La crise n’est plus à venir : elle est déjà là
La crise financière que beaucoup attendent encore dans un avenir lointain est, selon Matthew Piepenburg, partenaire de Von Greyerz, déjà en train de se dérouler sous nos yeux. Dans un entretien accordé à Reinvent Money, il affirme que la montée des taux d’intérêt, la dégradation de la confiance dans les dettes souveraines et l’épuisement des outils des banques centrales ne sont pas des signaux isolés, mais les symptômes d’un système monétaire arrivé à bout de souffle. Pour lui, la question n’est plus de savoir si les gouvernements devront faire face à une crise de la dette, mais combien de temps ils pourront encore masquer ses conséquences par la création monétaire. Face à cette érosion silencieuse du pouvoir d’achat, la détention d’or physique devient une réponse concrète, notamment avec des pièces accessibles comme le 20 francs Napoléon tête nue, qui permet de s’exposer à l’or sans devoir immobiliser immédiatement des sommes très élevées.
Le point de départ de son analyse est la France, dont les rendements obligataires à dix ans ont franchi brièvement la barre des 5% avant de revenir autour de 4,8% à la mi-octobre 2026. Cette hausse peut paraître technique, abstraite et réservée aux salles de marché, mais elle détermine en réalité le coût des crédits immobiliers, des prêts aux entreprises, du financement public et de la capacité des États à rembourser leurs dettes. Piepenburg insiste sur un mécanisme simple : lorsque les investisseurs exigent davantage de rendement pour détenir une obligation, cela signifie qu’ils perçoivent un risque plus élevé. Autrement dit, la hausse des rendements français traduit une défiance croissante envers la capacité de l’État à financer ses déficits. Dans ce contexte, protéger une partie de son épargne dans l’or physique, par exemple via l’achat de pièces d’or, apparaît comme une stratégie de préservation du capital plutôt que comme une simple spéculation.
La France glisse vers une crise de la dette
Matthew Piepenburg décrit la France comme un pays qui « marche endormi » vers une crise de la dette. Il rappelle que la dette publique française dépasse 120% du produit intérieur brut, alors que la croissance reste faible, voire menacée de devenir négative dans l’environnement actuel. Selon lui, lorsque le ratio dette/PIB dépasse durablement 100%, il devient mathématiquement très difficile de réduire le fardeau de la dette par la seule croissance économique. La France doit donc faire face à un dilemme brutal : soit accepter une austérité politique impopulaire, soit financer ses déficits par des moyens monétaires qui affaiblissent la monnaie. Pour l’épargnant, cette alternative a une conséquence directe : la monnaie fiduciaire peut perdre de la valeur même si les comptes bancaires affichent un solde stable, ce qui rend l’or physique, notamment les pièces d’or Napoléon, particulièrement pertinent comme réserve de valeur.
Les chiffres récents confirment l’ampleur de la tension. Le rendement de l’obligation française à dix ans s’établissait à 4,786% le 16 octobre 2026, après avoir atteint 5,028% sur cinquante-deux semaines, un niveau jamais vu depuis 2002 selon les données de marché citées par Yahoo Finance. Piepenburg souligne que la France doit refinancer environ 77 milliards d’euros de dette en 2026, alors que ses recettes fiscales et sa croissance ne suffisent plus à absorber facilement ce fardeau. Lorsque les adjudications d’obligations rencontrent une demande insuffisante, les taux montent, ce qui alourdit encore les charges d’intérêt et crée un cercle vicieux. C’est précisément ce cercle qui pousse, selon lui, la Banque centrale européenne à intervenir tôt ou tard pour empêcher une explosion des taux, quitte à créer de la liquidité et à dégrader la valeur de l’euro. Dans ce scénario, l’or physique reste l’actif qui ne dépend pas de la solvabilité d’un État, d’une banque ou d’un émetteur de dette, ce qui explique l’intérêt croissant pour l’achat de lingots d’or.
