Selon Kevin Smith, fondateur et directeur des investissements chez Crescat Capital, l’or pourrait atteindre 20 000 $ l’once

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Un objectif de l’or à 20 000 dollars l’once paraît extravagant lorsque l’on observe uniquement les cours actuels et les mouvements quotidiens du marché. Pourtant, une récente lettre de recherche de Crescat Capital construit cette hypothèse à partir de deux modèles macroéconomiques distincts : le premier compare la progression de la masse monétaire mondiale à celle du stock d’or disponible au-dessus du sol ; le second envisage une combinaison de crise boursière, de dévaluation du dollar et de retour de l’or au centre du système monétaire. Ce chiffre ne doit pas être présenté comme une prévision certaine ni comme une échéance garantie. Il s’agit d’un scénario conditionnel, fondé sur des hypothèses concernant la dette, l’inflation, les réserves des banques centrales et la confiance dans les monnaies fiduciaires. La lettre officielle précise elle-même que la projection est spéculative et dépend de la réalisation d’hypothèses économiques qui pourraient ne pas se concrétiser. Pour les investisseurs qui souhaitent se positionner sur les métaux précieux, l’achat d’or physique peut être étudié comme une diversification patrimoniale de long terme.

Pourquoi l’or à 20 000 dollars est évoqué

Le raisonnement présenté repose sur un déséquilibre simple : la quantité de monnaie fiduciaire augmente beaucoup plus rapidement que la quantité d’or disponible. Selon les données citées dans la lettre, la masse monétaire mondiale M2 progresserait à un rythme composé proche de 7 % par an depuis le début des années 2000, tandis que le stock d’or hors sol augmenterait d’environ 1,5 % par an sur une très longue période. La masse M2 regroupe notamment les espèces, les dépôts bancaires utilisables et certains instruments monétaires facilement accessibles. L’or, lui, ne peut pas être créé par une décision comptable ou par une opération de crédit : il doit être extrait, traité, transporté et conservé. Lorsque la quantité de monnaie progresse plus rapidement que celle d’un actif rare, le prix de cet actif peut augmenter en valeur nominale, même si sa quantité physique reste inchangée. Cela ne signifie pas que l’or gagne automatiquement du pouvoir d’achat dans toutes les circonstances, mais que sa valeur exprimée dans une monnaie en expansion peut progresser fortement. L’achat d’or et d’argent physiques permet de détenir des actifs tangibles dont l’offre ne dépend pas directement d’une décision de banque centrale.

Une offre d’or naturellement limitée

La principale force de l’or réside dans la lenteur de sa production. La lettre de Crescat Capital estime que l’ensemble de l’or extrait dans l’histoire représente environ 7,1 milliards d’onces, soit près de 219 900 tonnes. Le Conseil mondial de l’or utilise une représentation comparable en évoquant un cube d’environ 22 mètres de côté pour représenter tout l’or disponible au-dessus du sol : bijoux, pièces, lingots, réserves des banques centrales et métal utilisé dans certains secteurs industriels. Cette image permet de comprendre que le stock mondial est important, mais relativement compact à l’échelle de la planète. Le flux annuel de production reste limité par la géologie, le coût de l’énergie, les autorisations administratives, les infrastructures et la durée nécessaire à la mise en exploitation d’une mine. Même une forte hausse du prix ne permettrait pas de multiplier immédiatement l’offre, car les nouveaux projets miniers nécessitent souvent plusieurs années avant de produire leurs premières onces. Détenir de l’or physique revient à posséder directement une ressource dont la production ne peut pas être augmentée instantanément pour répondre à une demande soudaine.

Le rôle de la masse monétaire mondiale

La masse monétaire M2 est souvent utilisée pour mesurer la quantité de liquidités disponibles dans l’économie. Elle augmente lorsque les banques accordent de nouveaux crédits, lorsque les dépôts progressent ou lorsque les banques centrales accroissent leur bilan et injectent des réserves dans le système bancaire. Cette expansion ne signifie pas automatiquement que les prix à la consommation monteront immédiatement. La monnaie peut rester temporairement immobilisée dans les comptes bancaires, rembourser des dettes ou circuler lentement dans l’économie. Toutefois, si la liquidité finit par se transmettre à la consommation, aux marchés financiers ou à l’immobilier, elle peut exercer une pression haussière sur les prix des biens et des actifs. Le modèle présenté dans la lettre ne prétend pas que chaque unité de M2 sera convertie en or, mais il imagine ce qui se produirait si la valeur totale de l’or mondial était progressivement rapprochée de la valeur de la masse monétaire mondiale. L’or physique peut alors être considéré comme une protection potentielle contre la dilution progressive de la monnaie dans laquelle sont libellés les patrimoines.

