Andy Schectman : « J’achète de l’or toutes les deux semaines »

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Les marchés des métaux précieux sont-ils en train de vivre une transformation beaucoup plus profonde que ne le laisse entendre l’évolution des cours ? C’est la question soulevée par Andy Schectman, dirigeant de Miles Franklin et spécialiste du marché des métaux physiques, dans un entretien consacré à sa stratégie patrimoniale, aux livraisons d’or et d’argent sur le COMEX et aux mutations du système monétaire international. Son message est clair : il continue d’acheter de l’or et de l’argent toutes les deux semaines depuis près de 37 ans, indépendamment des fluctuations à court terme. Pour les épargnants qui souhaitent examiner les différentes manières de détenir du métal physique, les pièces d’or Napoléon de 20 francs constituent notamment une possibilité à étudier, en tenant compte des primes, des frais et des conditions de revente.

Au cœur de son intervention figure un phénomène qu’il juge particulièrement révélateur : des volumes considérables de métaux précieux font l’objet de procédures de livraison sur le marché à terme américain, alors même que les cours peuvent subir de fortes corrections. Selon les chiffres avancés par Schectman dans son entretien d’octobre 2026, plus de 600 tonnes d’or et plus de 9 000 tonnes d’argent auraient fait l’objet de demandes de livraison depuis le début de l’année, représentant ensemble environ 100 milliards de dollars aux valorisations qu’il retient. Ces montants constituent le point de départ de son raisonnement, mais leur interprétation nécessite de distinguer les contrats livrés, les changements de propriété et les mouvements physiques de stocks. Dans ce contexte, les pièces d’or physiques d’investissement peuvent intéresser les personnes qui souhaitent étudier une détention directe de métal plutôt qu’une exposition exclusivement financière.

Pour Andy Schectman, la question essentielle n’est donc pas uniquement de savoir pourquoi les cours de l’or et de l’argent montent ou baissent. Il s’agit surtout de comprendre qui prend livraison des métaux, qui en devient propriétaire et pourquoi ces opérations se multiplient. Il estime que les investisseurs les mieux informés peuvent profiter des phases de faiblesse des marchés financiers pour renforcer leurs positions physiques. Il avance également l’hypothèse selon laquelle certains acteurs pourraient accumuler des métaux sans rendre immédiatement visibles leurs intentions stratégiques. Cette lecture reste la sienne et ne constitue pas la démonstration d’une opération coordonnée. Pour les épargnants qui souhaitent comparer les solutions disponibles, les lingots d’or d’investissement offrent une autre forme de détention physique, avec des caractéristiques de prix, de fractionnement et de revente différentes de celles des pièces.

Cette analyse s’inscrit dans un contexte où les banques centrales continuent de considérer l’or comme une composante importante de leurs réserves. Selon le World Gold Council, leurs achats nets ont atteint environ 863 tonnes en 2025, un niveau historiquement élevé malgré un ralentissement par rapport aux trois années précédentes. Au deuxième trimestre 2026, leurs achats nets ont atteint près de 289 tonnes, après un début d’année moins dynamique. Ces données documentent une demande institutionnelle importante, sans prouver pour autant l’existence d’un projet secret de réorganisation monétaire. Pour les investisseurs qui souhaitent comprendre les différentes possibilités d’acquisition, les pièces de 20 francs Napoléon en or permettent notamment d’étudier le marché des pièces historiques d’investissement et leurs particularités. Sources : World Gold Council, Gold Demand Trends, bilan 2025 et données du deuxième trimestre 2026.

L’argent constitue l’autre pilier de la thèse défendue par Schectman. Le métal possède une double fonction : il est recherché comme actif d’investissement et reste indispensable à de nombreuses applications industrielles. Le Silver Institute prévoit un sixième déficit annuel consécutif du marché mondial en 2026, estimé à 67 millions d’onces dans ses projections publiées en février. L’institut anticipe également une progression de 20 % de l’investissement physique, à environ 227 millions d’onces. Ces estimations soutiennent l’idée d’un marché structurellement tendu, mais elles ne garantissent ni une hausse continue des cours ni l’absence de corrections. Dans cette perspective, les pièces d’or d’investissement représentent une piste distincte pour les personnes qui souhaitent étudier la diversification de leur épargne au moyen de l’or, sans confondre cette stratégie avec un investissement dans l’argent. Source : Silver Institute, perspectives 2026.

