Or à 10 000 $ et argent à 300 $ : Jeffrey Currie voit venir un gigantesque choc monétaire

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Jeffrey Currie ose les 10 000 dollars pour l’or et les 300 dollars pour l’argent

L’hypothèse paraît spectaculaire, presque provocatrice : un or à 10 000 dollars l’once et un argent à 300 dollars. Pourtant, ce sont bien les niveaux évoqués en juillet 2026 par Jeffrey Currie, ancien responsable mondial de la recherche sur les matières premières chez Goldman Sachs, dans une discussion consacrée au nouveau cycle des actifs réels. Currie précise qu’il ne souhaite généralement pas se livrer au « jeu des chiffres », mais considère que ces objectifs ne sont pas irréalistes dans le cadre d’un nouveau supercycle des matières premières. Son raisonnement ne repose donc pas simplement sur l’idée d’une flambée spéculative de l’or : il s’appuie sur une combinaison de dépréciation monétaire, de contraintes physiques sur l’offre, de sous-investissement dans les ressources naturelles, de tensions géopolitiques et d’une transformation profonde de la demande mondiale. Dans ce contexte, l’achat d’or et d’argent physique peut être envisagé comme une manière de s’exposer directement aux actifs monétaires et tangibles au cœur de cette thèse, même si aucun objectif de prix ne constitue une garantie.

Le véritable moteur ne serait pas l’inflation, mais la dépréciation monétaire

Pour comprendre la thèse de Jeffrey Currie, il faut commencer par un changement de perspective essentiel. Le marché a longtemps considéré qu’une inflation élevée était nécessairement défavorable à l’or parce qu’elle obligeait les banques centrales à relever les taux d’intérêt. Des taux plus élevés augmentent en effet le coût d’opportunité de la détention d’un actif qui ne verse ni coupon ni dividende. Mais cette relation devient beaucoup moins évidente lorsque les gouvernements et les banques centrales ne peuvent plus se permettre de maintenir durablement des taux suffisamment élevés pour compenser l’inflation. C’est précisément là que Currie situe le cœur du « debasement trade », autrement dit le pari sur la perte progressive de pouvoir d’achat des monnaies. Dans cette configuration, la question fondamentale n’est plus seulement de savoir si l’inflation augmente, mais si les taux nominaux peuvent augmenter suffisamment pour empêcher les taux réels de devenir profondément négatifs. Pour l’épargnant qui cherche à comprendre cette mécanique, l’achat d’or physique constitue précisément l’une des façons traditionnelles de se positionner sur une éventuelle dépréciation des monnaies.

Pourquoi les taux réels négatifs pourraient changer complètement la donne

Le concept de taux réel est déterminant. Il correspond, de manière simplifiée, au taux d’intérêt nominal auquel on retranche l’inflation. Si une obligation rapporte 4 % mais que l’inflation s’établit à 6 %, le rendement réel est approximativement de -2 %. Pour un détenteur d’obligations, cela signifie que son capital augmente nominalement mais perd du pouvoir d’achat en termes réels. Or, lorsque cette situation devient durable et que les investisseurs commencent à considérer qu’elle résulte d’une politique volontaire visant à maintenir le coût de la dette sous contrôle, les actifs tangibles peuvent retrouver une attractivité considérable. Les tensions récentes sur le marché obligataire américain donnent une importance particulière à cette question : le rendement du Treasury américain à 30 ans a dépassé 5,3 % en août 2026, atteignant un niveau inédit depuis 2007, avant de refluer après l’annonce d’un renforcement des rachats de dette à long terme par le Trésor. Dans ce type d’environnement, acheter de l’or peut être considéré comme une protection patrimoniale potentielle contre le risque de rendements réels durablement négatifs, sans que cela signifie pour autant que son cours ne puisse pas connaître de corrections.

