Le grand mensonge sur l’or vient de tomber : il y en a largement assez pour refaire de l’or une monnaie

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Et si la prochaine grande transformation monétaire mondiale ne consistait pas à inventer une nouvelle monnaie, mais à redécouvrir une ancienne ? C’est l’hypothèse qui mérite aujourd’hui d’être examinée avec beaucoup plus de sérieux qu’elle ne l’est généralement dans le débat public. L’idée paraît, à première vue, presque anachronique : comment l’or, métal physique, lourd et difficilement divisible dans les transactions quotidiennes, pourrait-il redevenir une forme de monnaie à l’heure des paiements instantanés, des monnaies numériques et des systèmes bancaires mondialisés ? Pourtant, derrière cette objection se cache une confusion fondamentale entre la quantité de métal disponible et la quantité d’unités monétaires nécessaire au fonctionnement d’une économie. Le raisonnement défendu par l’économiste autrichien Murray Rothbard part précisément de là : une économie n’a pas besoin que la masse monétaire augmente mécaniquement au même rythme que la population, la production ou le commerce. Si la quantité d’or demeure relativement stable, son pouvoir d’achat peut simplement s’ajuster. Et cette distinction devient particulièrement intéressante à l’heure où les banques centrales elles-mêmes continuent de renforcer leurs réserves d’or. En 2025, elles ont acheté net 863 tonnes, et au deuxième trimestre 2026 leurs achats nets ont atteint 289 tonnes, soit le niveau trimestriel le plus élevé jamais enregistré pour un deuxième trimestre selon le World Gold Council. Dans ce contexte, acheter de l’or physique n’apparaît plus seulement comme une décision patrimoniale individuelle : c’est aussi une manière d’observer directement le retour progressif du métal au cœur des stratégies de réserve.

Le véritable sujet du prochain reset monétaire n’est peut-être pas celui que l’on croit

Lorsqu’on évoque aujourd’hui un éventuel « reset monétaire mondial », les discussions se concentrent souvent sur une nouvelle devise internationale, une monnaie des BRICS, une unité de compte numérique, une monnaie numérique de banque centrale ou encore un panier composé de plusieurs matières premières. Ces scénarios sont intéressants, mais ils partent parfois d’une prémisse discutable : celle selon laquelle il faudrait nécessairement créer quelque chose de nouveau pour remplacer un système monétaire devenu fragile. Or, l’histoire monétaire suggère une autre possibilité, beaucoup plus simple : le retour à un actif monétaire déjà connu, déjà échangé mondialement, déjà stocké par les banques centrales et dont la liquidité internationale est considérable. Il faut toutefois être précis : rien ne permet aujourd’hui d’affirmer qu’un retour mondial à un étalon-or est décidé ou imminent. De même, les BRICS n’ont pas, à ce jour, mis en place une monnaie commune. La question pertinente est donc moins « quand aura lieu le grand reset ? » que « quel type de système pourrait émerger si la confiance dans les monnaies fiduciaires continuait de se dégrader ? ». Dans cette réflexion, acheter de l’or comme réserve de valeur revient à se positionner sur l’actif qui, contrairement à une promesse monétaire, ne dépend pas de la solvabilité d’un émetteur.

Le grand malentendu : « il n’y a pas assez d’or »

L’objection revient constamment : même si l’or possède des qualités monétaires exceptionnelles, il n’existerait tout simplement pas assez de métal pour faire fonctionner l’économie mondiale moderne. Avec des dizaines de milliers de milliards de dollars de transactions chaque année, comment quelques centaines de milliers de tonnes d’or pourraient-elles soutenir l’ensemble du système ? Le problème de ce raisonnement est qu’il suppose implicitement que chaque unité de richesse, chaque transaction et chaque prix devrait être directement représenté par une quantité fixe d’or. Ce n’est pas nécessaire. Une monnaie peut changer de pouvoir d’achat. Une once d’or pourrait représenter une valeur beaucoup plus importante qu’aujourd’hui sans qu’il soit nécessaire d’extraire des millions de tonnes supplémentaires. C’est précisément le point central de l’argument de Rothbard : si la quantité de monnaie est limitée, les prix exprimés dans cette monnaie peuvent s’ajuster. Autrement dit, la question n’est pas de savoir si l’humanité possède suffisamment de métal pour donner une once d’or à chaque produit, chaque entreprise et chaque transaction ; elle est de savoir si le stock monétaire disponible est suffisamment important pour permettre aux prix et aux soldes monétaires de s’ajuster. Et lorsqu’on examine le stock réel d’or existant, l’argument de la pénurie absolue devient encore plus difficile à soutenir. Le World Gold Council estime désormais qu’environ 220 700 tonnes d’or avaient été extraites et restaient disponibles hors sol à la fin de 2025, pour une valeur d’environ 31 000 milliards de dollars aux prix de fin d’année. Pour ceux qui souhaitent détenir directement une fraction de cet actif monétaire historique, acheter de l’or constitue précisément l’approche la plus directe.

