Il aura suffi de quelques minutes de discours pour rappeler aux investisseurs une réalité que les marchés des métaux précieux connaissent depuis longtemps : lorsque la Réserve fédérale américaine parle d’inflation, les cours de l’or et de l’argent peuvent brutalement décrocher. Mais derrière cette nouvelle secousse se cache une question beaucoup plus intéressante : la banque centrale américaine dispose-t-elle encore d’un véritable pouvoir sur les marchés, ou tente-t-elle désormais surtout d’en préserver l’apparence ? Le 28 août 2026, à Jackson Hole, le président de la Fed Kevin Warsh a adopté un ton nettement plus ferme sur l’inflation. Il a notamment expliqué que l’inflation restait trop élevée, que les progrès récents étaient insuffisants et que la Fed devait rester prête à agir. Dans les heures qui ont suivi, l’or au comptant a perdu plus de 3 %, tandis que l’argent reculait également fortement, les anticipations de hausse des taux pour septembre progressant rapidement. Dans ce contexte de volatilité extrême, l’achat d’or et d’argent physique apparaît pour certains investisseurs comme une manière de raisonner sur le long terme plutôt que de réagir à chaque mouvement brutal des marchés.
La Fed a-t-elle réellement « cassé » l’or et l’argent ?
À première vue, la réponse semble évidente : le discours de Kevin Warsh a provoqué une importante correction des métaux précieux. Pourtant, parler d’une Fed qui aurait « cassé » volontairement le prix de l’or et de l’argent mérite davantage de prudence. Les mécanismes de marché sont plus complexes. Lorsque le président de la banque centrale laisse entendre que les taux pourraient rester élevés ou même remonter, le rendement potentiel des actifs libellés en dollars augmente mécaniquement. L’or, qui ne verse aucun intérêt, devient alors relativement moins attractif face aux obligations et aux placements monétaires. Parallèlement, un dollar plus ferme renchérit mécaniquement le métal jaune pour les acheteurs utilisant d’autres devises. C’est exactement le mécanisme qui s’est manifesté le 28 août : les commentaires de Warsh ont renforcé les anticipations de hausse des taux, fait progresser les rendements du Trésor américain et soutenu le dollar, tandis que les métaux précieux subissaient une forte pression vendeuse. Pour un investisseur intéressé par l’achat d’or et d’argent, cette distinction est essentielle : une chute provoquée par un changement d’anticipations de taux n’est pas nécessairement synonyme d’une modification de la tendance fondamentale du métal.
Le véritable message de Kevin Warsh : l’inflation reste le problème numéro un
Le discours prononcé à Jackson Hole mérite d’être lu dans son intégralité, car il est plus nuancé que ne le laisse penser la réaction immédiate des marchés. Kevin Warsh a rappelé que l’objectif d’inflation de 2 % de la Fed demeurait inchangé et que la stabilité des prix ne pouvait pas être considérée comme automatique. Surtout, il a souligné que les statistiques récentes, bien que parfois meilleures qu’attendu, ne démontraient pas selon lui une amélioration suffisamment nette des tendances sous-jacentes. Le président de la Fed a indiqué que l’inflation PCE sur douze mois atteignait 3,7 %, tandis que la mesure sur six mois ressortait à 4,1 %, des niveaux encore très supérieurs à la cible de 2 %. Il a également insisté sur le fait que 54 % des composantes du panier PCE avaient enregistré sur un an des hausses de prix supérieures à 3 %. Autrement dit, le message envoyé aux marchés est clair : la Fed ne considère pas que la bataille contre l’inflation soit terminée. Dans cet environnement, acheter de l’or et de l’argent physique ne doit donc pas être envisagé comme un pari à très court terme sur la prochaine séance, mais comme une réflexion sur la protection patrimoniale face aux risques monétaires de moyen et long terme.
Le point le plus important : la Fed refuse désormais de promettre son prochain mouvement
L’un des passages les plus significatifs du discours de Warsh concerne finalement moins les taux que la communication de la banque centrale. Le nouveau président de la Fed s’est montré très critique à l’égard d’un système dans lequel les investisseurs chercheraient en permanence à anticiper la prochaine décision de la banque centrale à partir de ses déclarations. Il a notamment défendu l’idée d’une Fed moins dépendante de la « forward guidance », c’est-à-dire de cette pratique consistant à donner aux marchés des indications détaillées sur la trajectoire future des taux. Cette approche change considérablement la lecture des mouvements de l’or : si la banque centrale veut conserver davantage de flexibilité, les marchés peuvent devenir plus sensibles à chaque nouvelle statistique d’inflation, d’emploi ou de croissance. La volatilité pourrait donc rester élevée, ce qui explique pourquoi certains investisseurs considèrent l’achat d’or physique non comme une opération destinée à prévoir précisément le prochain mouvement de la Fed, mais comme une allocation destinée à traverser plusieurs régimes monétaires.
