La prochaine crise ne viendra peut-être pas de l’IA : Mark Thornton alerte sur la bombe à retardement des dettes publiques des États

A LA UNE

LES DERNIÈRES VIDÉOS

Depuis plusieurs années, l’intelligence artificielle concentre une grande partie de l’attention des marchés financiers. Les valorisations spectaculaires de certaines entreprises technologiques, les investissements gigantesques dans les centres de données et les perspectives de gains de productivité alimentent régulièrement les comparaisons avec la bulle Internet de la fin des années 1990. Pourtant, selon Mark Thornton, économiste et Senior Fellow du Mises Institute, le véritable danger pourrait se trouver ailleurs : dans la dette des États et, plus précisément, dans le marché mondial des obligations souveraines. Cette distinction est fondamentale. Une correction brutale des valeurs liées à l’intelligence artificielle pourrait provoquer des pertes importantes chez les investisseurs et entraîner une réallocation du capital. Une crise de la dette publique, en revanche, toucherait directement les finances des gouvernements, les banques centrales, les taux d’intérêt, les monnaies et, par ricochet, l’ensemble de l’économie. Dans un environnement marqué par l’endettement et l’incertitude monétaire, certains investisseurs cherchent également à diversifier leur épargne avec l’or physique.

La fin d’un cycle exceptionnel de quarante ans sur les obligations

Pour comprendre le raisonnement de Mark Thornton, il faut revenir à une période particulièrement favorable aux détenteurs d’obligations. Pendant plusieurs décennies, les taux d’intérêt ont connu une tendance globalement baissière, depuis les niveaux extrêmement élevés du début des années 1980 jusqu’aux points bas atteints autour de 2020-2021. Pour un investisseur obligataire, cette dynamique a été particulièrement puissante : lorsque les rendements baissent, la valeur des obligations déjà émises avec des coupons plus élevés augmente. Cette mécanique a accompagné une longue phase de désinflation, de mondialisation, d’abondance de liquidités et de baisse du coût du capital. Thornton considère toutefois que cette époque appartient désormais au passé. La remontée des rendements observée depuis les points bas marque, selon lui, une rupture structurelle plutôt qu’une simple fluctuation temporaire. Lorsque la confiance dans les monnaies et les obligations publiques devient une question centrale, l’or peut être considéré comme un actif de diversification ne dépendant pas directement de la solvabilité d’un État.

Le problème devient particulièrement sensible lorsque les États doivent refinancer des volumes considérables de dette à des taux sensiblement supérieurs à ceux auxquels ils empruntaient auparavant. Une dette publique importante peut rester supportable lorsque les taux sont faibles et que la croissance nominale demeure suffisamment élevée. Mais lorsque le coût moyen du financement augmente progressivement, les intérêts peuvent absorber une part croissante des recettes fiscales. C’est précisément ce mécanisme qui inquiète les observateurs du marché obligataire : une hausse des rendements ne représente pas uniquement une mauvaise nouvelle pour les détenteurs d’obligations existantes, elle augmente également le coût du refinancement futur des gouvernements. Le phénomène peut donc devenir cumulatif. Plus la dette est élevée, plus le refinancement est important ; plus les taux montent, plus la charge d’intérêts progresse ; et plus la charge d’intérêts augmente, plus les investisseurs peuvent exiger une rémunération importante pour continuer à financer l’État. Dans ce contexte, détenir une partie de son patrimoine sous forme d’or physique est parfois présenté comme une manière de réduire sa dépendance aux actifs financiers directement exposés aux décisions budgétaires et monétaires.

Pourquoi l’inflation ne constitue pas une solution miracle à la dette publique

L’une des thèses centrales défendues par Thornton est qu’un gouvernement ne peut pas simplement créer de l’inflation pour résoudre durablement son problème d’endettement. L’idée paraît pourtant séduisante : si les prix et les salaires augmentent, les recettes fiscales peuvent progresser en valeur nominale tandis que la valeur réelle d’une dette contractée dans le passé diminue. Mais ce raisonnement oublie les conséquences économiques de l’inflation. Une création monétaire excessive peut modifier les comportements d’épargne, perturber les décisions d’investissement et redistribuer les revenus et le patrimoine de manière inégale. Dans la perspective de l’école autrichienne d’économie défendue par Thornton, le problème n’est donc pas uniquement le niveau des prix observé dans les statistiques, mais la manière dont l’expansion monétaire modifie la structure même de l’économie. Pour les épargnants qui cherchent à se prémunir contre une dépréciation monétaire sur le long terme, l’or reste ainsi régulièrement considéré comme une réserve de valeur à intégrer dans une stratégie diversifiée.