Dette, inflation et colère sociale : l’engrenage redouté
Pour Piepenburg, la séquence est toujours la même dans l’histoire : une crise de la dette conduit à une crise monétaire, laquelle provoque une inflation ressentie par la population, puis une tension sociale. Il explique que les citoyens n’ont pas besoin de comprendre les spreads obligataires, les taux réels ou la politique de la BCE pour percevoir les effets de l’inflation. Ils le voient dans leurs courses, leurs factures d’énergie, leurs loyers, leurs transports et leur incapacité à épargner. Lorsque le salaire ne couvre plus les dépenses courantes alors que le mode de vie n’a pas changé, la confiance dans les institutions s’effondre. C’est cette rupture de confiance, davantage que les chiffres macroéconomiques, qui alimente selon lui la colère sociale et pousse les gouvernements vers des mesures de contrôle toujours plus centralisées.
L’auteur insiste sur le fait que les responsables politiques cherchent rarement à assumer publiquement la cause profonde du problème : un État qui vit au-dessus de ses moyens. Plutôt que d’annoncer des coupes budgétaires et une discipline budgétaire, les gouvernements auraient tendance, selon son analyse, à désigner des coupables extérieurs, à augmenter les impôts, à multiplier les prélèvements ou à recourir à des contrôles financiers. Piepenburg décrit l’inflation comme un « impôt invisible » : elle ne figure pas sur une feuille d’imposition, mais elle réduit chaque mois le pouvoir d’achat des salaires et de l’épargne. Dans un tel environnement, il recommande de ne pas attendre passivement que les décideurs protègent les citoyens, mais de reprendre le contrôle de sa propre situation financière. Pour lui, cela passe notamment par l’éducation financière et par l’accumulation progressive d’actifs réels, en commençant si nécessaire par de petites quantités d’or physique, comme celles proposées dans la sélection de pièces d’or.
Les banques centrales n’ont plus de vraie solution
Le cœur de l’analyse de Matthew Piepenburg repose sur une idée radicale : les banques centrales ne peuvent plus résoudre la crise de la dette sans dévaloriser les monnaies. Selon lui, les outils traditionnels — baisse des taux directeurs, achats d’obligations, injections de liquidité — ont perdu une grande partie de leur efficacité. Il prend l’exemple des États-Unis : entre septembre 2024 et janvier 2026, la Réserve fédérale aurait réduit ses taux de 175 points de base, alors que les rendements obligataires continuaient d’augmenter sur l’ensemble de la courbe, du court terme au long terme. Pour Piepenburg, ce phénomène est un signal d’alarme majeur : lorsque la Fed baisse ses taux sans parvenir à faire baisser les rendements du marché, cela signifie que le marché ne croit plus à la capacité des autorités à maîtriser la dette.
Il anticipe plusieurs étapes : d’abord un contrôle de la courbe des taux, ensuite une forme de « twist » consistant à émettre davantage de dette courte terme pour soulager le long terme, puis un retour massif à l’assouplissement quantitatif, autrement dit à la création monétaire. À terme, il évoque même une restructuration de la dette américaine, qu’il considère comme un euphémisme pour un défaut partiel ou organisé : allongement des maturités, plafonnement des taux et report des émissions à long terme. Cette perspective est évidemment extrême, mais elle illustre sa conviction centrale : les États ne rembourseront pas leur dette en valeur réelle, ils la dilueront dans l’inflation. Pour l’investisseur particulier, cela signifie que détenir uniquement des euros, des dollars ou des obligations peut devenir une position risquée, alors que l’or physique offre une exposition à un actif sans contrepartie, accessible dès quelques grammes via l’achat d’or sous forme de pièces.
Les États-Unis, une dette ingérable au cœur du système mondial
Piepenburg ne se limite pas à la France : il affirme que les États-Unis représentent le même problème, mais à une échelle bien plus dangereuse. La dette publique américaine atteindrait environ 40 000 milliards de dollars, avec un ratio dette/PIB supérieur à 126%. Le rendement du Treasury à dix ans, référence mondiale pour le financement, s’élevait à 5,19% le 14 octobre 2026 selon les données du Département du Trésor et de la Réserve fédérale de Saint-Louis. Pour Piepenburg, ces niveaux ne sont pas de simples données statistiques : ils déterminent le coût de financement de l’État américain, des entreprises, des ménages et, par extension, de l’économie mondiale. Lorsque le pays émetteur de la monnaie de réserve mondiale doit payer davantage pour emprunter, tout le système financier devient plus fragile.