Pourquoi l’or a-t-il chuté aussi brutalement ?
La réaction du métal jaune est parfaitement cohérente avec la mécanique financière traditionnelle. Vendredi 28 août, l’or spot a reculé de plus de 3 %, jusqu’à environ 4 567 dollars l’once selon Reuters, tandis que les contrats à terme pour décembre ont terminé autour de 4 530 dollars. L’argent a également reculé de manière significative, autour de 3,5 % au moment rapporté par l’agence. Dans le même temps, la probabilité implicite d’une hausse des taux américains en septembre a nettement augmenté. Le mouvement ne signifie toutefois pas que l’or a soudainement perdu toutes ses qualités fondamentales. Il montre surtout que les marchés de métaux précieux restent extrêmement sensibles aux taux réels, au dollar, aux positions spéculatives et aux changements rapides de politique monétaire anticipée. Pour celui qui privilégie une détention physique et une vision patrimoniale, l’achat d’or et d’argent répond à une logique différente de celle d’un contrat à terme : il s’agit moins de prédire la prochaine bougie que de détenir un actif tangible sur une période beaucoup plus longue.
Le marché obligataire américain pourrait être plus important que le marché de l’or
C’est probablement ici que se trouve la véritable clé de lecture du dossier. L’or ne vit pas dans un monde isolé : il réagit à l’évolution des taux, des devises, de la dette souveraine et de la liquidité mondiale. Or, le 28 août, les rendements américains ont fortement progressé après les déclarations de Warsh. Le rendement du Treasury américain à dix ans est monté autour de 4,7 %, tandis que le deux ans a également connu une forte hausse. Reuters a rapporté que les anticipations de hausse des taux avaient bondi après le discours de Jackson Hole, tandis que les marchés d’actions et les métaux précieux subissaient des dégagements. Cette situation pose une question plus profonde : jusqu’où les États-Unis peuvent-ils laisser monter le coût du financement sans créer de nouvelles tensions budgétaires et financières ? C’est précisément cette question qui explique pourquoi l’achat d’or continue d’intéresser les investisseurs qui souhaitent réduire leur dépendance à l’égard des actifs purement financiers.
Une dette américaine qui limite la marge de manœuvre
Les chiffres officiels permettent de mesurer l’ampleur du problème sans avoir besoin d’adopter les interprétations les plus alarmistes. À la fin de l’exercice 2025, le Trésor américain indiquait une dette détenue par le public d’environ 30 200 milliards de dollars et une dette fédérale totale soumise au plafond de la dette de 37 500 milliards de dollars. Le plafond légal avait ensuite été relevé à 41 100 milliards de dollars en juillet 2025. Le Trésor prévoyait par ailleurs 671 milliards de dollars d’emprunts nets négociables auprès du secteur privé sur le trimestre juillet-septembre 2026. Ces données montrent pourquoi une hausse durable des taux représente un problème structurel : plus les taux restent élevés, plus le refinancement de la dette existante devient coûteux. C’est dans cette tension entre lutte contre l’inflation et soutenabilité budgétaire que certains analystes voient une limite au pouvoir de la Fed. Dans ce cadre, l’achat d’or et d’argent peut être considéré comme une diversification face au risque que représente l’endettement public à long terme, sans pour autant supposer automatiquement un effondrement du système.
Le « contrôle » de la Fed a-t-il des limites ?
C’est précisément la thèse défendue par Francis Hunt dans l’analyse à l’origine de cet article : selon lui, la banque centrale peut contrôler relativement efficacement l’extrémité courte de la courbe des taux, mais beaucoup moins facilement les taux à dix, vingt ou trente ans, qui dépendent directement de la demande des investisseurs pour la dette américaine. Cette distinction est fondamentale. Une banque centrale peut annoncer un taux directeur, mais elle ne peut pas obliger durablement un investisseur privé, une banque, un fonds de pension ou un acteur étranger à acheter une obligation longue à un rendement qu’il juge insuffisant. Les rendements du marché deviennent alors une sorte de vote quotidien sur la crédibilité budgétaire et monétaire du pays. Le Trésor américain lui-même reconnaît que les besoins de financement restent importants, tandis que ses projections de long terme montrent une trajectoire budgétaire préoccupante : le ratio dette détenue par le public/PIB, à environ 99 % fin 2025, est projeté à environ 102 % en 2026 sous les hypothèses du rapport et pourrait dépasser 200 % à l’horizon 2048. Pour les investisseurs qui cherchent à acheter de l’or ou de l’argent, cette dynamique constitue précisément l’un des arguments structurels les plus souvent avancés en faveur des métaux précieux.
