L’or toujours survendu, la pénurie de cuivre se profile, les terres rares sont un piège – Interview de Tavi Costa

A LA UNE

LES DERNIÈRES VIDÉOS

Il existe des moments où les marchés financiers donnent l’impression de fonctionner normalement alors que, sous la surface, les rapports de force sont déjà en train de changer. L’été 2026 pourrait précisément être l’un de ces moments. Derrière les records du cuivre, les mouvements spectaculaires de l’or, les tensions autour du yen, les besoins de financement croissants des États-Unis et le retour de la question des ressources naturelles se dessine une même histoire : le capital mondial semble progressivement redécouvrir la valeur stratégique des actifs tangibles. C’est précisément le fil conducteur de l’analyse développée par Tavi Costa, investisseur macro spécialisé dans les matières premières, les marchés émergents et les sociétés minières. Son raisonnement ne consiste pas simplement à dire que « l’or va monter » ou que « le cuivre est haussier ». Il cherche plutôt à comprendre ce qui arrive lorsque les dettes publiques deviennent difficiles à absorber, que les devises commencent à être activement gérées par les gouvernements, que les ressources naturelles deviennent géopolitiquement stratégiques et que l’offre minière ne parvient plus à suivre aussi facilement la demande. Dans cette configuration, l’achat d’or peut constituer une manière concrète de s’exposer à la thématique des actifs tangibles, mais encore faut-il comprendre pourquoi cette thèse dépasse largement le simple cours du métal jaune.

Le véritable sujet n’est peut-être pas l’or : c’est la transformation du système financier

Le point de départ de Costa est particulièrement important parce qu’il déplace le débat. Pour lui, la question centrale n’est pas de savoir si les taux américains vont monter ou baisser lors de la prochaine réunion de la Réserve fédérale. La question est de savoir jusqu’où les autorités pourront laisser les rendements obligataires évoluer lorsque la quantité de dette à refinancer devient considérable. Le Trésor américain a justement porté son estimation d’emprunt pour le troisième trimestre 2026 à 739 milliards de dollars, contre 671 milliards auparavant. Ce chiffre ne signifie évidemment pas automatiquement que les États-Unis sont confrontés à une crise, mais il rappelle une réalité fondamentale : lorsque le stock de dette augmente, quelques dizaines de points de base supplémentaires sur les taux peuvent modifier très rapidement la facture financière de l’État. Costa considère donc plausible une forme de « suppression » des rendements, c’est-à-dire un environnement dans lequel les autorités chercheraient, directement ou indirectement, à empêcher les taux longs de monter trop fortement. Dans un tel scénario, la question devient immédiatement celle de la protection du patrimoine réel. Les actifs qui ne sont pas une promesse de remboursement d’un autre acteur financier retrouvent alors une importance particulière, ce qui explique pourquoi acheter de l’or physique peut apparaître comme une stratégie patrimoniale à considérer lorsque la confiance dans les actifs monétaires est mise à l’épreuve.

Le signal spectaculaire du yen : quand les États commencent à agir directement

L’un des événements les plus révélateurs de ces dernières semaines est l’intervention coordonnée des États-Unis et du Japon pour soutenir le yen. La monnaie japonaise avait atteint des niveaux proches de ceux observés il y a environ quarante ans avant que Washington et Tokyo ne décident d’intervenir conjointement. Pour Costa, ce type d’intervention est davantage qu’une simple opération destinée à calmer un marché des changes trop volatil. Elle montre surtout que les autorités sont prêtes à utiliser leur puissance financière lorsque les mouvements de marché commencent à produire des conséquences économiques ou politiques jugées indésirables. Cette observation est essentielle pour comprendre son scénario sur les États-Unis : si la hausse des rendements devenait suffisamment douloureuse, rien ne garantirait que le marché serait laissé entièrement libre de fixer le prix de la dette souveraine. Une telle évolution pourrait passer par la composition des émissions, par les outils de liquidité disponibles pour les banques centrales étrangères, par des opérations de change ou par différentes formes de gestion de la courbe des taux. Dans cet environnement où les monnaies peuvent être volontairement influencées par les autorités, détenir une part d’or physique peut offrir une exposition à un actif qui n’est directement la dette d’aucun État.