Le ratio stock-flux : la caractéristique qui change tout

Pour comprendre pourquoi l’or est différent du pétrole, du cuivre, du blé ou du gaz naturel, il faut introduire une notion particulièrement importante : le ratio stock-flux, ou stock-to-flow ratio. Il s’agit, dans sa forme la plus simple, de comparer la quantité totale d’un actif déjà existante à la quantité nouvellement produite chaque année. Plus ce ratio est élevé, moins la production annuelle peut bouleverser la quantité totale disponible. Et c’est ici que l’or devient extrêmement particulier. Le World Gold Council estime le stock mondial hors sol à environ 220 700 tonnes à fin 2025, tandis que la production minière mondiale avait atteint environ 3 672 tonnes en 2025. Le rapport entre les deux représente donc approximativement 60 années de production minière au rythme annuel de 2025. Cela signifie qu’une année supplémentaire d’extraction ne représente qu’une petite fraction du stock déjà existant. Au premier semestre 2026, la production minière a encore progressé de 3 % sur un an pour atteindre 1 867 tonnes, ce qui ne modifie pas fondamentalement cette caractéristique structurelle. Pour un actif monétaire, cette propriété est essentielle : une production annuelle relativement faible par rapport au stock existant rend beaucoup plus difficile une dilution brutale de la quantité totale. C’est aussi pourquoi acheter de l’or physique revient à acquérir une fraction d’un stock mondial qui s’accumule depuis des millénaires plutôt qu’une simple matière première destinée à être consommée rapidement.

Presque tout l’or extrait par l’humanité existe encore

Le contraste avec les autres matières premières est spectaculaire. Le pétrole extrait est brûlé, le gaz naturel est consommé, le blé est transformé en nourriture, le cuivre est incorporé dans des infrastructures et de nombreux métaux sont progressivement dispersés ou dégradés par leur utilisation. L’or, lui, est extraordinairement durable. Il peut être fondu, refondu, transformé en lingot, en pièce ou en bijou, puis reconverti en une autre forme sans perdre sa substance fondamentale. C’est la raison pour laquelle presque tout l’or extrait au cours de l’histoire demeure sous une forme ou une autre dans les stocks mondiaux. Le World Gold Council estime ainsi qu’environ 219 891 tonnes d’or étaient encore présentes hors sol à la fin de 2025, avec une disponibilité potentielle particulièrement élevée lorsque les prix encouragent le recyclage. Cette caractéristique est fondamentale pour comprendre la notion de monnaie métallique : l’or n’a pas besoin d’être continuellement produit pour continuer à jouer son rôle de réserve. Une pièce frappée il y a plusieurs siècles peut encore représenter une quantité de métal identique aujourd’hui. Dans un monde où la dette, le crédit et les monnaies peuvent être créés ou détruits à grande vitesse, cette permanence physique constitue une propriété radicalement différente. C’est cette permanence que recherche l’épargnant qui choisit de acheter de l’or pour préserver son patrimoine.

Pourquoi un panier de matières premières n’est pas nécessairement supérieur à l’or

