Or : « Ils vont imprimer, imprimer, et encore imprimer » — Pourquoi Alasdair Macleod voit venir un choc monétaire Majeur !

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L’or vient peut-être de franchir une étape beaucoup plus importante qu’il n’y paraît. Alors que les marchés cherchent encore à déterminer si la récente envolée du métal jaune constitue un véritable redémarrage haussier ou simplement un rebond technique, l’analyste et ancien banquier Alasdair Macleod défend une lecture radicalement différente : selon lui, le véritable sujet n’est pas de savoir jusqu’où le cours de l’or peut monter à court terme, mais de comprendre ce qui pourrait arriver à la valeur des monnaies, au marché obligataire et au système mondial du crédit. Acheter de l’or physique pour se protéger contre les risques monétaires peut ainsi être envisagé non comme un pari spéculatif sur quelques dollars supplémentaires par once, mais comme une réflexion patrimoniale sur le pouvoir d’achat à long terme.

Une hausse de l’or qui intervient au moment où les risques changent de nature

L’interview dont est tirée cette analyse a été enregistrée le 6 août 2026, dans un contexte particulièrement mouvementé pour les marchés financiers. L’or et l’argent venaient de connaître une séance spectaculaire, avec une progression supérieure à 4 % selon les échanges évoqués dans l’entretien, après une période de correction et de sentiment beaucoup plus négatif. Pour Macleod, cette accélération ne doit toutefois pas être interprétée trop rapidement comme la preuve définitive d’un nouveau marché haussier : il estime qu’une partie du mouvement correspond à un « bear squeeze », c’est-à-dire au rachat précipité de positions vendeuses par des opérateurs qui avaient parié sur une poursuite de la baisse. Cette distinction est essentielle. Un marché peut connaître une hausse extrêmement rapide sans que tous ses fondamentaux aient changé du jour au lendemain. Mais l’élément intéressant réside justement dans ce qui se trouve derrière le mouvement : les risques liés au crédit, aux obligations souveraines et aux monnaies semblent désormais jouer un rôle croissant dans la formation du prix de l’or. Découvrir l’or physique comme actif patrimonial de long terme permet de replacer cette volatilité quotidienne dans une perspective beaucoup plus large.

Cette lecture mérite d’autant plus d’attention que les données du World Gold Council montrent que la demande mondiale d’or demeure extrêmement robuste. Au premier trimestre 2026, la demande totale, incluant le marché de gré à gré, a atteint 1 231 tonnes, soit une progression de 2 % sur un an, tandis que sa valeur a bondi de 74 % pour atteindre un record de 193 milliards de dollars. Plus révélateur encore, la demande de lingots et de pièces a progressé de 42 % pour atteindre 474 tonnes, avec une contribution particulièrement forte de l’Asie. Les banques centrales ont, quant à elles, acheté environ 244 tonnes nettes au premier trimestre, un niveau supérieur à la moyenne des cinq dernières années. Le World Gold Council souligne également que l’incertitude géoéconomique continue de soutenir structurellement la demande officielle d’or. Investir dans l’or physique lorsque les banques centrales renforcent elles-mêmes leurs réserves prend donc une dimension particulière dans le contexte actuel.

Le véritable signal d’alarme selon Macleod : le crédit plutôt que l’or

Le point central du raisonnement d’Alasdair Macleod est relativement simple, même s’il faut le développer pour en comprendre toutes les implications : l’or ne serait pas nécessairement en train de monter parce que le métal lui-même devient soudainement plus « précieux », mais parce que les marchés commencent à remettre en question la solidité des actifs financiers et des monnaies dans lesquels la richesse mondiale est exprimée. Dans cette perspective, regarder uniquement le graphique de l’or revient à observer le thermomètre sans chercher à comprendre la maladie. Ce qui intéresse Macleod, c’est l’accumulation de dettes, la dépendance des économies occidentales au crédit, la capacité des États à financer leurs déficits et la possibilité que les banques centrales soient finalement contraintes de soutenir les marchés lorsque les taux deviennent trop élevés. Conserver une partie de son patrimoine en or physique face au risque de crédit répond précisément à cette logique de diversification plutôt qu’à une simple stratégie de trading.

