Le marché financier américain est-il en train de basculer dans une nouvelle ère ? Alors que les grandes valeurs technologiques vacillent, que les investissements colossaux dans l’intelligence artificielle suscitent des interrogations grandissantes et que la dette américaine vient de franchir le seuil vertigineux des 40 000 milliards de dollars, l’or manifeste une résistance particulièrement remarquée. Dans une interview diffusée le 5 novembre 2026 sur Capital Cosm, les analystes Francis Hunt et Eric Yeung livrent une lecture particulièrement préoccupante de la situation. Leur constat : le système financier pourrait être confronté à une crise structurelle bien plus profonde qu’une simple correction boursière. Pour les investisseurs qui souhaitent protéger une partie de leur patrimoine, la question de la détention d’or physique revient donc brutalement au premier plan. Acheter de l’or physique et découvrir les pièces Napoléon 20 francs devient ainsi une piste de diversification patrimoniale à examiner.
Le signal le plus intéressant de cette séquence boursière réside dans le comportement simultané des différentes classes d’actifs. Traditionnellement, lorsqu’une correction brutale frappe les marchés actions américains, les investisseurs institutionnels ont tendance à rechercher la sécurité des obligations du Trésor américain. Cette rotation des capitaux constitue depuis plusieurs décennies un mécanisme central de l’architecture financière occidentale. Or, selon Francis Hunt et Eric Yeung, cette mécanique ne fonctionne plus avec la même efficacité. Alors que le Nasdaq connaît une forte correction, les obligations américaines ne bénéficient pas de l’afflux massif de capitaux habituellement observé dans ce type de circonstances. Dans le même temps, l’or conserve une relative solidité. Ce comportement pourrait signaler une remise en question progressive de la confiance accordée à la dette souveraine américaine. Découvrir les pièces d’or d’investissement permet notamment d’examiner les différentes possibilités de détention d’or physique dans une stratégie patrimoniale de long terme.
Pour comprendre la portée de cette évolution, il faut revenir à un chiffre particulièrement important : la dette fédérale américaine dépasse désormais les 40 000 milliards de dollars. Selon le Joint Economic Committee du Congrès américain, elle atteignait déjà 40 250 milliards de dollars au 5 octobre 2026. Les données disponibles au début du mois de novembre indiquent une progression supplémentaire. Cette accumulation massive de dette intervient alors que les investisseurs doivent également absorber les émissions obligataires du gouvernement américain et les besoins de financement considérables des grandes entreprises technologiques. Cette concurrence pour attirer les capitaux constitue un élément essentiel de l’analyse développée par Francis Hunt. Si la confiance dans les obligations américaines venait à se détériorer durablement, les investisseurs pourraient rechercher des actifs dont la valeur ne repose pas directement sur la solvabilité d’un État ou d’une entreprise. Investir dans des lingots d’or physiques représente alors une possibilité de diversification à étudier face aux interrogations entourant l’endettement mondial.
L’autre élément central de cette analyse concerne l’intelligence artificielle. Depuis plusieurs années, les marchés financiers ont accordé des valorisations considérables aux entreprises impliquées dans les semi-conducteurs, les centres de données, les infrastructures informatiques et les services d’intelligence artificielle. Les investissements se chiffrent en centaines de milliards de dollars et reposent sur des anticipations de croissance particulièrement ambitieuses. Mais Eric Yeung soulève une question fondamentale : ces investissements produisent-ils réellement suffisamment de trésorerie pour justifier les capitaux engagés ? Selon son analyse, certaines entreprises du secteur commencent à afficher des flux de trésorerie négatifs en raison de leurs dépenses d’infrastructure. Francis Hunt va plus loin en évoquant un phénomène de financement circulaire, dans lequel les différents acteurs de l’écosystème technologique deviennent simultanément clients, fournisseurs et financeurs d’un même cycle d’investissement. Si cette dynamique devait se retourner, les conséquences pourraient dépasser largement le seul secteur technologique. Consulter les pièces d’or disponibles pour diversifier son patrimoine prend alors tout son sens dans une réflexion consacrée à la concentration des risques financiers.