Le marché obligataire américain devient la pièce maîtresse du raisonnement

C’est probablement ici que la thèse devient la plus intéressante. Le débat sur l’or est souvent réduit à l’inflation, au dollar ou aux achats des banques centrales, alors que Currie insiste sur une question beaucoup plus profonde : jusqu’où les États-Unis peuvent-ils laisser monter le coût du financement de leur dette ? En août 2026, cette question n’est plus théorique. Le Trésor américain a annoncé le doublement de la taille maximale de ses opérations de rachats de dette à long terme, de 2 à au moins 4 milliards de dollars par opération, avec des échéances ciblées de 10 ans et plus. Cette décision est intervenue après une forte tension sur les rendements, le taux à 30 ans ayant atteint environ 5,3 %. Pour Currie, ce type d’intervention constitue un signal particulièrement important : lorsque le pouvoir politique cherche à empêcher le marché de pousser trop loin le coût de financement, la dynamique entre inflation, dette et taux d’intérêt peut progressivement devenir favorable aux actifs réels. C’est dans cette logique que l’achat d’or et d’argent peut apparaître comme une stratégie de diversification face au risque de répression financière.

La « répression financière », le concept à retenir

La répression financière désigne, dans son acception générale, un ensemble de politiques permettant à un État de maintenir les coûts de financement à des niveaux inférieurs à ce qu’imposerait spontanément le marché. Elle peut prendre différentes formes : réglementation, intervention sur les marchés, achats d’actifs, orientation des taux ou politiques destinées à maintenir une demande structurelle pour la dette publique. Il faut évidemment éviter de conclure trop rapidement que toute opération de rachat d’obligations constitue à elle seule une preuve de répression financière. Le Trésor américain présente ses buybacks comme un outil destiné notamment à améliorer la liquidité et le fonctionnement du marché. Mais le débat devient particulièrement sensible lorsque ces interventions apparaissent précisément au moment où les rendements atteignent des niveaux susceptibles d’alourdir considérablement la charge d’intérêt de l’État. Plusieurs analyses récentes ont justement souligné cette tension entre stabilisation du marché obligataire et crédibilité de la politique budgétaire américaine. Dans ce scénario, l’or physique prend une dimension particulière puisqu’il n’est la dette d’aucun État et ne dépend pas du paiement d’un coupon souverain.

La masse monétaire américaine recommence à accélérer

Autre élément important de cette équation : la quantité de monnaie en circulation. Les dernières données de la Réserve fédérale montrent que M2, l’un des principaux agrégats monétaires suivis par les économistes, est passée d’environ 6 669,7 milliards de dollars en janvier 2026 à 7 089,3 milliards en juillet 2026. Cela ne signifie évidemment pas qu’une accélération de M2 entraîne mécaniquement une flambée immédiate de l’inflation ou du prix de l’or : la relation dépend également de la vitesse de circulation de la monnaie, de la demande de crédit, de la production et du comportement des agents économiques. Mais dans une économie déjà confrontée à une dette publique considérable, une progression monétaire soutenue peut alimenter les interrogations sur la valeur future de la devise. C’est précisément cette perte potentielle de pouvoir d’achat que les partisans du « debasement trade » cherchent à anticiper, ce qui explique pourquoi l’achat d’or peut être recherché comme réserve de valeur face à une éventuelle érosion monétaire sur le long terme.

Les guerres peuvent renforcer le scénario des actifs tangibles

L’autre grande composante du raisonnement de Currie est géopolitique. Une guerre ne provoque pas automatiquement une hausse de l’or, et l’histoire montre que les marchés peuvent réagir de manière extrêmement différente selon la nature et la durée d’un conflit. Mais les guerres ont généralement une caractéristique commune : elles nécessitent davantage de dépenses publiques, de matières premières, d’énergie, de transport, de capacités industrielles et d’investissements militaires. Elles peuvent également perturber les chaînes d’approvisionnement et provoquer des chocs sur les prix des matières premières. Le raisonnement devient alors circulaire : davantage de dépenses publiques peuvent accroître les déficits, tandis que les contraintes physiques peuvent entretenir l’inflation ; si, parallèlement, les taux ne peuvent pas augmenter suffisamment pour compenser cette inflation, les taux réels deviennent plus négatifs. C’est précisément cette combinaison qui constitue le scénario favorable à l’or décrit par Currie. Dans cette perspective, l’achat d’or physique peut jouer un rôle de diversification face à l’accumulation simultanée des risques monétaires, budgétaires et géopolitiques.

