiel pour comprendre ce qui s’est produit le 14 octobre. Un piège à baissiers se forme lorsqu’un prix casse un niveau technique important, poussant les investisseurs à vendre par peur d’une poursuite de la baisse. Mais au lieu de continuer à chuter, le prix rebondit rapidement. Les vendeurs qui ont cédé à la panique se retrouvent alors piégés, tandis que les acheteurs qui ont gardé leur sang-froid peuvent bénéficier du retournement. C’est exactement ce que suggère le comportement du ratio argent/or : après avoir dépassé le sommet de juin 2024, il est revenu très vite en dessous, ce qui indique que la cassure n’était probablement pas le début d’une tendance baissière, mais un piège.
Cette lecture est renforcée par le fait que la cassure s’est produite face à l’or, et non simplement face au dollar. Pour l’analyste, c’est un détail fondamental. L’or est considéré comme la référence ultime de la valeur, celle qui traverse les crises monétaires, les dévaluations et les périodes d’incertitude. Si l’argent forme un creux contre l’or, cela signifie que le métal blanc retrouve de la force non pas seulement parce que le dollar faiblit, mais parce que le marché reconnaît sa valeur intrinsèque. C’est un signal beaucoup plus puissant, car il traduit un changement d’équilibre entre les deux métaux précieux eux-mêmes.
Historiquement, lorsque l’or et l’argent montent ensemble face au dollar et que le sentiment de marché devient haussier, l’argent surperforme. Ce n’est pas une coïncidence, mais une caractéristique structurelle du marché des métaux précieux. L’argent étant à la fois un métal monétaire et un métal industriel, il bénéficie d’un levier supplémentaire lorsque la demande physique et la spéculation convergent. C’est pourquoi l’analyste insiste : pour que le scénario haussier se confirme, il faut voir ce ratio argent/or former un plancher. C’est désormais ce qui semble s’être produit le 14 octobre.
Pourquoi l’argent pourrait viser 300 ou 500 dollars
Les objectifs de 300 ou 500 dollars l’once peuvent sembler extravagants, mais ils s’appuient sur une lecture historique du ratio argent/or. En 1980, ce ratio avait atteint des sommets extrêmes, avec près de 6 onces d’or pour 100 onces d’argent. En 2011, il avait de nouveau explosé vers 3 onces d’or pour 100 onces d’argent. Si l’argent devait reproduire ne serait-ce qu’une partie de ces mouvements historiques, tout en bénéficiant d’une base de prix déjà beaucoup plus élevée qu’il y a une décennie, les trajectoires vers 300 ou 500 dollars deviennent mathématiquement envisageables, même si elles ne sont pas garanties.
L’analyste précise que le sommet atteint en début d’année, autour de 2,3 onces d’or pour 100 onces d’argent, ne constitue pas selon lui un sommet d’euphorie finale. Il l’interprète comme une étape intermédiaire dans une tendance haussière plus large. Si cette analyse est correcte, l’argent pourrait non seulement dépasser les sommets de 2024, mais aussi franchir tous les plus hauts remontant jusqu’en 1968. Cela ouvrirait la voie à une progression bien au-delà des simples objectifs à trois chiffres, vers des niveaux jamais atteints dans l’histoire moderne du métal blanc.
Ce potentiel s’explique aussi par la nature double de l’argent. Contrairement à l’or, qui est presque exclusivement un actif monétaire et de réserve, l’argent combine une dimension monétaire et une dimension industrielle. Il est utilisé dans l’électronique, les panneaux solaires, les véhicules électriques, les systèmes médicaux et de nombreuses technologies de pointe. Cette double demande crée un ressort potentiel beaucoup plus puissant que celui de l’or seul, surtout lorsque l’offre physique peine à suivre.
La demande technologique change la donne pour les métaux
Un élément nouveau et majeur est venu renforcer ce scénario : les géants de la technologie s’intéressent désormais directement aux compagnies minières pour sécuriser leurs approvisionnements en métaux critiques. Le 15 octobre, Duncan Wanblad, directeur général d’Anglo American, a déclaré au sommet Métaux et Mines du Financial Times que des discussions étaient « absolument en cours » avec des entreprises technologiques intéressées par l’achat de participations au capital du groupe minier, afin de garantir un accès à long terme aux métaux nécessaires à leurs activités [1][12].
Wanblad a expliqué que la question posée par ces entreprises technologiques était de savoir si elles devaient sécuriser des accords d’achat à long terme directement, ou prendre des positions au capital pour garantir une part de l’offre future. Il a précisé qu’aucune participation n’avait encore été prise, mais que des « expressions d’intérêt profondes » avaient été formulées. Selon lui, face au problème de rareté qui se dessine, beaucoup d’acteurs cherchent des moyens de sécuriser leurs approvisionnements [9][11].
Les entreprises technologiques utilisent de grandes quantités de cuivre, d’aluminium, d’acier et de divers métaux des terres rares pour fabriquer leurs produits et construire les centres de données qui alimentent l’intelligence artificielle. Elles s’intéressent de plus en plus à l’origine de ces métaux afin d’assurer la résilience de leurs chaînes d’approvisionnement dans un contexte de course mondiale aux ressources qui s’intensifie [9][11]. Bien que l’argent ne soit pas explicitement mentionné dans cet article du Financial Times, l’analyste souligne qu’il joue également un rôle important dans l’espace de l’IA et des produits high-tech, même si cette dimension est souvent négligée dans les analyses grand public.
