L’Amérique face à un choix impossible : sauver le dollar ou sauver l’économie
L’économie américaine pourrait être confrontée à un dilemme que les marchés financiers commencent seulement à mesurer dans toute son ampleur : faut-il défendre la valeur du dollar au risque d’étouffer l’économie, ou soutenir l’économie et les marchés financiers au risque d’affaiblir davantage la monnaie américaine ? Cette question, qui peut sembler théorique, devient beaucoup plus concrète lorsque l’on observe simultanément l’explosion de la dette fédérale, la remontée des rendements obligataires à long terme, les tensions énergétiques liées au conflit avec l’Iran et les difficultés du marché des changes. Le 19 août 2026, la dette publique américaine a officiellement franchi le seuil des 40 000 milliards de dollars, tandis que les coûts d’intérêt sont devenus l’un des postes les plus lourds du budget fédéral. Dans le même temps, les rendements des obligations américaines à très long terme évoluent à des niveaux qui commencent à inquiéter les investisseurs et compliquent le financement de déficits toujours considérables. Ce contexte remet au centre du débat une question beaucoup plus ancienne que les marchés modernes : qu’est-ce qui constitue véritablement une réserve de valeur lorsque la confiance dans la monnaie et dans la dette commence à être mise à l’épreuve ? Pour y répondre, il faut nécessairement revenir à l’or et à l’argent physiques, actifs dont la nature est très différente de celle d’une créance financière.
« L’or est de la monnaie, tout le reste est du crédit » : ce que voulait réellement dire J.P. Morgan
La formule attribuée à J.P. Morgan, « gold is money, everything else is credit », est particulièrement intéressante pour comprendre le raisonnement développé dans cette analyse. Il ne faut toutefois pas la transformer en définition juridique contemporaine de la monnaie : dans les économies actuelles, les billets, les dépôts bancaires et les réserves de banque centrale remplissent bel et bien des fonctions monétaires essentielles. L’intérêt de la formule est ailleurs. Elle souligne la différence entre un actif qui n’est pas, par nature, la dette d’un autre agent et un actif qui représente une créance sur quelqu’un d’autre. Un dépôt bancaire est une créance sur une banque ; une obligation d’État est une créance sur un État ; une monnaie fiduciaire repose sur le cadre institutionnel qui garantit son acceptation. L’or physique, lui, ne constitue pas une dette envers un émetteur. C’est précisément cette absence de risque de contrepartie qui explique pourquoi le métal jaune conserve une place particulière dans l’histoire monétaire. Lorsque les risques liés au crédit augmentent, la question de savoir quelle partie du patrimoine dépend directement de la solvabilité d’un tiers devient donc fondamentale. C’est dans cette logique que la détention d’or physique peut être envisagée comme une forme de diversification différente des obligations, des dépôts bancaires ou des actifs financiers.
Le véritable problème américain n’est plus seulement la dette : c’est le coût de son financement
Le chiffre de 40 000 milliards de dollars de dette publique américaine est spectaculaire, mais le montant absolu n’est pas, à lui seul, suffisant pour conclure à une crise. Le véritable problème réside dans la combinaison entre niveau d’endettement, déficit budgétaire, taux d’intérêt et capacité future de remboursement. Lorsque les taux sont faibles, un État très endetté peut continuer à refinancer une partie importante de son passif à un coût relativement supportable. Lorsque les rendements montent durablement, en revanche, chaque nouvelle émission et chaque refinancement deviennent progressivement plus coûteux. Reuters rapportait le 19 août que les intérêts de la dette américaine étaient devenus le deuxième poste budgétaire fédéral, derrière la Social Security, et qu’ils avaient dépassé les dépenses de Medicare sur les dix premiers mois de l’exercice 2026. Cette mécanique crée un cercle potentiellement difficile : davantage de dette entraîne davantage d’intérêts, davantage d’intérêts augmente les besoins de financement, et davantage d’émissions peut exercer une pression supplémentaire sur les marchés obligataires. Dans un environnement où la confiance dans les obligations souveraines est moins absolue qu’auparavant, la recherche d’actifs ne dépendant pas directement de cette chaîne de crédit peut retrouver un intérêt particulier, ce qui explique pourquoi l’or physique comme réserve de valeur revient régulièrement au cœur des stratégies de diversification.
