Crise de la dette américaine : Brett Rentmeester annonce le retour de l’or et une crise monétaire imminente

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Les États-Unis viennent de franchir un seuil que peu d’investisseurs croyaient encore possible : la dette publique totale a dépassé 40 000 milliards de dollars, tandis que les intérêts de la dette ont atteint pour la première fois plus de 1 000 milliards de dollars sur un exercice budgétaire. Pour Brett Rentmeester, fondateur et directeur général de Windrock Wealth Management, ce n’est pas un simple problème comptable : c’est le début d’un changement de cycle historique, comparable aux grandes crises américaines de 1776, de la guerre de Sécession et de la Grande Dépression. Selon lui, l’économie mondiale entre dans une période de rupture où l’inflation, les taux d’intérêt, la dette et la perte de confiance dans les institutions convergent vers une crise des monnaies fiduciaires. Dans ce contexte, il considère que l’or n’est plus une simple diversification, mais une protection essentielle contre l’érosion du pouvoir d’achat, comme le permettent notamment les pièces d’or Napoléon 20 francs tête nue, accessibles aux investisseurs particuliers.

Le diagnostic de Rentmeester est d’autant plus alarmant qu’il repose sur des chiffres désormais officiels. Le Trésor américain a confirmé que la dette totale avait atteint 40 047 milliards de dollars en août 2026, dont 32 266 milliards détenus par le public et 7 782 milliards par des organismes gouvernementaux. Dans le même temps, le déficit fédéral a atteint près de 2 000 milliards de dollars sur l’exercice 2026, tandis que les paiements nets d’intérêts ont grimpé à 1 050 milliards de dollars, dépassant même le budget de la défense nationale. Pour Rentmeester, cette mécanique est celle d’une spirale : plus la dette augmente, plus les intérêts coûtent cher, plus l’État doit emprunter, et plus il devient dépendant de taux élevés ou de la création monétaire. C’est précisément ce risque qui explique, selon lui, l’attrait renouvelé pour l’achat de pièces d’or, un actif tangible qui ne dépend pas de la solvabilité d’un État.

Brett Rentmeester ne prévoit pas nécessairement un défaut de paiement brutal des États-Unis, du type « je ne peux plus rembourser mes obligations du Trésor ». Il décrit au contraire un scénario plus insidieux, qu’il résume par l’expression « death by a thousand cuts », soit une mort par mille coupures. Concrètement, les épargnants ne verraient pas forcément leurs obligations devenir totalement sans valeur du jour au lendemain, mais ils verraient progressivement leur rendement réel détruit par l’inflation, leur épargne rognée par la hausse du coût de la vie et la valeur de la monnaie s’affaiblir année après année. C’est cette lente hémorragie qui, selon lui, constitue la véritable crise monétaire : non pas un effondrement spectaculaire, mais une confiscation silencieuse du pouvoir d’achat. Face à ce risque, il estime que l’or physique, notamment sous forme de lingots d’or, permet de détenir une réserve de valeur hors du système bancaire.

Le gestionnaire de patrimoine s’appuie sur la thèse du « Fourth Turning », développée par Neil Howe, pour expliquer pourquoi cette période n’a rien d’anodin. Cette lecture de l’histoire considère que les sociétés traversent des cycles d’environ un siècle, ponctués par des moments de crise majeure. Rentmeester rappelle que les trois précédentes grandes crises américaines identifiées dans ce cadre furent la Révolution américaine de 1776, la guerre de Sécession, puis la Grande Dépression et la Seconde Guerre mondiale dans les années 1930 et 1940. Selon lui, les fissures du cycle actuel sont apparues avec la crise financière de 2008, avant que la pandémie de Covid-19 n’accélère brutalement le processus à travers des dépenses publiques massives, une dette explosée et une intervention monétaire sans précédent. Pour l’investisseur, cela signifie que le manuel des quarante dernières années n’est plus valable, et que détenir une part d’or physique sous forme de pièces devient une réponse rationnelle à un environnement devenu instable.