Cette approche permet également de comprendre pourquoi Macleod rejette l’idée selon laquelle il faudrait attendre absolument une correction supplémentaire de l’or pour commencer à se protéger. Pour un trader, la question est : « À quel prix dois-je acheter ? » Pour un investisseur préoccupé par le risque monétaire, la question devient plutôt : « Quelle part de mon patrimoine dois-je protéger indépendamment de la valeur future de la monnaie ? » Les deux raisonnements n’ont rien à voir. Si l’objectif est de spéculer sur une variation de cours à quelques semaines, une entrée trop élevée peut évidemment être problématique. Si l’objectif est de conserver pendant plusieurs années un actif sans risque de contrepartie, le raisonnement est différent. Acheter progressivement de l’or physique dans une logique de diversification patrimoniale revient alors à privilégier la gestion du risque plutôt que la recherche obsessionnelle du point bas.

Pourquoi la relation entre les taux d’intérêt et l’or pourrait être en train de changer

L’une des questions les plus intéressantes soulevées dans l’entretien concerne la relation traditionnellement admise entre les taux d’intérêt et le cours de l’or. Dans le schéma classique, une hausse des taux réels rend les actifs monétaires et obligataires plus attractifs, ce qui peut peser sur un actif comme l’or, qui ne verse pas de coupon. À l’inverse, lorsque les taux baissent, le coût d’opportunité de la détention d’or diminue. Cette relation existe bel et bien dans de nombreuses phases de marché. Mais elle n’est pas une loi physique. Lorsque la question dominante devient la solvabilité du système, la crédibilité budgétaire des États ou la perte de pouvoir d’achat des monnaies, l’or peut progresser alors même que les taux nominaux augmentent. L’or physique comme protection contre l’érosion du pouvoir d’achat prend alors davantage de sens que l’analyse limitée du seul niveau des taux directeurs.

Macleod utilise l’exemple des années 1970 pour illustrer cette rupture de corrélation. Après la fin du système de Bretton Woods, le cours de l’or a connu une progression spectaculaire alors même que les taux d’intérêt américains augmentaient fortement. L’explication réside dans le changement de régime monétaire : les investisseurs ne regardaient plus seulement le rendement nominal des placements, ils commençaient à s’inquiéter de la capacité de la monnaie à conserver sa valeur réelle. C’est précisément cette distinction entre taux nominaux, taux réels et risque monétaire qui permet de comprendre pourquoi l’or peut parfois monter dans un environnement de taux élevés. Choisir l’or physique pour diversifier son exposition aux monnaies et aux obligations revient donc à considérer un scénario dans lequel le rendement affiché d’un actif ne reflète pas nécessairement son rendement réel après inflation et risque de change.

Le pétrole pourrait devenir l’un des accélérateurs de l’inflation

L’autre grande pièce du raisonnement de Macleod concerne le pétrole. Selon lui, le niveau observé du prix du brut pourrait sous-estimer les tensions réelles présentes dans le système énergétique, notamment parce que les réserves stratégiques américaines ont été mobilisées pour amortir le choc. Cette affirmation doit toutefois être formulée avec prudence : il s’agit de son interprétation du marché, et non d’une preuve que le prix du pétrole serait artificiellement fixé à un niveau précis. Il est en revanche établi que les États-Unis ont procédé à une mobilisation exceptionnelle de leurs réserves stratégiques dans le contexte de la crise énergétique de 2026. La question essentielle est donc de savoir ce qui se produira lorsque l’effet de ces prélèvements diminuera et que les marchés devront à nouveau absorber les tensions entre production, transport, raffinage et demande. L’or physique pour se prémunir contre les conséquences patrimoniales d’un choc énergétique devient alors une piste à considérer lorsque l’inflation énergétique menace de se transmettre au reste de l’économie.