Le principe qui résume le mieux la méthode personnelle de Schectman tient en une formule : privilégier le patrimoine avant la recherche de performance. Il explique acheter de l’or et de l’argent toutes les deux semaines depuis près de 37 ans, conformément à une promesse faite à son père lorsqu’il avait 19 ans. Il ne présente pas cette pratique comme une opération de spéculation à court terme, mais comme une manière régulière d’épargner et de préparer son avenir. Son raisonnement repose sur la discipline, la régularité des achats et la volonté de ne pas faire dépendre l’ensemble de sa situation financière des fluctuations des marchés. Pour examiner concrètement cette approche, les lingots d’or physiques constituent une catégorie à comparer avec les pièces, en fonction du budget, de la prime à l’achat, des frais éventuels et des besoins de liquidité.

Andy Schectman achète de l’or toutes les deux semaines depuis près de 37 ans

La première particularité du discours d’Andy Schectman est la constance. Alors que de nombreux investisseurs modifient leur stratégie en fonction des variations quotidiennes des marchés, il explique avoir maintenu un rythme d’achat d’or et d’argent toutes les deux semaines pendant près de 37 ans. Cette discipline trouve son origine dans une promesse personnelle : lorsqu’il a commencé à travailler avec son père, à l’âge de 19 ans, il s’est engagé à ne pas reproduire les erreurs financières que celui-ci avait commises dans sa jeunesse. Il en a tiré une règle simple, qu’il résume par l’idée de se payer en premier, c’est-à-dire de réserver une part de ses ressources à son avenir avant de consacrer le reste aux dépenses courantes.

Cette philosophie repose sur trois principes complémentaires : l’épargne régulière, la capitalisation dans la durée et la protection du patrimoine. Schectman insiste sur l’importance de penser à soi-même dans plusieurs décennies, lorsque les dépenses familiales, le coût de la vie et les obligations financières peuvent être plus importants. L’or et l’argent occupent une place particulière dans cette stratégie parce qu’il les considère d’abord comme des formes de conservation de richesse plutôt que comme des investissements destinés à générer une performance immédiate. Cette distinction est fondamentale pour comprendre son approche : il ne prétend pas que les métaux précieux progressent en permanence, mais considère qu’une accumulation régulière permet de construire progressivement une réserve physique.

Cette méthode ne supprime évidemment pas les risques liés aux variations des cours, aux primes d’achat, aux frais de conservation ou aux écarts entre prix d’achat et prix de revente. Elle illustre néanmoins une différence importante entre une décision patrimoniale de long terme et une opération spéculative. Le principe défendu par Schectman consiste à éviter que chaque mouvement de marché ne remette en question une stratégie construite sur plusieurs décennies. Il s’agit d’une philosophie de gestion personnelle, et non d’une garantie de rendement.

« Le rendement de votre argent est important, mais récupérer votre capital l’est encore davantage »

Au cours de l’entretien, Andy Schectman résume sa philosophie de gestion par une distinction entre le rendement d’un placement et la préservation du capital investi. Dans sa vision, rechercher le meilleur rendement possible ne doit jamais faire oublier le risque de perte. Un placement peut afficher un potentiel de progression important tout en exposant son détenteur à une baisse majeure, voire à la disparition de la totalité du capital engagé. C’est pourquoi il privilégie une organisation patrimoniale dans laquelle les actifs les plus stables constituent la base du portefeuille, tandis que les placements les plus spéculatifs n’en occupent qu’une fraction limitée.

Il décrit cette organisation comme une pyramide. À la base se trouvent les actifs qu’il considère comme les plus défensifs, notamment l’immobilier payé et les métaux précieux physiques. Au milieu figurent des placements plus rémunérateurs, tels que les bons du Trésor à court terme ou certaines actions à dividendes, qui peuvent procurer des revenus mais restent exposés à des risques spécifiques. Au sommet se situent les actifs présentant un potentiel de croissance plus élevé et une volatilité généralement plus importante, comme les sociétés minières ou certaines cryptomonnaies. Selon Schectman, la répartition doit permettre au socle patrimonial de rester suffisamment solide pour absorber une mauvaise performance des placements spéculatifs.

