Et si le véritable mouvement haussier des matières premières ne faisait que commencer ? C’est la thèse particulièrement ambitieuse défendue par Nomi Prins, selon laquelle les investisseurs se trouvent encore dans les toutes premières étapes d’un nouveau mégacycle des actifs tangibles. Après plusieurs années durant lesquelles les marchés financiers ont largement privilégié les actions, les obligations et les actifs financiers, un changement de régime pourrait progressivement remettre au premier plan ce qui possède une réalité physique : l’or, l’argent, le cuivre, l’uranium, les terres rares, le tungstène, l’aluminium et, plus largement, l’ensemble des ressources indispensables au fonctionnement de l’économie mondiale. Cette évolution ne serait pas simplement liée à une nouvelle phase spéculative sur les matières premières. Elle s’inscrirait dans un mouvement beaucoup plus profond associant endettement public, fragmentation géopolitique, réindustrialisation, sécurisation des chaînes d’approvisionnement, demande énergétique croissante et raréfaction de certaines ressources. Dans ce contexte, l’achat d’or et d’argent physiques peut être considéré comme l’une des manières les plus directes de s’exposer à cette transformation structurelle, même si aucune classe d’actifs ne peut être considérée comme garantie de performance.
Le changement de régime que Nomi Prins voit à l’horizon
Le point de départ du raisonnement est relativement simple : pendant des décennies, l’économie mondiale s’est construite autour d’une abondance apparente de capitaux, d’une mondialisation poussée et d’une confiance considérable dans les monnaies fiduciaires et les marchés obligataires. Or ce cadre se fissure. Les États accumulent des dettes considérables, les dépenses militaires augmentent, les chaînes logistiques sont progressivement repensées et les grandes puissances cherchent davantage à sécuriser leurs propres approvisionnements en matières premières. L’enjeu n’est donc plus seulement de savoir quel pays peut produire au meilleur coût, mais aussi quel pays peut garantir l’accès à des ressources stratégiques en période de crise. C’est précisément ce qui donne aux actifs physiques une dimension géopolitique nouvelle. L’or occupe ici une position particulière, puisqu’il est à la fois une matière première, un actif financier et une réserve de valeur détenue par les banques centrales. Dans cette perspective, acheter de l’or physique revient moins à parier uniquement sur une hausse de cours qu’à détenir directement un actif qui ne dépend pas de la solvabilité d’un émetteur financier.
Pourquoi la dette américaine change progressivement la donne
L’un des éléments centraux de l’analyse concerne la dette américaine. Au mois d’août 2026, la dette fédérale américaine a franchi le seuil symbolique des 40 000 milliards de dollars, tandis que le coût des intérêts représente désormais une contrainte budgétaire majeure. Cette situation ne signifie évidemment pas que le système financier américain est sur le point de s’effondrer, mais elle modifie progressivement l’équation pour les investisseurs. Plus la dette est importante, plus le niveau des taux d’intérêt devient déterminant pour la soutenabilité budgétaire. Or les rendements des obligations américaines à long terme ont récemment atteint des niveaux particulièrement élevés : le rendement du Treasury à 30 ans a notamment dépassé 5,3 % au cours de la semaine du 17 au 21 août 2026. Dans un environnement où les investisseurs commencent à s’interroger davantage sur le risque de duration, l’inflation et la trajectoire de la dette, l’or physique peut retrouver une fonction stratégique dans une allocation patrimoniale, précisément parce qu’il ne constitue pas une créance sur le gouvernement américain.
Le spectaculaire retour des rachats de dette du Trésor américain
L’actualité récente apporte un élément supplémentaire à cette réflexion. Le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a annoncé le 19 août 2026 une augmentation de la taille maximale de certaines opérations de rachat d’obligations américaines à long terme, la faisant passer de 2 à au moins 4 milliards de dollars par opération. Les achats concernent notamment des titres dont les maturités se situent entre 10 et 30 ans. Le lendemain, Bessent indiquait même que les montants pourraient être supérieurs à 4 milliards de dollars. Il faut toutefois conserver une certaine mesure : quelques milliards de dollars d’achats sont minuscules comparés à la taille du marché des Treasuries et à l’encours de dette américaine. L’intérêt de cette décision est donc autant psychologique que mécanique. Elle montre surtout que les autorités américaines surveillent attentivement la remontée des rendements à long terme et sont disposées à intervenir pour améliorer la liquidité du marché. Pour les investisseurs qui cherchent à se protéger contre une dégradation de la confiance dans les monnaies et les obligations souveraines, l’acquisition d’or et d’argent physiques apparaît alors comme une piste à étudier, en complément et non en remplacement de la diversification traditionnelle.