Ce qui rend cette situation particulièrement préoccupante, c’est la possibilité d’une correction simultanée des marchés actions, des investissements technologiques et de la dette privée. Une baisse des valorisations pourrait obliger certains investisseurs à vendre leurs actifs pour rembourser leurs emprunts ou répondre à des appels de marge. Ces ventes forcées peuvent provoquer un phénomène de contagion : les actifs les plus liquides sont cédés en priorité, y compris ceux qui présentent pourtant des caractéristiques fondamentales solides. C’est précisément le scénario de liquidation que Francis Hunt invite à surveiller. L’or et l’argent pourraient donc eux-mêmes subir des phases de baisse temporaire, non pas nécessairement en raison d’une dégradation de leur intérêt patrimonial, mais parce que les investisseurs auraient besoin de liquidités immédiates. Découvrir les lingots d’or d’investissement permet de se familiariser avec une autre forme de détention physique, distincte des placements financiers dépendant des marchés actions.
Le véritable basculement pourrait intervenir lorsque les investisseurs constateront que les obligations américaines ne constituent plus le refuge automatique qu’elles ont représenté pendant des décennies. C’est l’hypothèse majeure développée par Francis Hunt. Pendant environ quarante ans, de 1980 à 2020, la baisse tendancielle des taux d’intérêt a favorisé un environnement particulièrement favorable aux obligations et aux actions. Cette période a profondément façonné les stratégies d’investissement occidentales. Or, depuis 2020, le contexte a changé : l’endettement s’est considérablement alourdi, les taux ont remonté et les marchés obligataires ont subi des pertes importantes. Pour Hunt, il devient indispensable de sortir de cette opposition traditionnelle entre actions et obligations. L’or pourrait retrouver une place centrale dans les allocations patrimoniales. Acheter des pièces Napoléon en or constitue notamment une manière d’accéder à l’or physique sous une forme monétaire historique.
Les élections américaines de mi-mandat : un événement politique qui pourrait accélérer la crise financière
Les élections américaines de mi-mandat du 3 novembre 2026 constituent l’un des événements politiques majeurs évoqués pendant l’entretien. Les démocrates ont remporté le contrôle des deux chambres du Congrès, enregistrant une victoire importante face au camp républicain de Donald Trump. Cette nouvelle configuration institutionnelle modifie considérablement les rapports de force à Washington.
Eric Yeung estime que cette victoire pourrait ouvrir une période particulièrement difficile pour l’administration Trump. Le contrôle démocrate des commissions parlementaires leur donne davantage de moyens pour lancer des investigations, exercer un contrôle sur l’administration et engager des procédures politiques contre le président et certains membres de son équipe. L’analyste évoque même la possibilité de nouvelles tentatives de destitution.
Il compare le scénario potentiel à l’affaire du Watergate, mais dans des proportions qu’il juge beaucoup plus importantes. Son expression est particulièrement frappante : « Watergate multiplié par dix ». Il s’agit de sa propre appréciation politique et non d’un événement acquis.
Pour Eric Yeung, cette perte de contrôle politique pourrait avoir des conséquences économiques importantes. Un président affaibli disposerait de marges de manœuvre réduites pour faire avancer son programme, tandis que les incertitudes institutionnelles pourraient peser sur les anticipations des investisseurs.
L’analyste rappelle également les performances historiques de l’or pendant certaines périodes de forte instabilité politique américaine. Il cite notamment les années 1973-1974, puis 1977-1980, périodes pendant lesquelles le métal précieux a enregistré des progressions considérables. Il estime que les tensions politiques actuelles pourraient contribuer à créer un environnement favorable à une nouvelle appréciation de l’or et de l’argent.