Cette question est d’autant plus importante que l’inflation n’affecte pas tout le monde de la même manière. Une hausse générale des prix peut masquer des évolutions très différentes selon les catégories de ménages. Ceux qui disposent d’actifs financiers ou immobiliers peuvent bénéficier de la revalorisation nominale de certains patrimoines, tandis que les ménages dont les revenus progressent moins rapidement que leurs dépenses voient leur pouvoir d’achat se dégrader. L’épargne liquide est également exposée à l’érosion du pouvoir d’achat lorsque les taux de rémunération restent durablement inférieurs à l’inflation. C’est cette dimension patrimoniale qui explique pourquoi les débats sur la dette publique dépassent largement les seuls cercles de spécialistes des marchés obligataires. L’or physique est précisément recherché par certains épargnants pour sa capacité historique à constituer une réserve patrimoniale indépendante du système bancaire et des monnaies nationales.

La véritable difficulté : réduire les dépenses publiques

Pour Thornton, la solution la plus saine au problème de la dette ne consiste donc pas à compter sur une inflation permanente, mais à s’attaquer directement aux déséquilibres budgétaires. Cela implique une réduction des dépenses publiques, une maîtrise des déficits et, plus largement, une remise en question de la trajectoire d’un État dont les engagements augmentent plus rapidement que ses ressources. C’est précisément ici que l’analyse économique rencontre la politique. Réduire durablement les dépenses est extrêmement difficile, car chaque poste budgétaire correspond à un groupe de bénéficiaires, à des emplois, à des intérêts organisés et à des engagements politiques. Les gouvernements disposent donc d’incitations très fortes à repousser les décisions douloureuses. Dans une période où les déficits publics restent élevés, certains investisseurs privilégient des actifs tangibles comme l’or pour diversifier leur exposition au risque budgétaire et monétaire.

L’économiste insiste également sur le rôle de l’épargne. Dans la tradition autrichienne, l’épargne réelle constitue une base essentielle de l’investissement productif. Une économie ne peut pas indéfiniment financer davantage d’investissements simplement en créant du crédit. Il faut, à un moment donné, disposer de ressources réelles : du travail, du capital, des matières premières, des compétences et une épargne permettant de financer les projets. Lorsque le crédit artificiellement bon marché donne l’impression que davantage de ressources sont disponibles, les entrepreneurs peuvent être incités à investir dans des projets qui ne seraient pas rentables dans un environnement de taux plus élevés. Le problème apparaît lorsque les conditions financières se normalisent et que la rentabilité réelle de ces investissements est finalement mise à l’épreuve. Dans une économie où les taux, les monnaies et les marchés financiers peuvent connaître de fortes variations, l’or physique constitue pour certains investisseurs une composante défensive de leur patrimoine.

La théorie autrichienne du cycle économique et le phénomène de malinvestissement

Cette idée conduit directement à la théorie autrichienne du cycle économique associée notamment à Ludwig von Mises, Friedrich Hayek et Murray Rothbard. Dans cette approche, des taux d’intérêt artificiellement bas peuvent transmettre aux entrepreneurs un signal trompeur concernant la quantité réelle d’épargne disponible dans l’économie. Le capital devient moins cher, les projets à long terme paraissent plus attractifs et les investissements se multiplient. Le problème est que toutes ces décisions ne correspondent pas nécessairement à une augmentation réelle des ressources disponibles. Certaines finissent donc par être révélées comme des malinvestissements, c’est-à-dire des investissements qui semblaient rationnels dans l’environnement monétaire initial mais deviennent non rentables lorsque les conditions financières changent. Dans cette perspective, conserver une partie de son patrimoine dans un actif tangible comme l’or peut répondre à une logique de diversification face aux cycles financiers.