Le marché obligataire américain commence déjà à envoyer un avertissement
Le comportement du marché des Treasuries constitue probablement l’un des indicateurs les plus importants à surveiller. Une économie peut supporter une dette considérable tant que les investisseurs acceptent de la financer à des conditions raisonnables. La situation devient beaucoup plus délicate lorsque les détenteurs d’obligations exigent une rémunération supérieure pour absorber les risques d’inflation, de déficit et de duration. C’est précisément ce qui s’est produit au cours des dernières semaines. Le Trésor américain a même décidé de doubler la taille de certaines opérations de rachat de dette à long terme, jusqu’à 4 milliards de dollars par opération, dans un contexte où les rendements des obligations longues avaient fortement progressé. Le problème est que ces rachats peuvent améliorer temporairement la liquidité du marché, mais ils ne suppriment pas le besoin fondamental de financer les déficits publics. Le 24 août, Reuters indiquait encore que le rendement à 30 ans évoluait proche d’un sommet de près de deux décennies, tandis que le rendement à 10 ans approchait les 5 %. Pour un investisseur, cette situation rappelle une évidence souvent oubliée : lorsqu’un actif réputé sans risque commence lui-même à incorporer davantage de risque de taux et d’inflation, la diversification vers des actifs tangibles tels que l’or et l’argent prend une signification différente.
Le pétrole pourrait devenir le déclencheur que personne ne souhaite
À ce problème budgétaire s’ajoute désormais un problème énergétique. Le conflit avec l’Iran et les perturbations autour du détroit d’Ormuz ont profondément modifié l’équilibre du marché pétrolier. Le détroit constitue un point de passage stratégique pour les exportations mondiales d’énergie, et Reuters estimait le 24 août qu’environ 20 % des flux mondiaux de pétrole et de GNL transitaient habituellement par cette zone avant le conflit. Les États-Unis et leurs partenaires ont donc utilisé les réserves stratégiques et d’autres mécanismes pour amortir une partie du choc. Mais ces réserves ne sont pas infinies. Selon Reuters, environ 290 millions de barils sur les 400 millions mobilisés avaient déjà été consommés et les stocks commerciaux mondiaux s’étaient eux aussi fortement réduits depuis la mi-juillet. Le risque est alors relativement simple à comprendre : si les tensions persistent et que les réserves tampons diminuent, le pétrole peut repartir fortement à la hausse, alimentant simultanément les coûts de transport, de production et de consommation. Dans un tel environnement, l’intérêt d’un actif monétaire physique capable de jouer un rôle de diversification face à une inflation énergétique accrue peut renforcer la demande pour l’or et l’argent physiques.
Les États-Unis ont-ils réellement épuisé leurs réserves stratégiques ? Attention aux raccourcis
Il faut ici apporter une nuance importante au discours initial : affirmer que les réserves stratégiques américaines ou internationales sont « à sec » serait excessif. L’Agence internationale de l’énergie indiquait encore le 24 août qu’environ 80 % des réserves stratégiques mobilisées après la libération de 400 millions de barils en mars restaient disponibles au niveau des pays membres de l’AIE. En revanche, le constat essentiel demeure valable : une partie importante du coussin de sécurité énergétique a été utilisée et la capacité à compenser indéfiniment une perturbation majeure n’est pas illimitée. C’est cette distinction qui compte. Le danger n’est pas nécessairement une disparition physique immédiate du pétrole, mais une réduction progressive des marges de sécurité au moment même où les tensions géopolitiques restent élevées. Le 24 août, le Brent se maintenait d’ailleurs autour de 92 dollars après avoir connu des niveaux bien supérieurs au cours du conflit, et Reuters estimait qu’un maintien des perturbations pourrait pousser le brut à nouveau au-dessus de 100 dollars. Pour un patrimoine exposé à l’inflation et aux fluctuations monétaires, cela renforce l’intérêt de considérer l’or physique non comme un pari sur le pétrole, mais comme un actif susceptible de jouer un rôle différent lorsque les risques macroéconomiques se multiplient.
