Selon Francis Hunt, fondateur de The Market Sniper et intervenant régulier sur Palisades Gold Radio, nous serions entrés dans « le bull market qui mettra fin à tous les bull markets ». Sa thèse est claire : la hausse actuelle de l’or n’est pas un simple cycle haussier, mais le symptôme avancé d’un effondrement progressif du système monétaire fiat, enclenché depuis plus d’un siècle. Dans ce contexte, acheter de l’or physique pour se protéger de la dévaluation monétaire devient, selon lui, une nécessité stratégique et non plus une simple diversification.
Un bull market confirmé : correction technique ou simple respiration ?
Fin janvier 2026, l’or a connu une correction brutale après avoir inscrit de nouveaux sommets historiques. Pour Francis Hunt, il ne s’agissait pas d’un retournement, mais d’une respiration technique classique dans un marché haussier puissant. Les corrections violentes sont fréquentes dans les phases paraboliques. Historiquement, lors des grands cycles haussiers (années 1970 notamment), les replis de 15 à 25 % étaient courants avant de nouveaux sommets. Dans ce type d’environnement volatil, détenir de l’or physique hors système bancaire permet de s’abstraire du stress des marchés dérivés et du levier excessif.
Pourquoi ce cycle serait différent des précédents ?
La thèse centrale repose sur l’idée que le système actuel, fondé sur la dette et la monnaie fiduciaire, arrive en fin de course. Depuis la création de la Réserve fédérale des États-Unis en 1913, la masse monétaire n’a cessé d’augmenter. La rupture de 1971, lorsque Richard Nixon mit fin à la convertibilité du dollar en or, a définitivement ancré le monde dans un régime de monnaie purement fiduciaire. Aujourd’hui, la dette mondiale dépasse 300 000 milliards de dollars selon l’Institute of International Finance. Dans ce contexte de création monétaire structurelle, se positionner sur l’or comme actif monétaire tangible constitue, pour Hunt, une assurance contre l’érosion programmée du pouvoir d’achat.
Le ratio or/argent : vers un scénario extrême ?
Un point clé de son analyse concerne le ratio or/argent. En 2020, il avait dépassé 120, un niveau historiquement extrême. Or, le ratio moyen sur plusieurs siècles gravite plutôt autour de 15 à 30. Francis Hunt évoque même la possibilité d’un ratio à un chiffre dans un scénario de panique monétaire. Cela impliquerait une explosion du prix de l’argent, potentiellement vers plusieurs centaines de dollars l’once si l’or poursuit sa trajectoire haussière. Dans une optique patrimoniale prudente, acquérir progressivement de l’or physique comme socle de sécurité permet d’anticiper ces déséquilibres sans spéculer excessivement.
Rebasage global : Nasdaq, Bitcoin et actifs financiers sous pression
L’un des arguments les plus frappants avancés par Hunt est le « rebasage » des actifs financiers en onces d’or. Lorsque l’on divise le NASDAQ Composite par le prix de l’or, la tendance montre un affaiblissement progressif des actions technologiques en termes réels. Même constat pour le Bitcoin, qui sous-performe l’or depuis son dernier pic relatif. Autrement dit : en monnaie fiat, tout semble monter ; en or, beaucoup d’actifs stagnent ou reculent. Face à cette réalité mathématique, convertir une partie de ses gains financiers en or tangible permet de préserver la valeur réelle accumulée.
La numérisation de la monnaie : progrès ou perte de liberté ?
Francis Hunt critique fermement la numérisation croissante de la monnaie. Entre projets de monnaies numériques de banque centrale (MNBC) et tokenisation des actifs promue par des géants comme Larry Fink, il voit un risque majeur : la disparition progressive de la confidentialité financière. Une monnaie entièrement traçable modifie le rapport entre individu et État. Dans ce contexte de surveillance accrue, détenir de l’or physique en pleine propriété représente une forme d’autonomie financière difficilement numérisable.
Les mines d’or et d’argent : effet de levier ou risque politique ?
Les minières offrent historiquement un effet de levier sur le métal. Lorsque l’or progresse de 20 %, certains producteurs peuvent voir leurs bénéfices doubler. Cependant, elles restent exposées aux risques réglementaires, fiscaux et géopolitiques. Des juridictions autrefois jugées stables peuvent changer de cap rapidement. Pour équilibrer rendement potentiel et sécurité, conserver une base solide en or physique avant toute exposition aux minières constitue une approche cohérente.
À quelle vitesse un effondrement peut-il se produire ?
L’histoire montre que les crises monétaires suivent souvent une dynamique en « pente douce puis verticale ». L’exemple de 2008 ou de la crise asiatique de 1997 illustre cette accélération brutale. Hunt estime que nous sommes encore dans la phase initiale, mais que la bascule pourrait être rapide si la confiance dans la dette souveraine venait à se fissurer. Dans une telle configuration, détenir dès maintenant de l’or physique comme assurance patrimoniale permettrait d’éviter les réactions tardives dictées par la panique.
Conclusion : sommes-nous au début d’un changement d’ère monétaire ?
Pour Francis Hunt, la réponse est sans ambiguïté : oui. La hausse actuelle de l’or ne serait pas un simple cycle spéculatif, mais la conséquence logique d’un siècle d’expansion monétaire et d’endettement massif. L’or redeviendrait progressivement l’unité de mesure réelle face à des devises qu’il considère structurellement fragilisées.
Sans sombrer dans le catastrophisme, les données macroéconomiques — dette record, déficits persistants, tensions géopolitiques, inflation structurelle — invitent à la prudence. L’histoire financière enseigne que les grands basculements monétaires se produisent rarement dans le confort et la stabilité.
Dans cet environnement incertain, la question centrale n’est peut-être plus « faut-il investir dans l’or ? », mais plutôt : quelle part de son patrimoine mérite d’être protégée d’un système dont la solidité est de plus en plus questionnée ?


