Une crise monétaire mondiale se profile et l’IA pourrait l’aggraver – Avec James Rickards et Michelle Makori

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Depuis plus de vingt ans, Jim Rickards prévient que le système monétaire international repose sur des équilibres fragiles. Aujourd’hui, son message est plus direct : une crise monétaire mondiale est probable, et l’intelligence artificielle pourrait en accélérer la dynamique. Dans ce contexte d’incertitude croissante, la question de la protection patrimoniale redevient centrale, notamment via l’achat d’or physique comme assurance face à un choc monétaire global, redevenu un actif stratégique.

Pourquoi une crise monétaire mondiale est plus proche qu’on ne le pense

Selon Rickards, le danger ne vient pas seulement d’un krach boursier classique, mais d’un dysfonctionnement plus profond : dette souveraine excessive, déficits chroniques, perte de confiance progressive dans les monnaies fiduciaires. Les États-Unis dépassent désormais 39 000 milliards de dollars de dette fédérale, avec un ratio dette/PIB historiquement élevé.

Le problème n’est pas la liquidité immédiate, mais la solvabilité à long terme. Lorsque les marchés commencent à douter de la capacité d’un État à honorer ses engagements sans dévaluation monétaire, l’ajustement peut être brutal. C’est précisément dans ce type d’environnement que détenir de l’or physique hors du système bancaire prend tout son sens, non comme spéculation, mais comme couverture structurelle.

Or à 10 000 dollars : scénario extrême ou simple mécanique mathématique ?

Rickards évoque ouvertement un cours de l’or à 10 000 dollars l’once avant la fin 2026. Cette projection peut sembler spectaculaire. Pourtant, il rappelle une réalité simple : plus le prix monte, plus les hausses en pourcentage deviennent faciles.

Passer de 2 000 à 3 000 dollars représente +50 %. Mais passer de 9 000 à 10 000 dollars ne représente qu’environ +11 %. Autrement dit, l’accélération finale peut être rapide, surtout si un catalyseur psychologique intervient. Dans cette perspective, constituer progressivement une réserve d’or physique avant une envolée potentielle relève d’une logique de préparation plutôt que de timing parfait.

Le rôle clé des banques centrales dans la hausse de l’or

Depuis 2010, les banques centrales sont redevenues acheteuses nettes d’or. La Russie, la Chine, la Turquie ou encore l’Inde ont significativement renforcé leurs réserves. Selon les données récentes du World Gold Council, les achats officiels ont atteint des niveaux records ces dernières années.

Pourquoi ? La « weaponisation » du dollar. Le gel des réserves russes a servi d’électrochoc : les avoirs en devises peuvent être bloqués. L’or, lui, lorsqu’il est détenu physiquement sur le territoire national, échappe à ce risque. Pour un investisseur individuel, cette logique est comparable : acquérir de l’or physique en direct pour sécuriser son épargne revient à réduire son exposition aux décisions politiques internationales.

Réévaluation de l’or aux États-Unis : un simple détail comptable ?

Officiellement, le Trésor américain valorise toujours son or à 42,22 dollars l’once, un prix fixé en 1973. Rickards estime qu’une réévaluation au prix du marché est légalement possible via le Gold Reserve Act. Une telle opération pourrait injecter près de 1 000 milliards de dollars sur le compte du Trésor sans émission supplémentaire de dette.

Techniquement, il s’agirait d’une écriture comptable. Psychologiquement, ce serait un signal fort : les États-Unis reconnaîtraient explicitement l’or comme actif monétaire stratégique. Un tel message pourrait déclencher une vague d’intérêt du grand public, rendant l’investissement en or physique encore plus stratégique dans une optique patrimoniale.

La Chine, le yuan et le retour discret à l’or

La Chine affiche officiellement environ 2 800 tonnes d’or, mais de nombreux analystes estiment que ses réserves réelles sont plus élevées via des structures parallèles comme SAFE. Pékin cherche à renforcer le rôle international du yuan, mais sans marché obligataire totalement libéralisé, il reste difficile d’en faire une véritable devise de réserve.

Rickards souligne toutefois un point essentiel : dans le cadre des échanges entre pays des BRICS, l’or sert déjà de couche de règlement implicite. Les transactions peuvent être compensées périodiquement en métal, évitant une dépendance exclusive au dollar. Cette évolution renforce la pertinence de détenir un actif tangible comme l’or physique dans un monde monétaire fragmenté.

Intelligence artificielle : le risque invisible qui accélère tout

Le cœur du livre Money GPT n’est pas technologique, mais systémique. Rickards explique que l’IA ne déraillera pas forcément : elle fonctionnera exactement comme prévu. Le problème ? Les algorithmes utilisent des modèles similaires.

Dans une panique financière, si tous les systèmes décident simultanément de vendre pour « protéger » le capital, l’effet de composition devient explosif. Ce qui est rationnel individuellement devient destructeur collectivement. Les coupe-circuits boursiers pourraient ne plus suffire face à une réaction algorithmique en chaîne.

Dans un monde où 95 % des transactions sont automatisées, la vitesse devient le risque. Face à cette accélération potentielle, conserver une partie de son patrimoine en or physique hors des marchés numériques constitue une forme de décorrélation structurelle.

Vers un reset monétaire mondial ?

Rickards ne parle pas d’un effondrement apocalyptique, mais d’un réalignement. Historiquement, lorsque la dette atteint des niveaux excessifs, les systèmes monétaires sont réinitialisés : dévaluation, restructuration ou changement d’ancrage.

L’or a toujours joué un rôle dans ces transitions, que ce soit en 1933, en 1971 ou lors des grandes recompositions monétaires. Si une nouvelle architecture émerge, le métal jaune pourrait redevenir un pivot officiel. Dans cette hypothèse, intégrer de l’or physique dans une stratégie patrimoniale de long terme ne serait plus une option marginale, mais une décision rationnelle.

Conclusion : le véritable risque, c’est la vitesse

Ce que souligne Jim Rickards, ce n’est pas seulement la fragilité du système, mais la rapidité avec laquelle une crise peut se propager à l’ère numérique. Une crise monétaire mondiale pourrait précéder un choc lié à l’IA… ou l’inverse. Les deux pourraient se nourrir mutuellement.

Dans un univers dominé par la dette, les algorithmes et les tensions géopolitiques, la prudence n’est pas du pessimisme : c’est de la gestion du risque. Et lorsque la confiance vacille, l’histoire montre que les actifs tangibles redeviennent centraux.

La question n’est donc pas de savoir si une turbulence surviendra, mais si l’on y sera préparé.

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