Un modèle fondé sur l’équation de Fisher

Pour expliquer le lien entre monnaie et économie, la lettre s’appuie sur l’identité \(MV = PY\), souvent associée à l’équation de Fisher. Dans cette relation, \(M\) représente la masse monétaire, \(V\) la vitesse de circulation de la monnaie, \(P\) le niveau général des prix et \(Y\) la production réelle. Le produit \(PY\) correspond au produit intérieur brut nominal, c’est-à-dire à la combinaison de la croissance réelle et de l’évolution des prix. Si la masse monétaire augmente mais que la vitesse de circulation diminue, l’effet sur l’inflation peut être limité. À l’inverse, une accélération de la circulation peut amplifier l’impact d’une hausse de M2. Cette équation ne permet pas de prévoir précisément le prix de l’or, car elle ne tient pas compte directement des préférences des investisseurs, des taux réels, des flux des banques centrales ou des ventes de métal. Elle aide néanmoins à comprendre pourquoi une expansion durable de la liquidité peut finir par modifier la valeur relative des actifs rares. L’achat d’or et d’argent physiques offre une exposition à des actifs réels lorsque la masse monétaire et la valeur des biens financiers évoluent rapidement.

L’inflation agit avec retard

L’un des arguments avancés dans l’analyse est celui des « décalages longs et variables » de la politique monétaire. Une hausse de la masse monétaire ne se transforme pas nécessairement en inflation dès le mois suivant. Les ménages peuvent épargner les liquidités reçues, les banques peuvent conserver des réserves, et les entreprises peuvent utiliser le crédit pour rembourser leurs dettes plutôt que pour investir. L’expérience des années qui ont suivi la crise sanitaire a cependant rappelé que la liquidité peut finir par se transmettre aux prix avec un délai important lorsque les dépenses publiques, la consommation et les contraintes d’offre se combinent. Il serait donc imprudent de conclure qu’une période de faible inflation signifie automatiquement que les effets d’une expansion monétaire sont terminés. Les marchés peuvent également anticiper l’inflation avant qu’elle n’apparaisse dans les statistiques, ce qui soutient parfois l’or et les actifs réels en amont des données officielles. Pour l’épargnant, l’or physique peut servir de diversification avant même que les effets d’une politique monétaire expansionniste ne se reflètent pleinement dans les prix.

La dette mondiale rend l’inflation politiquement attractive

Le deuxième pilier de la thèse repose sur l’endettement mondial. Le Fonds monétaire international estime que la dette mondiale totale, publique et privée, restait supérieure à 235 % du produit intérieur brut mondial, tandis que la dette publique mondiale approchait 94 % du PIB en 2025. L’institution prévoit que la dette publique mondiale pourrait atteindre 100 % du PIB en 2029 si les tendances actuelles se poursuivent. Lorsque la dette est très élevée, une réduction rapide des dépenses ou une hausse massive des impôts devient politiquement difficile. Les États peuvent alors privilégier une croissance nominale plus forte, composée d’une progression réelle modérée et d’une inflation permettant de réduire progressivement le poids relatif des dettes. Cette stratégie ne supprime pas la dette en valeur nominale, mais elle diminue sa valeur réelle si les revenus et les prix augmentent plus vite que les engagements fixes. C’est cette logique qui conduit certains analystes à considérer l’inflation comme le chemin de moindre résistance pour réduire les déséquilibres budgétaires. L’or physique peut être étudié comme une réserve de valeur dans un environnement où les États cherchent à gérer leur dette par la croissance nominale et la création monétaire.

