L’or connaît une envolée historique. Après une hausse proche de 70 % en 2025 et plus de 25 % dès le début de l’année suivante, la question n’est plus de savoir si le mouvement est justifié, mais pourquoi il est encore loin d’être terminé. Selon Mario Innecco, analyste macroéconomique reconnu, cette dynamique repose sur des fondamentaux profonds, structurels et irréversibles. Dans ce contexte, l’achat d’or physique n’apparaît plus comme une simple couverture, mais comme une réponse rationnelle à une mutation du système monétaire mondial.
La dédollarisation : un mouvement discret mais irréversible
Le premier moteur fondamental évoqué par Mario Innecco est la dédollarisation. Le reste du monde, en dehors du bloc occidental, ne cherche pas nécessairement à abandonner le dollar, mais à ne plus en être prisonnier. Les pays des BRICS et leurs alliés veulent pouvoir commercer en dehors du système dominé par le billet vert, avec un actif de réserve neutre : l’or. Contrairement aux devises fiduciaires, l’or n’est la dette de personne. C’est précisément pour cette raison que l’or d’investissement revient au centre des stratégies monétaires souveraines.
La dette mondiale : un mur que les gouvernements ne peuvent plus ignorer
La planète fait face à plus de 300 000 milliards de dollars de dettes, dont plus de 110 000 milliards pour les seuls États. Le marché obligataire, après quarante ans de baisse des taux, est entré en phase inverse. Les rendements montent, rendant la dette toujours plus difficile à financer. Les gouvernements répondent par la répression financière : manipulation des taux, ajustement des indices d’inflation, érosion silencieuse du pouvoir d’achat. Dans ce contexte, les investisseurs institutionnels se détournent des obligations pour se réfugier dans des actifs réels, notamment l’or physique sécurisé.
Instabilité géopolitique : quand l’or redevient une assurance universelle
Le monde est devenu imprévisible. Conflits, sanctions, décisions politiques erratiques : l’incertitude est permanente. Or, lorsqu’aucun acteur ne peut garantir la stabilité du système, l’or s’impose naturellement. Il ne dépend d’aucune signature, d’aucun État, d’aucune banque centrale. Cette absence totale de risque de contrepartie explique pourquoi détenir de l’or physique est historiquement la réponse aux périodes de chaos monétaire.
La fin progressive du marché papier de l’or
Pendant des décennies, le prix de l’or a été contrôlé par des marchés dérivés, dominés par le COMEX et le LBMA. Ce système reposait sur des volumes de papier sans commune mesure avec l’or réellement disponible. Mario Innecco est formel : ce modèle touche à sa fin. Les investisseurs exigent désormais du physique. Chaque once retirée du système réduit l’offre artificielle. C’est pourquoi l’or tangible prend une importance stratégique majeure.
Le rôle clé de la Shanghai Gold Exchange et de Hong Kong
Contrairement aux marchés occidentaux, la Shanghai Gold Exchange repose exclusivement sur des échanges physiques. La Chine utilise cette infrastructure comme pilier d’un futur système monétaire multipolaire. Hong Kong joue un rôle de passerelle entre les règles financières occidentales et l’écosystème chinois. Ce basculement vers un prix découvert par le physique renforce mécaniquement la valeur de l’or d’investissement réel.
Les banques centrales achètent… et ne vendent plus
L’or a dépassé les bons du Trésor américain dans les réserves de certaines banques centrales. Historiquement, ces institutions détenaient jusqu’à 40 % de leurs réserves en or. Aujourd’hui, elles cherchent à revenir vers ces niveaux. Cette accumulation structurelle crée un plancher durable pour les prix et renforce la thèse long terme de l’investissement en or physique.
Revalorisation officielle de l’or : une option crédible
Le Trésor américain valorise toujours son or à 42,22 dollars l’once, un prix fixé en 1973. Une revalorisation permettrait d’améliorer instantanément le bilan de l’État sans créer de dette supplémentaire. Selon Mario Innecco, cette option est de plus en plus discutée en coulisses. Reconnaître cette réalité reviendrait à admettre que l’or est supérieur aux monnaies fiduciaires, ce qui explique pourquoi l’or comme réserve monétaire reste politiquement sensible.
Tether et les flux d’or mystérieux
Un acteur inattendu apparaît : Tether. Le stablecoin accumule massivement de l’or physique. Certains analystes estiment que Tether USA pourrait agir comme intermédiaire officieux pour le Trésor américain. Les flux observés sur le COMEX suggèrent des achats institutionnels massifs. Là encore, la logique converge vers une sécurisation via l’or physique hors système bancaire.
Les parallèles historiques plaident pour une poursuite de la hausse
Les précédents cycles haussiers de l’or montrent des multiplications par huit après chaque phase de correction majeure. En appliquant ce ratio au point bas de 2015, certains objectifs dépassent les 8 000 dollars l’once. Le ratio Dow/or confirme cette lecture. Ces données historiques renforcent l’intérêt stratégique de l’or comme protection patrimoniale.
Sortir de l’or ou le conserver comme monnaie ?
Selon Mario Innecco, la vraie question n’est pas quand vendre l’or, mais contre quoi l’échanger. Dans un système monétaire en mutation, l’or n’est plus un trade, mais une forme d’épargne. Il retrouve son rôle originel de monnaie ultime. Cette vision explique pourquoi détenir de l’or physique à long terme devient une stratégie de bon sens.
Conclusion : un changement de paradigme, pas une simple bulle
La hausse actuelle de l’or n’est ni spéculative ni conjoncturelle. Elle est la conséquence directe de la dette, de la dédollarisation, de la fin du marché papier et d’un monde devenu instable. Comme le souligne Mario Innecco, nous assistons à un retour progressif de l’or comme pilier du système monétaire mondial. Dans ce contexte, l’achat d’or physique aujourd’hui n’est pas une anticipation extrême, mais une adaptation rationnelle à une nouvelle réalité économique.


