Un changement monétaire majeur se prépare aux États-Unis
Les États-Unis sont en train de poser les bases d’un système monétaire parallèle fondé sur l’or et l’argent. Le mouvement reste encore peu visible pour le grand public, mais il progresse rapidement au niveau des États fédérés. Plusieurs d’entre eux ont déjà adopté des lois reconnaissant certaines pièces d’or et d’argent comme monnaie légale, tandis que d’autres travaillent sur des dispositifs permettant d’utiliser ces métaux précieux pour effectuer des paiements, régler des dettes ou transférer de la valeur sous forme numérique. Acheter de l’or physique permet de se positionner sur un actif monétaire reconnu depuis des siècles.
Cette évolution intervient dans un contexte de dette publique massive, d’inflation persistante, de fragilité des marchés obligataires et de méfiance croissante envers les monnaies fiduciaires. Le sujet n’est donc plus seulement théorique. Des responsables politiques, des entreprises spécialisées dans les paiements en métaux précieux et certains investisseurs défendent désormais une infrastructure concrète permettant de conserver de l’or, de l’utiliser dans les transactions et de le convertir instantanément en dollars au moment du paiement.
Six États ont déjà franchi le pas
Selon Jason Cozens, dirigeant de Glint, six États américains ont déjà adopté une législation allant dans ce sens : la Floride, le Texas, l’Arkansas, le Missouri, la Louisiane et l’Utah. Quatorze autres États travailleraient actuellement sur des textes similaires. Si cette dynamique se poursuit, une partie considérable de l’économie américaine pourrait bientôt disposer d’un cadre légal favorable à l’utilisation de l’or et de l’argent dans les échanges. Découvrez les pièces d’or disponibles pour diversifier votre épargne avec un actif tangible.
La Floride constitue l’un des exemples les plus avancés. Sa législation prévoit que certaines pièces d’or et d’argent répondant à des critères précis soient reconnues comme monnaie légale pour le paiement de dettes à partir du 1er juillet 2026. Le texte autorise également les entités publiques à accepter ces métaux pour le paiement d’impôts, de taxes ou de redevances, mais uniquement par transfert électronique et non sous forme physique. Cette précision montre que le système recherché n’est pas un retour aux paiements effectués avec des pièces dans chaque commerce, mais la création d’une infrastructure numérique adossée à des réserves physiques.
Pourquoi les États américains se tournent vers l’or
Les motivations avancées sont nombreuses. Les États cherchent d’abord à se protéger contre l’inflation et contre la dépréciation progressive du dollar. Ils s’inquiètent également de l’augmentation de la dette fédérale, de la fragilité du système bancaire et de la possibilité que les monnaies numériques de banque centrale renforcent le contrôle exercé sur les transactions. Dans cette logique, l’or et l’argent constituent une solution de secours indépendante d’un système monétaire exclusivement fondé sur la dette et la création monétaire. La pièce de 20 francs Napoléon constitue une forme accessible d’or physique, divisible et directement identifiable.
Le fondement juridique invoqué repose notamment sur l’article 1, section 10, de la Constitution américaine. Cette disposition interdit aux États de battre leur propre monnaie, tout en mentionnant l’or et l’argent comme moyens de paiement autorisés pour régler des dettes. Les promoteurs de ces nouvelles lois estiment donc que les États ne créent pas une monnaie concurrente du dollar. Ils réactivent plutôt une possibilité prévue par le texte constitutionnel américain, en donnant à l’or et à l’argent un statut légal dans certaines transactions.
Un projet soutenu par plusieurs familles politiques
L’un des aspects les plus remarquables de cette évolution est le soutien politique relativement transversal dont elle bénéficie. La question de la monnaie solide ne serait plus réservée aux défenseurs du libre marché ou aux courants libertariens. Certains élus de gauche y voient également un instrument de justice économique, car l’inflation pénalise davantage les ménages qui ne possèdent ni actifs financiers ni patrimoine important. L’or physique peut compléter une stratégie patrimoniale destinée à préserver une partie du pouvoir d’achat.
