La France peut-elle réellement se retrouver dans l’incapacité de financer sa dette ? Pour Philippe Herlin, économiste et essayiste, la question n’est plus théorique. Si le pays continue de s’enfoncer dans ses déséquilibres budgétaires, une crise de confiance des marchés pourrait précipiter une situation dont les conséquences seraient considérables pour les finances publiques, mais surtout pour le patrimoine des Français. Dans son analyse, l’échéance de la présidentielle de 2027 constitue un rendez-vous particulièrement sensible. Et derrière les milliards d’euros de dette accumulés se dessine une interrogation autrement plus inquiétante : jusqu’où l’État pourrait-il aller pour trouver l’argent qui lui manque ? Dans ce contexte, certains épargnants s’intéressent notamment à l’achat de pièces d’or physiques, notamment les pièces de 20 francs Napoléon, comme moyen de diversifier leur patrimoine.
Invité une nouvelle fois dans le podcast de Surfin’ Bitcoin par Jonathan, Philippe Herlin revient sur les perspectives financières françaises, les difficultés politiques à adopter un budget crédible et les mécanismes juridiques susceptibles d’intervenir en cas de crise bancaire. Son diagnostic est particulièrement préoccupant : contrairement à ce que certains pourraient penser, le véritable danger ne réside pas nécessairement dans une faillite officielle de la France, mais dans une succession de mesures exceptionnelles destinées à éviter un défaut de paiement. Parmi les scénarios qu’il évoque figurent une austérité massive, une intervention de la Banque centrale européenne et un éventuel emprunt forcé sur l’épargne des ménages. Autant de raisons, selon son raisonnement, de s’intéresser à la diversification patrimoniale et à la détention de pièces d’or d’investissement.
Car le problème français dépasse largement la seule question du montant de la dette publique. Il concerne la capacité de l’État à continuer de convaincre les investisseurs internationaux de lui prêter de l’argent à des conditions supportables. Lorsque cette confiance disparaît, les conséquences peuvent être extrêmement rapides. Les taux d’intérêt augmentent, le coût du refinancement s’alourdit et les marges de manœuvre budgétaires se réduisent encore davantage. Dans un tel environnement, les actifs qui ne reposent pas directement sur une créance envers un établissement bancaire ou un État peuvent prendre une place particulière dans une réflexion patrimoniale. C’est notamment le cas de l’or physique sous forme de lingots, que Philippe Herlin défend depuis plusieurs années comme réserve de valeur.
Le scénario développé par l’économiste ne repose toutefois pas sur l’idée que la France cesserait nécessairement de rembourser officiellement ses créanciers. Il estime au contraire qu’une restructuration de la dette française serait extrêmement difficile à mettre en œuvre, compte tenu de son poids dans le système financier européen. La solution passerait donc, selon lui, par d’autres mécanismes : une réduction brutale des dépenses publiques, une intervention monétaire européenne et une mobilisation exceptionnelle de l’épargne nationale. Dans cette perspective, la protection du patrimoine ne peut plus se limiter à la recherche du meilleur rendement bancaire. Elle suppose également de réfléchir à la nature même des actifs détenus, notamment à la possibilité de conserver une partie de son patrimoine en dehors du système financier traditionnel, avec des pièces d’or physiques de référence comme le Napoléon 20 francs.
L’un des points les plus frappants de son intervention concerne précisément l’épargne des Français. Livrets réglementés, comptes bancaires, contrats d’assurance-vie : ces placements ne présentent pas tous les mêmes risques et ne répondent pas aux mêmes mécanismes juridiques. Pourtant, dans une crise financière majeure, plusieurs dispositifs permettent aux autorités d’intervenir temporairement sur la disponibilité de certains avoirs. Philippe Herlin attire notamment l’attention sur la directive européenne BRRD et sur la loi Sapin 2. Il imagine également un scénario dans lequel l’État pourrait solliciter directement les ménages au moyen d’un emprunt obligatoire. Face à ces interrogations, la détention d’actifs physiques constitue une piste de diversification à examiner, notamment avec des pièces d’or d’investissement facilement identifiables et négociables.