L’idée d’un panier de matières premières paraît séduisante parce qu’elle semble permettre de répartir le risque : pétrole, cuivre, céréales, énergie et métaux précieux pourraient théoriquement être combinés afin de créer une nouvelle unité monétaire plus stable. Mais cette approche soulève immédiatement une difficulté : une matière première utilisée massivement dans la consommation courante n’a pas la même fonction monétaire qu’un actif principalement conservé. Lorsque le pétrole est consommé, il disparaît pratiquement de l’inventaire disponible ; lorsque le blé est transformé en nourriture, il quitte lui aussi le stock monétaire potentiel. L’or fonctionne différemment parce qu’il est essentiellement accumulé, conservé puis réintroduit dans le marché lorsque les conditions économiques le justifient. Le World Gold Council souligne d’ailleurs que la structure du marché de l’or repose précisément sur l’importance de son stock existant, sa durabilité et la diversité de ses détenteurs, qu’il s’agisse de particuliers, d’investisseurs ou d’institutions officielles. Cela ne signifie pas qu’un panier de matières premières est impossible : il pourrait parfaitement servir de référence statistique ou de mécanisme de règlement. Mais cela ne signifie pas non plus qu’il soit intrinsèquement meilleur comme monnaie. Dans cette perspective, acheter de l’or comme actif monétaire revient à privilégier une matière dont la fonction de réserve est précisément compatible avec son exceptionnelle durabilité.

« L’or est monnaie, tout le reste est crédit » : ce que voulait dire J.P. Morgan

Une phrase attribuée à J.P. Morgan résume avec une remarquable concision cette distinction : « Gold is money. Everything else is credit. » La formulation populaire est légèrement différente des mots exacts rapportés dans le témoignage de 1912 devant une commission du Congrès américain, où Morgan déclara notamment : « Money is gold, and nothing else. » Le contexte est important. Morgan ne parlait pas de l’or comme d’un placement spéculatif destiné à monter éternellement ; il distinguait la monnaie du crédit. Un billet, un dépôt bancaire ou une créance représentent une relation entre plusieurs parties : ils reposent sur la confiance, la solvabilité, le droit et l’organisation institutionnelle. L’or physique, lui, n’est pas la promesse de paiement d’une autre personne. C’est un actif détenu directement. Cette distinction permet de comprendre pourquoi la question du reset monétaire dépasse largement la simple évolution du cours de l’or. Si un système devait un jour rechercher davantage de garanties tangibles, l’or possède déjà les caractéristiques nécessaires pour redevenir une référence, un actif de règlement ou une réserve de confiance sans qu’il soit nécessaire d’inventer une nouvelle matière monétaire. C’est également pourquoi acheter de l’or physique se distingue de la simple détention d’une créance financière indexée sur le métal.

Le problème du système fiduciaire : quand le crédit devient la monnaie

Il serait toutefois trop simple de résumer toute l’économie moderne à une opposition caricaturale entre un « bon » or et un « mauvais » système fiduciaire. Les monnaies modernes ont permis une extraordinaire expansion du commerce, des paiements électroniques et du crédit, et leur fonctionnement ne peut pas être compris sans tenir compte des banques commerciales, des banques centrales, des marchés obligataires et des mécanismes de création monétaire. Le véritable problème soulevé par l’école autrichienne est différent : lorsque l’expansion du crédit devient permanente, la société peut progressivement perdre la distinction entre monnaie immédiatement disponible et promesse de paiement future. C’est précisément cette confusion que Rothbard cherche à déconstruire dans What Has Government Done to Our Money?, ouvrage publié en 1963 et toujours accessible via le Mises Institute. Dans sa logique, l’augmentation de la quantité de monnaie n’est pas automatiquement une création de richesse réelle : si davantage d’unités monétaires poursuivent la même quantité de biens, les prix peuvent simplement s’ajuster. Cette vision est contestée par d’autres traditions économiques, qui soulignent notamment le rôle de la demande de monnaie, du crédit, des gains de productivité et de la politique monétaire. Mais même lorsqu’on n’adhère pas à toutes les conclusions de Rothbard, son raisonnement permet de poser une question fondamentale : pourquoi supposer qu’une économie prospère exige nécessairement une quantité toujours croissante de monnaie ? Pour l’épargnant, cette interrogation explique aussi pourquoi acheter de l’or peut être considéré comme une diversification face au risque monétaire plutôt que comme un simple pari sur l’inflation.