Cette méthode ne signifie pas que l’immobilier, l’or ou les bons du Trésor sont dépourvus de risques. Elle repose plutôt sur l’idée qu’un portefeuille doit être construit en fonction de la capacité de son détenteur à supporter des pertes. Un actif peut perdre de la valeur, devenir temporairement difficile à revendre ou générer un rendement réel négatif lorsque l’inflation dépasse son rendement nominal. L’objectif consiste donc à répartir les risques, à conserver une réserve de liquidités adaptée à ses besoins et à éviter qu’une seule erreur d’investissement ne compromette durablement le patrimoine.

Pourquoi les ressources naturelles attirent son attention

Au-delà de l’or et de l’argent physiques, Schectman s’intéresse aux sociétés minières et aux entreprises liées aux ressources naturelles. Il cite notamment le cuivre, les terres rares, la potasse, l’énergie, le pétrole, le gaz et l’uranium. Selon lui, ces secteurs pourraient bénéficier de l’importance croissante accordée à la sécurité des approvisionnements, à la production industrielle et à la maîtrise des ressources stratégiques. Les États ont besoin de matières premières pour alimenter leurs infrastructures, leur industrie, leurs systèmes énergétiques et leurs équipements de défense. Cette réalité donne aux producteurs de ressources une importance économique qui dépasse les seules fluctuations des marchés financiers.

Il estime également que les sociétés minières et les entreprises de ressources naturelles restent insuffisamment représentées dans certaines allocations d’investissement par rapport aux grandes valeurs technologiques qui dominent les indices boursiers. Son raisonnement est que les capitaux pourraient progressivement se réorienter vers les actifs indispensables à l’économie réelle. Il mentionne notamment son exposition à Freeport-McMoRan, un producteur important de cuivre, ainsi qu’à des sociétés minières aurifères et argentifères. Il indique également s’intéresser à des entreprises liées aux métaux stratégiques.

Il faut toutefois distinguer l’intérêt économique d’un secteur et la rentabilité d’une action particulière. Une hausse du prix d’une matière première ne se traduit pas automatiquement par une hausse équivalente des bénéfices d’une entreprise minière. Les coûts d’extraction, l’endettement, les besoins d’investissement, les autorisations administratives, les risques géopolitiques et la qualité des gisements influencent directement les résultats. Les sociétés minières peuvent donc enregistrer des pertes importantes même lorsque les métaux qu’elles produisent progressent. C’est précisément pour cette raison que Schectman sépare les métaux physiques, qui occupent une place centrale dans son patrimoine, des actions minières, qu’il range parmi ses investissements plus spéculatifs.

Le COMEX au centre des interrogations : que signifient les livraisons d’or et d’argent ?

Le COMEX est une place de marché américaine spécialisée notamment dans les contrats à terme sur les métaux. Ces contrats permettent aux opérateurs de gérer leur exposition aux prix, de couvrir des risques commerciaux ou de prendre des positions financières. Une caractéristique essentielle de ce marché est que tous les contrats ne donnent pas lieu à une livraison physique. De nombreux opérateurs clôturent leurs positions, les compensent ou les reportent à une échéance ultérieure. La livraison physique constitue donc une étape spécifique du fonctionnement du marché à terme, et non l’aboutissement systématique de chaque transaction.

Schectman affirme que les livraisons constatées en 2026 atteignent des niveaux exceptionnellement élevés. Dans l’entretien, il évoque plus de 600 tonnes d’or et plus de 9 000 tonnes d’argent ayant fait l’objet de demandes de livraison depuis le début de l’année, pour une valeur cumulée qu’il estime à environ 100 milliards de dollars. Il présente ces volumes comme un signal particulièrement important, car il considère que les acteurs les mieux informés accordent une importance croissante à la détention du métal physique.

Pour interpréter correctement ces chiffres, il faut cependant distinguer les demandes de livraison, les contrats effectivement exécutés, les quantités de métal transférées et les mouvements de stocks dans les entrepôts. Le suivi officiel des avis de livraison et des stocks est publié par le CME Group, qui exploite les marchés concernés. Ces données permettent d’examiner les flux déclarés, mais elles ne révèlent pas nécessairement l’identité du propriétaire économique final derrière chaque compte client. Une livraison peut correspondre à un transfert de propriété sans entraîner immédiatement une sortie du métal de l’entrepôt.