Mais c’est surtout la perspective d’une crise politique et financière concomitante à la présidentielle de 2027 qui donne à cette analyse une dimension particulière. Philippe Herlin estime que le prochain chef de l’État pourrait hériter d’une situation financière extrêmement dégradée, avec des décisions difficiles à prendre et une population déjà fragilisée par les tensions sur le pouvoir d’achat. Son raisonnement conduit à une question centrale : si la France ne peut plus emprunter normalement, qui paiera réellement la facture de plusieurs décennies de déséquilibres budgétaires ? Pour l’économiste, les ménages pourraient se retrouver directement concernés, aussi bien par les mesures d’austérité que par les conséquences monétaires et bancaires de la crise.
La France est-elle déjà entrée dans la crise de la dette ? Philippe Herlin fixe un seuil très précis
Pour Philippe Herlin, la France n’est pas encore officiellement entrée dans une crise de la dette souveraine. Sa définition est particulièrement claire : « Une crise, c’est quand on n’arrive plus à emprunter. » Autrement dit, le simple fait de payer des taux d’intérêt élevés ne suffit pas à caractériser une situation de faillite financière. Tant que l’État parvient à placer ses obligations sur les marchés et à financer ses besoins, il conserve un accès au crédit, même si cet accès devient progressivement plus coûteux.
Cette distinction est fondamentale pour comprendre son raisonnement. La France peut connaître une situation budgétaire extrêmement dégradée sans être immédiatement confrontée à une impossibilité de paiement. En revanche, si les investisseurs refusent progressivement de financer les nouvelles émissions de dette, ou exigent des rendements devenus insoutenables, la situation change radicalement. L’État doit alors trouver rapidement des ressources pour honorer ses engagements, financer ses administrations, payer ses fonctionnaires et verser les prestations sociales. Sans refinancement suffisant, les dépenses publiques ne peuvent plus être maintenues au même niveau.
L’économiste prend l’exemple de la Grèce au début des années 2010. À l’époque, la défiance des investisseurs avait provoqué une envolée des taux souverains et rendu le financement de la dette extrêmement difficile. La crise grecque illustre précisément le moment où un État perd la confiance de ses créanciers et doit négocier des mesures d’urgence pour continuer à fonctionner. Philippe Herlin considère néanmoins que le cas français serait beaucoup plus complexe en raison du poids économique et financier du pays dans la zone euro.
Il faut également comprendre que l’augmentation des taux d’intérêt exerce une pression progressive sur le budget. Chaque nouvelle émission de dette et chaque refinancement effectué à des conditions moins favorables contribuent à alourdir la charge financière de l’État. Cette évolution réduit les ressources disponibles pour les autres politiques publiques et rend les arbitrages budgétaires de plus en plus difficiles.
Une dette publique de près de 3 600 milliards d’euros : le poids du problème français
Les derniers chiffres disponibles de l’INSEE, publiés le 29 septembre 2026, confirment l’ampleur de l’endettement français. À la fin du deuxième trimestre 2026, la dette publique au sens de Maastricht atteignait 3 595,5 milliards d’euros, soit 119 % du produit intérieur brut. En seulement trois mois, elle avait progressé de 59,6 milliards d’euros. La dette nette s’établissait quant à elle à 3 366,8 milliards d’euros.
Ces montants donnent une idée de la difficulté à laquelle les pouvoirs publics sont confrontés. La France doit non seulement financer ses dépenses courantes, mais également rembourser les emprunts arrivant à échéance et contracter de nouveaux financements pour couvrir les déficits successifs. Cette mécanique entretient une dépendance importante aux marchés obligataires.
Le projet de budget 2027 donne une indication supplémentaire de cette pression. Selon l’Agence France Trésor, le besoin prévisionnel de financement de l’État doit atteindre 339,7 milliards d’euros en 2027. La charge budgétaire de la dette est estimée à 72,9 milliards d’euros dans les documents de financement de l’État. Le gouvernement présente par ailleurs une cible de déficit public de 5 % du PIB pour 2027.