Thornton applique ce raisonnement à plusieurs épisodes de l’économie contemporaine. La bulle technologique de la fin des années 1990, la crise immobilière de 2008 et, aujourd’hui, certains investissements massifs dans les technologies avancées peuvent être interprétés comme des périodes durant lesquelles le capital a été fortement attiré vers certains secteurs. Cela ne signifie évidemment pas que la technologie est inutile ou que toutes les entreprises innovantes sont surévaluées. Une innovation peut être extrêmement productive tout en étant accompagnée d’une bulle financière. C’est justement cette distinction qui permet de comprendre le raisonnement : le problème n’est pas nécessairement l’existence de l’intelligence artificielle, mais le prix auquel les investisseurs financent certaines anticipations de croissance future. Lorsque les valorisations deviennent difficiles à justifier, diversifier une partie de son patrimoine vers des actifs physiques comme l’or peut être envisagé comme une approche prudente de gestion du risque.

Bulle de l’intelligence artificielle : un risque réel, mais pas nécessairement le plus dangereux

La comparaison entre l’IA et la bulle Internet est devenue incontournable. Des sommes considérables sont investies dans les infrastructures nécessaires au développement des modèles d’intelligence artificielle : processeurs, centres de données, réseaux électriques, systèmes de refroidissement et capacités de stockage. Ces investissements peuvent générer des gains de productivité considérables à long terme. Mais l’existence d’une technologie révolutionnaire ne garantit pas que toutes les valorisations financières construites autour d’elle soient raisonnables. C’est exactement ce qui s’était produit pendant la bulle Internet : Internet allait transformer l’économie, et cette intuition était correcte, mais cela n’empêchait pas une multitude d’entreprises d’être surévaluées ou de disparaître lorsque les anticipations financières sont devenues incompatibles avec leurs résultats réels. Face à des marchés technologiques susceptibles de connaître de fortes corrections, l’or peut constituer pour certains investisseurs une diversification différente des actions de croissance et des actifs liés à l’innovation.

La grande différence avec une crise obligataire réside cependant dans la nature du risque. Une entreprise technologique peut faire faillite sans que l’ensemble du système fiscal d’un pays soit remis en cause. Des investisseurs peuvent perdre beaucoup d’argent, des salariés peuvent perdre leur emploi et des capitaux peuvent être réalloués vers des entreprises plus efficaces. Le processus est douloureux, mais il peut permettre au secteur privé de se restructurer. Une crise généralisée des obligations souveraines serait d’une autre nature. Les États sont au centre du système financier : ils émettent les actifs considérés comme les plus sûrs, servent de référence aux taux de crédit, financent une grande partie des dépenses publiques et entretiennent une relation étroite avec les banques centrales et les établissements financiers. Cette différence explique pourquoi certains investisseurs considèrent l’or comme une assurance patrimoniale potentielle contre les risques systémiques qui dépassent largement le seul marché actions.

Et si l’éclatement de la bulle IA révélait la fragilité du marché obligataire ?

Une hypothèse particulièrement intéressante consiste à imaginer que les deux bulles ne soient pas indépendantes. Si les marchés technologiques subissaient une correction majeure, les investisseurs pourraient rechercher davantage de liquidités au moment même où les entreprises réduiraient leurs investissements. Une baisse de l’investissement privé pèserait alors sur la croissance. Si, parallèlement, les déficits publics restaient très élevés, les gouvernements pourraient être tentés de soutenir davantage l’économie par des dépenses supplémentaires. Le paradoxe serait alors considérable : une crise initialement provoquée par une correction du secteur privé pourrait finalement accroître la pression sur les finances publiques et donc sur le marché obligataire. Dans un scénario de forte volatilité financière et de réponses budgétaires ou monétaires exceptionnelles, certains épargnants peuvent chercher à renforcer leur diversification avec de l’or physique.

C’est pourquoi Thornton considère la dette publique comme une menace potentiellement plus profonde que la bulle de l’intelligence artificielle. Si une entreprise surévaluée disparaît, les pertes sont principalement supportées par ses actionnaires et ses créanciers. Lorsque la dette souveraine devient problématique, les solutions possibles concernent directement la fiscalité, les dépenses publiques, les taux d’intérêt, la monnaie et l’épargne de millions de personnes. Les conséquences peuvent donc être beaucoup plus diffuses. Le véritable danger ne réside pas uniquement dans une éventuelle incapacité technique à rembourser une dette, mais dans la réaction politique et monétaire qui suivrait une perte de confiance. C’est précisément dans ce type d’environnement que l’or est souvent considéré comme un actif de diversification susceptible de jouer un rôle de réserve patrimoniale.