C’est précisément cette distinction qui alimente les interrogations de Schectman. Selon lui, le fait qu’un métal reste dans un entrepôt ne signifie pas que son propriétaire est resté le même. Cette observation est pertinente pour comprendre le fonctionnement des marchés de stockage et de livraison. En revanche, elle ne permet pas, à elle seule, de déterminer si les acheteurs sont des banques centrales, des fonds, des négociants, des industriels ou d’autres investisseurs. Pour identifier les bénéficiaires réels, il faudrait disposer d’informations supplémentaires sur les propriétaires économiques des positions et sur les opérations réalisées en dehors des données publiques.

100 milliards de dollars de métaux : une accumulation stratégique est-elle en cours ?

La question qui intéresse le plus Andy Schectman est celle de l’identité des acheteurs. Pourquoi des opérateurs choisiraient-ils de prendre livraison de quantités importantes d’or et d’argent, plutôt que de conserver une simple exposition financière aux cours ? Pour lui, cette évolution peut refléter une volonté de détenir directement le métal et de réduire la dépendance aux mécanismes de règlement financier. Il considère également que des acteurs disposant de ressources importantes peuvent profiter des corrections de prix pour augmenter leurs réserves.

Dans son raisonnement, le montant cumulé des livraisons ne doit pas être confondu avec un volume équivalent de métal ayant quitté les entrepôts. Une partie des opérations peut simplement transférer la propriété d’un métal déjà stocké. Schectman soutient que cette possibilité rend plus difficile l’identification des détenteurs finaux. Il estime qu’un acteur souhaitant accumuler du métal discrètement pourrait avoir intérêt à ne pas provoquer de mouvements de stocks trop visibles. Cette interprétation constitue l’une des hypothèses centrales de son analyse.

Il va plus loin en évoquant la possibilité que le Trésor américain puisse acquérir de l’or ou de l’argent par l’intermédiaire d’établissements financiers ou d’acteurs privés. Il mentionne notamment le Fonds de stabilisation des changes américain et envisage que des transactions réalisées par des intermédiaires puissent servir des objectifs stratégiques. Mais Schectman précise lui-même qu’il ne dispose pas de preuves permettant de confirmer cette hypothèse. Les volumes de livraison, les transferts de propriété et les achats institutionnels sont des éléments observables ou documentables ; l’existence d’une opération coordonnée entre les autorités américaines, des banques commerciales et des sociétés privées demeure, elle, à démontrer.

Cette distinction est déterminante. Une hypothèse peut sembler cohérente à son auteur sans être établie par les données disponibles. Pour confirmer un programme d’accumulation publique indirecte, il faudrait des documents, des déclarations officielles ou des éléments indépendants permettant de relier les opérations observées à une décision des autorités américaines. En leur absence, l’intérêt de cette piste réside dans les questions qu’elle soulève sur la transparence des marchés et l’identification des propriétaires, et non dans la possibilité de présenter une coordination gouvernementale comme un fait avéré.

L’or est désormais un actif stratégique dans la politique américaine

Un élément officiel renforce le contexte stratégique dans lequel Schectman inscrit son analyse. Le 20 mars 2025, Donald Trump a signé le décret présidentiel 14241, intitulé Immediate Measures to Increase American Mineral Production. Son texte inclut explicitement l’or, le cuivre, la potasse et l’uranium dans la définition des ressources concernées par les mesures destinées à accroître la production minérale américaine. Le décret insiste notamment sur la sécurité économique et nationale, la dépendance aux approvisionnements étrangers et la nécessité d’accélérer certains projets de production.

Ce texte montre que l’or figure parmi les ressources prises en compte par cette politique de production minérale. Il ne signifie cependant pas que l’or a automatiquement été ajouté à toutes les listes officielles américaines de minerais critiques, ni que le gouvernement a annoncé un programme d’achat massif de métal physique. Il faut distinguer la définition des ressources visées par un décret consacré à la production minérale de la classification technique des minerais critiques et des décisions relatives aux réserves monétaires de l’État.

Pour Schectman, cette reconnaissance de l’importance stratégique de l’or s’ajoute à plusieurs autres signaux : les achats des banques centrales, les changements dans la composition des réserves officielles et la volonté de plusieurs pays de maîtriser davantage leurs approvisionnements en matières premières. Il considère que ces tendances peuvent traduire une réévaluation du rôle des actifs tangibles dans la sécurité économique. Cette lecture est compatible avec l’intérêt documenté de nombreux États pour les ressources stratégiques, mais elle ne permet pas de conclure à une décision imminente de rétablir un système monétaire adossé à l’or.