Ces chiffres doivent être lus avec attention : le besoin de financement correspond aux sommes que l’État doit mobiliser sur les marchés pour couvrir ses besoins, tandis que la charge budgétaire de la dette correspond aux intérêts inscrits dans le budget de l’État. Les deux notions ne sont pas interchangeables.
Pour Philippe Herlin, le problème tient également à l’absence de consensus politique sur la réduction des dépenses publiques. Il considère que les différentes forces politiques ont peu d’incitations à soutenir des mesures impopulaires à l’approche de la présidentielle. Cette paralysie pourrait empêcher la France de présenter aux investisseurs une trajectoire budgétaire suffisamment crédible.
France contre Grèce : un signal inquiétant sur les taux d’intérêt
L’une des affirmations marquantes de l’entretien concerne le coût de financement de la France par rapport à celui de la Grèce. Philippe Herlin insiste sur le déclassement relatif de la signature française et sur le fait que le pays ne bénéficie plus de la confiance dont il disposait autrefois auprès des investisseurs.
La comparaison mérite néanmoins d’être actualisée : au 7 novembre 2026, les données de marché consultées indiquaient un rendement à dix ans d’environ 4,76 % pour la France, contre 4,10 % pour la Grèce. La France conserve donc un coût de financement supérieur à celui de la Grèce sur cette échéance, même si les taux évoluent quotidiennement. Ce constat illustre la dégradation relative de la perception du risque français, sans signifier pour autant que les deux pays connaissent une situation identique.
L’économiste estime que la France a perdu une partie de son avantage historique. Pendant longtemps, elle occupait une position intermédiaire entre les économies du nord de l’Europe, considérées comme plus rigoureuses dans leur gestion budgétaire, et les pays du sud, dont les difficultés financières avaient été particulièrement visibles pendant la crise de la zone euro.
Aujourd’hui, le niveau d’endettement, les déficits persistants et les incertitudes politiques compliquent cette position. Pour les investisseurs internationaux, la question n’est plus seulement de savoir si la France possède une économie importante, mais aussi si son gouvernement est capable de maîtriser durablement ses dépenses et de stabiliser ses comptes publics.
Budget 2027 : pourquoi l’impasse politique pourrait accélérer la crise
La préparation du budget 2027 constitue un enjeu majeur dans le raisonnement de Philippe Herlin. La difficulté ne réside pas uniquement dans les montants à financer, mais également dans la capacité des responsables politiques à trouver une majorité autour d’un programme de redressement.
L’économiste décrit une Assemblée nationale profondément divisée, dans laquelle les différentes forces politiques poursuivent des objectifs difficilement conciliables. Selon lui, aucun camp ne souhaite réellement porter des mesures de réduction des dépenses susceptibles de compromettre ses perspectives électorales.
Dans ces conditions, les hausses d’impôts peuvent apparaître comme une solution politiquement plus facile à défendre que les économies structurelles. Philippe Herlin considère pourtant que cette stratégie risque d’aggraver les difficultés économiques. Une fiscalité supplémentaire peut peser sur l’investissement, l’activité et l’attractivité du territoire, particulièrement lorsque les prélèvements sont déjà élevés.
Le problème est d’autant plus important que la croissance reste fragile. Le gouvernement prévoit une croissance de 0,5 % en 2026 et de 1 % en 2027 dans ses hypothèses budgétaires. Ces perspectives ne permettent pas de compter sur une expansion économique suffisamment forte pour résoudre automatiquement les déséquilibres.
Pour l’économiste, une nouvelle dégradation de la confiance des marchés pourrait être déclenchée par un événement politique, un blocage budgétaire ou une crise sociale. Il ne prétend pas pouvoir déterminer précisément la date de cette rupture. Il considère néanmoins que la fragilité de la situation rend le pays particulièrement vulnérable à un choc de confiance.
Pourquoi Philippe Herlin écarte un renflouement de la France et une restructuration de sa dette
Si la France perdait l’accès normal aux marchés financiers, plusieurs solutions pourraient théoriquement être envisagées. Philippe Herlin en écarte toutefois deux comme réponses principales : un renflouement comparable à celui de la Grèce et une restructuration massive de la dette souveraine.