Les années 1970 constituent le précédent historique le plus spectaculaire

Currie renvoie également à l’histoire des grands supercycles de matières premières, notamment celui des années 1970 et celui qui s’est développé au début des années 2000. Il affirme que les matières premières ont connu, lors de ces grands épisodes, des progressions moyennes de l’ordre de sept fois. Il faut toutefois être prudent avec cette comparaison : un supercycle ne se reproduit jamais à l’identique et les marchés de 2026 n’ont évidemment plus la même structure monétaire, technologique ou géopolitique que ceux des années 1970. Néanmoins, le parallèle permet de comprendre la logique de Currie : lorsque l’investissement dans l’offre réelle est insuffisant pendant plusieurs années et que la demande continue de progresser, une rupture peut provoquer une revalorisation beaucoup plus importante que prévu des actifs physiques. Dans cette lecture historique, détenir une part d’or et d’argent physique revient à s’exposer directement à deux métaux qui combinent fonctions monétaires, industrielles et patrimoniales.

Pourquoi l’or pourrait bénéficier d’une nouvelle revalorisation des réserves

L’or possède une particularité que les autres matières premières n’ont pas : il est simultanément une matière première, un actif financier et une réserve monétaire internationale. Les banques centrales détiennent de l’or comme élément de leurs réserves, et lorsque la confiance dans certaines monnaies souveraines diminue, l’or peut devenir davantage recherché comme actif de diversification. Cette dynamique peut créer un mécanisme autorenforçant : si le prix de l’or augmente fortement, la valeur des réserves aurifères des banques centrales augmente également ; les institutions qui détiennent peu d’or peuvent alors considérer qu’elles sont relativement sous-exposées à cet actif. Cela ne signifie pas qu’un retour officiel à l’étalon-or soit imminent, ni que toutes les banques centrales vont nécessairement acheter davantage, mais cela explique pourquoi l’or possède une dimension stratégique que ne possèdent pas les métaux industriels ordinaires. Pour un particulier souhaitant comprendre cette logique, l’achat d’or physique permet de détenir directement le métal qui se trouve au centre de cette revalorisation potentielle des réserves internationales.

L’argent possède un avantage supplémentaire : sa consommation industrielle

Le cas de l’argent est encore plus intéressant parce que le métal combine une fonction monétaire historique avec une utilisation industrielle extrêmement importante. L’argent possède une excellente conductivité électrique et thermique, ce qui le rend précieux dans de nombreuses applications technologiques. Le secteur photovoltaïque est devenu particulièrement important. Selon le Silver Institute, le solaire représentait environ 29 % de la demande industrielle d’argent en 2024, contre seulement 11 % en 2014. Le même organisme souligne que les installations photovoltaïques devraient continuer à progresser jusqu’en 2030, même si l’industrie cherche parallèlement à réduire la quantité d’argent utilisée par cellule et à développer des solutions de substitution. Cette double identité, monétaire et industrielle, explique pourquoi l’achat d’argent physique peut intéresser les investisseurs qui recherchent à la fois une exposition au métal précieux et à la demande industrielle mondiale.