Tether : un acheteur d’or important, mais pas une preuve d’une opération gouvernementale

Andy Schectman s’intéresse également à Tether, l’entreprise connue pour son stablecoin USDT et pour son produit adossé à l’or, XAUt. Il souligne l’importance des achats de métal attribués à l’entreprise et se demande si certains acteurs privés pourraient, dans certaines circonstances, participer à des objectifs financiers plus larges. Il relève notamment les liens de Tether avec les marchés des bons du Trésor américain et l’importance de ses réserves d’or.

Les données disponibles confirment que Tether détient des quantités significatives de métal. Dans son communiqué du 31 juillet 2026, l’entreprise a indiqué que ses réserves d’or avaient dépassé 146 tonnes à la fin du deuxième trimestre, en intégrant les catégories de réserves qu’elle présentait. Des publications et des analyses financières distinguent cependant l’or détenu dans les réserves de l’USDT, l’or affecté au jeton XAUt et les éventuels actifs propres de l’entreprise. Ces catégories ne doivent pas être additionnées ou comparées sans vérifier leur périmètre.

Les données de Reuters publiées en mai 2026 indiquaient notamment qu’à la fin du premier trimestre, les réserves associées à l’USDT comprenaient environ 132 tonnes d’or, tandis que les réserves soutenant XAUt représentaient environ 22 tonnes supplémentaires. Les montants et les catégories évoluent dans le temps ; ils doivent donc être rapprochés des dates et des documents de référence. Ces chiffres montrent que Tether est un acteur privé important du marché de l’or, mais ils ne démontrent pas que l’entreprise agit pour le compte du Trésor américain.

Schectman présente précisément cette éventualité comme une théorie personnelle, et non comme un fait prouvé. Son raisonnement repose sur le rapprochement de plusieurs éléments : l’importance des réserves de Tether, ses achats de métal, sa présence sur les marchés financiers et ses relations avec des institutions américaines. Ce rapprochement peut justifier des questions sur les stratégies de diversification des grands acteurs privés. Il ne suffit pas à établir que Tether serait un intermédiaire chargé d’acquérir de l’or pour le gouvernement américain.

Pourquoi le rapatriement de l’or des banques centrales est un signal important

Les réserves d’or ne sont pas seulement une question de prix ou de rendement. Leur localisation et les conditions dans lesquelles elles peuvent être mobilisées sont également importantes pour les banques centrales. Lorsqu’un pays détient une partie de son or dans un établissement situé à l’étranger, il dépend des infrastructures, des procédures juridiques et des conditions opérationnelles permettant d’accéder à ces réserves. Le rapatriement de métal peut répondre à des objectifs de contrôle, de sécurité, de logistique ou de gestion des risques de contrepartie.

Schectman interprète le retour de réserves d’or dans les pays détenteurs comme un indice de méfiance croissante envers certains intermédiaires et infrastructures financières. Il cite plusieurs banques centrales ayant rapatrié tout ou partie de leurs réserves au cours des dernières années. Son argument est qu’un État qui choisit de conserver son métal sous sa propre juridiction privilégie le contrôle direct plutôt que la seule commodité d’un stockage à l’étranger.

Le risque de contrepartie désigne la possibilité qu’un partenaire financier ne respecte pas ses obligations ou qu’un détenteur rencontre des difficultés à obtenir un actif dans les conditions prévues. Ce risque peut exister même lorsqu’un actif est juridiquement détenu par son propriétaire. Pour un État, détenir directement une partie de ses réserves peut réduire certaines dépendances opérationnelles, sans supprimer les risques liés à la sécurité, à la conservation ou à la gestion des actifs.

Le mouvement de rapatriement doit néanmoins être analysé pays par pays. Les décisions ne répondent pas toutes aux mêmes motivations et ne constituent pas nécessairement une rupture générale avec les institutions financières internationales. Elles montrent surtout que la localisation des réserves, leur accessibilité et la maîtrise de leur conservation font partie des décisions stratégiques d’une banque centrale.

Judy Shelton et la possibilité d’un rôle monétaire accru pour l’or

Andy Schectman accorde également de l’importance à la place accordée à Judy Shelton dans les discussions économiques américaines. Connue pour ses positions favorables à un rôle plus important de l’or dans le système monétaire, elle représente, à ses yeux, une voix susceptible d’influencer les réflexions sur l’évolution du dollar et la politique financière américaine. Il estime que la présence de personnalités favorables à une réforme monétaire mérite d’être observée dans un contexte d’endettement public élevé et de réorganisation des échanges internationaux.

