Dans trois mois, un embargo à l’échelle de l’UE sur les importations de pétrole brut russe entrera en vigueur, ce qui va mettre fin à presque toutes les expéditions de la matière première de la Russie vers l’Europe. Mais à l’heure actuelle, l’Europe importe plus d’un million de barils de brut russe par jour et ce depuis le mois dernier. Il faut vite importer le maximum d’approvisionnement avant que les robinets ne sèchent.
Alors qu’ils condamnent publiquement la Russie pour ses actions en Ukraine et assurent également publiquement à leurs électeurs que les sanctions fonctionnent, les politiciens européens (et autres) ne font aucune mention de la poursuite des achats de pétrole russe.
Pourtant, la Russie exporte quotidiennement quelque 3,32 millions de barils de brut par voie maritime, selon les calculs de Bloomberg, ce qui signifie que l’Europe en achète un tiers, alors qu’elle le peut encore. Et cela signifie que rien n’a changé depuis juin, date à laquelle l’embargo a été approuvé, et l’Europe devra trouver d’autres fournisseurs de pétrole à un moment où les prix vont probablement devenir bien plus élevés.
À l’heure actuelle, les prix s’effondrent en raison des nouveaux blocages en Chine et des attentes de hausses de taux par les banques centrales, mais une fois la porte de l’embargo fermée, il y a de fortes chances que les prix montent en flèche, juste au moment où l’Europe ne pourra plus payer. Et c’est exactement pour cette raison que les européens continuent de s’approvisionner en en ce moment en pétrole, sachant que la Russie va bientôt mettre fin à cet échange commercial vital.
Ce n’est pas seulement du pétrole que l’Europe est en train de stocker ces derniers temps. Tous les combustibles fossiles sont en demande plus importante et plus urgente sur le continent qu’ils ne l’ont été depuis des années. Le FT l’a appelé « le mal inévitable des combustibles fossiles en temps de guerre » dans un rapport récent et l’Union européenne n’a cessé de répéter que les projets de réduction des émissions sont toujours en place, bien qu’il semble de plus en plus qu’ils aient pris le pas sur la sécurité énergétique.
Les exportations de pétrole de la Russie vers l’Europe du Nord ont augmenté de manière particulièrement marquée tout au long du mois de septembre comme l’ont montré les calculs de Bloomberg. Le ministre indien du Pétrole Hardeep Singh Puri, a déclaré à CNBC cette semaine que « j’ai dit que les Européens achetaient plus en une après-midi que moi sur un semestre entier. Je suis sidéré de voir que cela se passe aussi facilement que ça aujourd’hui. »
Puri s’est empressé de faire de tels commentaires afin de répondre aux différentes critiques qui lui ont été faites par rapport à l’Inde qui aurait continué à acheter du brut à la Russie malgré les sanctions occidentales et la condamnation de l’invasion de l’Ukraine.
Le haut responsable indien du pétrole est également allé plus loin. Lorsqu’on lui a demandé s’il avait des scrupules moraux à importer du pétrole de Russie, il a répondu : « Non, nous ne sommes pas en guerre contre la Russie et il n’y a aucun conflit. J’ai un devoir moral envers mon consommateur. En tant que gouvernement démocratiquement élu, pensez-vous que j’aspire à créer une situation où la pompe à essence s’épuise ? »
Il serait difficile d’argumenter ce point pour n’importe quel politicien, même européen.
On pourrait raisonnablement soutenir que l’Union européenne n’est pas un État autoritaire dans lequel le gouvernement dit aux négociants en matières premières où acheter leur pétrole. Cependant, on pourrait également affirmer que le bloc essaie de se transformer précisément en ce type d’État autoritaire.
Plus tôt ce mois-ci, le FT a rapporté que la Commission européenne avait rédigé un document demandant des pouvoirs étendus sur les entreprises européennes. Les pouvoirs étendus, s’ils sont approuvés, incluraient les « pouvoirs d’exiger des entreprises qu’elles stockent des fournitures et rompent les contrats de livraison afin de renforcer les chaînes d’approvisionnement en cas de crise telle que la pandémie de coronavirus ».
Décider de ce qui constitue une crise serait également la prérogative de la Commission européenne dans le cadre de ce projet de document. Les entreprises n’ont pas vraiment accueilli favorablement la suggestion selon laquelle la CE pourrait leur dire quoi produire, stocker et avec qui elles auraient le droit de commercer, de sorte que les pouvoirs étendus aient un pouvoir hors norme. Pourtant, il y a plus d’un signal qui indique que l’UE évolue vers un style de gouvernement d’intervention plus centralisé en pleine crise énergétique.
À l’heure actuelle, Bruxelles réfléchit à une intervention directe sur les marchés de l’énergie en raison du raz- de-marée d’appels de marge qui menace une industrie énergétique déjà en difficulté. Bloomberg a rapporté plus tôt ce mois-ci, que la suspension des dérivés énergétiques faisait partie des options, ainsi qu’un plafond sur le prix du gaz utilisé pour la production d’électricité.
Le marché de l’électricité a beaucoup plus à voir avec le prix du gaz que du pétrole, mais il convient de rappeler que certains services publics européens sont passés du gaz au pétrole pour la production d’électricité lorsque les prix du gaz ont grimpé en flèche plus tôt cette année. Les prix ne sont pas encore exactement revenus à la normale, de sorte que le pétrole continue d’être une alternative viable pour la production d’électricité. Et dans trois mois, les importations vont plonger de 1 million de bpj. À moins, bien sûr, que les acheteurs ne trouvent une alternative.
En toute honnêteté, les sources alternatives de pétrole brut sont abondantes. Les producteurs du Moyen-Orient, par exemple, ne seraient que trop heureux de vendre leur pétrole à l’Europe. Il en serait de même pour le Nigeria et l’Angola. Pourtant, ils fixeraient le prix. On ne peut s’empêcher de se demander si l’Union européenne commencera également à menacer l’OPEP avec un plafonnement des prix.
Source: zerohedge
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