Le Japon constitue peut-être la pièce la plus sous-estimée du puzzle
Le Japon est essentiel dans cette histoire parce qu’il se trouve à l’intersection de trois marchés : le yen, les obligations japonaises et les Treasuries américains. Le pays demeure extrêmement dépendant des importations énergétiques du Moyen-Orient : en 2025, 94 % de ses importations de pétrole brut provenaient de cette région, selon Reuters. Une hausse durable du pétrole constitue donc un choc particulièrement important pour l’économie japonaise. Dans le même temps, le yen a subi une forte pression et les autorités japonaises ont déjà dû intervenir sur le marché des changes avec le soutien des États-Unis. Reuters rapportait début août que le yen avait atteint des niveaux proches de ses plus bas en quatre décennies, tandis qu’une intervention coordonnée avait été mise en place pour enrayer son affaiblissement. Cette situation est délicate parce que le Japon ne peut pas simplement augmenter brutalement les taux sans tenir compte de l’énorme stock de dette publique accumulé au fil des décennies. Pour les investisseurs européens et américains, la conséquence indirecte est majeure : si le Japon doit modifier sa politique financière, monétaire ou ses allocations internationales, les flux de capitaux mondiaux peuvent être affectés, ce qui redonne toute sa pertinence à l’or comme actif international.
Et si le Japon commençait à vendre ses Treasuries ?
Il faut là encore éviter une conclusion trop mécanique. Le Japon reste le premier détenteur étranger de dette américaine, avec environ 1 116 milliards de dollars de Treasuries en juin 2026, mais ses avoirs avaient diminué de 2,3 % sur un mois. Cela ne signifie pas que Tokyo va nécessairement procéder à une vente massive de dette américaine. Une telle opération pourrait d’ailleurs être extrêmement coûteuse pour le Japon lui-même en faisant monter les rendements américains et en dévalorisant les obligations encore détenues. Le véritable sujet est plutôt celui d’une éventuelle réorientation progressive des flux internationaux. Pendant des années, les excédents japonais ont contribué à financer les économies occidentales, directement ou indirectement. Si les besoins domestiques du Japon augmentent, si les taux japonais montent et si le risque de change devient plus important, une partie de ces capitaux peut être rapatriée. Cette hypothèse suffit à justifier une surveillance attentive du marché obligataire américain, car même une modification marginale des allocations d’un investisseur institutionnel de cette taille peut avoir des conséquences importantes. Dans un portefeuille conçu pour ne pas dépendre entièrement des créances souveraines, l’or et l’argent physiques présentent justement une caractéristique particulière : leur valeur ne repose pas sur la promesse de remboursement d’un État.
Le précédent des années 1970 doit être étudié, mais pas copié aveuglément
Le parallèle avec les années 1970 est séduisant, mais il doit être manié avec beaucoup de prudence. À cette époque, le choc pétrolier avait provoqué une accélération spectaculaire de l’inflation dans de nombreuses économies développées. Aujourd’hui, les économies sont différentes, les banques centrales disposent d’outils différents et la structure de la consommation énergétique a évolué. Néanmoins, le mécanisme fondamental reste parfaitement valable : lorsque le prix d’une énergie essentielle augmente brutalement, les entreprises subissent une hausse de leurs coûts et finissent par en répercuter une partie sur les consommateurs. Le risque devient encore plus sérieux si cette hausse énergétique intervient alors que les finances publiques sont déjà fragiles et que les banques centrales ne peuvent pas assouplir leur politique monétaire aussi facilement qu’elles le souhaiteraient. C’est exactement le type de combinaison qui rend les marchés obligataires nerveux. Dans ce contexte, l’or ne doit pas être considéré comme une protection parfaite contre chaque épisode inflationniste, mais son comportement historique montre pourquoi il conserve une place particulière lorsque la confiance dans les monnaies fiduciaires et les actifs de crédit est mise à l’épreuve. Pour cette raison, l’achat d’or physique peut constituer un élément de diversification à étudier dans une stratégie patrimoniale de long terme.
La Chine a compris que le système monétaire mondial est en train de changer
L’autre grande pièce du puzzle est la Chine. Pékin ne semble pas chercher à provoquer brutalement l’effondrement du dollar, car son économie reste elle-même profondément intégrée au système commercial et financier mondial. En revanche, la Chine travaille depuis plusieurs années à réduire sa vulnérabilité à un système dominé par le dollar. Cette stratégie passe notamment par le développement des infrastructures financières en yuan, l’augmentation de l’utilisation internationale de sa monnaie et, surtout, par un rôle croissant accordé à l’or. En juillet 2026, Hong Kong et Pékin ont lancé de nouvelles infrastructures destinées à renforcer le rôle de Hong Kong comme centre international de l’or, notamment avec un système central de compensation du métal et le programme Delivery Connect reliant directement Hong Kong à la Shanghai Gold Exchange. Reuters rapportait également en août que la Chine cherchait à transformer Hong Kong en véritable plaque tournante mondiale du marché de l’or, avec un développement massif de ses capacités de stockage. Il serait néanmoins excessif d’affirmer que la Chine a déjà instauré un « étalon-or » pour le yuan : ce n’est pas le cas. En revanche, la construction progressive d’une infrastructure permettant de rapprocher le yuan et le marché physique de l’or constitue un changement stratégique qu’il serait imprudent d’ignorer. Dans ce nouvel environnement, posséder de l’or physique revient à détenir un actif reconnu et négociable à l’échelle internationale, indépendamment de la monnaie dans laquelle il est coté.