Le cœur du problème, explique Rentmeester, tient au renversement des quatre moteurs qui ont fait la fortune du portefeuille classique 60 % actions / 40 % obligations depuis le début des années 1980. Pendant quatre décennies, l’inflation a baissé, les taux d’intérêt ont chuté, les valorisations boursières se sont envolées et la dette a pu augmenter sans conséquence immédiate. Or, ces quatre avantages sont devenus des freins. L’inflation américaine, qui avait chuté jusqu’à près de zéro en 2009, se situe désormais autour de 3,7 % selon les chiffres cités par Rentmeester. Les taux à dix ans, tombés à environ 0,5 % pendant la pandémie, ont remonté autour de 5,1 %. Les valorisations boursières, mesurées par le ratio cours/bénéfices ajusté cycliquement, atteignent environ 40,5 fois les bénéfices, un niveau proche du sommet de la bulle Internet de 1999. Dans un tel environnement, l’or redevient un refuge monétaire, et les investisseurs peuvent notamment s’intéresser aux pièces d’or Napoléon 20 francs, reconnues, liquides et historiquement recherchées.

Le point le plus dangereux, selon Rentmeester, est l’explosion du coût du service de la dette. Avec environ 40 000 milliards de dollars de dette officielle et des projections de taux élevés, les intérêts annuels devraient atteindre environ 1 500 milliards de dollars, soit environ 20 % du budget fédéral et 28 % de l’ensemble des recettes fiscales. Il insiste sur un point crucial : cet argent ne rembourse pas la dette, ne réduit pas les déficits et ne remet pas les finances publiques sur une trajectoire soutenable. Il sert uniquement à payer les intérêts. Cette situation crée une contrainte politique et financière extrême : l’État doit soit augmenter les impôts, soit couper les dépenses, soit laisser l’inflation réduire la valeur réelle de ses engagements. Pour Rentmeester, la troisième option est la plus probable. C’est aussi celle qui renforce mécaniquement la demande d’actifs réels, en particulier l’or sous forme de lingots, perçu comme une assurance contre la dévaluation monétaire.

La fin du modèle 60/40 qui a enrichi une génération

Pendant près de quarante ans, le portefeuille composé de 60 % d’actions et de 40 % d’obligations a semblé être la solution universelle pour construire et protéger un patrimoine. Rentmeester explique que cette réussite n’était pas seulement due à la croissance économique ou aux bénéfices des entreprises : elle résultait d’un contexte exceptionnel. L’inflation est passée d’environ 14 % au début des années 1980 à des niveaux proches de zéro, voire de la déflation en 2009. Les taux d’intérêt ont suivi la même trajectoire, passant d’environ 16 % au début des années 1980 à environ 0,5 % en 2020. Cette baisse continue a rendu les flux futurs de bénéfices plus précieux, ce qui a mécaniquement fait grimper les multiples de valorisation des actions. Les investisseurs ont donc bénéficié d’un double moteur : la croissance des bénéfices, mais aussi l’expansion des valorisations.

Ce mécanisme est aujourd’hui inversé. Lorsque l’inflation et les taux remontent, les valorisations boursières élevées deviennent difficiles à justifier. Un titre qui cotait à 40 fois ses bénéfices dans un monde de taux proches de zéro ne supporte pas nécessairement les mêmes multiples lorsque les taux longs dépassent 5 %. Rentmeester estime que le marché actions n’a pas encore pleinement intégré ce changement de régime. Il ne dit pas que les actions doivent disparaître d’un portefeuille, ni que toutes les entreprises sont condamnées : il souligne au contraire que certaines innovations technologiques, notamment l’intelligence artificielle, la robotique et l’énergie, peuvent créer de véritables opportunités. Mais il affirme que les indices larges sont historiquement chers et que la marge d’erreur est désormais très faible. Autrement dit, acheter simplement un indice et attendre dix ans ne garantit plus un bon résultat une fois l’inflation déduite.

Les obligations ne sont pas davantage un refuge automatique. Rentmeester rappelle que ceux qui ont acheté des obligations d’État à dix ans proches de 0 % pendant la pandémie ont subi une perte massive en pouvoir d’achat, car l’inflation a ensuite dépassé largement leur rendement. Il reconnaît que les taux actuels, autour de 5 %, peuvent sembler attractifs après des années de rendements quasi nuls. Mais il avertit que ce niveau ne constitue pas nécessairement un plafond. Si l’inflation reste persistante et si la pression sur la dette américaine continue d’augmenter, les taux pourraient encore monter. Dans ce cas, les obligations longues deviendraient encore plus vulnérables. Pour lui, le risque n’est pas de ne pas récupérer son capital nominal, mais de le récupérer dans une monnaie qui aura perdu une partie importante de sa valeur réelle.