L’argument repose sur un mécanisme bien connu : les acteurs les plus proches de la création monétaire peuvent généralement accéder plus rapidement au crédit et aux actifs, tandis que les revenus des ménages évoluent plus lentement. Lorsque la quantité de monnaie augmente fortement, les prix des biens, de l’immobilier et des actifs financiers peuvent progresser avant les salaires. Pour les partisans de l’or, un système fondé sur un métal rare permettrait de limiter cette dépendance à l’expansion monétaire.
La Floride veut encadrer les paiements en or
La Floride ne s’est pas contentée de reconnaître l’or et l’argent comme monnaie légale. Elle travaille également sur un cadre destiné à encadrer les entreprises qui proposent des solutions de paiement adossées à des métaux précieux. Les sociétés candidates pourraient être soumises à des règles de contrôle, de conservation et d’audit afin de vérifier que l’or et l’argent détenus pour le compte des clients existent réellement. Investir dans des pièces d’or physiques permet de détenir directement le métal plutôt qu’une simple créance numérique.
Le fonctionnement envisagé est relativement simple. Un client détient une quantité d’or dans un coffre sécurisé. Lorsqu’il utilise une carte de paiement, une fraction de son or est vendue au prix du marché et convertie en dollars au moment de la transaction. Le commerçant reçoit alors des dollars et n’a pas besoin de modifier son système de caisse. L’utilisateur, lui, dépense indirectement son or sans devoir transporter une pièce ou un lingot.
Une autre possibilité consiste à transférer directement une quantité d’or d’un compte à un autre. Cette solution permettrait à un particulier de payer un professionnel ou d’envoyer de l’or à une autre personne aussi facilement qu’il envoie aujourd’hui de l’argent par une application bancaire. La différence essentielle réside dans le fait que le solde représente une quantité de métal précieux détenue dans un coffre, et non uniquement une somme en dollars.
L’or doit rester stocké dans l’État
Les législations adoptées par les États prévoient généralement que les métaux utilisés dans le cadre de ces dispositifs soient conservés dans l’État concerné. Cette exigence vise à rapprocher les réserves des utilisateurs et à réduire la dépendance envers les grands centres financiers internationaux comme New York, Londres, Zurich ou Singapour. Acheter des pièces d’or permet de conserver une exposition directe à un métal qui ne dépend pas d’un compte bancaire traditionnel.
Dans cette perspective, un coffre à Miami pourrait servir les utilisateurs de Floride, tandis que des infrastructures similaires pourraient être développées au Texas ou dans l’Utah. Le but est de proposer une liquidité locale comparable à celle des grands marchés internationaux. Les détenteurs pourraient conserver leur or, le dépenser numériquement ou demander sa livraison sous forme de pièces et de petits lingots.
La question de la livraison est essentielle. Les grands lingots institutionnels peuvent peser plusieurs centaines de kilogrammes et représenter plusieurs millions de dollars. Ils ne sont donc pas adaptés à un particulier qui souhaite récupérer une petite partie de son épargne. Les plateformes doivent alors convertir une fraction de la détention numérique en une pièce d’une once, en une pièce plus petite ou en un lingot adapté à la demande du client.
Une nouvelle carte des centres mondiaux de l’or
Les promoteurs de ce système estiment que Miami, Austin ou Salt Lake City pourraient progressivement devenir de nouveaux centres mondiaux de l’or. Aujourd’hui, les principaux hubs sont notamment Londres, New York, Zurich, Shanghai et Singapour. Ces places concentrent les transactions entre banques, fonds, négociants, raffineurs et institutions financières. Les pièces d’or restent un moyen concret d’accéder à un marché mondial largement reconnu.
La stratégie américaine consisterait à développer une liquidité comparable tout en rapprochant le stockage des utilisateurs. Les échanges pourraient être enregistrés numériquement sans nécessiter le déplacement permanent des lingots. Un même stock d’or pourrait ainsi changer de propriétaire plusieurs fois dans un coffre, de la même manière qu’un titre financier peut être transféré sans que le bien sous-jacent ne soit physiquement déplacé.