Pourquoi une économie n’a pas besoin d’une quantité infinie d’or

Le point le plus difficile à comprendre est probablement celui-ci : une économie peut fonctionner avec une quantité de monnaie relativement stable parce que les prix ne sont pas des constantes naturelles. Ils sont des rapports d’échange. Si une once d’or devient plus rare relativement à la demande de détention, son pouvoir d’achat peut augmenter. Les biens et services peuvent alors être exprimés en fractions plus petites d’une unité d’or. Il n’est pas nécessaire que chaque personne possède une pièce entière pour qu’un système monétaire basé sur l’or fonctionne. Une once peut être divisée en grammes, milligrammes ou unités comptables, tandis que les transactions peuvent être réglées au moyen de certificats, de dépôts ou d’instruments numériques représentant des quantités précisément identifiées de métal. Rothbard insiste justement sur le fait qu’une variation de la quantité monétaire peut être compensée par une variation du pouvoir d’achat de l’unité monétaire. Ainsi, l’argument « il n’y a pas assez d’or » repose souvent sur une confusion entre quantité physique et unité de compte. Il n’y aurait effectivement pas assez d’or si l’on exigeait qu’une unité monétaire moderne conserve exactement le même pouvoir d’achat nominal tout en étant intégralement convertie à une quantité historiquement fixe de métal. Mais si le prix de l’or en unités monétaires s’ajuste, le problème disparaît en grande partie. C’est l’une des raisons pour lesquelles acheter de l’or peut constituer une façon concrète de détenir une unité de patrimoine dont la quantité physique ne dépend pas des décisions d’une banque centrale.

La croissance démographique ne rend pas automatiquement l’or insuffisant

Une autre objection consiste à dire qu’une population mondiale en croissance, une économie plus importante et un volume de commerce toujours plus élevé nécessitent mécaniquement davantage de monnaie. Là encore, cela dépend de ce que l’on entend par « monnaie ». Si la population double mais que le stock d’or reste identique, chaque unité d’or peut simplement représenter davantage de pouvoir d’achat. Si la productivité augmente, les prix exprimés dans une monnaie à quantité relativement stable peuvent même avoir tendance à diminuer. Cette perspective est très différente de l’idée moderne selon laquelle une légère inflation positive serait indispensable pour éviter tous les risques économiques. Rothbard contestait précisément l’idée qu’un niveau général des prix devrait être artificiellement stabilisé par les autorités. Il défendait plutôt l’idée que la valeur de la monnaie devait être déterminée par les choix des individus, tandis que son unité physique, son poids ou sa définition objective pouvait rester stable. Cette distinction entre le poids et le pouvoir d’achat est essentielle : un kilogramme doit rester un kilogramme, mais la valeur d’un kilogramme d’or peut varier en fonction de l’offre et de la demande. Dans une perspective patrimoniale, acheter de l’or physique permet justement de conserver le poids réel du métal indépendamment de la valeur nominale des monnaies dans lesquelles son prix est exprimé.

L’épargne en or n’est pas une anomalie : c’est une réaction économique

Rothbard allait encore plus loin en défendant l’idée que la thésaurisation, souvent présentée comme un comportement économiquement suspect, pouvait simplement traduire le désir légitime des individus d’augmenter la valeur réelle de leurs encaisses. Lorsqu’une personne conserve davantage de monnaie parce qu’elle anticipe des temps difficiles, elle exprime une préférence pour la liquidité et la sécurité. Si beaucoup de personnes font la même chose, le prix des biens peut s’ajuster à la baisse, augmentant mécaniquement le pouvoir d’achat de chaque unité monétaire. On peut être en désaccord avec certaines implications de cette théorie, mais le mécanisme permet de comprendre pourquoi un système monétaire n’a pas nécessairement besoin d’être constamment alimenté par de nouvelles unités. Dans le cas de l’or, cette logique de conservation est particulièrement puissante puisque le métal ne se détériore pratiquement pas et peut être conservé pendant des générations. Le phénomène est visible aujourd’hui à l’échelle institutionnelle : les banques centrales ne se comportent pas comme si l’or était une relique sans utilité. Elles continuent au contraire d’en accumuler. Le World Gold Council indique que 45 % des banques centrales interrogées souhaitent encore augmenter leurs réserves d’or au cours des douze prochains mois. Pour un particulier, acheter de l’or pour épargner s’inscrit donc dans une logique de détention patrimoniale qui dépasse largement la spéculation à court terme.

Les banques centrales achètent de l’or : hasard ou changement stratégique ?

