HA ! C’est à mourir de rire, les géants de la crypto achètent de l’or… Tout le monde se prépare à la fin de la monnaie papier ! Avec Godfrey Bloom et Alasdair Macleod

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Et si l’un des acteurs les plus puissants de l’univers des cryptomonnaies nous envoyait un signal que le marché ne regarde pas suffisamment ? Tether, l’entreprise derrière le célèbre stablecoin USDT, n’est plus seulement une société spécialisée dans les actifs numériques. Son bilan est devenu suffisamment important pour que ses choix d’allocation méritent une attention particulière. Au quatrième trimestre 2025, Tether déclarait notamment détenir 127,5 tonnes d’or, après avoir ajouté 21,9 tonnes sur le seul trimestre, tandis que son exposition aux bons du Trésor américain atteignait 141,6 milliards de dollars. Cette évolution pose une question fascinante : pourquoi une entreprise dont le produit phare est un dollar numérique cherche-t-elle à accumuler autant d’un actif monétaire vieux de plusieurs millénaires ? Faut-il y voir une simple diversification de trésorerie, une manière de renforcer son bilan, ou une anticipation d’un monde dans lequel les monnaies fiduciaires pourraient progressivement perdre une partie de leur rôle ? Rien ne permet d’affirmer que Tether prépare consciemment « l’après-dollar » ou « l’après-fiat ». En revanche, ses décisions financières donnent suffisamment de matière pour examiner sérieusement cette hypothèse. Pour ceux qui souhaitent également réfléchir à la place des actifs tangibles dans un patrimoine, l’achat d’or et d’argent physiques constitue une piste à étudier.

Tether, un géant de la crypto qui ressemble de plus en plus à une institution financière

Pour comprendre pourquoi les achats d’or de Tether sont aussi intéressants, il faut d’abord comprendre le fonctionnement de son activité. Tether émet l’USDT, un stablecoin conçu pour conserver une valeur proche du dollar américain. Concrètement, lorsqu’un utilisateur détient un USDT, il possède un actif numérique dont la stabilité dépend notamment de la qualité, de la liquidité et de la gestion des réserves de l’émetteur. Le modèle économique est particulièrement intéressant : l’entreprise peut détenir des actifs générant des revenus alors que le détenteur d’un stablecoin ne reçoit pas nécessairement de rémunération comparable à celle d’un investisseur détenant directement ces actifs. À fin 2025, Tether indiquait ainsi plus de 187 milliards de dollars de capitalisation pour l’USDT et 192,9 milliards de dollars de réserves totales, avec 6,3 milliards de dollars de capitaux propres excédentaires selon ses propres chiffres. Le mécanisme permet donc de comprendre pourquoi les bons du Trésor américain occupent une place centrale dans son bilan : ils sont extrêmement liquides, largement négociés et directement liés au dollar qui sert de référence au stablecoin. Cette logique explique aussi pourquoi certains investisseurs cherchent à compléter leurs actifs financiers par une détention physique d’or ou d’argent.

Pourquoi les stablecoins peuvent-ils générer autant de revenus ?

Le fonctionnement économique des stablecoins permet de comprendre une partie de la puissance financière acquise par Tether. Imaginons, de manière simplifiée, qu’un émetteur reçoive 100 milliards de dollars en contrepartie de stablecoins émis et qu’une grande partie de ces fonds soit placée dans des actifs très liquides et rémunérateurs. Si ces actifs rapportent un rendement positif alors que le détenteur du stablecoin ne perçoit pas directement ce rendement, la différence constitue une source potentielle de revenus pour l’émetteur, avant coûts, provisions, dépenses et autres éléments du compte de résultat. Ce modèle explique pourquoi la hausse des taux américains a profondément changé l’économie des stablecoins : lorsque les rendements des bons du Trésor à court terme sont élevés, les réserves peuvent produire des revenus considérables. Tether affirme avoir enregistré plus de 10 milliards de dollars de bénéfice net en 2025 et détenir une exposition de 141,6 milliards de dollars aux bons du Trésor américain à la fin de l’année. Ce n’est donc pas seulement une histoire de cryptomonnaies : c’est aussi une histoire de transformation d’un réseau de paiement numérique en gigantesque activité de gestion de réserves. Dans un tel environnement, comprendre pourquoi l’or physique peut compléter des actifs dépendants du système financier devient particulièrement pertinent.

Le GENIUS Act change-t-il la donne pour les stablecoins ?