Pourquoi les rachats de Treasuries peuvent favoriser les métaux précieux
Le mécanisme mérite d’être expliqué simplement. Lorsqu’une autorité publique intervient pour acheter des obligations à long terme, elle augmente mécaniquement la demande sur ces titres, ce qui peut contribuer à soutenir leur prix et, toutes choses égales par ailleurs, à réduire leur rendement. Mais lorsque les marchés doutent de la capacité de cette intervention à résoudre les problèmes fondamentaux de dette, de déficit et d’inflation, l’effet peut être beaucoup plus ambigu. C’est précisément ce qui s’est produit récemment : après le soulagement initial provoqué par l’annonce du Trésor, les rendements obligataires sont remontés, signe que les investisseurs restent préoccupés par les déséquilibres structurels. Dans ce type d’environnement, l’or bénéficie d’une caractéristique particulière : il ne promet aucun coupon, mais il ne dépend pas non plus de la capacité d’un État ou d’une entreprise à honorer une dette. C’est cette absence de risque de contrepartie qui explique pourquoi détenir de l’or physique conserve une logique particulière lorsque la confiance envers les actifs financiers traditionnels devient plus fragile.
Le véritable sujet : la démondialisation des matières premières
La thèse du mégacycle ne repose cependant pas uniquement sur la dette. L’autre changement majeur concerne la transformation du commerce mondial. Pendant la période de mondialisation intensive, la logique dominante consistait à produire là où les coûts étaient les plus faibles, puis à acheminer les matières premières, composants et produits finis vers les marchés consommateurs. Cette organisation extrêmement efficace avait toutefois une faiblesse : elle créait des dépendances considérables. Aujourd’hui, la sécurité des approvisionnements devient progressivement aussi importante que leur prix. Les États-Unis, la Chine, l’Europe, l’Inde et d’autres puissances cherchent à contrôler davantage leurs chaînes de valeur stratégiques. Cette tendance concerne particulièrement les terres rares, le cuivre, le lithium, le cobalt, le tungstène, l’uranium et plusieurs autres ressources essentielles à l’industrie, à la défense, à l’électronique et à la transition énergétique. Dans un monde où les gouvernements veulent sécuriser leurs ressources plutôt que simplement les acheter au meilleur prix, l’or et l’argent physiques représentent également des actifs tangibles particulièrement simples à détenir, avec une liquidité internationale qui les distingue de nombreuses matières premières industrielles.
Le problème fondamental des mines : on ne peut pas imprimer du cuivre ou de l’argent
C’est probablement l’un des arguments les plus puissants en faveur d’un nouveau cycle des matières premières. Une banque centrale peut créer des liquidités pratiquement instantanément. Un gouvernement peut modifier sa politique monétaire en quelques jours. Une entreprise peut lever plusieurs milliards de dollars sur les marchés. Mais aucune décision administrative ne permet de faire apparaître instantanément une nouvelle mine de cuivre, d’argent ou d’uranium. Entre la découverte d’un gisement et sa mise en production commerciale, il faut généralement franchir de nombreuses étapes : études géologiques, financement, permis environnementaux, infrastructures, négociations avec les populations locales, construction, traitement du minerai et raccordement aux réseaux logistiques. Ce décalage temporel est essentiel. Lorsque la demande augmente brutalement, l’offre ne peut pas toujours suivre rapidement. Le résultat potentiel est une pression durable sur les prix des matières premières déficitaires. C’est précisément cette asymétrie entre une demande qui peut accélérer rapidement et une offre minière qui met des années à réagir qui nourrit la thèse du mégacycle des actifs tangibles.
L’argent pourrait-il devenir le grand gagnant du cycle ?
Parmi les métaux précieux, l’argent occupe une position singulière. Contrairement à l’or, il possède une utilisation industrielle massive en plus de sa fonction monétaire et d’investissement. Il intervient notamment dans l’électronique, les applications électriques, le solaire et diverses technologies industrielles. Cette double nature signifie que la demande d’argent peut être soutenue simultanément par les investisseurs et par l’économie réelle. Le Silver Institute estime que 2026 constitue la sixième année consécutive de déficit du marché de l’argent, avec un déficit cumulé depuis 2021 évalué à environ 762,1 millions d’onces. Le rapport souligne également que les besoins liés aux infrastructures des centres de données, à l’automobile et à l’aérospatial pourraient contribuer à maintenir une demande importante, même si les prix élevés encouragent certaines économies de matière et substitutions. Pour l’investisseur qui souhaite s’exposer à cette combinaison entre métal monétaire et matière première industrielle, l’achat d’argent physique constitue donc une piste particulièrement intéressante à examiner.