C’est probablement l’un des éléments les plus difficiles à ignorer dans le débat actuel. Depuis plusieurs années, les banques centrales ont renforcé leur présence sur le marché de l’or. En 2025, leurs achats nets ont atteint 863 tonnes, après trois années consécutives dépassant 1 000 tonnes. Au premier trimestre 2026, elles ont encore acheté 244 tonnes nettes, avant d’accélérer fortement au deuxième trimestre avec 289 tonnes. Il serait excessif d’en conclure qu’elles préparent secrètement une réintroduction mondiale de l’étalon-or. Les motivations sont multiples : diversification des réserves, protection contre certains risques géopolitiques, recherche d’un actif sans risque de crédit et volonté de disposer d’une réserve internationale largement reconnue. Le World Gold Council souligne justement que les motivations déclarées incluent la diversification, la performance de l’or en période de crise et son rôle de réserve de valeur. Mais le signal est néanmoins remarquable : les institutions qui émettent les monnaies fiduciaires conservent elles-mêmes une préférence stratégique pour un actif qu’elles ne peuvent pas créer à volonté. Dans ce contexte, acheter de l’or revient à suivre un mouvement qui ne se limite plus aux investisseurs particuliers et qui touche directement les gestionnaires officiels de réserves.

Le retour de l’or ne signifie pas nécessairement le retour à 1971

Il faut cependant éviter une erreur symétrique : imaginer que le prochain changement monétaire devrait reproduire exactement le système de Bretton Woods. L’histoire ne fonctionne jamais comme une photocopie. Après la Seconde Guerre mondiale, les monnaies étaient liées au dollar et le dollar était lui-même convertible en or pour les banques centrales à un prix officiel de 35 dollars l’once. Le système a progressivement accumulé des tensions dans les années 1960 avant que Richard Nixon ne suspende la convertibilité du dollar en or le 15 août 1971, marquant le début de la fin du système de Bretton Woods. Un éventuel « retour de l’or » pourrait donc prendre une forme totalement différente : or comme actif de réserve renforcé, or utilisé comme garantie, or comme actif de règlement entre banques centrales, or comme référence d’une unité de compte ou simplement coexistence d’un système fiduciaire avec un marché mondial de l’or extrêmement important. Il n’est pas nécessaire d’imaginer demain des citoyens payant leur café avec des pièces d’or pour que l’or retrouve une fonction monétaire majeure. La monétisation peut aussi passer par les bilans des banques centrales et les infrastructures financières. Pour l’investisseur, acheter de l’or physique permet précisément de ne pas dépendre d’un scénario unique quant à la forme que prendra cette éventuelle évolution.

Pourquoi 1971 reste une date fondamentale dans l’histoire monétaire

Le 15 août 1971 constitue un tournant parce qu’il marque la disparition du dernier grand mécanisme international de convertibilité du dollar en or. Avant cette rupture, l’or constituait encore l’ancrage ultime du système de change international. Après elle, les principales monnaies sont devenues des monnaies fiduciaires dont la valeur repose principalement sur la crédibilité des institutions, les politiques monétaires, la capacité fiscale des États, la confiance des utilisateurs et la dynamique de l’offre et de la demande. Depuis, la masse de crédit et les marchés financiers ont atteint des dimensions inimaginables à l’époque de Bretton Woods. Cela ne signifie pas automatiquement que le système actuel est condamné. Cela signifie simplement que l’on ne peut plus comparer la quantité de monnaie actuelle avec la quantité d’or comme si elles étaient deux stocks homogènes devant obligatoirement évoluer au même rythme. C’est précisément là que la vieille objection sur « l’insuffisance de l’or » perd une partie de sa force : l’or n’a pas vocation à égaler le volume nominal de toutes les créances financières. Il peut être l’actif ultime derrière lequel certaines de ces créances sont évaluées ou réglées. Cette distinction explique pourquoi acheter de l’or peut rester pertinent même dans un monde où les paiements demeurent entièrement numériques.