Il décrit les États-Unis comme un pays dont le bilan ressemble désormais à celui d’une économie en développement plutôt qu’à celui d’une puissance financière mature. Selon lui, la fin de l’hégémonie américaine ne signifie pas la disparition du pays, mais une perte progressive de confiance dans le dollar, les Treasuries et la capacité de Washington à financer ses déficits sans recourir à la planche à billets. Il cite notamment le rôle historique du pétrodollar, qui a longtemps créé une demande naturelle pour le dollar et les obligations américaines. Aujourd’hui, cette demande serait fragilisée par la montée en puissance de la Chine, par les tensions géopolitiques et par la volonté de plusieurs pays de réduire leur dépendance au dollar. Dans ce basculement, l’or reprend selon lui une fonction monétaire, ce qui renforce l’intérêt des investisseurs particuliers pour les pièces d’or historiques.
Stablecoins : une tentative désespérée de sauver la dette américaine
Matthew Piepenburg consacre une partie importante de son analyse aux stablecoins, qu’il présente comme un instrument potentiellement décisif dans la stratégie américaine de financement de sa dette. Son raisonnement est le suivant : lorsqu’un émetteur de stablecoin reçoit un dollar, il doit investir une partie de ces fonds dans des bons du Trésor américain. Les stablecoins deviendraient donc une nouvelle source de demande pour une dette publique que les investisseurs traditionnels rechignent de plus en plus à détenir à des taux élevés. Il évoque un marché des stablecoins d’environ 400 milliards de dollars, avec des projections évoquant jusqu’à 2 000 milliards de dollars d’ici 2030. Pour lui, l’objectif est clair : faire des stablecoins le « nouveau pétrole », c’est-à-dire un mécanisme mondial capable d’absorber les dollars et de soutenir les obligations américaines.
Mais Piepenburg refuse cette lecture optimiste. Selon lui, un stablecoin n’est pas un actif neutre ou libérateur : il est programmable, traçable et potentiellement contrôlable. Il y voit une forme de monnaie numérique centrale déguisée, susceptible de renforcer la surveillance financière et de limiter la liberté d’usage de l’épargne. Il estime que cette solution est économiquement fragile et politiquement dangereuse, car elle repose sur l’idée que le monde acceptera durablement de financer la dette américaine par des jetons adossés à des Treasuries. Pour l’épargnant, son message est simple : ne pas confondre innovation technologique et sécurité patrimoniale. Un actif numérique adossé à une dette souveraine reste exposé au risque souverain, alors que l’or physique demeure un actif tangible, universellement reconnu, que l’on peut détenir sous forme de lingots d’or ou de pièces.
Immobilier : des prix qui peuvent baisser sans devenir abordables
Sur le marché immobilier, Piepenburg refuse le raisonnement simpliste selon lequel la hausse des taux provoquerait automatiquement un krach immédiat. Il explique que le marché est désormais divisé en deux mondes. D’un côté, une minorité très fortunée achète des biens haut de gamme en cash, sans être sensible aux taux hypothécaires ; de l’autre, la classe moyenne doit faire face à des mensualités plus élevées, à des apports plus difficiles à constituer et à des revenus réels qui progressent insuffisamment. Aux États-Unis, les taux hypothécaires dépasseraient 7%, ce qui réduit mécaniquement la capacité d’emprunt des ménages. Le résultat est paradoxal : les prix peuvent baisser, mais l’accès à la propriété peut continuer à se dégrader, car la hausse du coût du crédit compense la baisse des prix.
Cette situation crée ce qu’il appelle un cercle vicieux pour les jeunes générations. Les prix immobiliers pourraient reculer sous l’effet de la demande affaiblie, mais les taux resteraient trop élevés pour rendre l’achat réellement accessible. Piepenburg estime que les trentenaires sont aujourd’hui confrontés à une équation beaucoup plus difficile que celle de leurs parents : salaires réels insuffisants, épargne plus lente à constituer, apports plus élevés et coût du crédit en hausse. Il conseille à ceux qui peuvent réellement acheter de verrouiller un taux fixe plutôt qu’un taux variable, car il anticipe une poursuite de la pression sur les taux. Il ajoute une dimension professionnelle : avec l’essor de l’intelligence artificielle, les revenus futurs deviennent eux-mêmes moins certains, ce qui rend l’endettement long terme plus risqué. Dans ce contexte d’incertitude, l’or physique constitue selon lui une réserve de valeur complémentaire, accessible progressivement grâce aux pièces d’or.
