Vacances pour tout le monde… sauf pour la dette américaine
Alors que la plupart des gens profitent de l’été, d’une serviette sur la plage ou d’une randonnée en montagne, un autre indicateur prend tranquillement le soleil sans que personne ne s’en inquiète vraiment : la dette des États‑Unis. Après un léger répit observé au printemps, où le compteur est passé temporairement de 39,4 à un peu moins, la trajectoire est repartie de plus belle. Nous nous approchons désormais à pas feutrés, mais certains, des 40 000 milliards de dollars de dette fédérale, et il ne fait pratiquement aucun doute que ce seuil symbolique sera franchi, peut‑être même avant la fin de l’année. Dans ce contexte, réfléchir sérieusement à l’achat d’or physique – l’un des rares actifs qu’aucun gouvernement ne peut créer par simple décision politique – devient moins une lubie de « gold bug » qu’un minimum de prudence patrimoniale. Si l’on rapporte cette montagne de dettes aux seuls contribuables américains, la photographie devient encore plus saisissante : environ 359 000 dollars de dette par payeur d’impôts. Pour un couple, cela représente théoriquement plus de 700 000 dollars à rembourser. Autant dire que pendant que certains se font griller comme des crevettes au soleil, la dette, elle, continue de gonfler, lentement mais sûrement.
3 600 milliards de plus en 13 mois : quand « Make America Great Again » devient « Make the Debt Great Again »
Un article de King World News rappelait récemment que la dette américaine a augmenté de 3 600 milliards de dollars en seulement 13 mois. En juillet 2025, nous étions à 36,2 trillions ; en juillet 2026, à 39,8 trillions. Cela représente une hausse d’environ 10% en un an, au moment même où la rhétorique politique promettait de « réindustrialiser » les États‑Unis, de stopper la dette et de présenter un « big beautiful bill » pour remettre le pays sur les rails. Pour un épargnant lucide, voir la dette croître à deux chiffres pendant que l’on vous promet le redressement devrait suffire à justifier la constitution d’un socle en or physique, qui ne dépend pas de ces promesses souvent démenties par les chiffres. Au lieu de réduire l’endettement, les politiques poursuivies – qu’il s’agisse de baisses d’impôts ciblées, de dépenses publiques massives ou de guerres commerciales et géopolitiques – n’ont fait qu’accélérer la dérive. Le slogan « Make America Great Again » s’est transformé en réalité en « Make the Debt Great Again ». Et lorsque l’on sait que chaque point de hausse de taux d’intérêt sur cette base de 40 000 milliards représente des centaines de milliards de charge supplémentaire, on comprend à quel point les marges de manœuvre de la Fed sont en réalité limitées.
Pourquoi la Fed ne pourra pas durablement remonter ses taux
À entendre certains analystes, la Fed serait prête à remonter encore ses taux pour lutter contre l’inflation et « normaliser » la politique monétaire. Mais appliquer ce discours à une dette qui augmente déjà à ce rythme relève du non‑sens. Une dette qui croît de 10% par an ne supporte pas longtemps des taux élevés sans entrer dans une spirale incontrôlable : plus le coût de l’argent monte, plus le service de la dette explose, plus il faut émettre de nouvelles obligations pour payer les intérêts, plus il faut attirer des acheteurs en offrant des rendements élevés, et plus la situation se fragilise. Dans un tel environnement, l’or offre une forme de « taux d’intérêt implicite » : il ne verse pas de coupon, mais il protège le pouvoir d’achat contre la destruction orchestrée par des politiques monétaires condamnées à l’impression perpétuelle. C’est pourquoi l’idée d’un cycle prolongé de hausses de taux est difficilement compatible avec la réalité des chiffres. A court terme, la Fed peut relever un peu le pied pour sauver la face, mais à moyen et long terme, la logique de la dette la ramènera vers le scénario qu’elle a déjà utilisé : laisser l’inflation rogner la valeur réelle de la dette, en espérant que l’opinion ne s’en rende pas trop vite compte.
Projections à 2030 : 45, 50, 60 000 milliards… où s’arrêtera la machine ?