Une dette de 40 000 milliards de dollars qui change tout

La dette américaine n’est plus une abstraction réservée aux économistes. Elle est devenue une donnée centrale de la vie économique des ménages. Le Trésor américain a annoncé que la dette publique totale avait franchi 40 000 milliards de dollars pour la première fois en août 2026. Ce chiffre comprend à la fois la dette détenue par des investisseurs, des banques, des fonds et des gouvernements étrangers, ainsi que la dette détenue par des administrations fédérales elles-mêmes. Le déficit fédéral de l’exercice 2026 a atteint environ 1 990 milliards de dollars, en hausse de 12 % par rapport à l’exercice précédent. Les dépenses fédérales ont progressé de 6 % pour atteindre 7 400 milliards de dollars, tandis que les recettes n’ont augmenté que de 3 %, à 5 400 milliards de dollars. L’écart entre ces deux mouvements alimente directement la dette.

Le coût des intérêts est devenu l’une des dépenses les plus lourdes de l’État fédéral. Les paiements nets d’intérêts ont atteint 1 050 milliards de dollars en 2026, contre 970 milliards en 2025, soit une hausse de 8 %. Ils dépassent désormais les dépenses de défense nationale, évaluées à 956 milliards de dollars, et se placent derrière les dépenses de Sécurité sociale et de Medicare. En termes quotidiens, cela représente environ 2,9 milliards de dollars d’intérêts par jour. Rentmeester considère que ce niveau marque une rupture : l’État américain consacre désormais une part massive de ses ressources à entretenir sa dette au lieu de financer l’avenir, l’investissement ou la protection sociale. C’est le mécanisme même d’une spirale de la dette : la dette engendre des intérêts, les intérêts augmentent le déficit, et le déficit oblige à emprunter davantage.

Ce problème n’est pas seulement américain. Rentmeester souligne que la crise actuelle présente une particularité historique : elle est mondiale. Le Japon a lancé depuis des décennies une politique de taux très bas, qui a alimenté le fameux carry trade du yen, consistant à emprunter à bas coût en yen pour investir ailleurs dans le monde. Pendant la pandémie, les États-Unis ont ramené leurs taux vers zéro, tandis que l’Europe est passée en territoire négatif. Résultat : une vague mondiale d’emprunts bon marché, de valorisations gonflées et de dettes publiques ou privées devenues excessives. Aujourd’hui, l’Europe est fragilisée, le Japon est surendetté, la Chine fait face à des niveaux d’endettement élevés selon les méthodes de calcul, et les États-Unis portent une dette fédérale record. Pour Rentmeester, il n’existe pas de sortie simple de cette situation, car presque toutes les grandes économies sont interconnectées par les marchés obligataires, les devises et les chaînes d’approvisionnement.

L’inflation officielle sous-estime la réalité vécue

Un autre élément central de l’analyse de Rentmeester concerne l’écart entre l’inflation officielle et l’inflation réellement ressentie par les ménages. Les chiffres officiels du CPI peuvent afficher environ 3,7 %, mais il estime que cette mesure ne reflète pas correctement la pression subie par les familles. Il prend l’exemple de l’assurance santé : selon les données gouvernementales qu’il cite, l’inflation des soins de santé n’aurait progressé que d’environ 2,5 % par an en moyenne sur cinq ans, alors que l’assurance santé de son entreprise augmenterait de 22 % sur une seule année pour conserver le même niveau de couverture. Pour lui, ce décalage montre que les indices officiels peuvent masquer la réalité des coûts supportés par les ménages et les entreprises.

La guerre et les tensions géopolitiques aggravent encore ce risque. Rentmeester explique que le pétrole pénètre dans presque tous les prix : il affecte le carburant, le transport, la production industrielle, l’alimentation, la logistique et les livraisons. Dans une économie dominée par la livraison rapide et les chaînes d’approvisionnement mondiales, toute hausse durable de l’énergie se répercute rapidement sur le coût de la vie. Il précise toutefois qu’une hausse de l’énergie peut aussi provoquer, à moyen terme, une destruction de la demande : si les ménages doivent consacrer davantage de leur budget au carburant, au chauffage et aux transports, ils dépensent moins ailleurs. Cela peut temporairement faire baisser certains prix. Mais cela ne résout pas le problème de fond : l’inflation persistante détruit le pouvoir d’achat et fragilise les systèmes de protection sociale.