Si ce modèle se généralise, les États-Unis pourraient accroître leur influence dans le commerce mondial des métaux précieux. Ils disposeraient d’un réseau de coffres, de plateformes numériques et de moyens de paiement capables de faciliter l’utilisation de l’or et de l’argent dans l’économie courante.
La fiscalité reste le principal obstacle
Le traitement fiscal constitue toutefois un point central. Aux États-Unis, l’utilisation de l’or peut générer un événement imposable lorsque sa valeur a augmenté depuis son acquisition. Une personne qui dépense une fraction de son or peut donc devoir calculer une éventuelle plus-value, même si elle achète simplement un bien de consommation. Avant tout achat d’or, il est essentiel de choisir un produit adapté à son objectif de conservation et à sa stratégie patrimoniale.
Les États qui reconnaissent l’or et l’argent comme monnaie légale cherchent à supprimer certains impôts locaux sur les transactions de métaux précieux. Cette évolution ne signifie cependant pas automatiquement que la fiscalité fédérale disparaît. La Floride, par exemple, prévoit un cadre légal favorable et une exonération de certaines opérations, mais les règles fédérales continuent de jouer un rôle déterminant.
Les partisans du projet souhaitent donc ouvrir une discussion avec l’administration fiscale fédérale américaine. Leur objectif serait de supprimer l’impôt sur les plus-values lorsque l’or et l’argent sont utilisés comme moyens de paiement. Ils citent souvent le Royaume-Uni, où certaines pièces d’investissement comme les Britannia bénéficient d’un traitement fiscal particulier.
Le marché obligataire révèle une fragilité croissante
Le développement de ces projets intervient alors que les marchés obligataires occidentaux sont soumis à de fortes tensions. Au Royaume-Uni, la Banque d’Angleterre a annoncé une pause dans les ventes de ses obligations d’État et a mis fin aux ventes de titres à très longue échéance dans le cadre de la réduction de son bilan. L’institution prévoit toujours de réduire progressivement ses avoirs, mais une partie importante des titres à longue maturité sera conservée jusqu’à l’échéance.
Cette décision montre les difficultés rencontrées par les banques centrales lorsqu’elles tentent de retirer les liquidités injectées pendant les crises précédentes. Lorsque les rendements obligataires montent, le coût du financement augmente pour les gouvernements. Les investisseurs demandent alors une rémunération plus importante pour prêter à long terme, ce qui alourdit encore la charge de la dette.
Le problème ne concerne pas seulement le Royaume-Uni. Les États-Unis doivent eux aussi financer une dette fédérale considérable, tandis que la demande pour certaines obligations de très long terme peut devenir plus fragile. Pour les défenseurs de l’or, cette situation confirme que les promesses de remboursement en dollars ou en livres peuvent perdre de la valeur lorsque l’inflation et l’endettement progressent.
La dette américaine accélère la recherche d’alternatives
La dette fédérale américaine a franchi le seuil symbolique de 40 000 milliards de dollars, un chiffre qui a attiré l’attention du public et des médias. Ce montant ne représente cependant qu’une partie des engagements futurs des États-Unis. Les dépenses liées aux retraites, à la santé, aux programmes sociaux et aux pensions publiques ajoutent des obligations considérables au bilan global. L’or est recherché par les épargnants qui souhaitent détenir un actif sans risque de défaut d’un émetteur privé.
La hausse de la dette crée une contrainte mathématique. Plus les taux d’intérêt restent élevés, plus les dépenses consacrées au paiement des intérêts augmentent. Si les taux sont abaissés, le risque d’une nouvelle accélération de l’inflation apparaît. Les gouvernements se retrouvent donc face à un arbitrage difficile entre stabilité des prix, croissance économique et soutenabilité budgétaire.