Francis Hunt apporte cependant une lecture différente. Il considère que les changements politiques américains servent également à faire évoluer les récits économiques dominants et à accompagner des réorientations déjà nécessaires sur les marchés. Selon lui, le véritable problème ne réside pas dans le résultat électoral, mais dans les déséquilibres financiers accumulés depuis plusieurs années.
L’intelligence artificielle : la bulle financière qui pourrait faire vaciller Wall Street
C’est probablement l’un des passages les plus importants de toute l’interview. Francis Hunt considère que les valorisations des entreprises technologiques américaines sont devenues excessives et que leur correction était devenue nécessaire.
Le Nasdaq et les valeurs liées aux semi-conducteurs concentrent une part considérable des anticipations de croissance des marchés financiers. Les investisseurs ont massivement financé les infrastructures nécessaires au développement de l’intelligence artificielle : centres de données, processeurs spécialisés, réseaux électriques, systèmes de refroidissement et équipements informatiques.
Cette expansion a nécessité des investissements considérables, dont une partie repose sur l’endettement. Le problème apparaît lorsque les dépenses engagées progressent plus rapidement que les revenus générés par les infrastructures construites.
Eric Yeung estime que certaines entreprises commencent à rencontrer des difficultés à transformer leurs investissements dans l’intelligence artificielle en flux de trésorerie positifs. Cette situation pourrait annoncer une phase de ralentissement après plusieurs années d’expansion particulièrement rapide.
Francis Hunt insiste sur un autre phénomène : les revenus circulaires. Dans un écosystème où les grandes entreprises investissent les unes dans les autres, achètent des capacités informatiques auprès de partenaires communs et financent indirectement une partie de leur propre chaîne commerciale, il devient essentiel de distinguer la croissance réelle de la demande de l’activité créée par les financements croisés.
Il évoque à ce sujet les risques de valorisation artificielle des revenus et rapproche cette situation de certains mécanismes observés lors de précédentes bulles financières.
L’analyste attire particulièrement l’attention sur les semi-conducteurs. Il considère que les entreprises de ce secteur ont été parmi les premières à montrer des signes de faiblesse technique. Selon les observations graphiques présentées pendant l’entretien, certaines valeurs liées aux semi-conducteurs ont enregistré des reculs particulièrement importants.
La comparaison avec la bulle des grandes valeurs technologiques des années 1960 et 1970 est également intéressante. À cette époque, les fameuses Nifty Fifty représentaient les entreprises considérées comme les grandes gagnantes de l’économie américaine. Leur réputation de croissance exceptionnelle avait entraîné des valorisations élevées. Pourtant, plusieurs d’entre elles ont ensuite connu une longue période de stagnation et de baisse.
Eric Yeung estime que les grandes entreprises technologiques actuelles pourraient connaître une trajectoire comparable. Les leaders d’aujourd’hui ne sont pas automatiquement assurés de conserver leur domination économique demain.
Pourquoi les obligations américaines ne rassurent-elles plus les investisseurs ?
Le marché obligataire constitue le cœur de l’analyse de Francis Hunt. Historiquement, les obligations du Trésor américain ont joué un rôle central dans les portefeuilles institutionnels. Elles ont également servi de garanties dans de nombreuses opérations financières.
Lorsque les marchés actions chutaient, les investisseurs pouvaient se reporter sur ces titres pour protéger leurs capitaux. Cette relation a contribué à installer une architecture financière reposant largement sur la complémentarité entre actions et obligations.
Mais les deux intervenants estiment que cette mécanique pourrait être en train de perdre son efficacité.
Le problème est directement lié à l’augmentation de la dette américaine. Les États-Unis doivent financer des besoins considérables, tandis que les grandes entreprises technologiques sollicitent elles aussi les marchés obligataires pour soutenir leurs investissements.
Cette concurrence entre émetteurs peut réduire la capacité du marché à absorber de nouvelles émissions sans exiger une rémunération plus élevée.