Les conséquences sociales sont déjà visibles selon Rentmeester. Il cite le paiement moyen d’une voiture, estimé à 787 dollars par mois, tandis que 20 % des emprunteurs dépasseraient 1 000 dollars mensuels. Pour un jeune actif en début de carrière, ces charges rendent l’accès à la propriété, à l’épargne et à une sécurité financière de plus en plus difficile. Il observe également une défiance croissante envers les institutions politiques, avec des générations plus jeunes qui se tournent, selon lui, vers des solutions plus interventionnistes parce qu’elles estiment que le système actuel ne leur laisse aucune place. Cette perte de confiance est, dans son analyse, un signe majeur du changement de cycle : lorsque les institutions échouent, la confiance disparaît, puis les gouvernements et les équilibres géopolitiques se fragilisent.

La Sécurité sociale et les promesses publiques sous pression

Rentmeester attire l’attention sur la situation de la Sécurité sociale américaine, qu’il décrit comme un système dont l’insolvabilité est annoncée pour 2032 selon ses propres responsables. Il souligne que cette échéance n’est plus lointaine : elle se situe à environ six ans. Pour des millions d’Américains, cela signifie que les promesses de retraite, de santé et de protection sociale pourraient être revues à la baisse, différées ou conditionnées à des réformes douloureuses. Il anticipe des arbitrages imposés : âge légal de départ repoussé, franchises médicales plus élevées, avantages fiscaux conditionnés à l’achat d’obligations d’État ou prestations réduites en termes réels.

Cette pression sur les filets de sécurité s’inscrit dans un contexte où les dépenses obligatoires représentent déjà une part écrasante du budget fédéral. Les programmes comme la Sécurité sociale, Medicare, Medicaid et les pensions des vétérans absorbent environ 60 % des dépenses fédérales, selon les données reprises par Reuters. Lorsque les intérêts de la dette deviennent également une charge majeure, l’État dispose de moins de marge pour financer l’investissement, la défense, l’éducation ou les aides d’urgence. Rentmeester estime que cette situation va produire des choix politiques de plus en plus difficiles, et que la solution la plus facile politiquement restera souvent l’inflation : faire payer la crise non pas par un impôt explicite, mais par la perte silencieuse de valeur de la monnaie.

Pourquoi l’or pourrait être réévalué par les gouvernements

C’est ici que l’analyse de Rentmeester devient particulièrement marquante. Il ne se contente pas de présenter l’or comme une protection contre l’inflation. Il évoque la possibilité que les gouvernements eux-mêmes soient amenés à se tourner vers le métal jaune pour restaurer la confiance. Il rappelle que Judy Shelton, connue pour ses positions favorables à l’or, est présentée comme conseillère de la Réserve fédérale. Selon lui, si les outils classiques échouent — répression financière, stablecoins adossés au dollar, réduction des dépenses inutiles — les autorités pourraient envisager un retour partiel à une forme de monnaie saine. Cela pourrait prendre la forme d’obligations souveraines adossées à l’or, ou d’un renforcement partiel des réserves du système financier en métal précieux.

Rentmeester estime que de nombreux gouvernements accumulent déjà de l’or, parfois au-delà de ce que les statistiques officielles laissent apparaître. Il évoque les interrogations persistantes sur les réserves américaines, notamment celles de Fort Knox, et sur le niveau réel des réserves chinoises. Son raisonnement est simple : si une crise de confiance frappe les monnaies fiduciaires, les États auront besoin d’un instrument capable de restaurer la crédibilité. L’or, utilisé comme réserve de valeur depuis des millénaires, remplit cette fonction. Il affirme que si les gouvernements choisissent de réévaluer l’or pour rééquilibrer les dettes mondiales et restaurer la confiance, son cours pourrait dépasser largement les rendements modestes habituellement attendus du métal jaune. Selon lui, cette réévaluation servirait à remettre le système financier en équilibre à un niveau beaucoup plus élevé.