La demande solaire pourrait devenir un véritable choc structurel pour l’argent

Les chiffres avancés dans la thèse de Currie illustrent l’ampleur potentielle du changement : environ 81,6 millions d’onces de demande solaire en 2016, près de 198 millions en 2024 et une fourchette pouvant atteindre 321 à 450 millions d’onces à l’horizon 2030 selon les projections citées dans le débat. Ces chiffres doivent être présentés comme des projections et non comme des certitudes. Le marché évolue rapidement : les fabricants cherchent à réduire la quantité d’argent utilisée dans les cellules photovoltaïques, et certaines technologies peuvent remplacer une partie du métal. Le Silver Institute souligne justement que le photovoltaïque devrait rester un secteur majeur mais que le « thrifting », c’est-à-dire la réduction de la quantité de métal utilisée par unité de production, ainsi que la substitution peuvent limiter la croissance de la demande en argent. Malgré cela, la croissance extrêmement rapide des capacités solaires pourrait maintenir une pression considérable sur la consommation totale, ce qui donne à l’achat d’argent physique une dimension industrielle particulièrement intéressante dans une économie toujours plus électrifiée.

Le marché de l’argent présente déjà un déficit structurel

Cette question devient encore plus importante lorsque l’on examine l’équilibre entre l’offre et la demande. Selon les prévisions publiées par le Silver Institute en 2026, le marché mondial de l’argent devrait connaître une sixième année consécutive de déficit, c’est-à-dire une situation dans laquelle la demande globale dépasse la production disponible et les autres sources d’approvisionnement prises en compte. L’institut prévoit par ailleurs une demande industrielle d’environ 650 millions d’onces en 2026, en baisse de 2 % sur un an, notamment en raison des évolutions du secteur photovoltaïque. Cette nuance est fondamentale : un marché déficitaire n’implique pas automatiquement une hausse du prix, car les stocks existants peuvent absorber temporairement le déséquilibre et les prix élevés peuvent accélérer la substitution ou le recyclage. Mais lorsque les stocks diminuent et que la demande repart, les tensions peuvent devenir beaucoup plus visibles. C’est pourquoi l’achat d’argent physique peut être considéré comme une exposition directe à cette combinaison entre rareté relative et demande industrielle.

Pourquoi 300 dollars pour l’argent ne signifie pas simplement « un nouvel épisode spéculatif »

Atteindre 300 dollars l’once représenterait évidemment un bouleversement majeur du marché de l’argent. Mais le raisonnement de Currie ne consiste pas à dire que le métal va simplement monter parce que les investisseurs vont se ruer dessus. Il faut distinguer deux moteurs. Le premier est monétaire : si les monnaies perdent du pouvoir d’achat, le prix nominal des actifs tangibles peut augmenter. Le second est physique : si l’industrie, le solaire, les véhicules électriques, les réseaux électriques, les centres de données et les nouvelles technologies réclament davantage d’argent alors que l’offre minière ne peut pas suivre rapidement, une prime de rareté peut apparaître. Le scénario à 300 dollars devient alors une hypothèse de combinaison de ces deux forces plutôt qu’une simple anticipation spéculative. Dans cette optique, acheter de l’argent physique revient à se positionner sur un métal susceptible de bénéficier simultanément de tendances monétaires et industrielles.

Le véritable problème : on ne peut pas imprimer de l’énergie, de l’argent métal ou des ressources naturelles

C’est probablement l’une des idées les plus fortes de la thèse de Currie : contrairement à la monnaie, les matières premières sont soumises à des contraintes physiques. Une banque centrale peut créer des unités monétaires supplémentaires ; elle ne peut pas créer instantanément du cuivre, du pétrole, de l’uranium, des céréales ou de l’argent métal. Or les investissements nécessaires pour augmenter la production minière sont longs, coûteux et soumis à des contraintes géologiques, environnementales, réglementaires et politiques. Le même raisonnement vaut pour les infrastructures énergétiques : centrales, réseaux, transformateurs, mines et capacités de raffinage nécessitent des années de développement. Dans un monde marqué par la relocalisation industrielle, l’électrification, la défense et les investissements dans l’intelligence artificielle, la demande de matières premières peut donc rester forte même si certaines composantes de l’économie ralentissent. C’est cette distinction entre actifs financiers et actifs physiques qui explique pourquoi l’achat d’or et d’argent peut constituer une diversification vers des actifs tangibles dont l’offre ne peut pas être créée par simple décision monétaire.