Dollar : la thèse n’est pas sa disparition, mais sa dépréciation progressive

Il faut ici éviter une caricature fréquente. Dire que le dollar pourrait connaître une phase de déclin structurel ne signifie pas annoncer la disparition du billet vert, ni même sa perte prochaine de statut de monnaie dominante. Costa insiste justement sur cette distinction. Son scénario est beaucoup plus classique : une monnaie peut rester dominante tout en perdant progressivement de sa valeur réelle ou relative. C’est une différence fondamentale. Les États-Unis peuvent continuer à disposer du système financier le plus profond et le plus liquide du monde tout en cherchant simultanément à rendre leur monnaie moins chère afin de faciliter certains ajustements économiques. Le problème américain est alors celui du « double déficit » : déficit budgétaire d’un côté, déficit commercial de l’autre. Selon cette lecture, corriger uniquement les dépenses publiques ne suffit pas nécessairement ; il faut également rééquilibrer les échanges internationaux. Une monnaie moins chère peut devenir un instrument d’ajustement. Si cette dynamique se prolonge, les investisseurs européens doivent évidemment raisonner dans leur propre devise, car une hausse du cours de l’or en dollars ne se traduit pas toujours par exactement la même performance en euros. C’est précisément pourquoi acheter de l’or en euros peut également répondre à une logique de diversification monétaire et patrimoniale, indépendamment des fluctuations quotidiennes du dollar.

Pourquoi l’Amérique latine revient au centre du jeu

La deuxième grande idée développée par Costa concerne l’Amérique latine. Là encore, son raisonnement repose moins sur une préférence politique que sur une contrainte matérielle : les ressources naturelles sont localisées géographiquement, et les pays qui disposent de cuivre, de lithium, de fer, d’argent, d’or ou d’autres matières premières stratégiques disposent d’un pouvoir de négociation qui peut augmenter lorsque l’offre mondiale devient plus difficile à sécuriser. Costa considère que l’Amérique latine pourrait ainsi prendre une importance croissante pour les économies occidentales, notamment parce qu’elle offre une combinaison de ressources abondantes et de relations économiques historiquement plus accessibles que certaines autres régions productrices. La transition énergétique, l’électrification des réseaux, les infrastructures, les centres de données et la course mondiale à l’indépendance stratégique augmentent par ailleurs la valeur potentielle de ces ressources. Le mouvement ne dépend donc pas uniquement de l’identité du gouvernement américain en place : lorsque la sécurité des approvisionnements devient une priorité, les considérations géopolitiques tendent à dépasser les alternances partisanes. Dans cette logique de réallocation vers les actifs réels, l’achat d’or peut compléter une exposition aux matières premières en apportant une dimension monétaire et patrimoniale différente des métaux industriels.

Or : pourquoi Tavi Costa refuse de considérer la correction comme la fin du marché haussier

C’est probablement la partie la plus spectaculaire de son analyse. Après avoir atteint un sommet historique en début d’année, l’or a connu une correction suffisamment importante pour faire douter une partie du marché. Pourtant, Costa considère que la baisse doit être analysée sous l’angle du cycle plutôt que sous celui de la seule performance à court terme. Son raisonnement est simple : une véritable fin de marché haussier devrait normalement s’accompagner d’une détérioration structurelle de la demande ou d’une transformation majeure de l’offre. Or, il ne voit pas aujourd’hui de nouvelle production minière suffisamment importante pour bouleverser brutalement l’équilibre mondial. Du côté de la demande, les banques centrales restent un facteur déterminant. Le World Gold Council indiquait en juin 2026 que 89 % des gestionnaires de réserves interrogés anticipaient une hausse des réserves mondiales d’or au cours des douze prochains mois, tandis que 45 % prévoyaient d’augmenter leurs propres réserves. Les achats officiels avaient également atteint environ 244 tonnes au premier trimestre 2026, selon les données du World Gold Council. Dans ces conditions, Costa estime que la probabilité d’un simple retracement au sein d’un cycle haussier reste supérieure à celle d’un véritable marché baissier séculaire. Pour l’investisseur qui partage cette analyse, profiter progressivement des phases de faiblesse pour acheter de l’or peut être plus cohérent que de tenter de deviner le point bas parfait.