La classe moyenne paie le prix de l’inflation des actifs
Piepenburg décrit une inégalité de patrimoine devenue « grotesque ». Pendant des années, les politiques monétaires expansionnistes ont fait grimper les actions, l’immobilier et les obligations. Ceux qui détenaient déjà ces actifs ont vu leur patrimoine augmenter sans effort supplémentaire. Ceux qui n’en détenaient pas — souvent les jeunes actifs, les salariés et les ménages modestes — ont été exclus de cette hausse tout en subissant la hausse du coût de la vie. Il donne l’exemple des actions de consommation, qu’il présente comme un indicateur du pouvoir d’achat réel : selon lui, certaines valeurs liées à la consommation populaire ont fortement reculé parce que la classe moyenne ne peut plus dépenser comme auparavant.
Pour lui, la vraie question n’est pas seulement la performance nominale d’un portefeuille, mais sa performance en pouvoir d’achat. Il rappelle que le S&P 500 aurait progressé d’environ 60% depuis son sommet du quatrième trimestre 2021, mais qu’il aurait perdu environ 40% lorsqu’il est mesuré en or. Autrement dit, un investisseur peut gagner en dollars ou en euros tout en s’appauvrissant en termes réels si la monnaie de mesure se déprécie plus vite que son portefeuille. C’est cette distinction entre rendement nominal et richesse réelle qui structure toute sa défense de l’or. Selon sa formule, il vaut mieux « épargner en or et dépenser en monnaie fiduciaire » que l’inverse, car l’or conserve dans le temps ce que la monnaie érodée finit par détruire.
Bulle IA : un S&P 500 tenu par une poignée d’actions
Matthew Piepenburg considère que le marché actions américain est devenu dangereusement concentré. Il affirme que 440 des 500 valeurs du S&P 500 seraient en zone de correction, c’est-à-dire en baisse de plus de 20%, tandis qu’une poignée de titres liés à l’intelligence artificielle soutiendrait l’ensemble de l’indice. Les données récentes confirment l’ampleur de cette concentration : selon JPMorgan, un panier de 41 sociétés liées à l’IA représenterait environ 49% de la capitalisation du S&P 500, et les dix plus grandes entreprises duindice pèseraient environ 40% de sa valeur. Pour Piepenburg, ce n’est plus véritablement un « S&P 500 », mais un marché dominé par quelques géants technologiques dont la valorisation repose sur une promesse : celle d’une productivité et de profits futurs exceptionnels liés à l’IA.
Il s’inquiète particulièrement du financement circulaire. Selon son analyse, les grandes entreprises technologiques financent des acteurs de l’IA comme OpenAI ou Anthropic, lesquels achètent ensuite des infrastructures, des logiciels ou des capacités de calcul auprès de ces mêmes groupes. Ce mécanisme rappelle selon lui la bulle Internet de la fin des années 1990, lorsque certaines entreprises finançaient des fonds qui investissaient ensuite dans leurs propres actions. Il souligne également que les leaders américains de l’IA seraient encore déficitaires, avec des pertes opérationnelles colossales, alors que leurs revenus dépendraient fortement d’un très petit nombre de clients hyperscalers. Cette dépendance crée un risque de contagion : si l’un des principaux clients ou émetteurs venait à rencontrer une difficulté, l’effet pourrait se propager rapidement à l’ensemble du secteur.
Si le pari de l’IA échoue, le choc pourrait dépasser 2008
L’avertissement de Piepenburg est sans détour : si les hypothèses qui soutiennent la bulle de l’intelligence artificielle s’avèrent fausses, les conséquences pourraient être plus graves que celles de 2008 en matière de risque de crédit, de contagion et de concentration. Il ne dit pas que l’IA n’a aucune valeur ni que le marché ne peut plus monter ; il affirme au contraire que la liquidité artificielle peut encore pousser les cours plus haut. Mais il estime que le rapport risque/rendement est devenu profondément déséquilibré. Les investisseurs particuliers qui achètent régulièrement le S&P 500 pensent appliquer une stratégie prudente, alors qu’ils s’exposent, selon lui, à une concentration extrême sur un nombre limité de valeurs et à une valorisation fondée sur des hypothèses très optimistes.