Dans ce contexte, l’or est présenté non pas comme un placement spéculatif classique, mais comme une réserve de valeur et un actif de résilience. Sa quantité ne peut pas être augmentée par une décision politique ou informatique. Il n’est pas la dette d’une entreprise, d’une banque ou d’un gouvernement.
L’or reste une réserve de valeur exceptionnelle
Jason Cozens insiste sur la capacité de l’or à résister aux crises historiques. Le métal a traversé les guerres mondiales, les dépressions économiques, les épisodes d’hyperinflation et les crises bancaires. Il ne peut pas être détruit par une panne informatique, une faillite bancaire ou une coupure du système financier. Détenir de l’or physique offre une réserve de valeur indépendante des infrastructures numériques.
L’or possède également plusieurs caractéristiques monétaires : il est rare, divisible, durable, identifiable et accepté dans de nombreux pays. Une pièce d’or peut être conservée pendant des décennies sans perdre sa nature physique. Un compte bancaire, à l’inverse, repose sur des enregistrements numériques et sur la capacité du système financier à fonctionner en permanence.
Cette résilience explique les achats importants réalisés par les banques centrales. Ces institutions cherchent à diversifier leurs réserves et à réduire leur dépendance envers les actifs libellés en dollars. Le mouvement ne signifie pas nécessairement que le dollar va disparaître, mais il montre que les banques centrales veulent disposer d’un actif qui ne dépend pas directement de la politique d’un autre pays.
L’intelligence artificielle ajoute une nouvelle source de risque
L’entretien aborde également les risques liés à l’intelligence artificielle. Certains spécialistes du secteur estiment qu’une intelligence artificielle avancée pourrait provoquer des perturbations économiques majeures et présenter un risque systémique. Les scénarios les plus extrêmes évoquent la cybercriminalité, la création d’armes biologiques, les attaques contre des infrastructures critiques et la perte de contrôle de systèmes autonomes. L’achat d’or physique peut représenter une solution tangible face aux risques qui menacent les systèmes financiers numériques.
Même sans envisager un scénario apocalyptique, l’automatisation pourrait supprimer de nombreux emplois. Les entreprises bénéficieraient d’une productivité accrue, mais les recettes fiscales et les revenus d’une partie de la population pourraient être affectés. La concentration des gains entre les mains des grandes entreprises et des détenteurs de capital renforcerait les inégalités.
Cette transformation s’ajoute à d’autres risques déjà présents : endettement public, tensions géopolitiques, inflation, fragilité bancaire et dépendance excessive aux réseaux numériques. Pour les défenseurs des métaux précieux, l’or et l’argent apportent une forme de stabilité dans un environnement où les ruptures peuvent se produire simultanément.
Vers un système monétaire parallèle
Les États-Unis ne remplacent pas le dollar par l’or et l’argent. Le projet consiste plutôt à créer un système parallèle permettant d’utiliser les métaux précieux comme instruments de paiement, de réserve et de transfert. Les utilisateurs pourraient conserver leur épargne en or, payer avec une carte convertissant automatiquement le métal en dollars et transférer des unités d’or à d’autres détenteurs. L’achat d’or permet de participer à cette évolution monétaire tout en conservant un actif physique.
La Floride, le Texas, l’Utah, l’Arkansas, le Missouri et la Louisiane ont déjà établi les premières bases légales de ce changement. D’autres États pourraient suivre lors de leurs prochaines sessions législatives. Si les infrastructures de conservation, d’audit et de paiement se développent, l’or et l’argent pourraient progressivement retrouver une fonction transactionnelle dans l’économie américaine.
Le mouvement reste encore en construction. Il dépendra de la mise en œuvre concrète des lois, de la fiscalité fédérale, de la confiance accordée aux opérateurs privés et de la capacité des plateformes à garantir que chaque unité numérique est bien adossée à une quantité réelle de métal. Mais une chose est désormais claire : aux États-Unis, l’or et l’argent ne sont plus seulement considérés comme des actifs d’investissement. Ils redeviennent progressivement des instruments monétaires.