Le paradoxe de l’intelligence artificielle : plus de numérique, mais aussi plus de matières premières

Le développement de l’intelligence artificielle pourrait sembler éloigné de l’or et de l’argent. Il ne l’est pourtant pas. Les centres de données nécessitent d’énormes quantités d’électricité, de cuivre, de matériaux industriels, de composants électroniques et d’infrastructures. Currie défend ainsi l’idée que l’économie numérique n’est plus réellement une économie « sans matière » : plus les capacités de calcul augmentent, plus elles nécessitent une infrastructure physique. Le phénomène pourrait même remettre en question l’idée selon laquelle l’économie technologique est capable de croître à coût marginal quasi nul. Cette évolution rejoint les projections du Silver Institute, qui identifie les centres de données et l’intelligence artificielle parmi les secteurs susceptibles de soutenir la demande industrielle d’argent au cours des prochaines années. Dans cette transformation, l’achat d’argent physique peut offrir une exposition tangible à une partie des infrastructures matérielles indispensables à la nouvelle économie numérique.

Un ralentissement économique détruirait-il la thèse de l’or et de l’argent ?

C’est l’une des principales objections qu’il faut prendre au sérieux. Si l’économie mondiale entrait dans une récession extrêmement sévère, la demande industrielle de cuivre, d’énergie et d’argent pourrait effectivement ralentir. Les matières premières cycliques seraient alors vulnérables. Mais l’or possède une caractéristique différente : sa demande est beaucoup moins dépendante de l’activité industrielle et davantage liée aux taux réels, aux devises, aux achats des banques centrales, au risque systémique et à la confiance financière. L’argent se situe entre les deux univers, puisqu’il possède une composante monétaire mais également une forte composante industrielle. Une crise économique pourrait donc produire des effets très différents sur les deux métaux. Cette distinction est essentielle avant toute décision patrimoniale, et l’achat d’or et d’argent doit être pensé comme une diversification de portefeuille plutôt que comme une garantie contre toutes les formes de baisse des marchés.

10 000 dollars pour l’or : une prévision, pas une certitude

Il faut insister sur ce point : 10 000 dollars l’once n’est pas une prévision certaine, mais un scénario de prix présenté par Jeffrey Currie comme plausible dans le cadre d’un nouveau supercycle. La différence est fondamentale. Un marché peut évoluer dans une direction totalement différente de celle anticipée par un expert, et même une excellente thèse de long terme peut connaître des corrections de plusieurs dizaines de pourcents. L’intérêt du raisonnement n’est donc pas de transformer 10 000 dollars en objectif garanti, mais de comprendre les mécanismes susceptibles de rendre un tel niveau possible : dépréciation monétaire, dette souveraine, taux réels négatifs, achats des banques centrales, tensions géopolitiques et demande mondiale d’actifs tangibles. Dans ce cadre, l’achat d’or physique peut être étudié comme une stratégie patrimoniale de long terme sans dépendre d’un objectif de cours précis.

300 dollars pour l’argent : le potentiel est considérable, mais la volatilité aussi

L’argent est historiquement beaucoup plus volatil que l’or. Ses mouvements peuvent être amplifiés dans les deux directions parce que son marché est plus petit et que la demande industrielle représente une part importante de sa consommation. Une hausse très forte peut donc provoquer un afflux spéculatif, mais également une accélération de la substitution technologique, du recyclage et de la production lorsque cela devient économiquement viable. L’objectif de 300 dollars doit donc être interprété avec encore davantage de prudence. Le fait que Jeffrey Currie considère ce niveau comme envisageable ne signifie pas que le marché doit nécessairement l’atteindre, ni qu’il l’atteindra rapidement. Cela signifie plutôt que, dans un scénario combinant supercycle des matières premières et dépréciation monétaire, le potentiel de revalorisation de l’argent pourrait être exceptionnel. Pour ceux qui souhaitent analyser cette possibilité, l’achat d’argent physique permet de s’exposer directement au métal sans confondre cette thèse haussière avec une promesse de rendement.