Attention à ne pas confondre déficit physique et hausse garantie des prix
Un déficit structurel ne signifie toutefois pas automatiquement que le prix doit monter sans interruption. C’est une nuance fondamentale. Le marché de l’argent est influencé par les stocks disponibles, les flux d’investissement, les produits financiers, le recyclage, la demande industrielle et les comportements des acteurs spéculatifs. Le Silver Institute estime d’ailleurs que les prix élevés peuvent provoquer une réduction de certaines consommations industrielles grâce à l’économie de matière et à la substitution, tandis qu’une augmentation du recyclage peut progressivement contribuer à réduire le déficit. Autrement dit, le scénario haussier repose sur une combinaison de facteurs et non sur une seule variable. C’est pourquoi une stratégie raisonnable doit distinguer le potentiel de long terme de la volatilité à court terme. Dans cette optique, acheter progressivement de l’argent physique peut être envisagé par les investisseurs qui acceptent ses fluctuations importantes, plutôt que de considérer le métal comme une garantie de rendement.
Le marché papier de l’argent face au métal physique
La distinction entre marché papier et marché physique est également essentielle pour comprendre les mouvements parfois spectaculaires de l’argent. Une grande quantité d’exposition financière au métal peut être créée ou échangée sans qu’une quantité équivalente de métal nouvellement extrait soit physiquement déplacée à chaque transaction. Les contrats à terme, produits négociés en Bourse et autres instruments financiers permettent ainsi aux investisseurs de prendre rapidement des positions importantes. Cela peut amplifier les mouvements de prix dans les deux directions. Une vague de ventes financières peut provoquer une baisse brutale alors même que les fondamentaux physiques restent relativement solides. À l’inverse, une accélération des achats d’investissement peut renforcer la pression sur un marché où l’offre minière réagit lentement. Cette différence explique pourquoi les investisseurs attachés aux fondamentaux privilégient parfois une exposition directe au métal. Détenir de l’argent physique signifie alors posséder directement le métal plutôt qu’une simple exposition à son cours par l’intermédiaire d’un produit financier.
Le cas de l’or : une réserve monétaire qui retrouve une place centrale
L’or bénéficie d’un avantage que les autres matières premières ne possèdent pas dans la même mesure : il est déjà profondément intégré au système monétaire international. Les banques centrales détiennent de l’or dans leurs réserves et peuvent l’utiliser comme actif de diversification. Le débat autour de Bâle III a également contribué à renforcer l’attention portée au statut réglementaire de l’or alloué. Le World Gold Council rappelle notamment que l’or alloué détenu dans les propres coffres d’une banque ou sur une base allouée peut bénéficier d’un traitement de risque nul dans le cadre prudentiel concerné, car il ne représente pas une créance sur l’intermédiaire qui le conserve. Cette situation ne signifie pas que toutes les formes d’exposition à l’or bénéficient automatiquement du même traitement, mais elle souligne la différence fondamentale entre métal physique attribué et exposition financière. Dans ce contexte, l’achat d’or physique peut être considéré comme une manière de conserver une exposition directe à un actif monétaire mondialement reconnu.
L’argent deviendra-t-il un jour un actif de réserve de premier plan ?
C’est ici que l’analyse de Nomi Prins devient particulièrement spéculative. L’idée selon laquelle l’argent pourrait obtenir à l’avenir un statut réglementaire comparable à celui de l’or dans les réserves bancaires mérite d’être surveillée, mais elle ne doit pas être présentée comme une réforme déjà adoptée. Les règles officielles actuelles de Bâle définissent précisément les actifs de niveau 1 dans le cadre de la liquidité bancaire et ne placent pas simplement l’argent physique au même niveau que l’or. La prudence est donc indispensable. En revanche, si les grandes institutions financières accordaient à l’avenir une reconnaissance monétaire ou prudentielle beaucoup plus importante à l’argent, l’impact potentiel sur la demande physique serait considérable. Un changement réglementaire de cette nature pourrait créer une nouvelle catégorie d’acheteurs institutionnels, alors que l’offre minière demeure relativement lente à s’adapter. C’est précisément pour cette raison que conserver une exposition mesurée à l’argent physique peut constituer une hypothèse intéressante pour les investisseurs qui souhaitent se positionner sur ce scénario de long terme, tout en gardant à l’esprit qu’il reste hypothétique.