La domination budgétaire menace l’indépendance des banques centrales

La notion de domination budgétaire décrit une situation dans laquelle la politique monétaire finit par tenir compte de la nécessité de financer la dette publique. En théorie, une banque centrale peut relever fortement les taux pour combattre l’inflation. En pratique, une hausse prolongée des taux augmente le coût des intérêts payés par l’État et peut provoquer une crise sur les marchés obligataires. Lorsque les finances publiques sont fragiles, la banque centrale peut donc être soumise à une pression croissante pour maintenir des conditions de financement acceptables. Cela ne signifie pas nécessairement qu’elle a perdu toute indépendance ni qu’elle monétisera directement chaque déficit, mais son espace de décision se réduit à mesure que la dette augmente. Le risque est alors celui d’un arbitrage permanent entre la stabilité des prix et la stabilité du système financier. Si les investisseurs anticipent que la priorité sera donnée à la solvabilité des États, ils peuvent rechercher des actifs qui ne dépendent pas directement de la signature d’un gouvernement. L’achat d’or peut répondre à cette recherche d’un actif sans risque de crédit direct, même si son cours reste volatil.

Les banques centrales accumulent davantage d’or

Les achats des banques centrales constituent un élément majeur de la thèse haussière. Depuis la crise financière mondiale, de nombreuses institutions monétaires ont renforcé leurs réserves d’or, avec une accélération particulièrement visible depuis 2022. La Chine a prolongé en juillet 2026 sa série d’achats pour le vingt et unième mois consécutif, portant ses réserves officielles à environ 2 366,4 tonnes. Cette stratégie peut répondre à plusieurs objectifs : réduire la dépendance aux actifs libellés en dollars, diversifier les réserves, renforcer la souveraineté monétaire et disposer d’un actif qui ne constitue pas la dette d’un autre État. Le métal jaune peut également être conservé sans risque de défaut, même si sa détention comporte des coûts de stockage et de sécurité. Si plusieurs grandes banques centrales poursuivent cette politique, elles créent une demande structurelle qui s’ajoute à celle des investisseurs privés, des fonds indiciels et du secteur de la bijouterie. L’achat d’or et d’argent physiques s’inscrit dans cette tendance de diversification des réserves vers des actifs tangibles.

Le scénario d’un dollar dévalué

Le premier modèle de Crescat Capital conduit à une cible de 20 000 dollars si la valeur de l’ensemble de l’or au-dessus du sol représentait un jour l’équivalent de la masse monétaire mondiale M2 exprimée en dollars. Cette hypothèse reviendrait à une forme de couverture intégrale théorique de la masse monétaire mondiale par le stock d’or existant. Elle ne constitue pas une prévision institutionnelle ni une promesse de retour à l’étalon-or. Elle sert plutôt à mesurer l’ampleur potentielle d’un réajustement si les investisseurs perdaient confiance dans les monnaies fiduciaires et accordaient une prime beaucoup plus importante au métal. Le prix de 20 000 dollars pourrait donc être atteint par une hausse réelle de la demande d’or, par une dévaluation du dollar ou par une combinaison des deux. Si le dollar perdait une partie de son pouvoir d’achat, l’or pourrait monter fortement en termes nominaux sans que son pouvoir d’achat réel progresse dans les mêmes proportions. Posséder de l’or physique permet de conserver une exposition directe au métal, quelle que soit la monnaie utilisée pour en mesurer le prix.

Le scénario d’un krach boursier et d’une dévaluation

Le deuxième chemin vers 20 000 dollars repose sur une combinaison plus brutale : une forte correction du marché actions, suivie d’une dévaluation du dollar par rapport à l’or. L’analyse compare cette hypothèse à certaines périodes historiques durant lesquelles les marchés boursiers ont subi des pertes importantes alors que les métaux précieux et les sociétés minières ont progressé. Il faut toutefois éviter de considérer l’histoire comme une répétition mécanique. En mars 2020, par exemple, l’or et les actions minières ont d’abord chuté avec de nombreux autres actifs avant de bénéficier des mesures monétaires et budgétaires de soutien. Dans d’autres périodes, les producteurs d’or ont mieux résisté à la baisse des actions parce que les investisseurs recherchaient des valeurs refuges et que les prix du métal augmentaient. Le résultat dépend de la nature de la crise, de la liquidité disponible, des coûts de production et de la capacité des sociétés minières à financer leurs projets. L’or physique ne supprime pas la volatilité d’un marché en crise, mais il évite le risque opérationnel propre aux actions minières.

