L’or est devenue une arme. Soyez vigilants.

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Quelque chose a changé dans la manière dont Washington parle de l’or, et la plupart des investisseurs passent à côté parce que cela se déroule au fil de trois cycles d’actualité distincts, plutôt que sous la forme d’un seul grand titre.

Mettons ces éléments en relation.

Premièrement, en juillet, le secrétaire au Trésor Scott Bessent est intervenu sur Fox News et a, presque en passant, rappelé au pays que le dollar « était autrefois adossé à l’argent métal, et parfois à l’or ». Il ne s’agissait pas d’une annonce de politique économique. Il se contentait de rappeler un fait historique. Mais un secrétaire au Trésor en exercice ne mentionne pas spontanément l’ancien système d’adossement du dollar sans raison : cela signifie que l’or a de nouveau sa place dans son esprit comme référence monétaire, et pas seulement comme matière première.

Puis est venue la deuxième partie de cette même intervention : Bessent a confirmé que la totalité de l’or américain conservé à Fort Knox était « présente et dûment comptabilisée », pour une valeur supérieure à 1 000 milliards de dollars aux cours actuels du marché. Il s’est empressé d’ajouter qu’aucune de ces réserves ne sert aujourd’hui à garantir le dollar. Soit. Techniquement…

Mais remarquez ce qu’il n’a pas fait.

Il n’a pas balayé la question comme une théorie du complot marginale avant de passer à autre chose. Il y a répondu sérieusement, chiffres à l’appui, à la télévision nationale, parce que la Maison-Blanche comprend qu’en 2026, l’état des réserves d’or de Fort Knox n’est plus une simple question de culture générale. C’est une question de confiance, à un moment où la part du dollar dans les réserves mondiales se situe près de son plus bas niveau depuis 25 ans, tandis que les banques centrales achètent environ 1 000 tonnes d’or par an, soit à peu près deux fois le rythme de la décennie précédente.

Vient maintenant le troisième élément — et c’est celui qui aurait dû susciter beaucoup plus d’attention.

Lundi, Bessent s’est présenté au pupitre du Trésor et a dévoilé « Operation Economic Outcast », une vaste nouvelle campagne de sanctions contre l’Iran. Enfoui dans la liste des secteurs visés, aux côtés des actifs numériques, de l’aviation, du transport maritime et des technologies, figurait… l’or.

Oui, le gouvernement américain vient officiellement de classer l’or parmi les catégories d’actifs stratégiques susceptibles de faire l’objet de sanctions, dans le même mouvement que les cryptomonnaies et le carburant aviation.

Ce n’est pas anodin. Et ce n’est pas le fruit du hasard.

L’Iran s’appuie précisément sur l’or parce que celui-ci ne dépend pas de SWIFT. Les importations iraniennes d’or ont été environ six fois supérieures cette année à celles enregistrées sur la même période l’an dernier, et un ancien responsable de la banque centrale iranienne a déclaré ouvertement que l’or avait « vacciné » l’économie du pays contre les sanctions occidentales pendant 46 ans.

Washington le sait. Les équipes du Trésor suivent ces flux.

En intégrant explicitement l’or au dispositif de sanctions, les États-Unis reconnaissent implicitement que le métal est devenu un véritable moyen alternatif de règlement, permettant à un régime exclu du système dollar de transférer et de régler de la valeur. Et ils signalent par là même que les États-Unis entendent se battre pour contrôler cette voie plutôt que de la laisser leur échapper.

Mettez ces trois éléments bout à bout et un schéma apparaît, qui va bien au-delà de l’idée selon laquelle « l’or constitue une bonne couverture ».

L’or est en train de réintégrer l’architecture du système financier, et plus seulement les graphiques de prix.

Pendant cinquante ans, l’histoire était simple. Nixon a fermé la convertibilité du dollar en or en 1971. L’or est alors devenu une relique, enfermée dans des coffres et officiellement valorisée à 42,22 dollars l’once, tandis que le marché le cotait à des centaines, puis à des milliers de dollars.

Durant toute cette période, le dollar a dominé le monde en reposant essentiellement sur la confiance et les titres du Trésor américain. L’or était un actif de couverture que l’on détenait précisément pour se protéger contre la dépréciation monétaire.

Mais il ne faisait pas partie de la plomberie du système.

Cette vision est désormais clairement en train de se fissurer aux deux extrémités.

D’un côté, le secrétaire au Trésor des États-Unis répond en prime time à des questions sur les audits des réserves physiques d’or et sur leur valorisation, chose qui aurait semblé impensable il y a encore dix ans, à une époque où l’or était traité comme une relique barbare par pratiquement tous les présidents de la Fed.

De l’autre, ce même secrétaire au Trésor considère désormais l’or comme un instrument financier susceptible d’être sanctionné. Cela signifie que les États-Unis reconnaissent officiellement que l’or constitue un canal par lequel les États peuvent déplacer de la valeur entièrement en dehors du système dollar.

On ne peut pas durablement avoir les deux à la fois.

Soit l’or n’a aucune importance dans l’exercice du pouvoir monétaire — auquel cas vous ne prenez pas la peine de le sanctionner.

Soit l’or est suffisamment important pour permettre à des régimes sanctionnés de déplacer de l’argent réel — et dans ce cas, les questions portant sur la quantité exacte d’or détenue par les États-Unis, ainsi que sur la possibilité qu’un jour la valeur comptable de 42,22 dollars l’once soit réévaluée au prix du marché, cessent d’être des questions marginales pour devenir des questions de bilan.

Cela fait des années que je défends dans ces pages l’idée que l’or doit être considéré comme un minéral critique et un actif de sécurité nationale, et pas simplement comme un instrument de diversification de portefeuille.

Cette semaine nous en a fourni la confirmation la plus claire à ce jour.

Lorsqu’une cellule du Trésor chargée des sanctions place l’or sur la même liste de cibles que les semi-conducteurs et les voies maritimes, elle vous dit, dans le langage bureaucratique le plus sec qui soit, que l’or possède une utilité monétaire dont les gouvernements se soucient suffisamment pour vouloir en contrôler l’usage.

Ce que cela signifie pour vous

Tout cela ne nécessite ni un « Bretton Woods III », ni un retour officiel à l’étalon-or pour avoir des conséquences sur votre portefeuille.

Il faut quelque chose de beaucoup plus simple : la réintroduction de l’or comme instrument du pouvoir d’État, après cinq décennies durant lesquelles il a été traité comme une pièce de musée.

Cette réintroduction modifie la dynamique de la demande.

Les achats des banques centrales, qui se situent désormais autour du double de leur rythme historique, constituaient déjà l’une des grandes histoires des quatre dernières années.

Ajoutez-y un secrétaire au Trésor qui ressent le besoin de défendre publiquement les réserves d’or américaines, ainsi qu’un régime de sanctions qui considère désormais l’or comme un point de passage stratégique qu’il vaut la peine de surveiller, et vous obtenez deux forces gouvernementales distinctes qui convergent vers le même actif depuis des directions opposées.

L’une est défensive.

L’autre est offensive.

Et toutes deux sont favorables au rôle de l’or dans le système.

Je continuerai à suivre les valeurs minières aurifères ainsi que les actifs offrant une exposition physique à l’or dans le portefeuille, avec cette grille de lecture au premier plan.

Mais le message essentiel du jour est simple :

L’or a passé cinquante ans au statut de relique. Cette semaine, il a commencé à se comporter à la fois comme une arme et comme un passif.

Et cela en fait un actif d’une tout autre nature à détenir.

Source: gainspainscapital.com

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