La première difficulté tient à l’ampleur des montants. La dette française représente plusieurs milliers de milliards d’euros. Un dispositif d’assistance financière comparable, en proportion, à celui qui avait été accordé à la Grèce nécessiterait des ressources considérables de la part des autres États européens et des institutions financières internationales.
L’économiste juge peu réaliste qu’un tel financement puisse être mobilisé dans les mêmes proportions pour la France. Le poids du pays dans l’économie européenne rendrait l’opération particulièrement difficile à organiser.
Il écarte également l’hypothèse d’une restructuration importante de la dette. En Grèce, les créanciers avaient accepté une réduction substantielle de la valeur de leurs créances. Mais la dette française est détenue par un ensemble beaucoup plus vaste d’acteurs financiers, notamment des banques, des compagnies d’assurance et des investisseurs internationaux.
Selon Philippe Herlin, une réduction brutale de la valeur des obligations françaises pourrait provoquer des pertes considérables dans les bilans de ces institutions. Les banques françaises et européennes seraient directement exposées, tout comme les assureurs qui détiennent des titres souverains. Une telle opération risquerait donc de transformer une crise budgétaire en crise bancaire systémique.
Il considère par conséquent que les autorités chercheraient plutôt à éviter une restructuration frontale et à imposer un ajustement budgétaire massif.
Directive BRRD : ce que les épargnants doivent comprendre sur le risque bancaire
L’un des passages les plus importants de l’entretien concerne la directive européenne BRRD, adoptée pour encadrer la résolution des établissements bancaires en difficulté. Ce dispositif repose notamment sur le mécanisme de renflouement interne, appelé bail-in.
Son principe consiste à faire contribuer certains créanciers d’une banque en difficulté à son redressement, plutôt que de faire systématiquement supporter les pertes aux contribuables. Selon les circonstances et l’ordre légal applicable, certains engagements peuvent être convertis en capital ou faire l’objet d’une réduction de valeur.
Il est toutefois essentiel de distinguer ce mécanisme de la garantie des dépôts. Les dépôts couverts jusqu’à 100 000 euros par déposant et par établissement bancaire bénéficient d’une protection spécifique. Les dépôts garantis sont exclus du champ du renflouement interne dans les conditions prévues par la réglementation européenne.
En France, le Fonds de garantie des dépôts et de résolution intervient lorsque les dépôts deviennent indisponibles à la suite de la défaillance d’un établissement bancaire. La garantie ordinaire atteint 100 000 euros par client et par établissement. Les Livrets A, LDDS et LEP bénéficient également d’une garantie de l’État, selon leurs règles propres.
Philippe Herlin attire néanmoins l’attention sur la possibilité d’une évolution des mécanismes de résolution si une crise bancaire de grande ampleur survenait. Il imagine notamment un durcissement des conditions applicables à certains dépôts dans un scénario extrême. Il s’agit ici d’une projection de l’intervenant, et non d’une disposition actuellement annoncée ou d’une réduction automatique du plafond de garantie.
La question essentielle est donc de comprendre que la sécurité d’un patrimoine ne se résume pas à un seul plafond réglementaire. Il faut aussi tenir compte de la nature des placements, de l’établissement qui les détient et des règles applicables à chaque catégorie d’actifs.
Loi Sapin 2 : l’assurance-vie peut-elle être temporairement bloquée ?
L’assurance-vie constitue un autre sujet central de l’entretien. Philippe Herlin rappelle que les fonds investis dans les contrats d’assurance-vie sont notamment exposés aux marchés obligataires, et donc indirectement à la situation financière des États.
En France, la loi Sapin 2 a renforcé les pouvoirs du Haut Conseil de stabilité financière afin de préserver la stabilité du système financier. Dans certaines circonstances exceptionnelles, lorsqu’une menace grave et caractérisée pèse sur la stabilité financière, des mesures temporaires peuvent être décidées sur les contrats d’assurance.
Ces mesures peuvent notamment limiter ou retarder les rachats, les arbitrages et certains versements d’avances. Elles ne constituent pas une confiscation automatique de l’épargne et sont encadrées par des conditions légales précises.