Pourquoi les banques centrales pourraient être confrontées à un choix impossible

Face à une hausse des rendements obligataires, les autorités monétaires disposent théoriquement de plusieurs options. Elles peuvent laisser les taux monter et accepter les conséquences économiques et budgétaires. Elles peuvent tenter de réduire l’inflation tout en maintenant une politique monétaire restrictive. Elles peuvent également intervenir sur les marchés obligataires, notamment par des programmes d’achats d’actifs. Mais chaque solution possède ses propres limites. Une intervention massive destinée à faire baisser les rendements pourrait soutenir le prix des obligations tout en ravivant les inquiétudes concernant l’expansion du bilan de la banque centrale et la création monétaire. À l’inverse, laisser les taux augmenter peut rendre le refinancement de la dette plus coûteux et exercer une pression considérable sur les finances publiques. Dans un tel équilibre fragile entre inflation, taux et dette publique, l’or est parfois utilisé comme actif de diversification face au risque de perte de pouvoir d’achat monétaire.

Cette situation crée ce que l’on pourrait qualifier de dilemme monétaire. Une banque centrale qui veut défendre la valeur de la monnaie doit éviter une création monétaire excessive. Mais une banque centrale qui cherche à empêcher une crise financière ou une envolée des taux peut être poussée vers davantage d’intervention. La difficulté consiste donc à savoir jusqu’où l’institution peut aller sans affaiblir la confiance qu’elle cherche précisément à préserver. L’histoire monétaire montre que la confiance joue un rôle déterminant : une monnaie ne repose pas uniquement sur sa quantité ou sur les décisions d’une banque centrale, mais également sur la crédibilité du cadre institutionnel qui l’entoure. Dans une stratégie patrimoniale de long terme, l’or physique est recherché par certains investisseurs précisément parce qu’il ne constitue pas une créance sur une banque centrale ou un gouvernement.

L’IA va-t-elle réellement faire baisser l’inflation ?

L’intelligence artificielle pourrait incontestablement accroître la productivité dans de nombreux secteurs. Automatisation de certaines tâches administratives, amélioration du traitement de données, optimisation industrielle, assistance à la programmation ou accélération de la recherche : les applications potentielles sont considérables. Une hausse durable de la productivité peut contribuer à produire davantage de biens et de services avec une quantité donnée de ressources, ce qui peut exercer une pression baissière sur certains prix. Mais cela ne signifie pas que l’IA puisse annuler les effets d’une politique monétaire expansionniste. Pour Thornton, il faut donc distinguer la baisse du prix de certains biens résultant des progrès technologiques de l’inflation monétaire au sens large. Même dans une économie où la productivité progresse grâce à l’IA, certains épargnants continuent de rechercher l’or comme protection potentielle contre les risques monétaires de long terme.

Cette distinction est essentielle pour comprendre pourquoi une économie peut simultanément connaître des innovations spectaculaires et une perte progressive de pouvoir d’achat de sa monnaie. Une entreprise peut devenir infiniment plus efficace grâce à la technologie sans que la quantité de monnaie en circulation cesse d’augmenter. Le progrès technologique et la politique monétaire répondent à des mécanismes différents. Dans cette lecture, attribuer à l’innovation la totalité de la désinflation observée à un moment donné peut conduire à sous-estimer le rôle des banques centrales, des chaînes d’approvisionnement, de la mondialisation et des politiques budgétaires. Pour un investisseur préoccupé par la préservation du patrimoine monétaire sur plusieurs années, l’or physique reste ainsi une classe d’actifs distincte des entreprises technologiques et des obligations.

Une économie en « K » et une fracture croissante entre les ménages

Thornton évoque également la notion d’économie en forme de K. L’image est parlante : une partie de l’économie poursuit une trajectoire ascendante tandis qu’une autre stagne ou recule. Certains secteurs bénéficient de l’augmentation des investissements, des dépenses technologiques et de la demande pour des actifs haut de gamme. Dans le même temps, une partie importante des ménages subit le poids du logement, de l’alimentation, de l’énergie, du crédit et d’une épargne insuffisante. Cette divergence explique pourquoi les statistiques macroéconomiques peuvent parfois donner une impression relativement rassurante alors que le sentiment économique des ménages reste beaucoup plus négatif. Pour les ménages qui disposent d’une capacité d’épargne, la diversification vers des actifs tangibles comme l’or peut être envisagée en complément d’une épargne financière classique.