Le risque vient aussi de la concurrence chinoise. Piepenburg estime que des acteurs comme DeepSeek, Alibaba ou d’autres fournisseurs chinois pourraient proposer des solutions d’IA beaucoup moins chères, remettant en cause la rentabilité supposée des modèles américains. Il compare la situation à celle d’un consommateur qui aurait le choix entre un produit identique vendu 50 dollars et un autre vendu beaucoup moins cher : à terme, le marché tend vers le prix le plus efficace. Si les clients se tournent vers des alternatives moins coûteuses, les revenus des entreprises américaines d’IA pourraient décevoir, ce qui fragiliserait à la fois les actions, les obligations émises pour financer les data centers et les hypothèses de croissance du secteur. Dans un tel scénario, Piepenburg s’attend à ce que les autorités tentent de sauver le système par de nouvelles injections de liquidité, ce qui renforcerait encore, selon lui, la thèse de la dévaluation monétaire et celle de l’or.
Or et argent : une correction, pas la fin du cycle haussier
Malgré la force de son scénario haussier, Piepenburg ne nie pas la correction récente de l’or et de l’argent. Il rappelle que l’or a fortement reculé après ses sommets de janvier 2026, avant de se stabiliser au-dessus de 4 100 dollars l’once en octobre. Mais il refuse l’explication par une chute de la demande des banques centrales. Selon lui, la baisse résulterait d’une hausse délibérée des marges sur le COMEX, qui aurait forcé les investisseurs levierés à vendre, provoquant une liquidation en cascade. Il qualifie ce mouvement de « fixation de prix » et affirme qu’il aurait permis à certains acteurs de racheter du métal physique à prix réduit. Cette interprétation est controversée, mais elle correspond à sa conviction : la correction ne traduit pas la fin de la demande, mais une redistribution temporaire du métal vers des acheteurs stratégiques.
Les données du World Gold Council montrent en effet que la demande officielle reste élevée. Les banques centrales ont acheté 289 tonnes nettes d’or au deuxième trimestre 2026, soit une hausse de 62% sur un an et un record pour un deuxième trimestre. La Banque populaire de Chine a ajouté 23 tonnes en septembre, portant ses réserves officielles à environ 2 410 tonnes, après 23 mois consécutifs d’achats. Pour Piepenburg, ces achats ne sont pas anecdotiques : ils traduisent une stratégie de long terme des pays qui veulent réduire leur dépendance au dollar et aux Treasuries. La Chine, la Pologne et d’autres États accumulent de l’or parce qu’ils anticipent un monde où le métal redeviendra une forme de collatéral monétaire de premier plan.
L’or devient le nouveau collatéral mondial
La thèse centrale de Piepenburg est que l’or n’est plus seulement un actif de diversification : il devient progressivement le collatéral de référence du système financier mondial. Il rappelle que les banques centrales détiendraient désormais davantage d’or que de Treasuries américaines, un basculement historique selon lui. Cette évolution s’explique par la perte de confiance dans les dettes souveraines, par les sanctions financières et par la volonté de nombreux pays de détenir un actif qui ne dépend pas d’une décision politique américaine ou européenne. Pour lui, la question n’est plus de savoir si l’or remplacera complètement le dollar, mais de mesurer à quelle vitesse il reprend une place centrale dans les réserves et les règlements internationaux.
Il insiste sur le fait que la Chine joue un jeu de long terme. Depuis des années, Pékin accumulerait de l’or tout en développant des infrastructures de règlement physique entre Hong Kong et Shanghai, fondées sur le métal réel plutôt que sur des promesses papier. Piepenburg estime que cette stratégie vise à permettre à la Chine de peser davantage sur la fixation du prix de l’or à l’avenir. Il ne prétend pas que ce basculement sera rapide, mais il considère que la direction est claire : à mesure que la confiance dans les monnaies fiduciaires s’érode, l’or regagne en légitimité. Pour les particuliers, cela signifie que l’or ne doit pas être jugé sur quelques semaines de baisse, mais sur sa fonction historique de préservation du pouvoir d’achat.