Le piège psychologique : attendre la confirmation peut coûter très cher

La réflexion de Costa dépasse d’ailleurs le simple marché de l’or. Il décrit un mécanisme psychologique que connaissent tous les investisseurs : lorsque les prix chutent fortement, l’incertitude augmente exactement au moment où les valorisations deviennent potentiellement plus intéressantes. L’investisseur qui exige une confirmation totale avant d’agir finit souvent par acheter après le redémarrage. À l’inverse, celui qui intervient progressivement accepte de ne pas connaître le point bas exact. Cette distinction entre « prédire » et « construire une position » est fondamentale. Il ne s’agit pas de transformer une conviction en certitude ni de placer tout son capital sur un seul scénario. Il s’agit plutôt de considérer qu’un actif structurellement recherché peut connaître des corrections violentes sans que sa tendance de fond soit nécessairement détruite. Le World Gold Council souligne d’ailleurs que la demande mondiale d’or reste soutenue : au premier trimestre 2026, la demande totale, incluant le marché OTC, a atteint 1 231 tonnes, tandis que la demande de lingots et pièces progressait de 42 % sur un an. Dans ce cadre, un achat d’or réalisé progressivement plutôt qu’en une seule fois peut permettre de mieux gérer le risque d’une nouvelle volatilité.

Le paradoxe des banques centrales : plus elles parlent d’or, plus Costa devient prudent

Une subtilité remarquable de l’analyse concerne justement les banques centrales. À première vue, entendre une institution monétaire annoncer publiquement qu’elle souhaite acheter davantage d’or devrait constituer un signal extrêmement haussier. Costa adopte pourtant une approche beaucoup plus contrariante : un acheteur réellement déterminé à accumuler discrètement un actif n’a pas nécessairement intérêt à annoncer au marché qu’il est en train d’acheter. Cette remarque ne signifie évidemment pas que les annonces officielles seraient fausses. Elle signifie simplement que le marché doit distinguer une accumulation silencieuse, potentiellement structurelle, d’une communication devenue consensuelle. Lorsque tout le monde parle simultanément de la nécessité de posséder de l’or, une partie du mouvement peut déjà être intégrée dans les prix. C’est également pourquoi Costa surveille avec attention la possibilité que les États-Unis eux-mêmes augmentent à terme leur rôle dans le marché de l’or. Le World Gold Council constate de son côté que les banques centrales considèrent désormais l’or comme un actif stratégique important pour la diversification et la gestion des risques. Pour l’épargnant, le message n’est donc pas de courir après chaque mouvement de prix, mais de comprendre la fonction patrimoniale du métal : acheter de l’or doit idéalement s’inscrire dans une stratégie réfléchie de diversification, et non dans une réaction émotionnelle à une manchette de marché.

Or physique ou mines d’or : où se trouve le meilleur potentiel ?

C’est ici que l’analyse devient particulièrement intéressante pour les investisseurs. Costa distingue clairement le métal physique des sociétés minières. L’or physique offre une exposition relativement directe au prix du métal, sans risque opérationnel propre à une entreprise. Une compagnie minière, en revanche, combine le prix de l’or avec des facteurs supplémentaires : coûts énergétiques, salaires, teneur du minerai, réserves, fiscalité, réglementation, dette, qualité du management, risque géopolitique et capacité à transformer les ressources du sous-sol en flux de trésorerie. Lorsque le prix de l’or monte suffisamment, cette combinaison peut produire un effet de levier considérable sur les bénéfices des producteurs. Costa considère ainsi que certaines grandes sociétés minières affichent des valorisations qu’il juge particulièrement attractives par rapport à leurs flux de trésorerie. Mais le revers existe : une mine peut sous-performer l’or alors même que le métal monte. Pour un patrimoine qui recherche d’abord la robustesse et la simplicité, l’achat d’or physique permet de s’exposer directement au métal sans ajouter le risque opérationnel d’une société minière.