Cette dynamique s’inscrit dans une tendance plus large. En juillet 2025, Apple avait signé un accord de 500 millions de dollars avec le producteur américain de terres rares MP Materials pour sécuriser son approvisionnement en aimants, réduisant ainsi sa dépendance à la Chine. Plus récemment, Rio Tinto avait conclu une collaboration stratégique avec Amazon Web Services pour fournir du cuivre produit en Arizona. BHP a également indiqué discuter avec des hyperscalers du cloud, notamment Amazon, pour sécuriser du cuivre à faible empreinte carbone [9][13].
Pourquoi les matières premières restent sous-évaluées
L’analyste estime que le secteur des matières premières et des métaux précieux demeure lourdement sous-évalué, particulièrement par rapport au secteur technologique. Cette sous-évaluation relative crée un potentiel de rattrapage important. Tant que l’attention du marché se concentre sur l’IA, les actions technologiques et les obligations liées à ce secteur, les actifs réels comme l’argent, l’or, le cuivre ou les terres rares restent relativement ignorés, alors même qu’ils constituent la base matérielle indispensable au fonctionnement de toute cette infrastructure technologique.
Il y a une ironie dans cette situation : on parle beaucoup de l’IA et de la technologie, mais presque jamais de ce qui est réellement nécessaire pour faire fonctionner ces technologies. Les centres de données, les serveurs, les réseaux électriques, les panneaux solaires et les véhicules électriques nécessitent tous des quantités massives de métaux physiques. Sans cuivre, sans argent, sans terres rares, sans aluminium, rien de tout cela ne fonctionne. C’est précisément cette réalité matérielle, souvent oubliée, qui pourrait provoquer un réajustement majeur des valorisations entre le secteur technologique et le secteur des matières premières.
Les banques centrales, quant à elles, continuent d’être de gros acheteurs d’or depuis 2022, et des entreprises comme Tether accumulent également le métal jaune. Cette demande institutionnelle soutient l’ensemble du complexe des métaux précieux. L’analyste estime que l’or restera à terme la valeur refuge, tandis que les bons du Trésor américain subiront une pression sur leurs prix, même s’ils peuvent servir de refuge à court terme lors de soubresauts comme celui observé récemment sur les obligations liées à l’IA.
Le 14 octobre, une date qui pourrait marquer un tournant
Le creux potentiel du 14 octobre coïncide avec la publication d’un indice CPI supérieur aux attentes, qui avait provoqué une forte baisse de l’argent, avec une chute de 6,16 % en séance, tandis que l’or reculait de 1,47 % [15]. Cette baisse brutale, suivie d’un rebond rapide et marqué, correspond au profil classique d’un piège à baissiers. Les contrats à terme sur l’argent ont rebondi d’environ 2,1 % pour clôturer près de 57,07 dollars, tandis que les cotations spot remontaient vers 58,15 dollars après les heures de marché [15].
Ce rebond, plus prononcé que celui de l’or, est un élément technique important. Il suggère que les vendeurs ont été absorbés rapidement et que la demande est revenue sur le marché dès que la panique s’est dissipée. C’est exactement le type de comportement qui précède généralement une reprise durable, surtout lorsqu’il se produit sur un niveau technique majeur comme celui du ratio argent/or.
Pour l’analyste, ce n’est pas une certitude, mais une probabilité élevée. Il insiste sur le fait qu’il ne donne pas de conseil d’achat direct, mais partage simplement son analyse. Néanmoins, la confluence de plusieurs facteurs — cassure et retournement du ratio argent/or, rebond technique rapide, demande technologique croissante pour les métaux, sous-évaluation persistante du secteur des matières premières — crée un tableau particulièrement favorable à un scénario haussier pour l’argent dans les mois et les années à venir.
Argent ou or : faut-il arbitrer entre les deux ?
Beaucoup d’investisseurs se demandent s’ils doivent vendre leur or pour acheter de l’argent, ou l’inverse. L’analyste recommande personnellement de continuer à accumuler les deux, sans essayer de les échanger l’un contre l’autre, sauf en cas de pic extrême et inhabituel de l’argent alors que l’or ne bouge pas, ce qu’il juge peu probable car les deux métaux ont tendance à évoluer ensemble. Il rappelle simplement que tout revendeur de métaux précios prélèvera une commission, et qu’il faut chercher la meilleure offre si l’on souhaite arbitrer.
Le secteur minier de l’argent offre également une exposition à ce scénario, avec un effet de levier sur le prix du métal. Des sociétés comme Hecla Mining, Pan American Silver ou Aya Gold & Silver ont connu des baisses importantes au cours du mois et demi écoulé, ce qui pourrait représenter une opportunité si le creux du 14 octobre se confirme. L’analyste précise toutefois que parler de levier ne signifie pas s’endetter ou utiliser la marge, mais simplement bénéficier d’une exposition amplifiée à la variation du prix de l’argent.
En définitive, la configuration actuelle de l’argent ressemble de plus en plus à un point d’inflexion majeur. Le dépassement puis le rapide retour en arrière du ratio argent/or le 14 octobre, combinés à une demande technologique en plein essor pour les métaux critiques et à une sous-évaluation persistante du secteur des matières premières, dessinent un tableau où le métal blanc pourrait être sur le point d’entrer dans une nouvelle phase de surperformance par rapport à l’or. Rien n’est garanti, mais les signaux convergent vers un scénario où l’argent pourrait bien dépasser les attentes les plus optimistes, y compris vers des niveaux de 300 ou 500 dollars l’once à plus long terme.