Francis Hunt souligne également que les investisseurs internationaux ne présentent plus nécessairement le même niveau d’appétit pour les obligations américaines. Les considérations géopolitiques, les besoins de financement domestiques et la gestion des réserves de change peuvent modifier les décisions des banques centrales et des grands détenteurs institutionnels.
Eric Yeung insiste notamment sur le cas de la Russie et de certains pays du Sud global. Le gel des réserves russes par les pays occidentaux a profondément marqué les relations financières internationales. Pour certains États, cette situation constitue une raison supplémentaire de réfléchir à la diversification de leurs réserves.
Le Japon représente également un acteur important dans cette évolution, notamment en raison des tensions sur le yen et de ses propres contraintes monétaires.
La question devient alors fondamentale : si les investisseurs réduisent leur exposition aux obligations américaines, où peuvent-ils placer leurs capitaux ?
Pour Francis Hunt, l’or représente précisément l’actif qui pourrait retrouver une importance majeure dans ce nouvel environnement.
L’or pourrait redevenir le grand actif monétaire oublié depuis 1980
L’une des métaphores les plus marquantes de Francis Hunt concerne la place historique de l’or dans le système financier.
Il compare le métal précieux à un ami intelligent et solide qui aurait été progressivement ignoré pendant plusieurs décennies. Pendant que les investisseurs se concentraient sur les actions et les obligations, l’or aurait été relégué au second plan, présenté comme un actif improductif ne générant aucun intérêt.
Cette perception s’est particulièrement développée pendant les quarante années de baisse des taux d’intérêt qui ont suivi le début des années 1980.
Pourtant, l’or n’a jamais disparu. Il a continué à jouer son rôle de réserve de valeur, notamment dans les réserves des banques centrales et dans les stratégies de diversification patrimoniale.
La différence fondamentale entre l’or et une obligation est simple : une obligation représente une créance sur un émetteur, tandis que l’or physique ne dépend pas de la promesse de remboursement d’un gouvernement ou d’une entreprise.
Cela ne signifie pas que son prix ne peut pas baisser. Le métal précieux reste soumis aux fluctuations des marchés, aux variations du dollar, aux taux d’intérêt réels et aux mouvements de liquidité.
Mais sa nature monétaire particulière explique pourquoi il conserve une place importante dans les stratégies patrimoniales de long terme.
Francis Hunt estime que le système financier pourrait progressivement redécouvrir cette fonction historique de l’or. Si les obligations américaines ne bénéficient plus automatiquement des flux de capitaux lors des corrections boursières, une partie de l’épargne internationale pourrait se tourner vers les métaux précieux.
Hong Kong prépare-t-il une nouvelle infrastructure financière autour de l’or physique ?
Eric Yeung apporte une dimension internationale particulièrement intéressante à cette analyse en évoquant les initiatives développées à Hong Kong.
Selon lui, plusieurs infrastructures sont actuellement mises en place pour renforcer la place de l’or physique dans les échanges financiers internationaux.
Il cite notamment le développement d’un marché de gré à gré de l’or à Hong Kong ainsi que les travaux autour de la tokenisation des actifs physiques.
Le principe consiste à associer un actif numérique à de l’or physique détenu en réserve, selon des mécanismes de représentation et de conservation spécifiques.
L’objectif potentiel est de faciliter les transferts, les opérations de règlement et l’utilisation de l’or dans des infrastructures financières modernes.
Eric Yeung évoque également le projet Ensemble, porté par l’écosystème financier hongkongais, qui explore les possibilités offertes par la tokenisation des actifs et des dépôts.
Il mentionne enfin les discussions concernant l’utilisation potentielle de l’or comme garantie financière dans des formats tokenisés.
L’enjeu est considérable : si l’or physique devenait plus facilement mobilisable comme garantie dans les circuits financiers internationaux, son rôle pourrait évoluer au-delà de celui d’une simple réserve de valeur.