Les données récentes donnent du poids à cette thèse. Le marché de l’or a connu une progression exceptionnelle en 2025, avec une hausse de 64 %, avant d’atteindre un record historique de 5 595 dollars l’once le 28 janvier 2026. Malgré un repli ensuite, le métal reste à des niveaux très élevés, autour de 4 000 dollars l’once en octobre 2026. Les banques centrales continuent par ailleurs d’acheter de l’or : le World Gold Council a recensé 345 tonnes d’achats officiels au premier semestre 2026, et une enquête menée auprès de 76 banques centrales révèle que 89 % d’entre elles s’attendent à une hausse des réserves mondiales d’or au cours des douze mois suivants. Pour Rentmeester, ce comportement des banques centrales montre que l’or n’est pas une relique du passé, mais bien un actif stratégique du système monétaire actuel.

L’or physique, une protection hors du système bancaire

Dans sa stratégie patrimoniale, Rentmeester distingue trois façons de s’exposer aux métaux précieux. La première consiste à détenir de l’or physique, de l’argent métal ou d’autres métaux précieux conservés hors du système bancaire, par exemple dans des coffres gérés par des tiers spécialisés. L’objectif est clair : éviter qu’un problème bancaire, un contrôle administratif ou une crise de liquidité ne prive l’épargnant de l’accès à son actif. La deuxième approche consiste à investir dans des sociétés minières, qui offrent un effet de levier potentiel sur le prix du métal grâce aux réserves qu’elles détiennent dans le sol. La troisième est plus tactique : elle passe par des instruments papier, plus faciles à acheter et vendre rapidement, mais qui comportent une exposition différente aux risques de marché.

Pour les investisseurs particuliers, l’or physique reste la brique de base de cette stratégie. Il ne s’agit pas de parier sur une hausse courte terme, mais de détenir un actif qui a traversé les crises monétaires, les guerres, les hyperinflations et les effondrements de devises. Rentmeester rappelle que l’or possède une histoire monétaire d’environ 5 000 ans et qu’il conserve encore aujourd’hui un rôle central dans les réserves des banques centrales. Il souligne que, même si le dollar parvenait à prolonger sa domination grâce aux stablecoins, à la répression financière ou à la demande mondiale de dollars, la défiance envers les monnaies fiduciaires pousserait les investisseurs vers l’or. Dans cette logique, les pièces d’or historiques et les lingots constituent des instruments de préservation patrimoniale.

Ce que les années 1970 nous apprennent

Rentmeester revient souvent aux années 1970, car il y voit le précédent le plus proche de la période actuelle. À cette époque, l’inflation et les taux d’intérêt ont fortement augmenté, tandis que les actions ont progressé en valeur nominale mais très peu une fois l’inflation déduite. Les obligations ont été particulièrement pénalisées : les investisseurs ont certes récupéré leur capital et perçu des coupons, mais leur pouvoir d’achat réel s’était fortement dégradé. En revanche, l’énergie, l’immobilier sélectionné, les terres agricoles, l’or et l’argent ont bien résisté, voire fortement progressé en termes réels. Pour Rentmeester, ce parallèle est essentiel : dans un monde d’inflation et de taux en hausse, les actifs réels prennent l’avantage sur les actifs papier.

Il nuance toutefois un point important : la situation actuelle n’est pas une copie exacte des années 1970. À l’époque, les valorisations boursières étaient très basses, ce qui laissait une marge de sécurité importante. Aujourd’hui, les marchés actions sont chers, avec un ratio cours/bénéfices ajusté cycliquement proche de 40,5, contre environ 7 au début des années 1980. Cela signifie que la marge d’erreur est beaucoup plus faible. Les entreprises technologiques peuvent continuer à innover et à créer de la valeur, mais les indices larges sont exposés à une correction si les taux restent élevés, si l’inflation persiste ou si les multiples de valorisation se compriment. Rentmeester en conclut que l’investisseur devra être beaucoup plus sélectif et thématique qu’avant, au lieu de se contenter d’acheter des indices.