L’énergie est particulièrement importante parce qu’une pénurie de pétrole ne se traduit pas uniquement par une hausse du prix à la pompe. Le pétrole et ses dérivés interviennent dans le transport routier, l’aviation, la logistique, la pétrochimie, l’agriculture et une multitude de chaînes industrielles. Une tension durable sur l’approvisionnement peut donc provoquer un effet domino : hausse du coût du transport, augmentation des coûts de production, renchérissement des biens, pression sur les salaires et finalement remontée des anticipations d’inflation. C’est l’une des raisons pour lesquelles le marché de l’or réagit parfois davantage aux perspectives d’inflation à moyen terme qu’au seul chiffre d’inflation publié le mois précédent. Protéger une partie de son épargne avec de l’or physique face au risque inflationniste peut ainsi s’inscrire dans une stratégie plus globale de préservation du pouvoir d’achat.

Le cas du pétrole américain : un coussin qui ne peut pas être infini

L’utilisation des réserves stratégiques américaines constitue un élément particulièrement intéressant. Washington a autorisé en mars 2026 une libération pouvant atteindre 172 millions de barils afin d’atténuer les tensions provoquées par la crise énergétique. Cela ne signifie évidemment pas que le gouvernement américain puisse maintenir indéfiniment un prix artificiellement bas : une réserve stratégique est précisément un stock limité. Les informations disponibles montrent d’ailleurs que les prélèvements ont fortement réduit le niveau disponible de la réserve, tandis que des contraintes d’infrastructure compliquent également sa capacité de réponse future. Diversifier son épargne avec de l’or physique lorsque les réserves stratégiques deviennent un enjeu économique revient à considérer que les réponses publiques aux crises ont elles-mêmes des limites.

Il faut néanmoins éviter un raccourci fréquent : une baisse des réserves stratégiques ne signifie pas automatiquement que le pétrole va exploser immédiatement. Le prix du brut dépend de nombreux facteurs, notamment la demande mondiale, la production américaine, les capacités de raffinage, les stocks commerciaux, les flux maritimes, les décisions de l’OPEP+, le niveau des exportations et l’évolution des tensions géopolitiques. L’intérêt de la thèse de Macleod est ailleurs : il invite à regarder ce qui se passe lorsque plusieurs amortisseurs arrivent simultanément à leurs limites. C’est cette convergence des risques — et non un seul indicateur — qui pourrait modifier brutalement les anticipations des investisseurs. Acheter de l’or physique dans une logique de couverture des risques systémiques permet alors d’aborder cette hypothèse sans dépendre d’une prévision précise du prix du pétrole.

Japon : pourquoi le yen est devenu un baromètre du système financier

Le Japon occupe une place centrale dans l’analyse de Macleod parce qu’il constitue une sorte de laboratoire grandeur nature des politiques monétaires et budgétaires. Le pays combine une dette publique très élevée, une banque centrale qui détient une part considérable des obligations souveraines, une monnaie longtemps fragilisée par les écarts de taux et une forte dépendance aux importations énergétiques. En août 2026, cette fragilité a pris une dimension exceptionnelle : les États-Unis et le Japon ont coordonné une intervention destinée à soutenir le yen, une opération rare qui rappelle à quel point les marchés des changes peuvent désormais avoir des conséquences directes sur le marché obligataire américain. L’or physique comme actif indépendant des décisions prises sur le yen et les autres monnaies peut dans ce contexte constituer une forme de diversification monétaire.

Cette intervention est particulièrement révélatrice parce que le problème ne se limite pas au taux de change. Lorsque le yen baisse fortement, le Japon paie davantage ses importations, ce qui accentue les tensions inflationnistes dans une économie très dépendante de l’énergie extérieure. Pour soutenir sa monnaie, Tokyo peut être amené à vendre des actifs étrangers ou à utiliser ses réserves. Or le Japon est également un acteur majeur du marché des obligations américaines. La possibilité d’une réduction de ses positions en Treasuries devient donc un sujet qui dépasse largement le Japon : elle peut influencer les conditions de financement des États-Unis. Reuters souligne justement que l’intervention conjointe entre Washington et Tokyo peut être interprétée à travers cette interdépendance entre le yen et le marché de la dette américaine. Détenir de l’or physique pour réduire sa dépendance aux grands équilibres monétaires internationaux prend tout son intérêt lorsque les principales banques centrales doivent gérer plusieurs contraintes simultanément.