Cuivre : pourquoi le prochain « squeeze » pourrait être beaucoup plus violent

Après l’or, le cuivre constitue probablement le deuxième grand dossier de cette analyse. Le métal rouge a déjà franchi des niveaux historiques, avec un passage au-dessus de 14 000 dollars la tonne, mais Costa estime que le véritable mouvement de découverte des prix pourrait encore être devant nous. Le raisonnement tient à la nature même du cuivre : contrairement à l’or, il est indispensable au fonctionnement de l’économie physique. Réseaux électriques, transformateurs, véhicules électriques, infrastructures, industrie, centres de données et électrification nécessitent tous d’importantes quantités de cuivre. Le problème est que l’offre minière ne peut pas être augmentée instantanément. Une nouvelle mine nécessite généralement des années d’exploration, de financement, d’autorisations, de construction et de montée en production. Le marché peut donc passer très rapidement d’un équilibre apparemment confortable à une situation de pénurie lorsque les stocks disponibles diminuent. Les dernières tensions autour des flux américains illustrent parfaitement ce mécanisme : les craintes tarifaires ont encouragé les importations et déplacé du métal vers les entrepôts américains, ce qui peut simultanément gonfler les stocks américains et réduire la disponibilité ailleurs. En août 2026, le cuivre se maintient d’ailleurs au-dessus de 14 000 dollars la tonne, tandis que la demande stratégique liée aux infrastructures et à l’électrification reste au cœur des anticipations. Pour Costa, le cuivre représente ainsi une autre facette du cycle des métaux, tandis que l’achat d’or répond davantage à une logique monétaire et patrimoniale.

Le cuivre peut-il réellement connaître une accélération comparable à celle de l’argent ?

L’idée d’un « squeeze » sur le cuivre doit toutefois être comprise correctement. Il ne s’agit pas nécessairement de prédire mécaniquement une envolée verticale du cours. Il s’agit de reconnaître qu’un marché dont les stocks immédiatement disponibles deviennent insuffisants peut réagir de façon disproportionnée à un choc de demande ou d’offre. C’est ce qui rend le cuivre particulièrement intéressant : lorsque les utilisateurs industriels, les négociants et les investisseurs cherchent simultanément à sécuriser du métal, la disponibilité physique peut devenir plus importante que le simple équilibre théorique entre production annuelle et consommation annuelle. La récente dynamique des importations américaines montre à quel point les anticipations tarifaires peuvent modifier brutalement les flux internationaux. Il faut néanmoins garder la tête froide : les stocks élevés dans certaines régions peuvent temporairement masquer une tension dans d’autres, et une accélération spéculative peut toujours être suivie d’une correction. Le scénario haussier de Costa est donc une hypothèse asymétrique, pas une garantie de rendement. Dans un portefeuille diversifié, l’or peut alors jouer le rôle de socle tangible tandis que les métaux industriels comme le cuivre apportent une exposition différente au cycle des matières premières.

Nickel, cobalt, lithium : pourquoi Costa préfère le nickel

Lorsqu’on lui demande de choisir entre nickel, cobalt et lithium, Costa refuse de tomber dans une hiérarchie artificielle. Il estime notamment que le lithium, après sa forte correction, est devenu beaucoup plus intéressant qu’il ne l’était lorsque l’enthousiasme spéculatif était à son sommet. Le cobalt reste pour lui une situation plus difficile à différencier. En revanche, il affiche une préférence de long terme pour le nickel. Cette préférence repose sur une logique de rareté, d’utilité industrielle et de possibilité de construire une exposition suffisamment importante au thème sans dépendre uniquement d’une narration spéculative. Le raisonnement est important : dans le secteur minier, la question n’est pas seulement de savoir si une matière première est « critique ». Il faut également se demander quelles entreprises peuvent réellement produire cette matière première avec une marge suffisante, sur quels gisements, à quel coût et dans quel environnement réglementaire. Les données de l’US Geological Survey confirment d’ailleurs que l’analyse des matières premières doit intégrer simultanément production, réserves, ressources, structure industrielle, politiques publiques et tarifs douaniers. Cette approche explique pourquoi l’or physique peut constituer une exposition plus simple à analyser que certaines sociétés minières spécialisées dans des métaux très cycliques.