En se livrant à un simple exercice de règle de trois, l’ampleur du problème apparaît clairement. Si la dette a augmenté de 10% entre juillet 2025 et juillet 2026, et que cette tendance se poursuit, le passage de 40 à 44 trillions en 2027, puis à 50 en 2028, 55 en 2029 et 60 en 2030 n’a rien d’extravagant. Même en supposant un rythme « ralenti » de 5% par an – ce qui correspond grosso modo aux rendements de long terme des Treasuries à 30 ans – la dette passerait de 40 à 42,5 trillions en 2027, puis continuerait sa progression inexorable. Face à une telle mécanique, la vraie question pour un investisseur n’est plus de savoir si la dette va augmenter, mais quels actifs – comme l’or – peuvent servir d’extincteur à ce feu qui se nourrit de lui‑même. Les projections officielles qui évoquent une dette autour de 44 000 milliards en 2030 paraissent presque optimistes, voire « cosmétiques », si l’on garde à l’esprit les rythmes observés ces dernières années et les besoins colossaux de financement liés aux dépenses sociales, militaires et d’infrastructures. En d’autres termes, viser 50 000 milliards, voire davantage, dans le courant de la prochaine décennie relève moins du scénario catastrophe que de l’extrapolation prudente.
L’unique antidote que l’on ne peut pas imprimer : l’or
Dans un tel environnement de surendettement chronique, la question centrale devient : existe‑t‑il un antidote à la dette ? Un actif qui, par nature, ne puisse pas être multiplié à l’infini pour alimenter le même mécanisme de fuite en avant ? Comme le rappelait souvent Étienne (Entalfqueté), il n’y en a pas trente‑six. L’or est le seul outil monétaire majeur qui ne peut pas être créé par un clic de souris ni par un vote budgétaire. C’est précisément cette impossibilité d’impression qui en fait un extincteur logique de la dette : lorsque les monnaies papiers sont dévaluées pour sauver le système, le métal jaune conserve, lui, sa rareté et sa capacité à mesurer la destruction monétaire. Contrairement à la dette, l’or n’est pas un « actif » qui nécessite un contrepartie : aucune banque centrale, aucun gouvernement n’est tenu de vous rembourser pour que votre lingot garde un sens. Il s’agit, au sens strict, d’un stock de travail et de confiance accumulé au fil des siècles. Ce n’est pas un pari sur la compétence des autorités ; c’est un pari contre leur tendance naturelle à abuser de l’outil dette‑monnaie.
Un cours de l’or temporairement bridé… en attendant le prochain mouvement
À court terme, le cours de l’or semble coincé dans une zone de congestion autour de 3 900 à 4 100 dollars l’once, ce qui donne à certains l’illusion d’un marché « sous contrôle ». On entend encore des voix expliquer que la Fed pourrait reprendre les hausses de taux et « casser » la hausse du métal jaune. Mais comme on l’a vu, cette hypothèse se heurte de plein fouet à la réalité d’une dette qui explose. Pour un investisseur de long terme, cette zone de consolidation ressemble davantage à un palier avant une nouvelle jambe de hausse qu’à un sommet définitif, et constitue une fenêtre raisonnable pour renforcer une position en or physique. L’histoire récente a montré à quel point l’or pouvait rester « sous‑évalué » pendant de longues périodes avant de rattraper brutalement la dérive des agrégats monétaires. Si la dette devait effectivement grimper vers 50 000 ou 60 000 milliards au cours de la prochaine décennie, il serait difficile d’imaginer que le métal jaune reste cantonné dans une bande de prix étroite, sans refléter cette inflation de passifs. Le fait que les banques centrales continuent d’acheter de l’or à des niveaux record renforce encore cette intuition.
La vraie question à se poser au retour de vacances
Lorsque l’été touchera à sa fin et que les vacanciers rentreront bronzés mais préoccupés par la reprise, la dette américaine aura probablement franchi le seuil symbolique des 40 trillions, ou s’en approchera dangereusement. Cette réalité ne fera ni la une des journaux, ni l’objet de campagnes politiques sincères : elle sera intégrée, comme toujours, dans le bruit de fond, à coup de promesses de croissance, de guerres « nécessaires » et de grands plans d’investissement. Pour l’épargnant qui refuse de servir de variable d’ajustement à cette fuite en avant, la question à se poser n’est pas « si » mais « combien » d’or physique il souhaite interposer entre lui et un système de dettes qu’il ne contrôle pas. On peut choisir d’ignorer ces chiffres et de continuer à vivre comme si l’endettement illimité était une donnée naturelle du paysage. On peut aussi, sans panique, décider d’agir sur ce que l’on peut maîtriser : l’allocation de son épargne. Les cycles de dette massive se terminent rarement en douceur ; mais pour ceux qui auront anticipé, ils peuvent aussi être l’occasion de préserver – et parfois d’accroître – un capital qui, faute d’avoir été entièrement laissé en monnaie fiduciaire, aura résisté à la marée montante. L’or, lui, ne part pas en vacances ; il attend simplement que le réveil collectif commence.