La question de l’épargne est ici centrale. Une économie dans laquelle les ménages consomment une grande partie de leurs revenus et disposent de peu de réserves devient plus vulnérable aux chocs. Une hausse inattendue du coût de l’énergie, une perte d’emploi, une hausse des taux de crédit ou une baisse des marchés financiers peuvent rapidement fragiliser les budgets familiaux. À l’inverse, une épargne solide offre un amortisseur. C’est pourquoi le débat sur la monnaie ne doit pas être réduit à une opposition entre différentes classes d’actifs : il concerne également la capacité des individus à constituer progressivement un patrimoine capable de résister aux périodes difficiles. L’achat progressif d’or physique peut, pour certains épargnants, s’inscrire dans cette logique de constitution d’une réserve patrimoniale à long terme.

La guerre, les matières premières et le risque d’un choc inflationniste

Un autre facteur évoqué dans l’entretien concerne les conséquences économiques des conflits militaires. Les guerres ne produisent pas seulement des conséquences géopolitiques : elles perturbent les flux commerciaux, les chaînes d’approvisionnement, les marchés de l’énergie, les transports et les dépenses publiques. Lorsqu’un conflit affecte une région importante pour la production ou le transit de matières premières, les conséquences peuvent rapidement dépasser les frontières des pays directement impliqués. Le pétrole est évidemment un exemple majeur, mais le mécanisme concerne également le gaz naturel, les engrais, les métaux industriels et les produits agricoles. Dans les périodes de tensions géopolitiques, certains investisseurs renforcent leur exposition à l’or, traditionnellement considéré comme un actif pouvant bénéficier d’une demande accrue pour les valeurs refuges.

Le mécanisme de transmission est parfois sous-estimé. Une hausse du pétrole ne touche pas uniquement l’automobiliste à la pompe. Elle augmente le coût du transport des marchandises, de la production agricole, de l’exploitation minière, de la logistique et d’une multitude de biens intermédiaires. Une hausse du prix du diesel peut par exemple affecter les agriculteurs et les transporteurs avant de se répercuter progressivement sur le prix final des marchandises. L’inflation énergétique agit ainsi comme une taxe indirecte sur une grande partie de l’économie. Face à des risques géopolitiques susceptibles d’accroître la volatilité des marchés, l’or physique est souvent intégré par certains investisseurs dans une allocation patrimoniale diversifiée.

Pourquoi les statistiques économiques peuvent donner une image incomplète

Le débat porte également sur l’interprétation des statistiques économiques. Les données relatives à l’emploi, au PIB, à l’inflation ou à la consommation sont indispensables pour comprendre une économie, mais elles ne racontent jamais toute l’histoire. Certaines statistiques sont révisées, certaines reposent sur des enquêtes et toutes nécessitent une interprétation. Une économie peut afficher une croissance positive tout en connaissant une dégradation du pouvoir d’achat de certains ménages. Elle peut créer des emplois dans des secteurs très dynamiques tandis que d’autres industries détruisent des postes. Elle peut même connaître une progression du PIB tirée par quelques secteurs très capitalistiques sans que cette croissance soit ressentie de manière uniforme par la population. Dans ce contexte, diversifier son patrimoine avec des actifs dont le comportement diffère de celui des actions et des obligations peut constituer une approche prudente pour certains investisseurs.

Le véritable risque : une perte de confiance dans le système

Au fond, l’analyse de Thornton revient constamment à une notion : la confiance. Les marchés financiers fonctionnent parce que les participants acceptent aujourd’hui de financer des promesses de revenus futurs. Les obligations reposent sur la capacité et la volonté des États à honorer leurs engagements. Les monnaies reposent sur la confiance dans leur pouvoir d’achat futur et dans les institutions qui les gèrent. Lorsque cette confiance commence à se fissurer, les conséquences peuvent être beaucoup plus rapides que ne le suggèrent les tendances économiques précédentes. Une hausse graduelle des rendements peut donc devenir préoccupante non pas seulement en raison de son niveau absolu, mais parce qu’elle peut signaler que les investisseurs demandent une compensation croissante pour les risques qu’ils perçoivent. L’or physique est justement considéré par certains investisseurs comme un actif patrimonial permettant de détenir une réserve de valeur qui n’est pas fondée sur la promesse de remboursement d’un émetteur.