Terres rares : le métal stratégique qui pourrait devenir le piège de la décennie

La position de Costa sur les terres rares est probablement la plus provocatrice de l’entretien. Alors que les gouvernements occidentaux multiplient les initiatives pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques, il refuse d’associer automatiquement importance stratégique et qualité d’investissement. C’est une distinction fondamentale. Une matière première peut être indispensable à une industrie tout en étant produite par des entreprises dont les valorisations sont excessives, les coûts trop élevés ou les flux de trésorerie insuffisants. Pour Costa, le risque actuel vient justement de l’enthousiasme collectif : des investisseurs peuvent acheter une société uniquement parce que le gouvernement annonce son soutien au secteur, sans examiner la réalité économique de l’entreprise. Or, une participation publique ne transforme pas mécaniquement une société déficitaire en excellente entreprise. Il faut encore un gisement économiquement exploitable, une technologie viable, une capacité industrielle, des clients, des marges et surtout une valorisation qui ne suppose pas déjà la perfection. L’USGS rappelle que les marchés de plus de 90 minerais et matériaux doivent être analysés à travers leurs données de production, leurs réserves, leurs ressources et leurs politiques publiques, ce qui illustre la complexité du secteur. Dans cette optique, privilégier un actif tangible dont la fonction monétaire est historiquement établie peut sembler plus lisible que de courir après chaque nouvelle matière première présentée comme « critique ».

Le véritable critère : une bonne matière première ne suffit pas, il faut une bonne entreprise

C’est probablement la leçon la plus universelle de l’entretien. Dans un marché minier euphorique, les investisseurs ont tendance à raisonner du haut vers le bas : « ce métal est stratégique, donc cette entreprise doit être intéressante ». Costa inverse la logique. Il part du bas : combien coûte réellement la production ? Quelle est la qualité du gisement ? Quelle quantité de métal peut être produite ? Quelle est la durée de vie de la mine ? Quel est le besoin en capitaux ? Quel est le risque politique ? Quelle marge peut être générée à différents scénarios de prix ? Et surtout, combien faut-il payer aujourd’hui pour obtenir ces futurs flux de trésorerie ? Cette approche permet de comprendre pourquoi il préfère les sociétés minières déjà productrices et générant du cash-flow plutôt que certaines petites valeurs dont la seule promesse repose sur une matière première à la mode. Le marché peut se tromper pendant longtemps, mais à terme, une entreprise doit générer suffisamment de trésorerie pour justifier sa valorisation. Cette discipline vaut également pour l’or : l’achat d’or physique permet de contourner une grande partie du risque spécifique aux entreprises minières et de se concentrer sur le métal lui-même.

Pourquoi l’Amérique pourrait perdre de son poids dans les portefeuilles mondiaux

La construction de portefeuille proposée par Costa repose enfin sur une idée qui mérite une attention particulière : le risque de concentration géographique. Un investisseur dont 80, 90 ou 100 % du patrimoine financier dépend des actions américaines peut avoir l’impression d’être diversifié simplement parce qu’il détient plusieurs ETF et plusieurs grandes capitalisations. Mais si ces instruments possèdent tous une forte exposition au même marché, la diversification devient beaucoup moins importante qu’elle n’en a l’air. Costa estime donc qu’il peut être pertinent de regarder davantage vers l’Amérique latine, les marchés émergents, les matières premières et certaines sociétés minières. Son exemple final est révélateur : lorsqu’il doit modifier un portefeuille hypothétique de 1 million de dollars, il propose de réduire une partie de l’exposition à un ETF mondial fortement orienté vers les actions américaines et de réallouer vers une grande société aurifère et un ETF brésilien. Il ne s’agit pas d’une recommandation universelle, mais d’une illustration de sa conviction : acheter ce qui a été délaissé peut offrir un meilleur couple risque/rendement que poursuivre indéfiniment les actifs qui ont déjà beaucoup progressé. Dans cette logique de diversification, une allocation raisonnable à l’or physique peut également réduire la dépendance d’un patrimoine aux actions, aux obligations et à une seule devise.