Pourquoi un véritable retour de l’étalon-or est presque impossible pour les États-Unis
Le discours sur un éventuel retour à l’étalon-or mérite lui aussi une distinction fondamentale. Les États-Unis possèdent effectivement une énorme quantité d’or : le rapport financier 2025 du département du Trésor indique que les réserves détenues par le Trésor et la Réserve fédérale représentaient environ 261,5 millions d’onces troy, soit près de 8 134 tonnes, à fin septembre 2025. Leur valeur comptable reste fixée par la loi à 42,2222 dollars l’once, alors que leur valeur de marché atteignait environ 1 000 milliards de dollars à la date du rapport. Il est donc inutile de reprendre sans nuance les affirmations selon lesquelles « l’or américain n’existe plus » ou n’aurait pas été audité : les documents officiels du Trésor et les travaux de son inspecteur général fournissent une documentation substantielle sur les réserves, leur garde et leurs contrôles. Le véritable obstacle à un retour à un étalon-or est avant tout politique et économique. Réintroduire une convertibilité stricte imposerait des contraintes considérables sur la création monétaire, les dépenses publiques et la gestion des déficits. Ce serait particulièrement difficile dans une économie dont la dette fédérale vient de franchir 40 000 milliards de dollars. Dans ce contexte, le métal peut être considéré comme un actif monétaire sans qu’un gouvernement ait besoin de rétablir un étalon-or formel, ce qui explique la pertinence persistante de l’or d’investissement physique.
Le choix américain devient alors brutalement simple
C’est à ce stade que le raisonnement initial prend toute sa force. Si les États-Unis cherchent véritablement à défendre le dollar contre l’inflation, ils doivent accepter des conditions financières suffisamment restrictives pour maintenir la confiance dans la monnaie et les obligations. Mais des taux durablement élevés rendent le financement de la dette beaucoup plus coûteux, ralentissent l’immobilier, pénalisent l’investissement et peuvent fragiliser les entreprises et les ménages. À l’inverse, si Washington privilégie la croissance, l’emploi et la stabilité des marchés financiers en maintenant des conditions monétaires et financières plus souples, le risque est de laisser davantage de pression s’exercer sur le dollar et sur les anticipations d’inflation. C’est le dilemme central. Reuters rapportait le 24 août que les interventions du Trésor pour soutenir le marché obligataire intervenaient précisément alors que les rendements longs restaient élevés et que les inquiétudes concernant la dette américaine pesaient sur le dollar. Il ne s’agit donc pas nécessairement d’une décision binaire qui sera annoncée un matin par la Maison-Blanche : il s’agit plutôt d’un arbitrage permanent entre inflation, taux, croissance, déficit et stabilité financière. Dans ce genre d’environnement, la présence d’actifs tangibles comme l’or et l’argent physiques peut prendre une importance croissante dans la réflexion sur la diversification.
Le quantitative easing pourrait-il redevenir l’ultime solution ?
Le quantitative easing, ou assouplissement quantitatif, consiste pour une banque centrale à acheter des actifs financiers, généralement des obligations, afin d’influencer les conditions financières et de soutenir la liquidité. Dans une crise majeure, cette politique peut empêcher un dysfonctionnement du marché obligataire et éviter qu’une contraction financière ne se transforme en dépression. Mais elle présente une difficulté lorsque l’inflation est déjà élevée : créer davantage de liquidité ou maintenir artificiellement des conditions financières accommodantes peut entrer en contradiction avec l’objectif de stabilité des prix. C’est précisément ce qui rend la situation actuelle particulièrement complexe. La Réserve fédérale doit surveiller l’inflation tandis que le Trésor américain cherche simultanément à maintenir un marché liquide pour une montagne de dette dépassant désormais 40 000 milliards de dollars. Si une nouvelle phase d’assouplissement monétaire devenait nécessaire à l’avenir, les investisseurs chercheraient naturellement à savoir si cette politique soutient principalement l’économie réelle ou si elle contribue à une nouvelle dépréciation des monnaies. Ce n’est pas une raison pour conclure automatiquement à une envolée de l’or, mais c’est un scénario qui explique pourquoi l’or physique comme protection patrimoniale reste étudié avec attention.