Pourquoi Piepenburg reste haussier sur l’or en 2027
Matthew Piepenburg ne donne pas de prévision chiffrée précise, car il estime que prédire le prix exact de l’or est un exercice vain. En revanche, il affirme que le métal sera « significativement plus élevé » dans les prochaines années. Son raisonnement repose sur une contradiction structurelle : les États-Unis ne peuvent pas durablement supporter des taux d’intérêt élevés avec une dette de 40 000 milliards de dollars. Tôt ou tard, la Réserve fédérale devrait donc pivoter vers une politique plus accommodante, réduire ses taux et créer davantage de liquidité. Ce pivot, qu’il situe plutôt au premier ou au deuxième trimestre 2027, serait selon lui le véritable déclencheur d’une nouvelle phase haussière pour l’or et l’argent.
Il compare la situation actuelle à celle de 2022 et 2023, lorsque la politique monétaire restrictive avait rendu le coût de la dette américaine insoutenable, avant que la Fed ne soit contrainte de ralentir puis de baisser ses taux. À ses yeux, l’histoire se répète : la lutte contre l’inflation par la hausse des taux finit par aggraver la crise budgétaire, ce qui pousse les autorités à revenir à la création monétaire. Ce mécanisme est ce qu’il appelle la « dominance budgétaire » : la politique monétaire cesse d’être indépendante parce qu’elle doit servir la survie financière de l’État. Dans ce cadre, l’or et l’argent ne sont pas des paris sur une mode, mais des protections contre une monnaie dont le pouvoir d’achat se dégrade structurellement.
Argent : plus volatil, mais potentiellement plus explosif
Sur l’argent, Piepenburg reconnaît une volatilité bien supérieure à celle de l’or. Le métal blanc a été particulièrement frappé par la hausse des marges sur le COMEX, qui aurait déclenché des ventes forcées et une chute brutale des cours. Mais il considère que cette faiblesse passagère ne modifie pas la tendance de fond. Selon lui, dès que les taux recommenceront à baisser et que la liquidité reviendra dans le système, l’argent pourra dépasser largement ses anciens sommets. Il estime que l’argent reste plus sensible aux cycles économiques et financiers que l’or, ce qui le rend plus risqué, mais aussi potentiellement plus réactif dans une phase de reprise du marché des métaux précieux.
Pour les investisseurs de long terme, son message est cohérent avec celui qu’il applique à l’or : ne pas essayer de chronométrer parfaitement le marché, mais accumuler progressivement un actif réel lorsque les corrections créent des opportunités. Il rappelle que l’or n’est pas un instrument permettant de s’enrichir rapidement, mais un outil pour ne pas s’appauvrir. L’argent peut jouer un rôle complémentaire, notamment pour ceux qui acceptent une volatilité plus forte en échange d’un potentiel de hausse supérieur. Toutefois, son conseil central reste la détention physique, car elle permet de sortir partiellement du système financier et de détenir un actif qui ne repose pas sur la promesse d’une banque, d’un État ou d’une plateforme numérique.
Le message final : ne comptez pas sur les États pour vous protéger
La conclusion de Matthew Piepenburg est volontairement brutale : attendre que les gouvernements ou les banques centrales protègent les citoyens serait une erreur. Selon lui, les décideurs chercheront avant tout à préserver le système et leur pouvoir, même si cela implique de sacrifier progressivement la valeur de la monnaie. Il appelle donc à l’autonomie financière, à la recherche personnelle et à la diversification vers des actifs réels. Il ne demande pas de croire aveuglément à son analyse, mais d’examiner les faits : rendements obligataires en hausse, dettes publiques record, inflation persistante, concentration extrême des marchés actions et achats massifs d’or par les banques centrales.
Pour lui, la vraie révolution n’est pas celle des discours politiques, mais celle du collatéral monétaire. Tant que les États devront financer des déficits impossibles à rembourser en valeur réelle, ils continueront de dévaluer leurs monnaies. Dans ce monde, l’or redevient ce qu’il a toujours été dans les périodes de crise : une réserve de valeur qui ne dépend ni d’une promesse électorale, ni d’une décision de banque centrale, ni de la solvabilité d’une institution financière. C’est précisément pour cette raison que Piepenburg affirme que le sommet de l’or n’est pas atteint et que la décennie à venir pourrait récompenser ceux qui auront compris, avant la majorité, que la protection du patrimoine commence par la détention d’actifs tangibles.