Le point commun entre l’or, le cuivre et l’Amérique latine : la rareté

À première vue, l’or, le cuivre, le nickel et les marchés latino-américains semblent constituer des paris totalement différents. Pourtant, l’analyse de Costa repose sur un même concept : la rareté. L’or bénéficie d’une offre minière difficile à augmenter rapidement et d’une demande institutionnelle qui reste forte. Le cuivre est confronté à une demande structurelle liée à l’électrification alors que les nouveaux projets miniers nécessitent du temps et des capitaux. L’Amérique latine possède certaines des ressources dont les économies développées auront besoin pour leurs infrastructures et leur sécurité énergétique. La logique est donc celle d’un monde où l’accès aux ressources redevient une contrainte économique majeure après plusieurs décennies durant lesquelles la mondialisation avait donné l’impression que l’offre pouvait toujours être trouvée quelque part à un prix acceptable. Le World Bank estime d’ailleurs que les prix des métaux et minerais pourraient progresser de 17 % en 2026 dans son scénario d’avril, tandis que les métaux précieux pourraient enregistrer une hausse de 42 %. Cela ne garantit évidemment aucune trajectoire de prix, mais confirme que les matières premières sont redevenues un élément central du débat macroéconomique. Dans ce nouvel environnement, l’or apparaît comme l’un des actifs tangibles les plus directement accessibles aux particuliers souhaitant participer à cette transformation.

Le scénario à surveiller : baisse des rendements, dollar plus faible et ruée vers les actifs réels

Si l’on rassemble toutes les pièces du puzzle, le scénario de Costa devient beaucoup plus cohérent. Une dette américaine importante oblige le Trésor à refinancer régulièrement des montants considérables. Une hausse durable des rendements augmente le coût de ce refinancement. Les autorités disposent donc d’un intérêt croissant à éviter une envolée incontrôlée des taux. Parallèlement, une monnaie américaine moins forte peut contribuer à certains rééquilibrages commerciaux. Si les taux réels finissent par être contenus et que le dollar entre dans une phase de faiblesse prolongée, les actifs réels peuvent retrouver une attractivité particulière. L’or serait alors en première ligne, suivi potentiellement par l’argent et certaines sociétés minières. Le cuivre pourrait bénéficier d’un autre moteur : la rareté physique et la nécessité d’investir massivement dans les réseaux électriques et les infrastructures. Cette combinaison explique pourquoi Costa ne voit pas la correction récente de l’or comme une raison suffisante pour abandonner sa thèse. Il considère plutôt qu’elle peut représenter une phase de construction de positions avant une nouvelle accélération. Pour l’épargnant qui partage cette vision mais souhaite éviter une exposition excessive aux actifs les plus spéculatifs, l’achat progressif d’or peut représenter une façon relativement directe de positionner une partie de son patrimoine sur le scénario des actifs réels.

Mais attention : le scénario haussier possède aussi ses propres risques

Une analyse sérieuse doit également examiner ce qui pourrait invalider la thèse. Première possibilité : une croissance mondiale nettement plus faible pourrait faire baisser la demande de nombreux métaux industriels, notamment le cuivre et le nickel. Deuxième risque : une amélioration durable des finances publiques américaines ou une remontée de l’attractivité relative des actifs en dollars pourrait renforcer le billet vert et exercer une pression sur les matières premières. Troisième risque : les banques centrales pourraient ralentir leurs achats d’or plus fortement que prévu. Quatrième risque : une hausse durable des taux réels pourrait augmenter le coût d’opportunité de la détention d’un actif sans rendement. Cinquième risque enfin : une hausse trop rapide des métaux pourrait provoquer une vague de prises de bénéfices et transformer une tendance saine en bulle spéculative. Le World Gold Council lui-même identifie notamment le rythme des achats des banques centrales et les flux de recyclage comme des variables importantes pour l’équilibre du marché de l’or. C’est pourquoi la thèse ne doit pas être comprise comme « tous les métaux vont monter », mais comme l’hypothèse d’un changement de régime économique dans lequel certains actifs tangibles pourraient être mieux positionnés. Dans ce contexte, acheter de l’or ne supprime évidemment pas le risque de marché, mais peut participer à une diversification construite autour d’un horizon de long terme.