L’idée d’un titre du Trésor lié à l’or, parfois évoquée dans les débats sur les réformes monétaires, soulève des questions importantes. Un instrument dont le remboursement serait lié à la valeur de l’or ne serait pas équivalent à un système dans lequel l’ensemble de la monnaie serait convertible en métal selon une parité fixe. Les conséquences économiques, juridiques et financières dépendraient des modalités exactes de l’instrument, de son prix d’émission, de ses conditions de remboursement et de la crédibilité des engagements pris par l’État.

Schectman estime que la présence de défenseurs de l’or dans les cercles de décision pourrait être révélatrice d’une réflexion plus large sur la place des actifs tangibles dans le système monétaire. Il ne prétend toutefois pas qu’un retour à une monnaie adossée à l’or soit imminent. Une nomination, une prise de position ou une proposition théorique ne constituent pas une décision officielle de réforme monétaire. Pour établir qu’un tel changement est engagé, il faudrait des mesures formelles, des textes publiés et des modalités de mise en œuvre précises.

L’argent physique : pourquoi Andy Schectman reste attentif malgré les corrections

Sur l’argent, Schectman adopte un raisonnement similaire à celui qu’il applique à l’or : il estime qu’une correction des cours ne suffit pas, à elle seule, à invalider les raisons fondamentales pour lesquelles les investisseurs s’intéressent au métal. Il invite à distinguer la variation du prix et l’évolution des facteurs structurels qui influencent l’offre et la demande. Cette approche consiste à examiner la consommation industrielle, la production minière, les stocks disponibles, les achats d’investissement et les flux physiques entre les principales places de marché.

L’argent possède une particularité importante : contrairement à l’or, dont la demande est largement influencée par l’investissement, la bijouterie et les réserves officielles, il est également utilisé dans de nombreuses applications industrielles. Les équipements électroniques, les infrastructures énergétiques, les composants électriques et plusieurs technologies de production nécessitent de l’argent. Cette demande industrielle ne progresse toutefois pas de façon uniforme. Les fabricants peuvent réduire les quantités utilisées par produit, modifier leurs procédés ou substituer d’autres matériaux lorsque les prix deviennent trop élevés.

Le Silver Institute prévoit un déficit mondial de 67 millions d’onces en 2026, soit une sixième année consécutive de déficit selon ses estimations. Il prévoit également une hausse de l’investissement physique, tout en anticipant une baisse de certaines composantes de la demande industrielle, de la bijouterie et de l’orfèvrerie. Ces projections montrent que le marché de l’argent présente des tensions structurelles, mais elles ne permettent pas d’affirmer que les cours ne peuvent plus baisser. Un déficit annuel peut coexister avec une baisse des prix lorsque les investisseurs réduisent leurs positions, que les stocks disponibles sont mobilisés ou que les anticipations économiques changent.

Schectman estime que les investisseurs devraient donc s’intéresser aux volumes physiques et aux tendances de long terme plutôt qu’à la seule réaction quotidienne des cours. Sa conviction est que la demande de métal reste un facteur important dans l’évolution future du marché. Il s’agit d’une thèse d’investissement, qui doit être confrontée aux données de production, de consommation et de stocks, ainsi qu’à la capacité de chaque investisseur à supporter une forte volatilité.

La correction des cours signifie-t-elle que le risque est désormais derrière nous ?

Schectman considère que les corrections déjà intervenues sur l’or et l’argent pourraient avoir constitué une phase importante de réajustement. Dans son entretien, il rappelle que les deux métaux ont subi des baisses sensibles par rapport à leurs sommets récents. Il estime que les achats institutionnels observés pendant ces phases de faiblesse suggèrent que certains investisseurs continuent de considérer les métaux comme des actifs stratégiques. Il ne présente cependant pas de calendrier précis permettant d’affirmer que les prix ne baisseront plus.

Son argument est que les investisseurs institutionnels ne réagissent pas tous aux mêmes horizons temporels. Un acheteur qui constitue des réserves pour plusieurs années peut accepter une volatilité à court terme qu’un opérateur spéculatif ne peut pas supporter. Une banque centrale, un industriel ou un investisseur patrimonial peut ainsi prendre des décisions différentes de celles d’un intervenant qui cherche à réaliser un bénéfice en quelques jours ou quelques semaines.