Pourquoi une remontée des taux peut paradoxalement devenir favorable à l’or
Le paradoxe est saisissant. À court terme, une hausse des taux est généralement défavorable à l’or parce qu’elle augmente le coût d’opportunité de la détention d’un actif qui ne verse pas d’intérêt. Mais à plus long terme, des taux élevés peuvent eux-mêmes révéler ou accentuer les fragilités d’un système très endetté. Si le coût du financement devient suffisamment lourd, les autorités doivent choisir entre accepter davantage de contraintes budgétaires, maintenir une politique monétaire restrictive au risque de provoquer un ralentissement, ou finalement tolérer davantage d’inflation et de création monétaire afin de préserver la stabilité financière. Aucune de ces options n’est particulièrement confortable. C’est cette asymétrie qui nourrit la thèse haussière de long terme sur les métaux précieux. Elle ne signifie évidemment pas que l’or doit monter tous les jours : une correction de 5 %, 10 % ou davantage peut parfaitement se produire au sein d’une tendance haussière. C’est justement pourquoi l’achat progressif d’or et d’argent physique peut être plus rationnel pour certains épargnants que la tentative de déterminer exactement le point bas du marché.
L’argent pourrait être encore plus explosif que l’or
La situation de l’argent mérite une attention particulière parce que ce marché est beaucoup plus petit et donc potentiellement plus volatil. L’argent possède simultanément une fonction monétaire, une fonction d’investissement et une fonction industrielle. Cela signifie que son prix peut réagir à plusieurs moteurs en même temps : demande d’investissement, activité industrielle, production minière, stocks disponibles et sentiment spéculatif. Lors des mouvements violents, cette combinaison peut provoquer des accélérations beaucoup plus fortes que sur l’or. C’est aussi pourquoi une correction de l’argent peut sembler disproportionnée par rapport à celle du métal jaune sans nécessairement invalider la thèse de long terme. Reuters rapportait ainsi une baisse de l’argent de l’ordre de 3,5 % lors de la réaction au discours de Warsh. Pour les investisseurs qui envisagent l’achat d’argent physique, cette volatilité constitue à la fois un risque et une caractéristique fondamentale du marché : le potentiel de hausse est supérieur, mais les mouvements intermédiaires peuvent également être beaucoup plus brutaux.
L’Inde reste un acteur déterminant de la demande physique
Un autre élément essentiel de l’analyse concerne l’Inde. Le pays occupe une place centrale dans le marché mondial de l’or, et les évolutions de sa demande peuvent influencer sensiblement le marché physique. En mai 2026, le gouvernement indien a fortement relevé les droits d’importation sur l’or et l’argent, les faisant passer de 6 % à 15 %, dans le cadre d’une politique destinée notamment à limiter les sorties de devises. Cette décision avait initialement pesé sur les importations et la demande locale. Mais la situation a ensuite commencé à se normaliser. Selon le World Gold Council, les importations d’or ont rebondi en juillet 2026 à environ 4,16 milliards de dollars, contre 1,97 milliard en juin, tandis que les volumes étaient estimés autour de 40 à 45 tonnes contre environ 20 tonnes le mois précédent. Cette reprise est particulièrement intéressante pour le marché physique et explique pourquoi l’achat d’or physique reste surveillé de près par les investisseurs internationaux.
Contrairement à certaines affirmations, l’Inde n’a pas encore supprimé sa taxe sur l’or
Il faut cependant apporter une nuance importante à l’analyse présentée dans la vidéo. L’idée selon laquelle l’Inde serait déjà en train de réduire ses droits d’importation doit être traitée avec prudence. Les données disponibles au 29 août 2026 montrent surtout une reprise des importations et de la demande malgré la hausse fiscale décidée en mai. Le World Gold Council indiquait encore en août que les conditions de demande s’amélioraient et que les importations avaient rebondi en juillet. Autrement dit, il est prématuré de présenter une éventuelle baisse future des droits comme un fait acquis. Cette distinction est importante pour éviter de transformer une hypothèse de marché en certitude. Pour un investisseur qui envisage d’acheter de l’or et de l’argent, mieux vaut donc suivre les décisions officielles du gouvernement indien plutôt que de construire une stratégie sur une rumeur de baisse de taxation.
La Chine construit progressivement une infrastructure mondiale autour de l’or
L’autre évolution majeure se situe en Chine et à Hong Kong. En juillet 2026, Hong Kong a lancé à titre expérimental un nouveau système central de compensation et de règlement pour l’or, accompagné d’initiatives destinées à développer un écosystème complet autour du stockage, du raffinage, de la négociation et des produits d’investissement liés au métal précieux. Le projet comprend notamment la première phase de « Delivery Connect » avec la Shanghai Gold Exchange. La Hong Kong Precious Metals Central Clearing Company a également été créée dans cette logique et travaille avec les autorités et la Shanghai Gold Exchange afin de renforcer les infrastructures du marché. Cette évolution est loin d’être anecdotique : elle montre que l’or physique prend une dimension stratégique croissante dans les infrastructures financières asiatiques. Pour ceux qui souhaitent acheter de l’or physique, l’évolution de Hong Kong et de la Chine constitue donc un indicateur à suivre attentivement.