Un élément essentiel du dossier est apparu aux États-Unis en 2025 avec l’adoption du GENIUS Act, signé le 18 juillet 2025. Cette loi a créé le premier cadre fédéral américain spécifiquement consacré aux stablecoins de paiement et prévoit notamment des exigences de réserves, avec une logique de couverture par des actifs liquides et des obligations de transparence sur les réserves. Le Trésor américain a lui-même souligné que l’expansion des stablecoins pouvait accroître la demande pour les bons du Trésor américains. Le changement est considérable : pendant longtemps, les stablecoins ont évolué dans une zone réglementaire particulièrement complexe, tandis que leur intégration progressive dans le système financier américain leur donne désormais une légitimité institutionnelle beaucoup plus importante. Au 28 août 2026, le dispositif n’est cependant pas simplement une réglementation déjà totalement figée : l’Office of the Comptroller of the Currency a notamment publié des propositions réglementaires pour mettre en œuvre certaines dispositions, et la loi prévoit une entrée en vigueur selon un calendrier dépendant de la publication des règles finales. Autrement dit, la réglementation américaine pourrait accélérer la croissance de cette industrie tout en renforçant son lien avec le marché de la dette américaine. Dans cette transformation du système monétaire, conserver une partie de son patrimoine sous forme d’actifs physiques comme l’or peut également être envisagé comme un principe de diversification.

Mais pourquoi Tether achète-t-il autant d’or ?

C’est probablement la question la plus intrigante de toute cette affaire. Tether pourrait théoriquement conserver l’essentiel de ses réserves dans des instruments monétaires à court terme, puisque ceux-ci correspondent parfaitement à l’économie d’un stablecoin indexé sur le dollar. Pourtant, l’entreprise a progressivement augmenté son exposition à l’or. Ses chiffres du quatrième trimestre 2025 font apparaître 127,5 tonnes d’or dans ses réserves, soit une progression de 21,9 tonnes en seulement trois mois. Il serait toutefois excessif d’en déduire que Tether « parie sur la disparition du dollar ». Plusieurs explications peuvent coexister : diversification du bilan, protection contre certains risques financiers, stratégie patrimoniale de long terme, recherche d’un actif sans risque de crédit direct comparable à celui d’une dette privée ou souveraine, ou encore anticipation d’un environnement monétaire plus incertain. Ce qui est remarquable, ce n’est donc pas nécessairement l’intention cachée derrière chaque achat, mais le fait qu’une entreprise dont l’activité repose sur la représentation numérique du dollar choisisse également d’accumuler une quantité importante d’un actif qui, historiquement, a précisément servi de réserve monétaire indépendante des monnaies fiduciaires. Cette évolution mérite à elle seule de s’interroger sur la place que l’or physique peut occuper dans une stratégie patrimoniale de long terme.

127,5 tonnes : Tether est-il réellement en train de rejoindre les banques centrales ?

La comparaison est séduisante, mais elle doit être maniée avec précision. Les banques centrales détiennent des dizaines de milliers de tonnes d’or et leurs motivations sont très différentes de celles d’une entreprise privée. Le World Gold Council estime qu’à la fin de 2025, les banques centrales détenaient environ 38 600 tonnes d’or, pour une valeur proche de 5 000 milliards de dollars. Tether, avec 127,5 tonnes déclarées fin 2025, ne joue donc évidemment pas dans la même catégorie en valeur absolue. Mais le rythme d’accumulation devient intéressant lorsqu’on le compare à certains achats officiels annuels. Les banques centrales ont acheté environ 863 tonnes d’or net en 2025, après plusieurs années de demande exceptionnellement élevée, et le deuxième trimestre 2026 a encore enregistré 288,9 tonnes d’achats nets. La véritable information n’est donc pas que Tether serait devenu une « banque centrale », mais qu’un acteur majeur de l’économie numérique choisit lui aussi d’intégrer l’or dans son bilan à une échelle qui n’est plus symbolique. Pour un investisseur particulier, cette évolution peut constituer une raison supplémentaire d’étudier sérieusement la détention d’or physique.