L’idée selon laquelle une baisse des cours représente automatiquement une occasion d’achat reste néanmoins discutable. Un prix inférieur peut offrir un point d’entrée plus favorable si les fondamentaux demeurent solides, mais il peut également refléter une détérioration de la demande, une évolution des taux d’intérêt ou un changement des conditions de liquidité. La poursuite d’une stratégie d’accumulation nécessite donc de tenir compte du prix payé, des besoins de trésorerie et de l’horizon d’investissement. La régularité des achats ne supprime pas le risque d’une baisse prolongée de la valeur du métal détenu.

Les investisseurs particuliers restent-ils trop exposés aux marchés actions ?

Schectman exprime une inquiétude concernant la concentration des portefeuilles sur un nombre limité de grandes entreprises cotées. Il considère que l’enthousiasme pour les marchés actions, notamment pour les valeurs les plus populaires, peut masquer une accumulation de risques. Il évoque également l’utilisation de l’endettement pour investir et le recours aux options, deux mécanismes susceptibles d’amplifier les gains mais aussi les pertes.

L’effet de levier permet de prendre une exposition financière supérieure au capital immédiatement mobilisé. Cette caractéristique peut rendre un portefeuille particulièrement vulnérable lorsque les prix évoluent dans le sens opposé à la position. Une baisse rapide peut provoquer des appels de marge, obliger un investisseur à vendre des actifs au mauvais moment et transformer une perte temporaire en perte définitive. Les options présentent par ailleurs des risques spécifiques liés à leur échéance, à leur volatilité et à la structure du contrat.

Schectman estime que les investisseurs qui privilégient exclusivement les actifs ayant enregistré de bonnes performances au cours des dernières années risquent de négliger la diversification. Il défend une approche dans laquelle les métaux physiques et les autres actifs patrimoniaux constituent une composante distincte du portefeuille. Son objectif déclaré n’est pas de supprimer toute exposition aux marchés actions, mais d’éviter qu’une correction boursière majeure ne compromette l’ensemble de son patrimoine.

La diversification ne garantit toutefois pas une protection contre toutes les baisses. Les prix des métaux précieux peuvent eux aussi reculer fortement, parfois en même temps que d’autres actifs. La pertinence d’une allocation dépend de la situation financière de chaque investisseur, de ses objectifs, de son horizon de placement et de sa capacité à supporter les pertes. Une stratégie prudente consiste à déterminer ces paramètres avant de choisir les actifs à détenir, plutôt qu’à modifier brutalement son portefeuille sous l’effet d’une inquiétude de marché.

Le système monétaire international évolue vers un monde multipolaire

L’un des thèmes les plus importants de l’entretien est la transformation des relations économiques internationales. Schectman estime que le système mondial évolue progressivement d’une organisation dominée par les infrastructures financières occidentales vers un environnement dans lequel plusieurs puissances cherchent à renforcer leur autonomie. Il cite notamment le développement de systèmes de paiement alternatifs, la diversification des partenaires commerciaux et l’importance accordée aux matières premières stratégiques.

Dans ce contexte, l’or peut présenter un intérêt particulier pour les banques centrales. Contrairement à une obligation émise par un État ou à une créance détenue auprès d’un intermédiaire, l’or physique n’est pas la dette d’un autre acteur. Il ne dépend donc pas de la capacité d’un émetteur à honorer une promesse de remboursement. Cette caractéristique peut en faire un instrument de diversification des réserves, même si sa détention entraîne des coûts de stockage, de sécurité et de gestion et ne génère pas, en elle-même, de revenu contractuel.

Le développement de systèmes de paiement alternatifs ne signifie pas nécessairement que le dollar va disparaître ou perdre rapidement son rôle international. Les monnaies, les réseaux de paiement et les réserves officielles remplissent des fonctions différentes. Plusieurs infrastructures peuvent coexister, et les entreprises comme les États continuent de choisir leurs moyens de règlement en fonction de la liquidité, des coûts, de la réglementation et de la confiance accordée aux institutions concernées.