Aujourd’hui, les obligations souveraines bénéficient d’un traitement réglementaire et opérationnel particulièrement favorable dans de nombreuses infrastructures bancaires occidentales. Eric Yeung rappelle notamment les différences de décote applicables aux obligations américaines et à l’or physique dans certains cadres prudentiels.
Il estime que les initiatives asiatiques pourraient contribuer à faire évoluer cette situation au cours des prochaines années.
Il ne prétend toutefois pas que cette transformation est déjà achevée. Selon lui, il faudra probablement plusieurs années pour qu’une infrastructure alternative à grande échelle puisse réellement concurrencer le rôle central des obligations américaines.
Pourquoi l’or et l’argent pourraient-ils continuer à monter malgré une correction boursière ?
L’un des signaux les plus intéressants de l’entretien concerne la performance relative des métaux précieux pendant la correction des marchés actions.
Le 5 novembre 2026, le cours de l’or est revenu autour de 4 100 dollars l’once. Reuters rapporte une progression d’environ 1 % lors de cette séance, avec un sommet intrajournalier supérieur à 4 140 dollars.
L’argent a connu une évolution moins spectaculaire, mais sa résistance relative a également retenu l’attention des intervenants.
Cette évolution est importante parce qu’elle intervient alors que les valeurs technologiques américaines subissent une forte pression vendeuse.
Eric Yeung estime que cette divergence pourrait annoncer une rotation progressive des capitaux vers les métaux précieux.
Il rappelle cependant qu’une seule séance ne suffit pas pour confirmer un changement structurel. Les prochaines semaines et les prochains mois seront déterminants.
Francis Hunt partage cette prudence sur le calendrier, tout en conservant une conviction haussière sur le long terme.
Il explique que les marchés peuvent connaître des mouvements contradictoires lorsque les investisseurs recherchent simultanément de la liquidité et une protection patrimoniale.
Ainsi, même lorsque les fondamentaux de l’or restent favorables, le métal peut subir des ventes temporaires.
Cette situation est particulièrement importante pour les investisseurs qui détiennent de l’or ou de l’argent sans levier financier.
Les mines d’or : pourquoi la hausse du métal ne profite-t-elle pas immédiatement aux producteurs ?
Un autre point essentiel de l’entretien concerne la différence entre le comportement de l’or physique et celui des sociétés minières.
Le 5 novembre, alors que le cours de l’or progressait, plusieurs fonds représentatifs des producteurs aurifères et argentifères affichaient des performances moins favorables.
Cette divergence peut sembler paradoxale. Si l’or monte, pourquoi les actions des entreprises qui l’extraient ne progressent-elles pas automatiquement ?
Francis Hunt rappelle que l’activité minière dépend fortement des coûts énergétiques. Extraire de l’or nécessite de l’électricité, du carburant, des équipements lourds, de la main-d’œuvre et des infrastructures importantes.
Le pétrole représente donc un facteur déterminant pour la rentabilité des exploitations.
Lorsque les prix de l’énergie augmentent, les coûts de production progressent également. Cette augmentation peut réduire les marges des producteurs, même lorsque le cours de l’or demeure élevé.
Francis Hunt identifie notamment une zone de prix du pétrole située approximativement entre 88 et 107,50 dollars comme une zone particulièrement importante dans son analyse technique.
Il estime qu’une baisse de l’énergie pourrait temporairement améliorer la rentabilité des mines et favoriser un rebond des actions minières.
Eric Yeung souligne pour sa part que les coûts de production de certains grands producteurs restent historiquement inférieurs aux cours actuels de l’or.
Il considère donc que les perspectives de long terme du secteur restent intéressantes, malgré les difficultés boursières à court terme.
Il faut néanmoins distinguer les sociétés minières de l’or physique. Une action minière reste un titre financier exposé aux risques opérationnels, aux décisions de gestion, aux coûts d’exploitation et aux fluctuations des marchés actions.