Ce que révèle finalement le portefeuille idéal de Tavi Costa

La dernière partie de l’entretien est peut-être celle qui résume le mieux sa philosophie. Lorsqu’on lui demande de modifier un portefeuille de 1 million de dollars, Costa choisit de réduire une partie d’une exposition mondiale fortement concentrée sur les actions américaines et de consacrer 50 000 dollars à une grande société aurifère ainsi que 50 000 dollars à un ETF brésilien. Pourquoi ? Parce qu’il recherche des actifs qui ont été pénalisés alors même que leur potentiel structurel lui paraît intact. Son choix n’est donc pas seulement une affaire de métal jaune ou de Brésil. C’est une méthode : réduire les positions devenues très consensuelles, rechercher les segments délaissés, privilégier les actifs présentant une asymétrie favorable et accepter qu’une bonne idée puisse encore baisser avant de fonctionner. Cette philosophie est particulièrement différente de celle qui consiste à acheter uniquement les actifs les plus performants du moment. Elle suppose de supporter la volatilité et de raisonner en années plutôt qu’en semaines. Pour un investisseur particulier, la transposition doit évidemment être adaptée à son patrimoine, à son horizon et à son niveau de risque. Mais sur le plan patrimonial, l’or physique peut justement jouer le rôle d’une poche de diversification dont la logique est différente de celle des actions minières ou des ETF spécialisés.

Conclusion : le prochain grand mouvement pourrait commencer précisément quand personne ne le croit

La véritable force de la thèse de Tavi Costa ne réside finalement pas dans une prévision précise du cours de l’or, du cuivre ou du dollar. Elle réside dans la tentative de comprendre le changement de régime qui pourrait être en train de se produire. Une dette publique américaine toujours considérable, des besoins de refinancement importants, des interventions monétaires de plus en plus visibles, un dollar susceptible d’entrer dans une phase de faiblesse, des banques centrales qui continuent de considérer l’or comme un actif stratégique, une offre minière difficile à développer et une compétition internationale accrue pour les ressources naturelles forment un ensemble cohérent. Le cuivre pourrait connaître une nouvelle phase de tension si les stocks disponibles deviennent insuffisants. L’or pourrait, selon le scénario de Costa, être davantage dans une phase de correction et de consolidation que dans une véritable fin de cycle. Les mines pourraient offrir un levier supplémentaire, mais avec davantage de risques opérationnels. Et les terres rares, malgré leur importance stratégique, pourraient réserver de nombreuses déconvenues aux investisseurs qui confondent « matière première critique » et « entreprise rentable ». Le message le plus intéressant est donc peut-être le plus simple : dans un monde où la rareté redevient une variable centrale, la question n’est plus seulement de savoir quelles entreprises posséder, mais quels actifs ont réellement une valeur lorsque les promesses financières deviennent plus difficiles à honorer. Dans cette perspective, l’achat d’or physique mérite d’être étudié comme une composante potentielle d’une stratégie patrimoniale diversifiée, notamment pour ceux qui souhaitent détenir directement un actif tangible.

À retenir en 7 points

  • Or : Tavi Costa considère que la correction récente ressemble davantage à un retracement dans un cycle haussier qu’à un véritable marché baissier de long terme.
  • Banques centrales : leur demande reste un soutien structurel important, même si une communication trop explicite sur leurs achats pourrait, paradoxalement, signaler une maturité avancée du cycle.
  • Dollar : la thèse porte davantage sur une dépréciation graduelle que sur une disparition de la monnaie américaine.
  • Cuivre : Costa estime qu’un véritable mouvement de « squeeze » pourrait encore se produire si la tension physique du marché s’accentue.
  • Nickel : il affiche une préférence de long terme pour ce métal par rapport au cobalt et au lithium.
  • Terres rares : l’importance stratégique du secteur ne suffit pas, selon lui, à justifier n’importe quelle valorisation boursière.
  • Portefeuille : sa philosophie privilégie les actifs délaissés, les flux de trésorerie réels, la diversification géographique et les situations présentant une asymétrie favorable.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici


LES PLUS POPULAIRES 🔥