Le paradoxe japonais : vendre des actifs pour défendre une monnaie tout en évitant de déstabiliser les marchés

Le problème devient particulièrement délicat lorsque l’on considère les portefeuilles détenus par les investisseurs japonais. Pour soutenir le yen, il faut disposer d’actifs liquides ou de devises pouvant être mobilisés. Mais vendre massivement des obligations américaines peut faire baisser leur prix et donc augmenter leurs rendements. Or une hausse des rendements américains renchérit le financement du gouvernement américain et peut provoquer une tension sur l’ensemble des marchés mondiaux. C’est un véritable cercle vicieux : défendre une monnaie peut contribuer à fragiliser l’actif utilisé comme réserve, tandis que protéger le marché obligataire peut limiter la marge de manœuvre du pays qui intervient. L’or physique permet de diversifier une épargne au-delà des obligations souveraines et des devises lorsque ces interdépendances deviennent difficiles à maîtriser.

C’est également pour cette raison que le Japon mérite d’être surveillé comme un indicateur avancé. Une économie qui dispose d’un stock considérable d’actifs mais qui porte parallèlement une dette publique gigantesque n’est pas nécessairement au bord de l’effondrement ; elle possède des ressources importantes et un système financier sophistiqué. Mais elle devient extrêmement sensible aux variations de taux, de change et de confiance. L’important n’est donc pas de déclarer que le Japon va nécessairement provoquer une crise mondiale, mais de comprendre que certaines limites financières sont désormais beaucoup plus visibles. Renforcer la diversification de son patrimoine avec de l’or physique peut constituer une manière de réduire l’exposition à ces mécanismes croisés.

La Corée du Sud vient d’envoyer un autre signal en faveur de l’or

Le mouvement des banques centrales est probablement l’un des éléments les plus solides du dossier haussier de l’or. Le 3 août 2026, la Banque de Corée a annoncé qu’elle allait recommencer à acheter de l’or auprès de producteurs domestiques, pour la première fois depuis treize ans. L’objectif annoncé est de diversifier les sources d’approvisionnement et de renforcer la gestion des réserves de change, avec des achats réalisés aux prix internationaux et destinés à l’exportation. Cette décision intervient alors que l’environnement géopolitique et monétaire asiatique est devenu nettement plus incertain. Acheter de l’or physique dans le sillage du retour des banques centrales vers le métal revient à observer un mouvement institutionnel qui dépasse largement la spéculation des particuliers.

Ce signal est d’autant plus intéressant qu’il s’inscrit dans une tendance beaucoup plus large. Le World Gold Council indique que les banques centrales ont acquis 244 tonnes d’or net au premier trimestre 2026, tandis que la demande de lingots et de pièces a progressé de 42 %. La Chine, l’Inde, la Corée du Sud et le Japon font partie des marchés asiatiques ayant contribué à cette dynamique. Il ne faut pas pour autant en conclure que les banques centrales vont acheter de l’or sans interruption ou à n’importe quel prix : elles peuvent rééquilibrer leurs réserves et certaines ont vendu pendant le trimestre. Mais la tendance stratégique demeure claire : l’or conserve une fonction de réserve monétaire que les institutions ne semblent pas vouloir abandonner. Profiter d’un marché où l’or reste recherché par les investisseurs institutionnels et les banques centrales peut être pertinent dans une stratégie patrimoniale diversifiée.

Pourquoi les banques centrales achètent-elles autant d’or ?

La réponse ne tient pas uniquement à la peur d’une guerre. L’or possède une caractéristique particulière : contrairement à une obligation, il ne représente pas une créance sur un autre État. Une obligation américaine dépend de la solvabilité de l’émetteur ; une monnaie dépend de la politique monétaire et budgétaire du pays qui l’émet ; un dépôt bancaire dépend de la solidité de l’établissement et du cadre réglementaire. L’or physique, lui, n’est la dette de personne. Cette distinction explique pourquoi il peut devenir particulièrement attractif lorsque la confiance entre les grandes puissances économiques se dégrade. Détenir de l’or physique sans dépendre directement d’un émetteur financier répond précisément à cette caractéristique fondamentale du métal.

