Le discours de Mike McGlone, stratégiste senior chez Bloomberg Intelligence, est à contre-courant du consensus actuel : selon lui, la récession revient, les actifs risqués sont surévalués… et le meilleur trade de l’année pourrait être de vendre l’or pour acheter des obligations américaines. Une thèse audacieuse alors que beaucoup d’investisseurs considèrent l’or comme la protection ultime face aux turbulences. Pourtant, même dans un contexte de débats sur le timing des marchés, acheter de l’or physique comme assurance patrimoniale indépendante des marchés financiers reste une démarche de long terme distincte des arbitrages tactiques.
Pourquoi McGlone reparle de récession ?
Pour McGlone, le principal déclencheur d’une récession n’est pas un choc externe, mais une destruction de richesse après des excès historiques. Le ratio capitalisation boursière/PIB américain a atteint des niveaux observés il y a près de 100 ans. Autrement dit : les actions américaines sont extrêmement chères. Si le S&P 500 corrige de seulement 10 %, l’impact sur la richesse nationale serait massif. Dans ces phases de correction, certains investisseurs arbitrent vers les obligations ; d’autres choisissent au contraire de renforcer leur exposition à l’or physique pour stabiliser leur patrimoine, privilégiant la résilience plutôt que la rotation sectorielle.
Bitcoin, crypto et effet domino sur les marchés
McGlone observe que les cryptomonnaies ont souvent précédé les mouvements boursiers. Le retournement du Bitcoin serait, selon lui, un signal avancé d’un repli plus large des actifs risqués. Son raisonnement : les excès spéculatifs se forment d’abord dans les actifs les plus volatils avant de contaminer le reste du marché. Historiquement, lors de périodes de contraction du crédit ou de montée de la volatilité, les investisseurs recherchent des actifs tangibles, ce qui explique pourquoi beaucoup continuent de se positionner sur l’or physique pour se prémunir contre les crises systémiques.
L’or serait-il devenu trop cher ?
C’est le point le plus controversé. McGlone estime que l’or est étiré au-dessus de sa moyenne mobile à 60 mois, une configuration historiquement suivie de corrections. Il rappelle que lors du pic de 1980, l’envolée avait précédé une longue phase de repli. Toutefois, comparer l’environnement actuel à 1980 implique aussi de considérer les niveaux d’endettement et la structure monétaire mondiale, bien différents aujourd’hui. Dans cette optique, de nombreux épargnants continuent de détenir de l’or physique comme réserve stratégique hors système bancaire, indépendamment des cycles techniques.
Les obligations américaines : le “trade” oublié ?
Selon McGlone, un panier de bons du Trésor américain serait au plus bas relatif face à l’or depuis 1980. Si l’inflation (CPI) glisse vers 0 %, comme il l’anticipe, les rendements pourraient chuter fortement, entraînant une hausse marquée des prix obligataires. Les ETF longs comme le TLT bénéficieraient alors d’un puissant effet de levier sur la baisse des taux. Mais ce scénario repose sur une désinflation durable. Face à cette incertitude, certains investisseurs préfèrent acheter de l’or pour se couvrir contre un éventuel retournement inflationniste imprévu.
Volatilité historiquement basse : un signal d’alerte ?
La volatilité implicite à 180 jours sur les grands indices américains évolue près de ses plus bas depuis 2018. Pour McGlone, cette complaisance précède souvent des corrections brutales. Lorsque la volatilité remonte, les actifs corrélés aux actions – comme certains métaux industriels – peuvent corriger fortement. Dans ces périodes d’ajustement rapide, conserver une part d’actifs tangibles via l’acquisition d’or physique à long terme permet de lisser l’exposition globale au risque.
Inflation vers 0 % : scénario réaliste ou excessif ?
L’inflation américaine tourne autour de 2–3 %, mais McGlone souligne qu’historiquement, après des cycles de resserrement monétaire, le CPI retombe souvent proche de zéro. Si cela se produisait, les taux longs pourraient passer de 4 % vers 2–3 %, soutenant fortement les obligations. Cependant, le contexte géopolitique, la transition énergétique et la fragmentation commerciale mondiale pourraient entretenir des pressions inflationnistes structurelles. Dans ce cas, investir dans l’or physique pour préserver son pouvoir d’achat sur le long terme resterait cohérent.
Faut-il vraiment vendre l’or aujourd’hui ?
La thèse de Mike McGlone repose sur une logique de réversion à la moyenne : actifs risqués trop chers, obligations sous-évaluées, inflation appelée à ralentir. Son scénario central : correction boursière de 10 %, chute des rendements obligataires, forte performance des Treasuries.
Mais une distinction essentielle s’impose :
– Trader l’or à court terme selon des signaux techniques
– Détenir de l’or physique comme assurance patrimoniale structurelle
Même si les obligations surperforment temporairement, l’or physique répond à une logique différente : protection contre les chocs monétaires, géopolitiques et financiers imprévus. C’est pourquoi de nombreux investisseurs choisissent encore d’acheter de l’or physique pour sécuriser durablement leur épargne, indépendamment des arbitrages tactiques recommandés par les stratégistes.
Conclusion
Mike McGlone lance un avertissement clair : la récession pourrait revenir plus vite que prévu, et le meilleur placement de l’année ne serait peut-être pas celui que tout le monde attend. Vendre l’or, acheter des obligations : le pari est audacieux.
Mais l’histoire financière enseigne aussi que les cycles économiques sont imprévisibles et que la diversification reste la clé. Entre stratégie opportuniste et protection patrimoniale, chaque investisseur doit distinguer spéculation à court terme et vision de long terme.
Dans un monde où les excès se succèdent et où les retournements surprennent, la vraie question n’est peut-être pas “vendre ou acheter”, mais comment équilibrer intelligemment son exposition au risque.



