Si la situation de l’approvisionnement énergétique n’est pas réglée rapidement, le secteur industriel allemand risque de s’effondrer cet automne.
Sans gaz russe, pas de chimie, et sans chimie pas d’industrie.
Face à l’explosion de la facture énergétique, la machine industrielle outre-Rhin a déjà subi un ralentissement brutal. En quelques semaines, l’Allemagne est passé d’un surplus de sa balance commerciale à un déficit. L’inversement de tendance est encore plus violent que pendant la crise du Covid-19. Pour la première fois depuis 1990, l’Allemagne enregistre un déficit de sa balance commerciale !
Il faut dire que la facture énergétique a repris son envol ces dernières semaines. Le prix de l’électricité est à nouveau au plus haut en Allemagne :

Ces perspectives ajoutent une pression baissière sur l’euro, qui atteint ses plus bas niveaux depuis son introduction. La devise européenne est en route vers la parité avec le dollar et se trouve à des niveaux inférieurs à ceux observés durant la crise souveraine de 2015…

Le ralentissement économique se fait sentir partout sur la planète. On assiste particulièrement à un effondrement du sentiment des consommateurs.
Aux États-Unis, la consommation a entamé un plongeon historique :

Les marchés tablent sur un ralentissement prononcé de la demande et donc un effondrement du prix des matières premières dans un contexte de dure récession.
Ce mouvement n’a pas épargné le compartiment des métaux industriels et des métaux précieux.
Mais cette baisse des cours ne freine pas le déclin rapide des stocks de métaux, au contraire !
La crise énergétique complique les opérations de raffinage. Les stocks d’aluminium subissent de plein fouet les conséquences de l’arrêt des usines en Europe. L’aluminium requiert des procédés très énergivores et nécessite l’apport de nombreux produits chimiques qui se font de plus en plus rares dans ce contexte de rationnement énergétique en Allemagne.
Les stocks d’aluminium sur le LME subissent en ce moment un raid marqué qui, s’il continue à ce rythme, menace le fonctionnement même du marché des futures dans les prochains mois.
Dans une situation plus classique où l’offre n’est pas perturbée, l’ouverture de ces positions “short” est moins risquée. Mais le contexte est tout autre aujourd’hui. Un autre élément perturbe l’offre : en plus de cette crise énergétique, la situation géopolitique est en train de transformer complètement les mécanismes d’échanges internationaux. Le monde d’avant n’existe plus. Le libre-échange, par lequel notre économie globalisée a gagné en compétitivité, vient de s’arrêter… et les conséquences sur le niveau de l’inflation ne sont pas encore maîtrisées par les économistes, selon l’aveu même des banquiers centraux.
Comme je l’écrivais dans mon dernier bilan mensuel (réservé aux clients d’Or.fr), la situation est de plus en plus opaque sur le marché à terme des métaux précieux : « Ce mois-ci, nous avons appris avec stupéfaction le rôle des marchés dérivés dans le mécanisme de contrôle du prix des métaux précieux. Ce que la communauté des Goldbugs soupçonnait depuis longtemps a été révélé au grand jour par le dernier rapport des activités de trading sur produits dérivés, publié la semaine dernière par l’Office of the Comptroller of the Currency. Ce rapport confirme que JP Morgan, Bank of America, Citigroup et Goldman Sachs sont les principaux participants sur un marché global des dérivés qui dépasse désormais 200 000 milliards $. La surprise vient des positions détenues par ces quatre banques dans le secteur des métaux précieux, en hausse de +520% par rapport au trimestre précédent ! »
Autrement dit, cela fait des années que les quatre banques, dont je parle régulièrement dans mes bulletins, minimisent le risque de leur exposition au marché des métaux précieux en cachant littéralement leur exposition réelle dans une catégorie qui n’a rien à voir avec le marché qui nous intéresse.
Ces transactions sont réalisées pour la plupart “Over the Counter”, c’est-à dire hors marché. Le volume des échanges d’or et d’argent papier est gigantesque par rapport au niveau des échanges physiques. Alors que ces banques nous rassuraient encore il y a quelques mois sur la faible exposition que ce marché représentait dans leurs comptes, on réalise aujourd’hui que ce marché est en fait beaucoup plus important pour elles. Dans un contexte où les stocks diminuent, où l’origine du métal est plus que jamais essentielle pour les investisseurs, la gestion du risque sur ces énormes positions devient de plus en plus compliquée pour ces banques. Il y a de moins en moins de métal physique pour de plus en plus de positions dérivées.
Dans ces conditions, comment s’étonner de voir les niveaux de backwardation des métaux précieux exploser à la hausse ? Comment s’étonner de voir les primes augmente, alors même que les cours des futures diminuent ? Plus on observe une distorsion entre le prix papier et le prix physique, plus le rythme de livraisons sur le COMEX s’accélère, car ces livraisons offrent un arbitrage entre les marchés papier et physique.
Et plus les livraisons s’enchaînent, plus les stocks diminuent, augmentant l’effet de levier du montage des dérivés et rendant ce dernier encore plus à risque pour les quatre banques, mais aussi pour l’ensemble du système financier au vu de la taille des positions.
Source: or.fr
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