La fourchette de temps s’étend de zéro à sept ans

La lettre ne fixe pas une date précise pour l’objectif de 20 000 dollars. Elle évoque plusieurs horizons possibles, allant d’une accélération dans les deux prochaines années à un scénario s’étendant sur quatre à sept ans. Une hausse rapide pourrait survenir si les États-Unis adoptaient une politique stratégique favorable à l’or, si une nouvelle architecture monétaire était négociée ou si une crise de confiance frappait brutalement les obligations et le dollar. Une progression plus lente serait compatible avec la poursuite de la croissance de M2, les achats des banques centrales et l’érosion graduelle de la valeur réelle des monnaies. Cette distinction est essentielle pour les investisseurs : une cible très élevée peut sembler plausible sur une décennie tout en étant irréaliste à court terme sans choc monétaire majeur. Le calendrier constitue donc l’une des principales incertitudes du modèle. Pour une stratégie d’achat d’or, un horizon de long terme et des acquisitions progressives peuvent être plus cohérents qu’une spéculation sur une date précise.

Les actions minières offrent un potentiel différent

L’analyse distingue le potentiel de l’or physique de celui des sociétés d’exploration et de développement miniers. Une entreprise minière peut bénéficier d’un effet de levier opérationnel lorsque le prix de l’or augmente : ses revenus progressent, tandis qu’une partie de ses coûts reste relativement stable. Les sociétés d’exploration peuvent également prendre de la valeur si leurs travaux identifient un gisement suffisamment important pour attirer un acquéreur ou financer une future exploitation. Mais ce potentiel s’accompagne de risques considérables : absence de découverte, dilution du capital, dépassement des coûts, problèmes environnementaux, risques politiques, retards administratifs et baisse du cours de l’or. Une action minière ne représente donc pas une simple fraction d’or sous terre. Elle constitue une participation dans une entreprise dont la réussite dépend d’une chaîne complète d’événements techniques, financiers et réglementaires. L’or physique peut servir de base plus directe à une exposition aux métaux précieux, tandis que les actions minières relèvent d’une catégorie de risque distincte.

Pourquoi un objectif de 20 000 dollars reste spéculatif

La thèse présentée est cohérente dans sa construction, mais elle repose sur plusieurs hypothèses qui peuvent être contestées. La croissance de M2 peut ralentir, la vitesse de circulation de la monnaie peut rester faible, les banques centrales peuvent conserver une politique restrictive et les investisseurs peuvent continuer à privilégier les obligations ou les actions. L’or peut aussi progresser moins vite que prévu si les nouvelles mines augmentent la production, si les ventes des banques centrales reprennent ou si le dollar se renforce durablement. Le modèle fondé sur la parité entre M2 et la valeur de l’or ne décrit pas un mécanisme obligatoire : il choisit une hypothèse de valorisation parmi plusieurs possibilités. Le chiffre de 20 000 dollars doit donc être présenté comme un scénario de stress monétaire, et non comme une prévision consensuelle du marché. Avant tout achat d’or ou d’argent, il est préférable d’évaluer les risques, l’horizon de placement et la place réelle des métaux précieux dans son patrimoine.

Conclusion : l’or à 20 000 dollars est un scénario, pas une certitude

L’objectif de l’or à 20 000 dollars repose sur une idée centrale : la quantité de monnaie et de dette augmente rapidement, tandis que l’offre de métal physique demeure limitée par la géologie et le temps nécessaire à l’extraction. Si les banques centrales continuent d’accumuler de l’or, si la dette mondiale impose une croissance nominale élevée et si la confiance dans les monnaies fiduciaires s’érode, le prix du métal pourrait connaître une revalorisation majeure. Une crise boursière accompagnée d’une dévaluation du dollar accélérerait encore ce mouvement. Mais aucune de ces conditions n’est garantie et le calendrier reste impossible à déterminer. L’intérêt de cette analyse ne réside donc pas uniquement dans son chiffre spectaculaire : elle invite surtout à réfléchir à la différence entre monnaie créée par décision comptable, dette financière et actifs réellement rares. L’achat raisonné d’or et d’argent physiques peut être envisagé comme une diversification patrimoniale face aux scénarios d’inflation, de dette et de dépréciation monétaire.

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