Le mécanisme applicable aux rachats d’assurance-vie prévoit une période initiale maximale de trois mois, renouvelable une fois, dans les conditions prévues par le Code monétaire et financier. Le dispositif vise à éviter qu’une vague massive de retraits ne déstabilise les organismes d’assurance.
Philippe Herlin estime que cette possibilité doit être prise au sérieux dans un contexte de crise souveraine et bancaire. Si les investisseurs perdaient confiance dans les obligations détenues par les assureurs, les demandes de rachats pourraient augmenter et accentuer les tensions sur le secteur.
Il évoque également les transferts de contrats vers le Luxembourg, dont le cadre juridique et prudentiel présente des caractéristiques spécifiques. Il ne faut cependant pas confondre ces différences de protection avec une garantie absolue contre les risques financiers : tout placement reste soumis à ses propres conditions et à ses risques.
L’emprunt forcé : le scénario le plus inquiétant pour l’épargne des Français
C’est probablement l’hypothèse la plus spectaculaire développée par Philippe Herlin. Selon lui, si la France se retrouvait dans l’impossibilité de financer normalement ses dépenses, l’État pourrait chercher à mobiliser directement l’épargne des ménages au moyen d’un emprunt obligatoire.
Le principe serait simple : au lieu de demander volontairement aux Français de souscrire à un nouvel emprunt national, les pouvoirs publics pourraient leur imposer de prêter une partie de leur épargne à l’État. L’épargnant ne perdrait pas nécessairement juridiquement sa créance, mais il ne disposerait plus librement de la somme concernée pendant une période déterminée.
Pour illustrer son scénario, Philippe Herlin prend l’exemple d’une personne disposant de 14 000 euros sur son Livret A. Dans son hypothèse, 2 000 euros seraient prélevés et inscrits sur une nouvelle ligne correspondant à un emprunt pour le redressement national. Le titulaire du livret conserverait une créance sur l’État, mais ne pourrait plus récupérer immédiatement les fonds prêtés.
L’économiste estime qu’une telle opération pourrait être techniquement organisée rapidement grâce aux infrastructures informatiques et bancaires existantes. Il imagine une décision politique prise en urgence, avec une mise en œuvre particulièrement rapide.
Cette projection doit cependant être clairement distinguée du droit actuellement en vigueur. Le fait que l’État puisse emprunter auprès des ménages ne signifie pas qu’il dispose aujourd’hui d’un pouvoir général lui permettant de prélever automatiquement leurs Livrets A. Un emprunt forcé supposerait une base juridique et des décisions politiques spécifiques.
Philippe Herlin insiste néanmoins sur l’intérêt de réfléchir à cette possibilité avant qu’une situation d’urgence ne survienne. Son raisonnement repose sur une idée centrale : dans une crise majeure, les autorités pourraient chercher à mobiliser toutes les ressources disponibles pour préserver le financement de l’État.
Christine Lagarde, présidentielle 2027 : le scénario politique imaginé par Philippe Herlin
L’entretien aborde également les conséquences politiques d’une crise de la dette qui surviendrait avant la prochaine élection présidentielle. Philippe Herlin considère qu’une telle situation obligerait les candidats à présenter des réponses concrètes sur la réduction des dépenses publiques, la fiscalité et la politique monétaire.
Il explique préférer que les difficultés éclatent avant le scrutin plutôt qu’après. Selon lui, les électeurs pourraient ainsi choisir leur prochain président en connaissance de cause, en évaluant directement les solutions proposées pour redresser les finances publiques.
L’économiste évoque ensuite une hypothèse politique particulièrement controversée autour de Christine Lagarde. Il imagine que la présidente de la Banque centrale européenne pourrait devenir une personnalité centrale dans un contexte de crise, en raison de son expérience des institutions monétaires et de sa connaissance des mécanismes européens.
Il développe même un scénario dans lequel elle pourrait être présentée comme une candidate technicienne capable de négocier avec les institutions européennes et la BCE. Il s’agit d’une hypothèse politique formulée pendant l’entretien, et non d’une candidature établie ou d’un projet institutionnel confirmé.