Il existe également une dimension géopolitique. Depuis l’intensification des tensions internationales, les États ont davantage intérêt à diversifier leurs réserves afin de réduire leur dépendance à une seule monnaie de réserve ou à des infrastructures financières contrôlées par une puissance étrangère. Cela ne signifie pas que le dollar va disparaître ni que l’or va remplacer les devises dans les échanges internationaux. Le scénario le plus réaliste est plutôt celui d’un système plus fragmenté, dans lequel les États continuent d’utiliser le dollar tout en augmentant la part d’actifs considérés comme stratégiques et indépendants. Diversifier ses réserves personnelles avec de l’or physique dans un monde monétaire plus fragmenté constitue le pendant privé de cette logique institutionnelle.

Le point le plus explosif : les obligations américaines

Pour Macleod, le véritable déclencheur d’une crise majeure ne serait finalement ni l’or ni même le pétrole, mais le marché obligataire américain. Son raisonnement repose sur un seuil psychologique : si le rendement du Treasury américain à dix ans franchissait durablement 5 %, la pression sur les valorisations boursières pourrait devenir considérable. Il faut préciser que ce seuil est une hypothèse analytique, pas une loi économique. Au 7 août 2026, le rendement du Treasury à dix ans se situait encore autour de 4,65 %, tandis que le trente ans dépassait 5,1 %. Autrement dit, le scénario évoqué par Macleod n’est pas encore réalisé pour le dix ans, mais la partie longue de la courbe montre déjà que le marché exige une rémunération importante pour détenir de la dette à long terme. Protéger une partie de son patrimoine avec de l’or physique lorsque les rendements obligataires restent élevés permet d’envisager un actif qui n’est pas directement dépendant de la solvabilité d’un émetteur souverain.

Le mécanisme est assez facile à comprendre. Lorsqu’un taux obligataire monte, la valeur de marché des obligations déjà émises baisse généralement. Cette hausse des rendements modifie également le taux d’actualisation utilisé pour valoriser les actions. Les entreprises dont la valorisation repose sur des bénéfices très éloignés dans le futur sont particulièrement sensibles à ce changement. Si les taux augmentent suffisamment, le rendement exigé par les investisseurs pour prendre du risque devient plus élevé, ce qui peut provoquer une compression des multiples boursiers. C’est cette mécanique que Macleod considère comme potentiellement dangereuse pour des marchés actions qu’il juge très chers. Diversifier avec de l’or physique lorsque les valorisations financières deviennent sensibles aux taux peut ainsi servir de complément défensif à un portefeuille traditionnel.

Pourquoi une hausse des taux pourrait paradoxalement être favorable à l’or

Le paradoxe est frappant : si les rendements obligataires montent parce que les investisseurs exigent une rémunération supérieure pour compenser l’inflation, les déficits ou le risque budgétaire, l’or peut lui aussi bénéficier de cette inquiétude. Ce n’est donc pas simplement le niveau du taux qui compte, mais la raison pour laquelle il monte. Une hausse des taux provoquée par une économie solide et une banque centrale crédible n’a pas le même effet qu’une hausse provoquée par la crainte d’une inflation persistante ou d’un déficit public devenu difficile à financer. L’or physique face au risque d’une hausse des taux provoquée par l’inflation et les déficits permet de raisonner en termes de régime économique plutôt qu’en termes de corrélation mécanique.

