Silencieuse mais déterminée, la Chine poursuit une stratégie monétaire de long terme qui redessine l’équilibre financier mondial. Tandis que la Banque populaire de Chine renforce ses réserves d’or, Pékin réduit progressivement son exposition à la dette américaine. Ce double mouvement n’est pas anodin : il s’inscrit dans une logique de dédollarisation accélérée et pourrait soutenir durablement la hausse des métaux précieux.
La Banque populaire de Chine augmente encore ses réserves d’or
Selon les dernières données officielles publiées par la People’s Bank of China, les réserves d’or chinoises atteignaient 74,19 millions d’onces troy fines à la fin janvier, contre 74,15 millions le mois précédent. En valeur, ces réserves ont bondi à 369,58 milliards de dollars, contre 319,45 milliards en décembre 2025.
D’après les estimations du World Gold Council, l’or représente désormais près de 9 % des réserves totales chinoises. Cette progression constante confirme une stratégie méthodique d’accumulation.
Dans un contexte où même les banques centrales renforcent leurs positions, l’achat d’or physique apparaît comme un alignement logique avec les grandes tendances monétaires mondiales.
China's Central Bank Keeps Buying Gold… And Dumping US Debt https://t.co/HWM2HyP05i
— zerohedge (@zerohedge) February 12, 2026
Un marché des métaux en pleine ébullition
Le marché des matières premières traverse une phase de forte volatilité. L’or évolue actuellement autour de 5 000 dollars l’once sur le COMEX du New York Mercantile Exchange, en hausse d’environ 17 % depuis le début de l’année. L’argent, métal « frère » de l’or, gravite autour de 80 dollars après avoir atteint un sommet historique proche de 121 dollars.
Selon Michael Howell, fondateur de CrossBorder Capital, ce cycle haussier pourrait se prolonger, soutenu par la demande asiatique et par un boom généralisé des matières premières, notamment l’énergie et les métaux industriels liés aux infrastructures d’intelligence artificielle.
Dans un environnement aussi dynamique et incertain, détenir de l’or permet de participer à la tendance haussière tout en sécurisant son patrimoine.
La Chine réduit son exposition à la dette américaine
Parallèlement à ses achats d’or, Pékin diminue son exposition aux bons du Trésor américain. D’après les données du département du Trésor américain, les avoirs chinois en dette américaine sont tombés à 688,7 milliards de dollars en octobre, en baisse de près de 10 % sur un an.
Cette stratégie s’inscrit dans une politique de dédollarisation engagée depuis plus d’une décennie. L’objectif est clair : réduire la dépendance au dollar et aux actifs américains, notamment dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes.
Pour les investisseurs privés, cette évolution constitue un signal fort : l’or demeure l’actif international par excellence, indépendant de toute devise nationale.
Shanghai influence désormais les prix mondiaux
La dynamique chinoise ne se limite pas aux achats officiels. L’activité sur le Shanghai Futures Exchange montre une hausse significative des volumes et des positions ouvertes, signe d’une implication croissante des investisseurs domestiques.
Selon Ewa Manthey, stratégiste matières premières chez ING, les cassures techniques majeures sur l’or et l’argent se produisent désormais fréquemment durant les heures asiatiques, l’Europe et les États-Unis suivant le mouvement plutôt que l’initiant.
Lorsque les primes sur l’or physique augmentent en Chine, cela signale souvent un stockage domestique accru et une tension potentielle sur l’offre mondiale. Dans ce contexte, acquérir de l’or physique permet d’anticiper un possible resserrement des disponibilités mondiales.
La grande dépréciation monétaire : un soutien structurel à l’or
Au-delà de la géopolitique, un facteur structurel soutient le métal jaune : la création monétaire. Michael Howell estime que les autorités chinoises ont injecté plus de 1 000 milliards de dollars de liquidités pour soutenir l’économie, fragilisée par la crise immobilière impliquant des groupes comme Evergrande et Country Garden.
La dette publique chinoise dépasse désormais 100 % du PIB. Face à cet endettement massif, les banques centrales n’ont historiquement que deux options : restructurer ou imprimer davantage de monnaie. L’histoire montre que la seconde solution est souvent privilégiée.
Dans un monde marqué par l’expansion monétaire continue, conserver une part significative de son patrimoine en or constitue une protection contre l’érosion monétaire.
L’or vers 10 000 dollars l’once ?
Plusieurs institutions avancent désormais des projections ambitieuses. Yardeni Research anticipe un cours de 10 000 dollars l’once d’ici la fin de la décennie. Les tensions géopolitiques, la course aux armements et l’explosion des investissements liés à l’intelligence artificielle renforcent la demande en métaux stratégiques.
David Miller, gérant chez Catalyst Funds, évoque des « forces profondes » : déficits budgétaires américains, achats massifs des banques centrales et réallocation stratégique des réserves mondiales.
Dans cette perspective long terme, la stratégie défendue par de nombreux analystes est claire : ne pas vendre son or. Se positionner durablement sur l’or physique aujourd’hui peut représenter un choix stratégique face aux déséquilibres à venir.
Conclusion
La stratégie chinoise combine accumulation d’or et réduction de la dette américaine. Ce mouvement progressif mais déterminé reflète une volonté d’indépendance monétaire et une anticipation des déséquilibres financiers mondiaux.
Entre tensions géopolitiques, création monétaire et recomposition des réserves internationales, l’or s’impose plus que jamais comme un actif stratégique. Lorsque les banques centrales elles-mêmes renforcent leurs positions, le signal envoyé aux marchés est difficile à ignorer.
Le basculement est déjà en cours. Reste à savoir qui saura s’y adapter.



Nous attendons avec une grande impatience que la Chine porte l’estocade sur le dollar us en émettent un Yuan/or