Pour Philippe Herlin, l’enjeu est de comprendre qu’une crise financière ne se limite jamais à des indicateurs économiques. Elle peut également bouleverser les équilibres politiques, modifier les rapports de force et accélérer des décisions qui auraient été difficiles à prendre en période normale.
Un plan d’austérité massif : retraites, fonctionnaires et prestations sociales sous pression
Dans l’hypothèse où la France ne pourrait plus se financer normalement, Philippe Herlin considère que la première réponse serait un plan d’austérité particulièrement sévère.
Il imagine notamment une réduction importante des retraites et des rémunérations des fonctionnaires. Il évoque des baisses pouvant atteindre 20 % dans certains de ses scénarios. Les prestations sociales pourraient également être concernées.
Cette perspective aurait des conséquences considérables sur le pouvoir d’achat des ménages. Les retraités disposant de revenus modestes, les fonctionnaires et les bénéficiaires de prestations sociales seraient particulièrement exposés à une diminution brutale de leurs ressources.
L’économiste estime qu’une réduction aussi importante des revenus pourrait provoquer une contraction de la consommation intérieure. Or, la consommation constitue un moteur important de l’activité économique française. Une diminution importante des dépenses des ménages pourrait donc peser sur les entreprises, l’emploi et les recettes fiscales.
Il redoute ainsi un cercle vicieux : l’austérité réduit la demande, la baisse de la demande ralentit l’activité, et le ralentissement économique complique à nouveau le redressement des finances publiques.
Pour Philippe Herlin, le choc social pourrait être extrêmement important, avec des manifestations et des mouvements de contestation susceptibles de rappeler les Gilets jaunes, mais à une échelle encore supérieure.
La BCE et la planche à billets : une intervention monétaire qui pourrait relancer l’inflation
Philippe Herlin ne considère pas qu’un plan d’austérité serait nécessairement la seule réponse des autorités européennes. Il envisage également une intervention de la Banque centrale européenne pour soutenir le financement de la dette française.
La BCE pourrait, dans son scénario, acheter une partie des obligations françaises afin de contribuer à stabiliser les taux d’intérêt et à éviter une crise de financement encore plus importante.
Une telle intervention aurait toutefois des conséquences monétaires et politiques. L’augmentation de la liquidité et les achats d’actifs pourraient contribuer à alimenter des tensions inflationnistes, en fonction de leur ampleur et de la situation économique.
L’économiste estime également qu’une crise française pourrait peser sur la valeur de l’euro. Une perte de confiance des investisseurs internationaux pourrait entraîner une dépréciation de la monnaie européenne, rendant les importations plus coûteuses, notamment celles liées à l’énergie.
L’inflation pourrait alors être alimentée par deux mécanismes : le renchérissement des produits importés et les conséquences d’une politique monétaire particulièrement accommodante.
Il faut cependant rappeler que l’achat d’obligations par une banque centrale ne provoque pas mécaniquement une inflation immédiate. Les effets dépendent des conditions économiques, de la transmission monétaire, de la demande et des anticipations des agents économiques.
L’euro peut-il disparaître après une crise de la dette française ?
Malgré la gravité des scénarios qu’il présente, Philippe Herlin ne croit pas à une disparition de l’euro à la suite d’une crise française isolée.
Il considère que la monnaie unique possède une fonction de protection collective. Les économies européennes sont étroitement liées et une crise majeure de la France aurait des répercussions sur l’ensemble de la zone euro, notamment sur les pays dont les banques et les investisseurs détiennent des obligations françaises.
L’économiste estime donc que les autres États européens auraient intérêt à éviter une désintégration monétaire. Une explosion de l’euro pourrait provoquer des perturbations financières et commerciales considérables.
Il développe néanmoins une critique historique de la monnaie unique. Selon lui, l’euro a supprimé une partie de la pression monétaire qui aurait autrefois contraint la France à corriger plus rapidement ses déséquilibres budgétaires.
Avant l’euro, une perte de confiance dans le franc pouvait se traduire par une dépréciation de la monnaie et imposer des ajustements économiques. La monnaie unique a supprimé ce mécanisme national de correction, sans faire disparaître les problèmes structurels des finances publiques.