Pourquoi le cuivre pourrait devenir aussi important que l’or
Le cuivre est souvent présenté comme le métal indispensable à l’électrification mondiale, et son importance pourrait encore augmenter avec les réseaux électriques, les centres de données, les véhicules électriques, les infrastructures et la demande énergétique liée à l’intelligence artificielle. Sa particularité est qu’il ne bénéficie pas du même statut monétaire que l’or ou l’argent : son potentiel repose avant tout sur son utilité industrielle. Or c’est précisément ce qui pourrait rendre les tensions entre offre et demande particulièrement importantes. Les nouveaux projets miniers nécessitent des capitaux considérables et plusieurs années de développement, tandis que les besoins en infrastructures peuvent accélérer rapidement. Le même raisonnement s’applique à l’uranium, au tungstène, aux terres rares et à certains métaux critiques. Pour l’épargnant souhaitant construire une stratégie autour des actifs réels, l’or et l’argent physiques peuvent constituer la composante monétaire de cette allocation, tandis que les matières premières industrielles représentent davantage une exposition à la croissance des besoins physiques de l’économie.
Les sociétés minières : davantage de potentiel, mais aussi davantage de risques
Nomi Prins insiste également sur un autre aspect du cycle : les sociétés minières. Leur intérêt est évident dans un marché haussier des métaux, car leurs bénéfices peuvent progresser plus rapidement que le prix de la matière première lorsque les coûts de production restent relativement stables. Une hausse de 20 % du prix du métal peut ainsi avoir un impact beaucoup plus important sur la marge d’un producteur. Mais cette logique fonctionne aussi dans l’autre sens. Les compagnies minières sont exposées aux risques géologiques, aux dépassements de coûts, aux retards administratifs, aux besoins de financement, aux changements réglementaires et aux fluctuations des prix des matières premières. Les petites sociétés sont généralement encore plus sensibles à ces facteurs. L’investisseur doit donc distinguer soigneusement une entreprise disposant d’un actif réellement exploitable d’une société qui possède seulement un projet prometteur sur le papier. Une approche diversifiée peut consister à combiner métaux précieux physiques et investissements financiers liés au secteur minier, plutôt que de concentrer tout son capital sur quelques entreprises spéculatives.
Pourquoi le véritable cycle pourrait durer plusieurs années
La grande idée derrière le mégacycle des actifs tangibles est précisément son caractère potentiellement durable. Un cycle classique des matières premières peut être provoqué par une pénurie temporaire, un choc géopolitique ou une accélération ponctuelle de la demande. Un mégacycle est différent : plusieurs forces structurelles agissent simultanément et rendent difficile un retour rapide à l’équilibre. Vieillissement des infrastructures minières, sous-investissement de certaines années, réindustrialisation, défense, électrification, centres de données, tensions commerciales, souveraineté énergétique et diversification des réserves monétaires constituent autant de facteurs susceptibles de se renforcer mutuellement. Cela ne signifie pas que les prix augmenteront chaque année. Au contraire, un tel cycle peut être extrêmement volatil, avec des corrections de 20 %, 30 % ou davantage sur certains actifs avant une éventuelle reprise. Mais pour l’investisseur de long terme, la question essentielle devient alors moins « le prix va-t-il monter demain ? » que « suis-je suffisamment exposé aux actifs qui pourraient devenir plus rares dans cinq ou dix ans ? ». Dans cette logique, l’or et l’argent physiques peuvent jouer un rôle de diversification au sein d’une stratégie patrimoniale plus large.
Le paradoxe d’un monde où l’argent financier peut être créé, mais pas les ressources
C’est probablement le cœur philosophique de la thèse. Depuis la crise financière de 2008, les économies développées ont appris à gérer les crises principalement avec des instruments financiers et monétaires : baisse des taux, achats d’actifs, refinancement bancaire, soutien budgétaire et création de liquidités. Mais ces outils ne créent pas directement les ressources physiques nécessaires à l’économie. Ils peuvent financer une mine, une usine ou une infrastructure, mais ils ne peuvent pas réduire instantanément le temps nécessaire pour les construire. Dans un monde où les besoins matériels augmentent alors que les contraintes géopolitiques se multiplient, la valeur stratégique de certaines ressources peut donc progresser indépendamment de la quantité de monnaie en circulation. C’est cette différence entre la vitesse de création de l’argent et la lenteur de création des ressources qui donne toute sa force à la thèse des actifs tangibles. Et dans sa forme la plus pure, posséder de l’or ou de l’argent physique revient justement à détenir une quantité déterminée d’une ressource qui ne peut pas être créée par une décision de banque centrale.