La géopolitique devient un risque financier majeur

Le retour des conflits régionaux constitue un autre pilier de l’analyse de Rentmeester. Il observe que la période qui a suivi la fin de la guerre froide avait créé un « dividende de la paix » : les marchés pouvaient valoriser les actifs en supposant une stabilité géopolitique durable, une mondialisation fluide et des chaînes d’approvisionnement efficaces. Cette hypothèse s’effondre. Les conflits en Iran et en Ukraine, les tensions autour des minéraux critiques, les restrictions à l’exportation et la relocalisation des industries modifient profondément le paysage économique. Pour Rentmeester, les gouvernements cherchent souvent un ennemi extérieur lorsqu’ils font face à une crise intérieure, ce qui accroît le risque de tensions persistantes, voire de conflits régionaux prolongés.

Cette évolution favorise selon lui plusieurs thèmes d’investissement : la défense, les technologies militaires, les drones, les systèmes de protection, l’énergie domestique et les métaux stratégiques. Il note que la Chine a imposé des quotas d’exportation sur certains minéraux critiques, ce qui renforce la volonté des États-Unis et d’autres pays de reprendre le contrôle de leurs chaînes d’approvisionnement. L’énergie devient également un actif stratégique : l’Amérique du Nord dispose d’abondantes réserves de gaz naturel, tandis que l’Europe fait face à une situation énergétique plus difficile. Rentmeester considère que l’énergie est à la fois un actif réel, une couverture contre le risque géopolitique et un pilier de la transition technologique liée à l’intelligence artificielle et à la robotique.

Le retour à l’or comme issue probable

La conclusion de Rentmeester est sans ambiguïté : si le cœur du problème est une crise des monnaies fiduciaires, les investisseurs doivent rechercher les actifs vers lesquels les populations et les États se sont historiquement tournés. Les métaux précieux arrivent en première position. Il cite également l’argent, le cuivre, les cryptoactifs, les terres agricoles et d’autres biens essentiels comme ayant pu jouer ou pouvoir jouer un rôle de réserve de valeur. Mais l’or conserve selon lui une place unique, car il combine une reconnaissance monétaire universelle, une absence de risque de contrepartie et une acceptation par les banques centrales. C’est précisément cette combinaison qui explique son rôle de protection dans les périodes de doute sur la dette souveraine.

Il anticipe que l’or pourra non seulement préserver le pouvoir d’achat, mais aussi produire une performance réelle si la crise monétaire s’intensifie. Selon son scénario, le métal jaune pourrait rattraper les inquiétudes liées à la dévaluation des monnaies et à la dette publique. Il évoque même l’hypothèse d’une réévaluation officielle de l’or par les gouvernements, destinée à rééquilibrer le système financier mondial et à restaurer la confiance. Dans ce cas, la hausse ne serait plus seulement une conséquence de la spéculation ou de l’inflation, mais une décision stratégique des États eux-mêmes. C’est cette perspective qui explique pourquoi Rentmeester considère que l’or pourrait connaître une trajectoire bien supérieure à ses rendements historiques moyens.

Ce que cela signifie pour les épargnants

Le message de Brett Rentmeester est clair : les investisseurs ne peuvent plus se contenter du duo actions-obligations. Il recommande de réfléchir à une exposition aux actifs réels, notamment aux métaux précieux, à l’énergie, aux terres agricoles et aux actifs capables de résister à l’inflation. Il insiste également sur la nécessité de détenir une partie de son patrimoine hors du système bancaire, afin de réduire la dépendance aux institutions financières en cas de crise. Pour lui, l’or physique répond à cette exigence, car il ne dépend ni d’une promesse gouvernementale, ni de la solidité d’une banque, ni de la capacité d’une entreprise à honorer ses engagements.

Les chiffres actuels donnent une urgence particulière à cette réflexion. La dette américaine a franchi 40 000 milliards de dollars, le déficit fédéral approche 2 000 milliards de dollars et les intérêts nets dépassent 1 000 milliards de dollars par an. Les taux longs américains ont atteint des niveaux vus pour la dernière fois il y a 24 ans, tandis que les banques centrales continuent d’accumuler de l’or. Dans ce décor, Rentmeester ne promet pas un effondrement immédiat, mais il décrit une trajectoire dangereuse : une monnaie progressivement affaiblie, des rendements réels détruits, des protections sociales fragilisées et une pression croissante vers le retour de l’or comme référence monétaire. Pour les épargnants, la question n’est donc plus seulement de chercher du rendement, mais de protéger ce qui reste de leur pouvoir d’achat.

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