Schectman interprète cette évolution comme un argument supplémentaire en faveur d’une diversification patrimoniale. Il considère que les métaux précieux peuvent occuper une place importante dans un monde où les relations économiques, les politiques commerciales et les équilibres géopolitiques évoluent. Son analyse invite à suivre les décisions des banques centrales et les flux de matières premières, mais elle ne permet pas de conclure à l’effondrement imminent du système monétaire actuel.

Pourquoi les placements traditionnels ne suffisent-ils pas toujours à protéger un patrimoine ?

Schectman remet en question les portefeuilles traditionnels dans lesquels les actions et les obligations occupent presque toute la place. Il estime que ces allocations ont bénéficié pendant plusieurs décennies d’un environnement marqué par la baisse des taux d’intérêt. Lorsque les taux diminuent, les obligations existantes peuvent prendre de la valeur et les conditions de financement favorables peuvent soutenir les prix de nombreux actifs. Si cet environnement change, les investisseurs doivent réexaminer les hypothèses qui ont guidé leurs décisions.

Les obligations peuvent subir des pertes lorsque les taux d’intérêt augmentent, en particulier lorsque leur échéance est longue. L’inflation peut également réduire leur rendement réel, c’est-à-dire le rendement restant après prise en compte de la hausse générale des prix. Les actions sont, elles aussi, sensibles aux taux d’intérêt, aux bénéfices des entreprises et aux anticipations économiques. Aucun de ces actifs n’est systématiquement performant dans tous les environnements économiques.

L’or répond à une logique différente : il ne verse ni coupon ni dividende, mais peut contribuer à diversifier un portefeuille et à réduire sa dépendance à certaines créances financières. Sa valeur reste toutefois déterminée par l’offre et la demande, les taux d’intérêt réels, les mouvements de devises et les anticipations des investisseurs. Une exposition à l’or peut donc améliorer la diversification d’un portefeuille dans certaines circonstances sans constituer une assurance absolue contre les pertes.

La réflexion de Schectman repose finalement sur une idée simple : les stratégies qui ont fonctionné dans le passé ne doivent pas être appliquées automatiquement à l’avenir. Les investisseurs doivent réévaluer leurs risques, comprendre les caractéristiques de leurs actifs et conserver une marge de sécurité adaptée à leur situation. La priorité n’est pas nécessairement de rechercher le rendement le plus élevé, mais de construire un patrimoine capable de résister à différents scénarios économiques.

Conclusion : les flux physiques de métaux méritent d’être suivis, mais les preuves restent essentielles

L’entretien d’Andy Schectman met en avant plusieurs évolutions importantes : les achats persistants des banques centrales, l’intérêt croissant pour les ressources stratégiques, les tensions attendues sur le marché de l’argent et l’importance des livraisons physiques sur le COMEX. Il présente ces éléments comme les signes d’une transformation progressive de la manière dont certains investisseurs évaluent l’or et l’argent. Son approche personnelle repose sur l’épargne régulière, la détention de métaux physiques et une répartition du patrimoine qui limite la place des investissements les plus spéculatifs.

Les données disponibles apportent un soutien réel à plusieurs éléments de ce raisonnement. Les banques centrales ont acheté environ 863 tonnes d’or en 2025, le Silver Institute prévoit un déficit du marché de l’argent en 2026 et les documents officiels américains accordent une place explicite à l’or dans la politique de production minérale. Tether détient également des quantités importantes d’or. Ces faits justifient de suivre de près les marchés des métaux précieux et les décisions des grands acteurs institutionnels.

En revanche, les données publiques ne suffisent pas à confirmer l’hypothèse selon laquelle le gouvernement américain organiserait une accumulation secrète d’or et d’argent par l’intermédiaire de banques commerciales ou de sociétés privées. Cette possibilité est évoquée par Schectman, mais il reconnaît lui-même ne pas pouvoir la démontrer. Il est donc essentiel de ne pas confondre les faits établis, les interprétations de marché et les scénarios envisagés.

Pour un épargnant, la conclusion la plus utile n’est pas de céder à la peur ou de considérer qu’une hausse des métaux est inévitable. Elle consiste à comprendre les risques, à comparer les solutions disponibles et à déterminer si une exposition aux métaux précieux correspond réellement à ses objectifs patrimoniaux. L’or et l’argent peuvent jouer un rôle dans une stratégie diversifiée, mais ils restent des actifs dont les prix fluctuent et dont la détention doit être adaptée aux besoins de chacun.

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