Pourquoi l’or peut bénéficier d’une crise de confiance sans que le dollar s’effondre
Une erreur fréquente consiste à croire que l’or ne peut monter que lorsque le dollar s’effondre. En réalité, les deux phénomènes peuvent coexister sans qu’il y ait nécessairement de crise monétaire spectaculaire. L’or est un actif mondial dont le prix reflète les anticipations concernant les taux réels, l’inflation, les risques géopolitiques, les achats des banques centrales, les flux d’investissement et la confiance générale dans les actifs financiers. Le 19 août, alors que les inquiétudes autour de la dette américaine provoquaient une forte volatilité sur les marchés obligataires, Reuters signalait que l’or avait bondi de plus de 4 % jusqu’à environ 4 508 dollars l’once tandis que le dollar reculait. Le 24 août, le billet vert restait proche de ses plus bas de plusieurs mois, sous la pression des préoccupations concernant la dette et les interventions du Trésor. Cette dynamique est importante : le scénario à surveiller n’est pas nécessairement celui d’un effondrement brutal du dollar, mais celui d’une érosion progressive de sa prime de confiance. Dans ce cas, un investisseur peut chercher à compléter ses actifs financiers par une exposition tangible à l’or et à l’argent physiques.
La Chine ne cherche pas nécessairement à détruire le dollar : elle veut surtout avoir une alternative
C’est probablement l’un des points les plus importants pour comprendre la géopolitique monétaire actuelle. Pékin n’a aucun intérêt évident à provoquer un effondrement désordonné du dollar, car la Chine possède encore une quantité considérable d’actifs libellés en dollars et reste fortement dépendante du commerce international. En revanche, les données montrent une évolution progressive de ses réserves et de ses infrastructures financières. Les avoirs chinois en Treasuries sont tombés à environ 633 milliards de dollars en juin 2026, leur niveau le plus faible depuis septembre 2008, et ont diminué de plus de 13 % sur un an. Parallèlement, Hong Kong développe rapidement son rôle dans le marché physique de l’or et renforce les connexions avec Shanghai. Le message n’est donc pas nécessairement « le dollar va disparaître », mais plutôt : le monde cherche davantage d’options. Cette diversification monétaire et financière pourrait progressivement modifier la place relative du dollar dans le système international. Pour un épargnant, cette évolution donne une dimension supplémentaire à la détention de métaux précieux physiques, qui ne dépend pas d’une seule zone monétaire.
Le scénario le plus dangereux : inflation élevée et croissance faible
Le véritable cauchemar pour les banques centrales serait une forme de stagflation : une croissance économique faible combinée à une inflation persistante. Un choc pétrolier constitue précisément l’un des mécanismes capables de provoquer ce phénomène. Les entreprises doivent alors absorber des coûts énergétiques plus élevés, les ménages voient leur pouvoir d’achat diminuer et les gouvernements sont poussés à augmenter leurs dépenses de soutien. Mais si les banques centrales réagissent en maintenant des taux élevés pour combattre l’inflation, elles risquent d’aggraver le ralentissement économique. Si elles baissent les taux trop rapidement, elles risquent à l’inverse de prolonger les tensions inflationnistes. Le conflit au Moyen-Orient ajoute une dimension géopolitique à cette équation : au 24 août, Washington préparait de nouvelles sanctions contre les acteurs économiques liés à l’Iran, tandis que la Chine restait un acheteur important du pétrole iranien et contestait les sanctions unilatérales américaines. Plus la durée du choc s’allonge, plus le risque d’une combinaison défavorable entre énergie, inflation et croissance augmente. Dans un tel scénario, l’or physique peut jouer un rôle de diversification, sans pour autant constituer une garantie contre toutes les pertes.