La dette publique peut-elle provoquer une crise plus grave que la bulle IA ?

La réponse de Thornton est claire : oui, le risque lui paraît supérieur. Mais cette conclusion doit être comprise comme une analyse, et non comme une certitude concernant le déclenchement ou la date d’une prochaine crise. Les marchés peuvent rester longtemps dans une situation que certains considèrent comme fragile. Les gouvernements peuvent modifier leur politique budgétaire, les banques centrales peuvent changer leur stratégie et la croissance peut surprendre positivement ou négativement. Ce qui rend la dette publique préoccupante, c’est surtout la difficulté de sortir d’un système dans lequel les déficits se prolongent tandis que les charges d’intérêts augmentent. Pour ceux qui souhaitent se préparer à différents scénarios économiques plutôt que de parier sur une seule évolution des marchés, une diversification incluant éventuellement l’or physique peut être étudiée.

Le danger d’une mauvaise réponse politique

Une crise n’est jamais déterminée uniquement par son déclencheur. La réaction des autorités est tout aussi importante. Si un marché obligataire devient instable, les gouvernements pourraient être tentés de privilégier des mesures permettant de gagner du temps plutôt que de traiter la cause profonde du problème. Une politique monétaire très accommodante peut repousser certaines difficultés, mais elle ne supprime pas nécessairement les déséquilibres budgétaires. Elle peut également créer de nouvelles distorsions. Dans la logique défendue par Thornton, le risque est donc qu’une réponse destinée à éviter une crise immédiate transforme un problème aigu en problème chronique. C’est l’une des raisons pour lesquelles certains investisseurs considèrent l’or comme une forme de diversification face à la possibilité de politiques monétaires durablement expansionnistes.

Une période de tensions sociales et politiques plus importante ?

Les difficultés économiques finissent souvent par avoir des conséquences politiques. Lorsque les ménages ont le sentiment que leur niveau de vie progresse moins vite que celui d’autres catégories de la population, la défiance envers les institutions peut augmenter. Une inflation persistante, une crise immobilière, des taux élevés ou une hausse du chômage peuvent accentuer cette frustration. Thornton estime que les économies occidentales sont exposées à un risque accru de tensions sociales et politiques, notamment parce que la population perçoit de plus en plus clairement l’écart entre les performances de certains marchés financiers et les difficultés quotidiennes d’une partie des ménages. Dans un environnement de tensions économiques et politiques, l’or est souvent considéré comme une réserve patrimoniale permettant de diversifier son exposition au risque systémique.

Pourquoi Thornton défend une transformation « par le bas »

La conclusion de l’entretien prend finalement une dimension beaucoup plus philosophique. Thornton ne considère pas qu’une transformation économique durable puisse nécessairement venir d’un dirigeant providentiel ou d’une décision politique unique. Il défend plutôt l’idée d’un changement progressif des mentalités autour de principes tels que la responsabilité individuelle, la limitation du pouvoir de l’État, l’épargne et ce qu’il appelle la monnaie saine. Cette vision est directement liée à la tradition intellectuelle du Mises Institute et à l’école autrichienne d’économie. Elle privilégie l’évolution des idées, de l’éducation économique et des comportements individuels plutôt qu’une transformation brutale imposée d’en haut. À l’échelle individuelle, cette philosophie peut également conduire certains épargnants à rechercher davantage d’autonomie patrimoniale, notamment à travers la détention d’actifs tangibles comme l’or physique.

L’or comme assurance, pas comme pari sur la catastrophe

Dans ce contexte, la question de l’or mérite d’être abordée avec nuance. Acheter de l’or ne signifie pas nécessairement anticiper un effondrement économique ou financier. Pour certains investisseurs, il s’agit plutôt d’une assurance patrimoniale. L’objectif n’est pas forcément de maximiser la performance d’un portefeuille, mais de détenir une classe d’actifs dont les facteurs de valorisation diffèrent de ceux des actions, des obligations ou de l’immobilier. L’or ne produit ni dividendes ni intérêts et son prix peut connaître des fluctuations importantes. Il ne constitue donc pas une solution universelle. Mais son caractère tangible et son rôle historique dans les systèmes monétaires expliquent pourquoi il conserve une place particulière dans les stratégies de diversification. Pour découvrir les possibilités d’achat d’or physique et étudier les différentes options disponibles, consultez cette sélection dédiée à l’investissement dans l’or.