Le mouvement des banques centrales donne une profondeur supplémentaire au phénomène

Le cas Tether ne doit surtout pas être analysé isolément. Depuis plusieurs années, les banques centrales ont augmenté leurs achats d’or, avec une accélération particulièrement visible depuis 2022. Selon l’enquête 2026 du World Gold Council, les banques centrales ont accumulé en moyenne environ 1 000 tonnes d’or par an au cours des quatre dernières années, contre environ 500 tonnes par an pendant la décennie précédente. Les données disponibles en 2026 montrent que cette tendance n’a pas disparu malgré les niveaux de prix élevés. Au premier trimestre 2026, les achats nets étaient estimés à 243,7 tonnes, puis les achats ont rebondi à 288,9 tonnes au deuxième trimestre. En mai 2026, les réserves officielles mondiales avaient encore progressé de 41 tonnes nettes, notamment sous l’impulsion de la Pologne et de la Chine. Il serait donc réducteur de présenter l’or comme une relique destinée uniquement aux investisseurs méfiants envers les cryptomonnaies. Il reste un actif stratégique dans la gestion des réserves internationales, précisément parce qu’il combine selon le World Gold Council des caractéristiques recherchées par les banques centrales en matière de sécurité, liquidité et rendement. Cette demande institutionnelle explique aussi pourquoi l’or physique reste au centre de nombreuses stratégies de diversification patrimoniale.

Or contre Bitcoin : deux visions radicalement différentes de la monnaie

La comparaison entre l’or et Bitcoin est inévitable, mais elle mérite davantage de nuance que les affrontements habituels entre partisans des deux camps. Bitcoin possède des caractéristiques inédites : rareté algorithmique, fonctionnement décentralisé, transférabilité numérique et possibilité de détention directe via un portefeuille. L’or possède, lui, une histoire monétaire beaucoup plus longue, une profondeur de marché considérable, une utilisation par les banques centrales et une existence physique indépendante d’une infrastructure numérique. Le point soulevé dans l’interview est particulièrement intéressant : une monnaie ne sert pas seulement à conserver de la valeur ou à effectuer un paiement. Elle doit aussi permettre au système économique de construire du crédit. Une entreprise qui finance une usine, un logement ou une infrastructure a besoin de pouvoir estimer raisonnablement la valeur réelle de ses engagements futurs. Une unité monétaire extrêmement volatile peut donc être problématique comme unité de compte et comme base de crédit, même si elle peut constituer un actif d’investissement très performant sur certaines périodes. Cela ne signifie pas que Bitcoin est inutile ou condamné à disparaître, pas plus que cela ne garantit à l’or une hausse perpétuelle. Cela signifie simplement que les fonctions de « réserve de valeur », « moyen de paiement », « unité de compte » et « collatéral » ne sont pas nécessairement assurées avec la même efficacité par un même actif. Pour ceux qui souhaitent privilégier une réserve de valeur tangible et directement détenable, l’or et l’argent physiques constituent une alternative à examiner parallèlement aux actifs numériques.

Le véritable problème : la fragilité d’un système fondé sur le crédit

Le cœur du raisonnement développé dans l’interview dépasse finalement la question de Bitcoin ou de Tether. Il concerne la nature même du système monétaire moderne. Une économie contemporaine fonctionne grâce à d’immenses quantités de crédit : dette publique, dette bancaire, obligations d’entreprises, prêts immobiliers, financement du commerce et instruments financiers. La monnaie moderne est profondément imbriquée dans ce réseau de créances et d’engagements. Tant que les agents économiques ont confiance dans la valeur future de ces engagements, le système fonctionne avec une remarquable efficacité. Mais lorsqu’une crise de confiance survient, la liquidité peut devenir beaucoup plus importante que la rentabilité théorique d’un actif. C’est précisément dans ces périodes que les investisseurs redécouvrent l’importance de disposer d’actifs dont la valeur ne dépend pas exclusivement de la solvabilité d’un intermédiaire. Il faut cependant éviter une conclusion trop simpliste : aucun actif n’est magique et l’or lui-même peut connaître de fortes variations de prix, des écarts entre cours acheteur et vendeur, ainsi que des problématiques de stockage, d’assurance et de liquidité locale. La diversification ne consiste donc pas à remplacer intégralement les monnaies, les obligations ou les actions par de l’or, mais à éviter qu’une seule architecture financière constitue l’unique pilier d’un patrimoine. Dans cette logique de diversification, étudier la détention d’une quantité raisonnable d’or ou d’argent physiques peut avoir du sens.

