Depuis notre dernière grande phase haussière, le marché de l’or a connu une accélération spectaculaire. Selon Ole Hansen, responsable de la stratégie matières premières chez Saxo Bank, la consolidation actuelle ne remet pas en cause la tendance de fond : les piliers structurels du marché restent intacts. Dans un environnement marqué par l’endettement massif des États et les tensions géopolitiques persistantes, de nombreux investisseurs choisissent déjà d’acheter de l’or physique pour sécuriser leur patrimoine face aux incertitudes économiques.
Une consolidation saine après une envolée historique
Sur les douze derniers mois, l’or a progressé d’environ 60 à 70 %, une performance exceptionnelle pour un actif considéré comme défensif. La correction intervenue récemment, marquée par une forte volatilité, s’inscrit selon Hansen dans une phase de stabilisation naturelle après un mouvement parabolique. Lorsque les marchés montent trop vite, ils ont besoin de « respirer ». Pour l’investisseur de long terme, ces phases sont souvent des opportunités pour renforcer des positions stratégiques, notamment via l’acquisition d’or physique comme valeur refuge tangible, plutôt que de céder à l’émotion des fluctuations à court terme.
Pourquoi les fondamentaux de l’or restent puissants
Trois moteurs principaux soutiennent le métal jaune. Premièrement, l’explosion des dettes publiques mondiales, dont la soutenabilité reste incertaine. Deuxièmement, les achats continus des banques centrales, qui accumulent de l’or à un rythme historiquement élevé. Troisièmement, la perspective de baisses de taux d’intérêt, notamment aux États-Unis, si l’inflation ralentit durablement. Or, lorsque les taux réels diminuent, le coût d’opportunité de détenir de l’or baisse également. Dans ce contexte monétaire fragile, détenir de l’or physique hors système bancaire constitue une assurance contre l’érosion monétaire.
Un objectif à 6 000 dollars : scénario crédible ?
Saxo Bank maintient un scénario où l’or pourrait rejoindre les 6 000 dollars dans les 12 prochains mois. Une telle projection repose sur la poursuite des tensions géopolitiques, la baisse des taux directeurs et la réallocation des portefeuilles institutionnels vers les actifs tangibles. Ce seuil psychologique attirerait probablement de nouveaux flux d’investissement, amplifiant le mouvement. Dans cette optique, anticiper plutôt que subir devient crucial, notamment en achetant de l’or physique pour accompagner la tendance haussière de long terme.
L’argent : entre déficit réel et frénésie spéculative
Le cas de l’argent est plus complexe. Oui, le marché connaît un déficit structurel depuis plusieurs années. Oui, les stocks sur certaines places comme New York ou Shanghai ont diminué. Mais Hansen met en garde contre une dimension quasi « religieuse » de certains investisseurs convaincus que l’argent ne peut que monter. L’argent possède une double nature : métal précieux et métal industriel. Si les prix montent trop vite, la demande industrielle peut ralentir et le recyclage augmenter. Dans un environnement aussi spéculatif, privilégier l’or physique comme socle de stabilité patrimoniale permet d’équilibrer son exposition aux métaux.
Le rôle clé de l’Asie dans la dynamique des prix
La demande asiatique, notamment chinoise, joue un rôle déterminant. Les périodes de fermeture comme le Nouvel An lunaire entraînent souvent des prises de bénéfices temporaires. Mais en arrière-plan, le ralentissement du marché immobilier chinois a redirigé une partie de l’épargne vers les métaux précieux. Ce basculement structurel soutient les cours. Lorsque l’épargne cherche refuge hors des actifs traditionnels, l’achat d’or physique apparaît comme une solution concrète et universelle.
Pétrole, cuivre et supercycle des matières premières
Au-delà de l’or et de l’argent, Hansen estime que nous pourrions être au début d’un nouveau supercycle des matières premières. Après les années 1970 et le cycle porté par la Chine dans les années 2000, la transition énergétique et la fragmentation géopolitique redessinent la carte des besoins en ressources. Le pétrole reste sensible aux tensions au Moyen-Orient. Le cuivre bénéficie d’une dynamique de long terme liée à l’électrification, malgré des excédents temporaires de stocks. Dans cette phase initiale d’un cycle potentiellement décennal, intégrer de l’or physique dans un portefeuille diversifié constitue un pilier stratégique face à la volatilité des marchés.
Volatilité : faut-il s’en inquiéter ?
Contrairement à une idée reçue, un marché haussier peut coexister avec une volatilité modérée. Les mouvements erratiques récents résultent surtout d’ajustements techniques et de positions spéculatives à effet de levier. Lorsque la volatilité se normalise, les investisseurs institutionnels reviennent progressivement. Pour l’épargnant, l’essentiel reste la cohérence de la stratégie. Construire une position progressivement, via l’achat régulier d’or physique, permet de lisser le risque lié aux fluctuations quotidiennes.
Conclusion : un nouveau cycle haussier en construction ?
Le scénario d’un or à 6 000 dollars n’est plus marginal dans les cercles spécialisés. Endettement massif, incertitudes géopolitiques, politiques monétaires accommodantes et rééquilibrage des portefeuilles mondiaux forment un socle puissant.
L’argent pourrait connaître des phases d’euphorie, mais sa dépendance industrielle impose prudence et discernement. Dans un monde où les cycles des matières premières semblent se réactiver, l’or conserve un statut unique : actif monétaire universel, réserve de valeur millénaire et baromètre de la confiance dans les systèmes financiers.
Pour les investisseurs avertis, la question n’est plus de savoir si la volatilité reviendra, mais comment s’y préparer intelligemment.