C’est là que l’analyse de Macleod rejoint une question beaucoup plus fondamentale : quel est le véritable rendement d’une obligation si son coupon est inférieur à l’inflation ou si la monnaie dans laquelle elle est libellée perd progressivement son pouvoir d’achat ? Une obligation peut parfaitement verser 4 ou 5 % par an tout en procurant un rendement réel décevant, voire négatif, si l’inflation et la dépréciation monétaire sont suffisamment fortes. L’or ne verse pas d’intérêt, mais sa fonction n’est pas de produire un coupon : il peut servir de réserve de valeur lorsque la confiance dans la monnaie diminue. Comparer l’or physique aux actifs monétaires en termes de préservation du pouvoir d’achat permet donc de mieux comprendre pourquoi le métal peut rester recherché même lorsque les taux sont élevés.

« Ils vont imprimer, imprimer, imprimer » : ce que signifie réellement cette formule

La formule de Macleod — « print, print, print » — est volontairement provocatrice. Elle résume l’idée selon laquelle les gouvernements et les banques centrales auraient, en cas de choc financier majeur, tendance à privilégier le soutien de l’économie et des marchés plutôt que d’accepter une contraction brutale du crédit. Il ne s’agit pas nécessairement de faire fonctionner littéralement une presse à billets. Dans une économie moderne, la création monétaire passe par des mécanismes beaucoup plus complexes impliquant les banques commerciales, les réserves bancaires, les achats d’actifs et le financement des déficits. Détenir de l’or physique comme couverture contre une expansion monétaire excessive s’inscrit dans cette logique de protection contre une éventuelle dilution du pouvoir d’achat.

Le raisonnement devient encore plus intéressant lorsque l’on considère les contraintes politiques. Une forte hausse des taux peut rapidement augmenter le coût du service de la dette publique. Dans un pays lourdement endetté, chaque refinancement devient alors plus coûteux. Les gouvernements doivent choisir entre accepter une austérité politiquement difficile, augmenter les impôts, réduire les dépenses, laisser l’inflation éroder la valeur réelle de la dette ou favoriser des conditions financières plus accommodantes. Macleod considère que, face à une crise suffisamment importante, la tentation de soutenir le système financier serait très forte. Constituer une réserve d’or physique avant une éventuelle phase de répression financière peut alors être envisagé comme une stratégie de diversification, sans supposer que ce scénario se réalisera nécessairement.

Sommes-nous réellement à la « fin des monnaies fiduciaires » ?

C’est probablement l’affirmation qui mérite le plus de recul. Dire que « les monnaies fiduciaires sont en fin de vie » est une thèse, pas un fait établi. Le dollar, l’euro, le yen, la livre sterling et les autres grandes monnaies continuent de remplir leurs fonctions essentielles de moyen de paiement, unité de compte et réserve de valeur. Rien ne permet d’affirmer avec certitude qu’elles vont disparaître brutalement. En revanche, on peut parfaitement analyser une dégradation progressive de leur pouvoir d’achat, une fragmentation du système monétaire international ou une hausse de la part de l’or dans les réserves officielles sans parler d’effondrement total. Acheter de l’or physique sans attendre un scénario extrême de crise monétaire revient précisément à adopter une approche plus mesurée.

L’intérêt de l’or ne dépend donc pas nécessairement de la réalisation du scénario le plus catastrophiste. Si les monnaies restent stables, l’or conserve une fonction de diversification. Si l’inflation reste plus élevée que prévu, son rôle peut devenir plus important. Si les tensions géopolitiques persistent, les banques centrales peuvent continuer à diversifier leurs réserves. Et si une véritable crise de confiance affecte les obligations ou les devises, la demande d’actifs tangibles pourrait encore augmenter. L’or n’a donc pas besoin d’un effondrement mondial pour avoir une place dans une allocation patrimoniale. Construire progressivement une épargne en or physique plutôt que spéculer uniquement sur le prochain mouvement de cours permet de conserver cette approche rationnelle.

Or, argent : pourquoi les deux métaux ne racontent pas exactement la même histoire

L’entretien aborde également l’argent, mais il serait dangereux de considérer les deux métaux comme interchangeables. L’or possède une fonction monétaire et de réserve de valeur beaucoup plus prononcée. L’argent possède lui aussi une dimension monétaire, mais son prix est davantage influencé par la demande industrielle, notamment dans l’électronique, les technologies énergétiques et diverses applications industrielles. Le World Gold Council estime d’ailleurs que la demande d’or destinée aux technologies a atteint 82 tonnes au premier trimestre 2026, soutenue notamment par les besoins liés aux infrastructures d’intelligence artificielle. Découvrir les possibilités offertes par l’or et l’argent physiques permet donc de tenir compte de ces différences plutôt que de traiter les deux métaux comme un seul actif.