Le Mises Institute et la diffusion de l’économie autrichienne

L’entretien se termine également par une présentation du Mises Institute, organisation consacrée à la diffusion des travaux de l’école autrichienne d’économie. Mark Thornton rappelle que l’organisation met à disposition de nombreuses ressources éducatives, articles, conférences, vidéos, podcasts et ouvrages. L’objectif est notamment de rendre accessibles des concepts économiques souvent présentés dans un langage universitaire difficile à comprendre pour le grand public. Cette volonté de vulgarisation est cohérente avec l’approche de Thornton : pour changer durablement les politiques économiques, il faudrait d’abord modifier la compréhension que les citoyens ont de la monnaie, de l’épargne, du crédit, de la dette et du rôle de l’État. Cette réflexion sur la monnaie conduit naturellement à s’intéresser aux actifs qui ont historiquement conservé une fonction monétaire, dont l’or physique.

La véritable question n’est peut-être pas de savoir quand la crise arrivera

L’un des enseignements les plus intéressants de cet entretien est finalement qu’il serait imprudent de chercher à prévoir avec précision la date d’une prochaine crise. Les marchés peuvent rester irrationnels plus longtemps que les investisseurs ne peuvent rester solvables, et une économie complexe ne suit jamais parfaitement un scénario prédéfini. La question pertinente est plutôt celle de la vulnérabilité. Avec des niveaux d’endettement public élevés, des besoins de refinancement importants, des investissements massifs dans certaines technologies, des tensions géopolitiques et des banques centrales confrontées à des arbitrages difficiles, plusieurs sources de risque peuvent désormais se combiner. Pour un épargnant qui souhaite réfléchir à sa résistance financière face à différents scénarios, l’or physique peut être étudié comme l’un des éléments possibles d’une diversification patrimoniale.

Conclusion : la prochaine grande bulle pourrait bien être celle que personne ne regarde

L’intelligence artificielle constitue indéniablement une transformation technologique majeure. Certaines entreprises et certains investissements associés à cette révolution peuvent être surévalués, et une correction importante n’est pas impossible. Mais, selon Mark Thornton, le véritable risque systémique se situe ailleurs : dans la dette des États et dans la difficulté croissante à maintenir un système financier fondé sur une accumulation permanente de nouvelles obligations. Après quatre décennies caractérisées par une tendance générale à la baisse des taux, la remontée du coût du capital change profondément les paramètres du problème. Les gouvernements ne peuvent pas simplement compter sur une croissance artificielle alimentée par la création monétaire pour résoudre indéfiniment leurs déficits. La véritable réponse, dans la perspective défendue par l’économiste, passe par davantage de discipline budgétaire, une restauration de l’épargne et une réflexion profonde sur le rôle de la monnaie et de l’État. Dans cette période de transition, l’or physique peut représenter pour certains investisseurs une composante de diversification destinée à préserver une partie du patrimoine face aux risques monétaires, financiers et géopolitiques.

Le scénario le plus inquiétant n’est donc pas nécessairement celui d’un krach spectaculaire sur les valeurs de l’intelligence artificielle. Le véritable danger pourrait être plus lent, plus diffus et beaucoup plus difficile à corriger : une hausse durable du coût de la dette, une pression croissante sur les budgets publics, des interventions monétaires répétées et une perte progressive de confiance dans les monnaies et les obligations souveraines. C’est précisément parce que ce risque est moins spectaculaire qu’il mérite d’être surveillé. Une bulle technologique peut éclater en quelques mois ; une crise de la dette publique peut, elle, transformer durablement l’environnement économique pendant des années. Pour ceux qui souhaitent examiner concrètement les solutions disponibles en matière d’achat d’or, cette ressource permet d’approfondir le sujet et d’évaluer l’intérêt d’une diversification en or physique.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici


LES PLUS POPULAIRES 🔥