Pour Philippe Herlin, cette absence de contrainte immédiate a contribué à repousser certaines réformes, jusqu’à rendre aujourd’hui l’ajustement potentiellement beaucoup plus difficile.
Or physique, Bitcoin : pourquoi Philippe Herlin défend une diversification hors du système bancaire
Lorsqu’il aborde la question de la protection du patrimoine, Philippe Herlin revient sur deux actifs qu’il défend depuis plusieurs années : l’or physique et le Bitcoin.
Son raisonnement repose sur une distinction fondamentale entre les actifs financiers détenus dans le système bancaire et les actifs dont la propriété ne dépend pas directement d’une créance sur une banque.
L’or physique possède une caractéristique particulière : il ne représente pas une dette émise par un État ou une institution financière. Une pièce ou un lingot détenu directement par son propriétaire constitue un actif tangible, dont la valeur dépend notamment du cours international de l’or, de sa pureté et de ses conditions de négociation.
Dans une situation de défiance envers les monnaies et les institutions financières, l’or conserve ainsi un rôle historique de réserve de valeur. Il peut également être revendu partiellement, ce qui permet de mobiliser une partie de son patrimoine sans devoir céder un actif immobilier entier.
Philippe Herlin défend notamment la détention de pièces d’investissement et de lingots. Ces deux formats répondent à des usages différents : les pièces permettent une détention fractionnée, tandis que les lingots offrent une exposition plus directe au métal précieux.
Le Bitcoin présente une autre caractéristique : il fonctionne sur un réseau décentralisé et repose sur une quantité maximale programmée de 21 millions d’unités. Pour l’économiste, cette rareté constitue l’un des éléments qui justifient son intérêt comme réserve de valeur à long terme.
Il souligne également que l’or physique et le Bitcoin permettent de détenir des actifs qui ne dépendent pas directement du fonctionnement quotidien d’un compte bancaire traditionnel. Cela ne signifie pas qu’ils sont dépourvus de risques : l’or peut perdre de la valeur, tandis que le Bitcoin demeure particulièrement volatil et nécessite une conservation rigoureuse.
Immobilier : pourquoi Philippe Herlin déconseille les nouveaux achats dans ce scénario
L’immobilier occupe une place différente dans la stratégie patrimoniale présentée par Philippe Herlin. L’économiste ne considère pas qu’il faille nécessairement vendre les biens déjà détenus. Au contraire, il recommande aux propriétaires de les conserver dans une perspective de long terme.
Il estime toutefois que la période ne serait pas favorable à de nouveaux achats, particulièrement dans un contexte de taux d’intérêt élevés, de ralentissement économique et de fragilité de l’emploi.
Dans son scénario de crise, les prix immobiliers pourraient connaître une baisse plus importante. La diminution du pouvoir d’achat, les difficultés d’accès au crédit et la réduction de la demande exerceraient une pression sur les transactions.
Il évoque également le rôle des investisseurs étrangers dans certains marchés immobiliers français, notamment à Paris et sur la Côte d’Azur. Une dégradation de la confiance internationale pourrait réduire leur présence et accentuer les tensions sur les prix.
L’immobilier possède certes une valeur patrimoniale sur plusieurs décennies, mais il présente un inconvénient important en période de crise : sa liquidité. Contrairement à une pièce d’or ou à une fraction de Bitcoin, un appartement ne peut pas être vendu en petites quantités pour financer une dépense ponctuelle.
Philippe Herlin distingue donc la conservation d’un patrimoine immobilier existant de l’opportunité de contracter un nouveau crédit immobilier dans un environnement économique incertain.
Actions : pourquoi le S&P 500 est préféré au CAC 40 dans son analyse
La question des marchés actions est également abordée. Philippe Herlin considère que les entreprises françaises cotées pourraient souffrir de la dégradation de la perception du risque français, même lorsque leur activité est largement internationale.
Le CAC 40 comprend effectivement de grands groupes présents sur de nombreux marchés étrangers. Toutefois, les investisseurs internationaux peuvent intégrer le risque politique et financier français dans leurs décisions d’allocation.