L’argent peut par conséquent offrir un potentiel de hausse plus explosif dans certaines phases de marché, mais cette volatilité supplémentaire constitue également un risque. Une substitution technologique, un ralentissement industriel ou une modification de la demande peut affecter l’argent beaucoup plus directement que l’or. L’or, lui, demeure principalement influencé par les taux réels, les devises, les flux d’investissement, la demande des banques centrales et les risques géopolitiques. Choisir entre or et argent physiques en fonction de son objectif patrimonial nécessite donc de comprendre ces différences fondamentales.

Ce que les investisseurs devraient surveiller maintenant

Si l’on veut transformer l’analyse de Macleod en véritable tableau de bord, plusieurs indicateurs méritent une attention particulière. Le premier est évidemment le rendement du Treasury américain à dix ans. Le franchissement durable de seuils élevés serait un signal important sur les conditions financières mondiales. Le deuxième est la courbe des taux, notamment l’écart entre les maturités courtes et longues. Le troisième concerne le dollar et les principales devises, avec une attention particulière au yen. Le quatrième est le prix du pétrole et surtout l’évolution des stocks et des capacités de production et de raffinage. Le cinquième est la demande d’or des banques centrales et des investisseurs. Suivre l’évolution du marché de l’or physique dans une stratégie patrimoniale de long terme devient alors beaucoup plus pertinent que de se focaliser sur les fluctuations quotidiennes.

Il faut également surveiller le comportement du marché lorsque les actifs réputés défensifs commencent à évoluer ensemble de manière inhabituelle. Une hausse simultanée des rendements obligataires, une faiblesse des devises, une volatilité accrue des actions et une demande persistante d’or constitueraient un signal beaucoup plus significatif qu’une simple hausse du métal jaune. À l’inverse, si l’inflation se calme, si les tensions énergétiques diminuent, si les rendements se stabilisent et si les banques centrales peuvent conserver une politique crédible, le scénario de crise défendu par Macleod perdrait une partie de sa force. Utiliser l’or physique comme diversification plutôt que comme pari sur un seul scénario économique reste dans tous les cas une approche plus robuste.

La véritable question n’est peut-être pas « jusqu’où ira l’or ? »

C’est finalement le message le plus important de l’entretien. Les investisseurs passent énormément de temps à essayer de déterminer si l’or va atteindre 4 500, 5 000, 6 000 dollars ou davantage. Ces objectifs peuvent être utiles pour analyser le marché, mais ils peuvent également détourner l’attention du problème principal. Si l’or monte fortement parce que le pouvoir d’achat des monnaies diminue, une partie de la hausse nominale du métal ne représente pas nécessairement un enrichissement réel : elle peut simplement traduire la dépréciation de l’unité de compte. Acheter de l’or physique pour raisonner en pouvoir d’achat plutôt qu’en simple prix nominal permet de replacer cette question au centre de la stratégie patrimoniale.

C’est aussi pourquoi la récente robustesse de la demande officielle est plus intéressante que n’importe quelle prévision isolée. Le World Gold Council constate que les achats des banques centrales restent historiquement élevés et estime que la demande annuelle pourrait encore se situer entre 700 et 900 tonnes en 2026. Dans le même temps, la Corée du Sud vient de réactiver ses achats auprès de producteurs domestiques après treize années d’absence, tandis que les investisseurs particuliers continuent de soutenir fortement la demande de lingots et de pièces. Acheter de l’or physique dans un contexte de demande institutionnelle toujours soutenue revient donc à participer à une tendance structurelle plutôt qu’à rechercher uniquement un mouvement spéculatif de court terme.