Le véritable « reset » pourrait être beaucoup plus simple que prévu

Si l’on prend au sérieux l’ensemble de ces éléments, le scénario le plus intéressant n’est peut-être pas celui d’une gigantesque conférence internationale annonçant du jour au lendemain une nouvelle monnaie mondiale. Le véritable changement pourrait être beaucoup plus progressif et beaucoup plus discret : les États continueraient à accumuler de l’or, les investisseurs continueraient à rechercher des actifs tangibles, les marchés continueraient à valoriser le métal en monnaies fiduciaires et les banques centrales pourraient progressivement lui attribuer un rôle plus important dans leurs réserves. Dans un tel scénario, le « reset » serait moins une création qu’une reconnaissance. Il ne s’agirait pas forcément de fixer arbitrairement un nouveau prix officiel de l’or, mais de laisser le marché réévaluer l’importance économique d’un actif dont le stock mondial augmente lentement tandis que la demande institutionnelle reste structurellement élevée. Les données disponibles en 2026 montrent justement une production minière qui progresse modestement et une demande officielle qui demeure forte. Le World Gold Council estime que l’offre minière devrait encore augmenter légèrement, mais souligne que les contraintes opérationnelles et les longs délais nécessaires au développement des mines limitent fortement la réaction de l’offre aux prix élevés. Dans un environnement pareil, acheter de l’or revient moins à parier sur une date précise qu’à détenir un actif susceptible de bénéficier d’une reconnaissance croissante de sa fonction monétaire.

L’or ne promet pas une hausse éternelle : il impose surtout une autre façon de penser la monnaie

Il faut enfin conserver une dose indispensable de prudence. L’or peut connaître des corrections violentes, subir des phases de désintérêt, ne produit ni coupon ni dividende et reste exposé aux variations des taux réels, du dollar, des flux d’investissement et du comportement des banques centrales. Les données de 2026 montrent d’ailleurs que certains segments de la demande peuvent fortement fluctuer : au deuxième trimestre, les investissements en lingots, pièces et ETF ont reculé par rapport au trimestre précédent, tandis que les sorties des ETF américains ont pesé sur la demande occidentale. L’argument en faveur de l’or n’est donc pas qu’il serait impossible de perdre de l’argent en l’achetant, ni que son cours devrait mécaniquement monter chaque année. Il est plus profond : l’or possède une combinaison extrêmement rare de rareté, divisibilité, durabilité, liquidité, reconnaissance internationale et absence de risque de crédit intrinsèque. C’est cette combinaison qui explique sa longévité monétaire. Un système fondé davantage sur l’or ne nécessiterait d’ailleurs pas que son prix augmente sans limite ; il nécessiterait simplement que son unité de compte soit suffisamment flexible pour permettre aux prix de s’ajuster. Pour celui qui souhaite transformer cette réflexion en stratégie patrimoniale concrète, acheter de l’or physique doit donc être envisagé comme une allocation patrimoniale à étudier selon son horizon, sa tolérance au risque et sa diversification globale, et non comme une garantie de rendement.

Conclusion : le problème n’est peut-être pas qu’il manque de l’or, mais qu’il manque une autre conception de la monnaie

La grande question du prochain cycle monétaire n’est finalement peut-être pas « avons-nous assez d’or ? », mais « avons-nous correctement compris ce qu’est une monnaie ? ». Si l’on considère qu’une économie doit disposer d’une masse monétaire toujours croissante pour accompagner mécaniquement la population, le commerce et le crédit, l’or paraît effectivement trop rare. Si, au contraire, on accepte que le pouvoir d’achat d’une unité monétaire puisse varier et que les prix puissent s’adapter au stock monétaire disponible, alors l’objection perd une grande partie de sa portée. Avec environ 220 700 tonnes d’or hors sol à fin 2025, une production minière annuelle représentant seulement une petite fraction de ce stock et une demande officielle toujours robuste en 2026, le métal possède précisément la caractéristique qui lui a permis de traverser les siècles : il s’accumule au lieu de disparaître. Cela ne prouve pas qu’un étalon-or mondial sera rétabli, encore moins qu’un « grand reset » interviendra à une date donnée. Mais cela démontre que l’affirmation selon laquelle l’or serait physiquement trop rare pour jouer un rôle monétaire est beaucoup moins solide qu’elle n’en a l’air. Le véritable changement pourrait donc être moins spectaculaire que les scénarios de nouvelles monnaies mondiales : simplement une réévaluation progressive du rôle de l’or dans le système financier. Et si cette évolution se poursuit, ceux qui détiennent déjà une part raisonnable de cet actif pourraient découvrir que le métal n’était pas une relique du passé, mais l’une des rares formes de patrimoine capables de traverser plusieurs systèmes monétaires. Découvrir l’achat d’or physique permet, dans cette perspective, de passer de la réflexion théorique à l’étude concrète d’un actif dont les banques centrales elles-mêmes continuent de reconnaître l’importance stratégique.

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