Pourquoi Tether pourrait chercher à réduire sa dépendance au crédit

Il existe une autre manière de regarder les achats d’or de Tether. Au lieu de demander si l’entreprise « croit » à l’or, il est plus pertinent de regarder ce que représente cet actif dans son bilan. Les bons du Trésor américain constituent des actifs extrêmement liquides et rémunérateurs, mais ils restent des titres de dette. L’or, lui, fonctionne différemment : il ne constitue pas une promesse de remboursement émise par une entreprise ou un gouvernement. C’est précisément cette différence qui lui donne une fonction particulière dans les réserves. Le choix de Tether peut donc être interprété comme une forme de diversification entre plusieurs catégories de risques : risque de taux, risque souverain, risque de liquidité, risque réglementaire, risque de contrepartie et risque monétaire. Il serait néanmoins imprudent de transformer cette observation en prédiction. Tether n’a pas officiellement déclaré que ses achats d’or annonçaient la fin du dollar ou la fin du système de monnaie fiduciaire. Ce que l’on peut établir factuellement, en revanche, c’est que son exposition à l’or est devenue significative tandis que son exposition aux bons du Trésor reste gigantesque. Pour l’épargnant qui souhaite lui aussi diversifier son exposition au système financier, l’or physique représente une catégorie d’actif dont les caractéristiques sont très différentes d’une obligation ou d’un dépôt bancaire.

L’or n’est pas seulement une assurance contre l’inflation

On présente souvent l’or comme une simple protection contre l’inflation. Cette définition est trop restrictive. L’or peut également être considéré comme un actif de diversification, une réserve de valeur historique et une réserve stratégique pour les institutions. Le comportement de l’or dépend toutefois de nombreux facteurs : taux d’intérêt réels, dollar américain, géopolitique, demande des banques centrales, flux d’investissement, demande industrielle et comportement des investisseurs. En 2025, la demande mondiale d’or, en incluant le marché de gré à gré, a dépassé pour la première fois 5 000 tonnes selon le World Gold Council, tandis que les investissements en lingots et pièces atteignaient leur plus haut niveau depuis douze ans. Ces chiffres sont importants car ils montrent que le regain d’intérêt pour l’or n’est pas uniquement alimenté par les banques centrales. Les investisseurs privés et institutionnels participent eux aussi au mouvement. L’or doit cependant être considéré comme un actif parmi d’autres, et non comme une garantie de performance. Acheter au mauvais moment, payer une prime excessive ou négliger les conditions de revente peut réduire considérablement l’intérêt d’une opération. C’est pourquoi toute démarche d’achat d’or physique mérite d’être précédée d’une comparaison attentive des produits, des primes et des conditions de détention.

La question du stockage est aussi importante que celle de l’achat

Un aspect souvent négligé dans les discussions sur l’or physique est celui de la conservation. Posséder de l’or n’est pas exactement la même chose que détenir une action, une obligation ou un ETF. L’investisseur doit réfléchir à l’endroit où le métal sera conservé, aux conditions d’accès, à la sécurité, aux assurances éventuelles et à la facilité de revente. Conserver de petites quantités à domicile peut offrir une disponibilité directe, mais cela implique également des risques de vol ou de perte. À l’inverse, une solution professionnelle de stockage peut améliorer la sécurité, mais introduit ses propres coûts et contraintes. Le point essentiel est donc de ne pas dissocier la décision d’achat de la question du stockage. Cette réflexion est d’autant plus importante lorsque l’objectif recherché est précisément de disposer d’un actif indépendant du système bancaire. Une diversification cohérente doit prendre en considération non seulement la nature de l’actif, mais aussi la manière dont celui-ci est juridiquement et matériellement détenu. Avant toute acquisition d’or ou d’argent physique, il est donc pertinent d’étudier à la fois les produits disponibles et les différentes possibilités de conservation.

Le paradoxe Tether : le dollar numérique accumule de l’or

C’est probablement ce paradoxe qui résume le mieux toute cette histoire. Tether a bâti son succès autour d’un actif numérique qui cherche à reproduire la stabilité du dollar. Plus son activité croît, plus ses réserves deviennent importantes. Et plus ses réserves deviennent importantes, plus leur gestion devient stratégique. À la fin de 2025, l’USDT représentait déjà une capitalisation de 187,3 milliards de dollars et Tether déclarait 192,9 milliards de dollars de réserves totales. Dans le même temps, l’entreprise déclarait 127,5 tonnes d’or et une exposition de 141,6 milliards de dollars aux bons du Trésor américain. Ce bilan raconte quelque chose de très intéressant : même au cœur de l’industrie censée révolutionner la monnaie traditionnelle, les actifs financiers classiques et l’or demeurent essentiels. La technologie peut changer la manière dont la monnaie circule, mais elle ne supprime pas nécessairement les problèmes fondamentaux liés à la confiance, aux réserves, au crédit et à la solvabilité. C’est peut-être précisément pour cette raison que Tether mérite d’être observé. L’entreprise ne renonce pas au dollar : elle construit son activité autour de lui. Mais elle semble également vouloir posséder une part croissante d’un actif qui ne dépend pas directement de la promesse d’un émetteur monétaire. Pour l’investisseur particulier, ce paradoxe constitue une invitation à réfléchir à la complémentarité entre monnaie numérique, actifs financiers et métaux précieux physiques.