L’économiste estime que les actions françaises pourraient ainsi subir une décote liée à la situation nationale, indépendamment de la qualité opérationnelle de certaines entreprises.
À l’inverse, il considère que le S&P 500 présente un intérêt particulier pour une exposition aux grandes entreprises américaines. Cet indice rassemble 500 sociétés majeures de l’économie américaine et offre une diversification sectorielle importante, même si sa performance reste fortement influencée par ses plus grandes capitalisations.
Il évoque notamment les grandes entreprises technologiques américaines, dont les positions concurrentielles et les capacités bénéficiaires occupent une place importante dans l’indice.
Cette préférence constitue son appréciation personnelle et ne garantit aucun rendement futur. Les marchés américains présentent eux aussi des risques de valorisation, de concentration et de change.
Bitcoin et stablecoins : deux usages monétaires bien distincts
Pour conclure son analyse, Philippe Herlin distingue le rôle du Bitcoin de celui des stablecoins.
Il considère que le Bitcoin est avant tout une réserve de valeur potentielle à long terme, et non une monnaie idéale pour les transactions quotidiennes dans les conditions actuelles. Sa volatilité peut en effet compliquer son utilisation comme unité de compte et moyen de paiement courant.
Les stablecoins, notamment ceux adossés au dollar, répondent à un autre besoin. Ils permettent de disposer d’une unité numérique dont la valeur cherche à suivre celle d’une monnaie traditionnelle, généralement le dollar américain.
Dans certains pays confrontés à une forte inflation ou à des restrictions monétaires, les stablecoins peuvent ainsi servir de moyen de paiement et de transfert de valeur.
L’économiste imagine donc une complémentarité entre les deux catégories : le stablecoin pour les transactions et le Bitcoin pour la conservation d’une partie de l’épargne à long terme.
Cette distinction est importante, car les deux instruments ne présentent pas les mêmes risques. Un stablecoin dépend notamment de la qualité de ses réserves, de son émetteur et de son cadre réglementaire. Le Bitcoin, de son côté, demeure exposé à d’importantes fluctuations de marché.
La France peut-elle encore éviter la crise de la dette ?
Au terme de cet échange, Philippe Herlin ne prétend pas connaître la date exacte à laquelle une crise pourrait éclater. Il considère néanmoins que la situation financière française est suffisamment fragile pour justifier une vigilance particulière.
Le niveau d’endettement, la charge croissante des intérêts, les difficultés politiques à réduire les déficits et la dépendance aux marchés financiers constituent, selon son analyse, un ensemble de facteurs préoccupants.
Son scénario central repose sur l’idée que la France chercherait à éviter une restructuration de sa dette en combinant austérité budgétaire, intervention européenne et mobilisation de ressources nationales. Les conséquences pourraient être lourdes pour les ménages, notamment en matière de pouvoir d’achat, de fiscalité et de disponibilité de certains placements.
L’économiste invite ainsi les épargnants à ne pas concentrer l’intégralité de leur patrimoine sur des supports dépendant du système bancaire ou de la solvabilité des États. L’or physique et le Bitcoin occupent une place importante dans sa réflexion, aux côtés des actions internationales et de l’immobilier déjà détenu.
Reste une question qui dépasse largement le débat économique : si les déséquilibres budgétaires français devaient finalement déboucher sur une crise de financement, qui supporterait le coût des ajustements ? Les contribuables, les retraités, les fonctionnaires, les détenteurs d’épargne ou les investisseurs ? Pour Philippe Herlin, le risque est précisément que les ménages deviennent les principaux acteurs de ce redressement forcé.
La France ne serait donc pas nécessairement confrontée à une faillite officielle au sens classique du terme. Le scénario qu’il juge préoccupant est celui d’un État contraint de réorganiser brutalement ses dépenses, son financement et les conditions d’accès à l’épargne. Et dans une telle situation, les conséquences pourraient se faire sentir bien au-delà des seuls marchés obligataires.
La véritable question n’est donc plus seulement de savoir combien la France doit, mais de comprendre ce qui pourrait arriver si les investisseurs cessaient un jour de lui faire confiance.