Ce que cette situation signifie concrètement pour l’épargnant
La conclusion ne devrait surtout pas être de vendre tous ses actifs financiers pour acheter de l’or. Une telle stratégie serait aussi simpliste que de considérer que le dollar est condamné à disparaître. La véritable leçon est celle de la diversification des risques. Une obligation dépend de la solvabilité de son émetteur et de l’évolution des taux ; une action dépend des bénéfices futurs d’une entreprise ; une devise dépend de la politique monétaire et de la confiance dans l’économie qui l’émet ; un bien immobilier dépend notamment du crédit, de la fiscalité et du marché local. L’or physique possède un profil différent : il ne verse pas de coupon, ne génère pas de bénéfice et n’est pas productif, mais il n’est pas non plus la créance d’un émetteur. C’est précisément cette différence qui peut justifier une allocation mesurée pour certains patrimoines. L’argent physique possède également des caractéristiques propres, notamment son exposition à la demande industrielle, qui le rend généralement plus volatil que l’or. Dans tous les cas, la décision doit dépendre de l’horizon, de la tolérance au risque, de la liquidité nécessaire et de la situation patrimoniale de chacun ; pour ceux qui souhaitent étudier cette classe d’actifs, découvrir les possibilités d’achat d’or et d’argent constitue un point de départ permettant de distinguer le métal physique des produits financiers qui lui sont liés.
Le véritable signal à surveiller n’est pas la disparition du dollar, mais la perte progressive de confiance
Il n’est pas nécessaire que le dollar s’effondre pour que son rôle dans le système financier mondial évolue. Une monnaie peut rester dominante tout en perdant progressivement une partie de sa capacité à imposer ses conditions. Le phénomène peut être lent, presque invisible pendant des années, puis devenir beaucoup plus rapide lorsque plusieurs événements se produisent simultanément. Aujourd’hui, les États-Unis font face à une dette supérieure à 40 000 milliards de dollars, à des coûts de financement élevés, à des tensions énergétiques et à des interrogations croissantes sur la trajectoire budgétaire. Dans le même temps, la Chine développe des infrastructures permettant au yuan et à l’or de jouer un rôle plus important dans les échanges internationaux, tandis que le Japon reste au cœur des flux de capitaux vers les marchés occidentaux. Il serait prématuré de parler d’un basculement complet du système monétaire mondial, mais il serait tout aussi imprudent de considérer que rien ne change. Dans cette transformation progressive, l’or et l’argent physiques retrouvent précisément une caractéristique qui les distingue des monnaies nationales : leur valeur n’est pas liée à la solvabilité d’un seul gouvernement.
Conclusion : l’Amérique doit choisir entre la discipline monétaire et le soutien de son économie
Le raisonnement présenté dans cette analyse peut finalement être résumé en une seule idée : les États-Unis disposent de moins en moins de solutions indolores. Défendre fermement le dollar et lutter contre l’inflation implique de conserver des conditions financières suffisamment strictes pour préserver la confiance dans la monnaie et les obligations, mais cette stratégie rend le poids de la dette plus difficile à supporter. Soutenir l’économie, les marchés et les finances publiques implique au contraire d’accepter davantage de flexibilité monétaire et budgétaire, avec le risque que le dollar perde progressivement de sa valeur réelle. Entre ces deux extrêmes, Washington cherchera évidemment une troisième voie faite d’interventions ponctuelles, de rachats de dette, de négociations commerciales, de politique énergétique et de pression sur ses partenaires. Mais les mathématiques de la dette ne disparaissent pas pour autant. Le franchissement des 40 000 milliards de dollars de dette, la remontée des rendements longs et les tensions énergétiques donnent au problème une dimension nouvelle. Pendant ce temps, la Chine construit progressivement des alternatives autour du yuan et de l’or, tandis que les flux de capitaux internationaux deviennent plus sensibles aux différences de taux, de risque et de politique monétaire. Dans ce monde où le crédit devient plus risqué et où les grandes puissances cherchent à diversifier leurs réserves, le vieux principe selon lequel l’or ne constitue pas la dette de quelqu’un d’autre retrouve une résonance particulière. Cela ne signifie pas que l’or doit remplacer tous les autres actifs, ni que le dollar est condamné à court terme ; cela signifie simplement que, face à un environnement monétaire et géopolitique de plus en plus complexe, la détention d’une partie de son patrimoine sous forme d’actifs tangibles mérite d’être sérieusement étudiée, notamment à travers l’achat d’or et d’argent physiques.