Faut-il en conclure que la fin de l’argent papier approche ?

Non, pas sur la base des seules décisions de Tether. Ce serait aller beaucoup trop loin. Le dollar reste au cœur du système financier mondial et les bons du Trésor américain occupent une place centrale dans les marchés internationaux. Le GENIUS Act lui-même vise notamment à structurer le marché des stablecoins tout en renforçant le rôle du dollar dans les paiements numériques. Le scénario le plus intéressant n’est donc peut-être pas celui d’une disparition brutale des monnaies fiduciaires, mais celui d’une transformation progressive de leur architecture. Les dollars pourraient circuler davantage sous forme numérique. Les stablecoins pourraient devenir une infrastructure importante des paiements internationaux. Les banques pourraient continuer à jouer un rôle majeur dans le crédit. Les banques centrales pourraient continuer à détenir des devises et de l’or. Et les investisseurs pourraient rechercher simultanément des actifs numériques, des actifs financiers et des actifs tangibles. L’avenir monétaire pourrait ainsi être beaucoup plus hybride que ne le suggèrent les discours opposant systématiquement « ancien monde » et « nouveau monde ». Dans ce contexte incertain, détenir une partie de son patrimoine sous forme d’or et d’argent physiques peut être envisagé comme un élément parmi d’autres d’une stratégie de diversification.

Le véritable signal envoyé par Tether

Au fond, le plus intéressant dans cette histoire n’est peut-être pas de savoir si Tether a découvert une prophétie annonçant la fin du dollar. Rien ne permet de l’affirmer. Le signal le plus solide est beaucoup plus simple : même un acteur né de la révolution numérique considère qu’il est pertinent de détenir une quantité importante d’or. Dans une économie où les paiements deviennent numériques, où les stablecoins se rapprochent progressivement du système réglementé et où les banques centrales continuent d’accumuler du métal précieux, cette coexistence est loin d’être anodine. Le World Gold Council indique qu’en 2025 les banques centrales ont encore acheté 863 tonnes d’or nettes et que la demande totale mondiale a dépassé 5 000 tonnes. En 2026, les achats officiels ont continué, avec 243,7 tonnes au premier trimestre puis 288,9 tonnes au deuxième. Il ne s’agit donc pas d’un simple retour nostalgique vers une monnaie du passé. L’or continue d’être utilisé dans la gestion moderne des réserves, parallèlement aux devises, aux obligations et désormais aux infrastructures financières numériques. Pour celui qui cherche à comprendre cette évolution et à examiner concrètement la place que peuvent occuper les métaux précieux dans son patrimoine, l’or et l’argent physiques restent des actifs à étudier avec attention.

Conclusion : Tether ne prédit peut-être pas la fin du système, mais il révèle ses nouvelles lignes de fracture

La question initiale était provocatrice : pourquoi le géant des cryptomonnaies achète-t-il de l’or ? La réponse la plus honnête est que nous ne connaissons pas toutes les motivations stratégiques de Tether. En revanche, nous connaissons désormais suffisamment de faits pour comprendre pourquoi cette stratégie mérite d’être surveillée. Tether possède une activité massive reposant sur le dollar numérique, détient une exposition considérable aux bons du Trésor américain et accumule parallèlement de l’or. Dans le même temps, les banques centrales du monde entier continuent de considérer le métal jaune comme un actif stratégique, avec des achats annuels très supérieurs à ceux observés avant 2022. Cela ne signifie pas que le dollar va disparaître, que Bitcoin va s’effondrer ou que l’or va monter indéfiniment. Cela signifie quelque chose de plus subtil : dans un monde où la monnaie devient de plus en plus numérique, l’or n’a pas disparu ; il occupe même une place stratégique dans les bilans de certains des acteurs les plus puissants du système financier. Et c’est précisément cette coexistence entre technologie numérique et métal physique qui pourrait constituer l’une des grandes caractéristiques du prochain système monétaire. Pour ceux qui souhaitent approfondir concrètement la question de la diversification par les métaux précieux, l’achat d’or et d’argent physiques peut constituer une piste à examiner.

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