Le signal le plus important pourrait finalement venir des obligations, pas de l’or

Le marché de l’or attire aujourd’hui l’attention parce que son prix évolue fortement, mais le véritable indicateur macroéconomique à surveiller pourrait être le marché obligataire américain. Lorsque les investisseurs demandent des rendements de plus en plus élevés pour financer la dette souveraine, le coût du service de cette dette augmente. Si, parallèlement, l’État cherche à empêcher les rendements de monter trop rapidement, la question de la crédibilité de cette intervention devient centrale. Les événements d’août 2026 illustrent précisément cette tension : le rendement du Treasury à 30 ans a atteint environ 5,3 % avant que le Trésor n’annonce une augmentation de ses rachats de dette longue, ce qui a temporairement contribué à faire baisser les rendements. Pour l’investisseur, l’achat d’or peut ainsi être analysé comme une réponse potentielle au risque de dégradation progressive de la confiance dans les actifs souverains.

Le scénario Currie repose finalement sur une équation simple : rareté + dépréciation

Toute la thèse peut être résumée par une équation conceptuelle extrêmement simple. D’un côté, il existe la rareté : ressources minières difficiles à développer, infrastructures insuffisantes, contraintes énergétiques, croissance de la demande solaire, électrification, défense et investissements technologiques. De l’autre, il existe la dépréciation monétaire : dette publique élevée, difficultés à maintenir durablement des taux réels positifs et risque de politiques visant à contenir le coût du financement. Lorsque ces deux forces se rencontrent, les actifs physiques peuvent bénéficier d’un double moteur. L’or serait particulièrement sensible à la composante monétaire, tandis que l’argent pourrait profiter à la fois de cette composante et de sa demande industrielle. C’est précisément cette combinaison qui rend le scénario de Currie particulièrement intéressant à étudier et qui explique pourquoi l’achat d’or et d’argent physique peut être considéré comme une diversification vers des actifs tangibles dans un environnement de forte incertitude monétaire.

Conclusion : et si le véritable risque n’était pas la hausse de l’or, mais la baisse de la monnaie ?

La question posée par Jeffrey Currie dépasse finalement largement la simple prévision d’un or à 10 000 dollars ou d’un argent à 300 dollars. Le véritable sujet est celui de la valeur future des monnaies face à une accumulation exceptionnelle de dette, de dépenses publiques, de contraintes énergétiques, de tensions géopolitiques et d’investissements physiques. Le scénario haussier sur les métaux précieux devient particulièrement puissant si les gouvernements sont contraints de choisir entre des taux suffisamment élevés pour préserver la valeur de la monnaie et des taux suffisamment bas pour maintenir la soutenabilité de la dette. Les événements récents du marché obligataire américain montrent que cette tension n’est plus seulement théorique : le rendement du 30 ans a atteint des niveaux inconnus depuis 2007, tandis que le Trésor a renforcé ses rachats de dette longue. Rien ne garantit évidemment que l’or atteindra 10 000 dollars ou que l’argent atteindra 300 dollars. Mais si le scénario de dépréciation monétaire et de sous-investissement dans les actifs réels devait se prolonger, la question pourrait progressivement changer de nature : ce ne serait plus seulement l’or qui monterait, mais la monnaie dans laquelle son prix est exprimé qui perdrait progressivement de sa valeur. Dans cette perspective, acheter de l’or et de l’argent physique peut constituer une piste de diversification patrimoniale à étudier face aux grands bouleversements monétaires et économiques de la décennie.

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