Le pétrole, l’inflation et la dette : le cocktail qui pourrait aggraver les tensions financières
Francis Hunt accorde une importance considérable au marché de l’énergie.
Pour lui, le pétrole constitue un élément central du système monétaire et économique mondial, car son prix influence directement les coûts de production, le transport, l’industrie et le pouvoir d’achat.
Une augmentation durable du prix du pétrole peut alimenter l’inflation et compliquer la tâche des banques centrales.
Les autorités monétaires peuvent alors être contraintes de maintenir des taux d’intérêt élevés plus longtemps afin de contenir les tensions inflationnistes.
Mais cette situation présente un problème majeur pour les économies fortement endettées : le coût du financement augmente.
Les États doivent alors consacrer davantage de ressources au paiement des intérêts de leur dette, tandis que les entreprises rencontrent des conditions de financement moins favorables.
Francis Hunt estime que ce mécanisme peut contribuer à fragiliser les marchés obligataires et à accentuer les tensions sur les finances publiques.
Il évoque également la possibilité d’une baisse du pétrole si le ralentissement économique provoque une contraction de la demande énergétique.
Cette évolution pourrait créer une situation contradictoire : les marchés seraient confrontés simultanément à des pressions inflationnistes liées à l’endettement et à des forces déflationnistes provoquées par le ralentissement économique.
Pour les investisseurs dans les métaux précieux, cette distinction est importante. Une crise de liquidité peut temporairement faire baisser l’or, même lorsque les déséquilibres monétaires de long terme restent favorables au métal jaune.
La véritable alerte : les investisseurs pourraient vendre même leurs meilleurs actifs pour obtenir des liquidités
C’est l’un des avertissements les plus importants formulés par Francis Hunt.
Lorsqu’une crise financière s’intensifie, les investisseurs ne vendent pas nécessairement les actifs qu’ils considèrent comme les moins intéressants. Ils vendent parfois ceux qu’ils peuvent liquider rapidement.
L’or et l’argent peuvent donc être concernés par des vagues de ventes forcées.
Ce phénomène se produit lorsque les investisseurs doivent répondre à des appels de marge, rembourser leurs emprunts ou couvrir des pertes enregistrées sur d’autres positions.
Dans ce contexte, même un actif considéré comme une réserve de valeur peut subir une baisse brutale.
Francis Hunt explique que cette éventualité pourrait encore provoquer une dernière phase de liquidation sur les métaux précieux et les sociétés minières.
Il déconseille donc de considérer les niveaux de prix observés en novembre comme un point bas définitivement acquis.
Sa stratégie consiste plutôt à raisonner sur plusieurs années et à privilégier les achats progressifs d’or physique sans recours excessif à l’endettement.
Il insiste également sur la nécessité de conserver des liquidités suffisantes pour faire face aux dépenses courantes et aux périodes de turbulence.
Une crise de la dette américaine pourrait-elle provoquer un changement historique du système monétaire ?
La thèse défendue par les deux intervenants dépasse largement les perspectives de quelques semaines sur les marchés financiers.
Selon eux, les déséquilibres accumulés depuis plusieurs décennies pourraient annoncer une transformation profonde du système monétaire international.
Depuis la fin de la convertibilité du dollar en or en 1971, les obligations du Trésor américain ont progressivement occupé une place centrale dans les réserves et les mécanismes de financement internationaux.
Cette architecture a permis le développement d’un système financier largement fondé sur la dette souveraine et les instruments monétaires émis par les grandes puissances économiques.
Mais l’accumulation des déficits, l’augmentation des besoins de financement et les tensions géopolitiques posent désormais la question de la diversification des réserves internationales.
L’or conserve ici un avantage particulier : il ne constitue la dette de personne.