Le scénario Macleod : un avertissement, pas une prophétie

Il serait finalement trop facile de présenter Alasdair Macleod comme celui qui aurait « prédit l’effondrement » des monnaies, des obligations et des actions. Ce n’est pas ce que permet d’établir une analyse sérieuse. Son scénario repose sur une chaîne d’événements : tensions énergétiques, inflation persistante, dette élevée, hausse des rendements obligataires, fragilisation des marchés actions, intervention des autorités et finalement expansion monétaire. Chaque maillon peut évoluer différemment. Une baisse du pétrole, un accord géopolitique, une amélioration de la croissance ou une stabilisation des rendements pourraient modifier considérablement cette trajectoire. Considérer l’or physique comme une assurance patrimoniale plutôt que comme une certitude sur l’avenir permet justement d’intégrer cette incertitude.

Mais rejeter son analyse uniquement parce que certaines de ses formulations sont spectaculaires serait également une erreur. Plusieurs tendances qu’il met en avant sont objectivement observables : l’endettement public reste massif, le marché obligataire est devenu déterminant pour la stabilité financière, le Japon fait l’objet d’une intervention monétaire exceptionnelle, les banques centrales continuent d’accumuler de l’or et les risques géopolitiques ont profondément modifié les chaînes énergétiques. Le débat ne porte donc plus seulement sur la question de savoir si l’or est « cher ». Il porte sur la nature du système monétaire dans lequel nous allons évoluer au cours des prochaines années. Se positionner sur l’or physique dans une logique de protection patrimoniale à long terme permet d’aborder cette transformation avec davantage de recul.

Conclusion : « sortez du crédit », dit Macleod — mais surtout, comprenez pourquoi

La conclusion d’Alasdair Macleod est volontairement brutale : lorsqu’un système financier devient excessivement dépendant du crédit, le risque ne réside plus uniquement dans la baisse d’un actif particulier. Il réside dans les interdépendances. Une hausse des rendements obligataires peut fragiliser les actions ; une faiblesse du yen peut pousser le Japon à réorganiser ses actifs étrangers ; une crise énergétique peut raviver l’inflation ; une inflation persistante peut compliquer la politique monétaire ; des taux élevés peuvent rendre le financement des dettes plus difficile ; et une crise financière peut finalement pousser les autorités à intervenir. L’or physique peut alors jouer le rôle d’actif de diversification face à l’ensemble de ces risques interconnectés.

Le plus important n’est donc pas de croire aveuglément à l’annonce d’un « effondrement imminent ». Il est de comprendre pourquoi l’or conserve une place particulière dans ce système. Les banques centrales en achètent, les investisseurs particuliers augmentent leurs achats de lingots et de pièces, la Corée du Sud revient sur le marché après treize ans et les tensions sur les monnaies et les obligations rappellent que la stabilité financière n’est jamais acquise. Le scénario catastrophe de Macleod reste un scénario ; les tendances structurelles qui rendent l’or intéressant, elles, sont bien réelles. Acheter de l’or physique progressivement peut ainsi constituer une composante d’une stratégie de diversification destinée à préserver le patrimoine sur le long terme.

Au fond, la question posée par Macleod est beaucoup plus profonde qu’une simple prévision du cours de l’or en 2026 : que se passe-t-il lorsque la dette devient tellement importante que les autorités ne peuvent plus permettre au système de fonctionner avec des taux durablement élevés ? Si la réponse est effectivement une nouvelle phase d’assouplissement monétaire, de soutien aux marchés et de création de liquidités, l’or pourrait continuer à jouer son rôle historique de réserve de valeur. Si, au contraire, les gouvernements parviennent à stabiliser leurs finances, à contenir l’inflation et à restaurer la confiance dans les monnaies, la progression du métal pourrait ralentir. Dans les deux cas, une chose demeure : l’or n’est pas seulement une matière première cotée en dollars. Il est aussi un miroir de la confiance que les investisseurs accordent — ou non — au système monétaire. Découvrir l’or physique et l’argent physique pour diversifier son patrimoine permet de tirer les conséquences de cette réalité sans avoir besoin de parier sur la date exacte d’une éventuelle crise.

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