Faut-il pour autant abandonner les actions et les obligations ?
Non. C’est l’une des conclusions les plus importantes à tirer de cette analyse. La thèse du mégacycle des actifs tangibles ne signifie pas nécessairement qu’il faudrait vendre toutes les actions ou toutes les obligations pour acheter des métaux précieux. Une telle approche concentrée créerait elle-même un risque considérable. Les entreprises restent capables de générer des bénéfices, d’innover et de redistribuer du capital, tandis que les obligations peuvent jouer un rôle important dans la gestion de la liquidité et du risque. Le véritable changement consiste plutôt à remettre la diversification au centre de la stratégie. Après plusieurs décennies durant lesquelles les portefeuilles traditionnels ont souvent été dominés par les actions et les obligations, une exposition raisonnable aux actifs réels peut constituer une protection contre certains scénarios monétaires, inflationnistes ou géopolitiques. Dans cette construction, l’or et l’argent physiques peuvent occuper une place complémentaire, à condition que leur poids soit cohérent avec l’horizon d’investissement, la tolérance au risque et les objectifs de chaque épargnant.
Une révolution silencieuse dans les allocations patrimoniales
Le point le plus intéressant de l’analyse de Nomi Prins n’est finalement pas de savoir si l’or atteindra un niveau précis ou si l’argent franchira un seuil spectaculaire. Le véritable enjeu est le changement progressif de perception chez les grands investisseurs. Pendant longtemps, les matières premières ont été considérées comme une poche cyclique et relativement marginale des portefeuilles. Or si les institutions commencent à considérer les ressources naturelles comme des actifs stratégiques plutôt que comme de simples produits de marché, même une petite modification des allocations peut produire des conséquences importantes. Un fonds de pension, une compagnie d’assurance, un family office ou un grand gestionnaire qui décide de consacrer une fraction supplémentaire de son portefeuille aux actifs réels ne crée pas seulement une nouvelle demande financière : il peut contribuer à modifier les flux vers les producteurs physiques, les mines et les métaux précieux. Pour les investisseurs particuliers, acheter progressivement de l’or et de l’argent physiques peut ainsi être envisagé comme une manière de participer à cette tendance de long terme sans dépendre exclusivement des marchés actions.
Le scénario haussier n’est pas sans contreparties
Il serait cependant dangereux de transformer cette analyse en certitude. Les matières premières sont notoirement volatiles. Une récession mondiale, une accélération du recyclage, une amélioration technologique permettant de réduire les besoins en métaux, une hausse durable des taux réels ou un changement géopolitique peuvent modifier rapidement l’équilibre entre offre et demande. L’argent peut connaître des mouvements beaucoup plus violents que l’or et les sociétés minières peuvent perdre une part importante de leur valeur malgré des ressources considérables dans leur sous-sol. Même l’or, pourtant considéré comme une valeur refuge, peut connaître des corrections sévères. C’est pourquoi la prudence reste indispensable. L’achat d’or et d’argent physiques doit être envisagé comme un élément potentiel d’une stratégie diversifiée et non comme une promesse de rendement ou une protection absolue contre toutes les crises.
Conclusion : sommes-nous seulement au premier inning du mégacycle ?
La question posée par Nomi Prins est finalement beaucoup plus profonde qu’une simple prévision sur le prix de l’or ou de l’argent. Si la dette publique continue de progresser, si les banques centrales et les investisseurs internationaux diversifient progressivement leurs réserves, si la mondialisation laisse place à une logique de souveraineté économique et si les besoins en cuivre, uranium, argent, terres rares et autres ressources stratégiques continuent d’augmenter, alors les actifs tangibles pourraient effectivement connaître une période particulièrement importante. Les données disponibles sur le marché de l’argent montrent déjà une succession de déficits, tandis que les tensions récentes sur les obligations américaines rappellent que les déséquilibres budgétaires et financiers ne peuvent pas être ignorés indéfiniment. Pour autant, parler de « mégacycle » ne signifie pas que les cours monteront en ligne droite. Le véritable scénario à surveiller est celui d’une réallocation progressive du capital vers les actifs physiques et les infrastructures nécessaires à leur production. Dans ce nouvel environnement, l’or et l’argent physiques pourraient retrouver une place beaucoup plus importante dans les stratégies de diversification patrimoniale. Si cette transformation est réellement en train de commencer, comme le suggère Nomi Prins, alors les mouvements les plus spectaculaires pourraient ne pas encore avoir eu lieu.