Francis Hunt estime que les investisseurs pourraient progressivement réévaluer cette caractéristique, particulièrement si les obligations américaines perdent leur statut de refuge incontesté.
Eric Yeung partage cette perspective et considère que les évolutions observées à Hong Kong pourraient constituer les premières étapes d’une nouvelle organisation financière internationale.
Leur scénario n’implique pas nécessairement la disparition du dollar ou des marchés obligataires américains. Il décrit plutôt une possible réduction de leur monopole dans les mécanismes de confiance et de conservation de la richesse.
Francis Hunt et Eric Yeung : quelle stratégie adopter face à cette nouvelle configuration des marchés ?
Les recommandations formulées pendant l’entretien reposent essentiellement sur la gestion du risque et l’horizon d’investissement.
Eric Yeung explique qu’il conserve ses positions en or physique, en argent et dans les sociétés minières qu’il détient. Il reste également attentif aux perspectives du cuivre et de l’uranium, dont la demande pourrait être soutenue par le développement économique international et les besoins énergétiques.
Francis Hunt insiste davantage sur la prudence face aux marchés actions américains et aux instruments obligataires.
Il explique privilégier les achats progressifs d’or physique, en évitant de dépendre du levier financier.
Il recommande également de renforcer sa situation financière personnelle, de réduire les dettes lorsque cela est possible et de conserver une capacité d’autofinancement suffisante.
Cette approche repose sur une distinction fondamentale : protéger son patrimoine ne signifie pas nécessairement chercher à réaliser le meilleur rendement à court terme.
Dans une période de forte instabilité financière, la disponibilité des liquidités, la maîtrise de l’endettement et la diversification des actifs peuvent devenir des éléments essentiels.
Les deux intervenants soulignent enfin que les prochaines semaines seront déterminantes pour confirmer ou infirmer leur scénario.
Le comportement des obligations américaines face à une nouvelle correction des actions constituera notamment un indicateur majeur.
Si les marchés actions continuent de baisser sans provoquer une hausse importante des obligations, tandis que l’or et l’argent conservent leur solidité, l’hypothèse d’une véritable rotation des capitaux vers les métaux précieux gagnera en crédibilité.
Conclusion : l’or pourrait redevenir l’actif incontournable d’un monde financier profondément endetté
L’entretien entre Francis Hunt et Eric Yeung met en lumière une évolution qui mérite toute l’attention des investisseurs : la remise en question progressive du modèle financier construit autour de la domination des actions américaines et des obligations souveraines.
La dette américaine dépasse 40 000 milliards de dollars. Les investissements dans l’intelligence artificielle atteignent des proportions considérables. Les valorisations technologiques sont soumises à des interrogations grandissantes et les marchés obligataires ne bénéficient plus nécessairement de la même confiance automatique qu’au cours des décennies précédentes.
Dans ce contexte, l’or retrouve une place particulière.
Sa fonction de réserve de valeur, son absence de risque de contrepartie lorsqu’il est détenu physiquement et son indépendance vis-à-vis des promesses de remboursement des États constituent des caractéristiques qui pourraient redevenir particulièrement recherchées.
Pour Francis Hunt, le changement de régime financier est déjà en cours. Pour Eric Yeung, les prochaines semaines et les prochains mois permettront de déterminer si les mouvements observés correspondent effectivement au début d’une rotation durable des capitaux.
Une chose ressort clairement de leur analyse : les investisseurs ne peuvent plus considérer que les mécanismes financiers des quarante dernières années fonctionneront nécessairement de la même manière dans un monde confronté à un endettement aussi important.
L’or pourrait donc retrouver une fonction patrimoniale centrale, à condition de raisonner sur le long terme et de ne pas confondre les fluctuations de marché avec la valeur fondamentale d’un actif.
La véritable question n’est plus seulement de savoir si l’or peut monter davantage. Elle consiste à déterminer ce qui pourrait remplacer la confiance dans la dette lorsque celle-ci commence à vaciller.