La Chine accumule-t-elle une influence croissante sur le marché de l’or ?
Les données récentes montrent effectivement une demande chinoise soutenue. Selon le World Gold Council, les ETF chinois adossés à l’or ont enregistré des flux positifs en juillet 2026, faisant progresser leurs avoirs de 5 tonnes à 282 tonnes, tandis que les entrées se sont poursuivies au début du mois d’août. Cette dynamique s’inscrit dans une évolution plus large du marché asiatique, où l’or joue à la fois le rôle d’actif d’épargne, de réserve de valeur et d’instrument de diversification. Il serait cependant excessif d’en conclure automatiquement que la Chine prépare l’abandon du dollar ou une rupture immédiate avec le système financier occidental. La réalité est plus progressive : les infrastructures, les réserves et les mécanismes de négociation autour de l’or se développent simultanément. Dans cette transformation, l’achat d’or et d’argent bénéficie mécaniquement de l’intérêt croissant porté aux actifs tangibles et aux réserves de valeur indépendantes du risque de crédit d’un émetteur particulier.
Hong Kong veut devenir un véritable hub mondial de l’or
Le projet hongkongais mérite d’autant plus d’attention qu’il ne se limite pas à créer une nouvelle place de cotation. Les autorités ont annoncé vouloir développer les capacités de stockage et de raffinage, diversifier les produits d’investissement liés à l’or, explorer des incitations fiscales et améliorer les dispositifs d’assurance. L’objectif est donc de construire progressivement une chaîne complète allant de l’importation et du stockage jusqu’à la compensation et à la négociation. Cette évolution pourrait faciliter les flux entre la Chine continentale, Hong Kong et les investisseurs internationaux. Elle constitue également un signal stratégique : dans une période marquée par les tensions géopolitiques, les déficits publics occidentaux et les interrogations sur la structure future du système monétaire mondial, l’or n’est plus seulement considéré comme une matière première ou un actif de bijouterie. Il redevient progressivement une infrastructure financière à part entière, ce qui renforce l’intérêt pour l’achat d’or physique et d’argent physique chez les investisseurs qui privilégient les actifs tangibles.
Le cas japonais confirme que les marchés obligataires sont sous pression
La situation japonaise constitue un autre élément à surveiller. Lorsque les rendements obligataires augmentent au Japon alors que les États-Unis connaissent eux aussi une remontée des taux longs, les conséquences peuvent dépasser largement les frontières nationales. Le Japon détient historiquement une quantité considérable d’actifs étrangers, notamment de dette américaine, et les mouvements du yen influencent les stratégies de financement et de couverture des investisseurs internationaux. C’est pourquoi les marchés de devises, les obligations souveraines et les métaux précieux doivent être analysés ensemble plutôt que séparément. Une tension sur le marché obligataire peut entraîner une remontée du dollar, une modification des flux de capitaux et, à court terme, une pression sur l’or. Mais si cette tension devient suffisamment importante pour provoquer des interventions monétaires ou budgétaires, elle peut également alimenter la demande de valeurs refuges. Cette mécanique contradictoire explique pourquoi l’achat d’or et d’argent doit être envisagé dans une perspective globale plutôt qu’en fonction d’une seule statistique quotidienne.
La Chine constitue une exception intéressante sur les taux
L’analyse présentée dans la vidéo souligne également un contraste frappant : tandis que les rendements obligataires occidentaux évoluent à des niveaux élevés, le rendement chinois à dix ans reste nettement plus faible. Cette divergence peut s’expliquer par plusieurs facteurs, notamment la faiblesse de certains secteurs domestiques, les besoins de soutien monétaire et le déplacement d’une partie de l’épargne vers des actifs considérés comme plus sûrs. Le marché chinois de l’or bénéficie parallèlement d’une demande soutenue, avec des flux positifs vers les ETF aurifères et une activité physique qui s’est redressée après la correction du premier semestre. Il serait néanmoins trop simple d’opposer une Chine « saine » à un Occident « condamné ». Les économies chinoise et américaine rencontrent des problèmes très différents, et leurs marchés financiers répondent à des mécanismes institutionnels distincts. Ce qui est indiscutable, en revanche, c’est que la place de l’or dans l’allocation mondiale évolue, ce qui explique l’attention croissante portée à l’achat d’or et d’argent dans de nombreux marchés asiatiques.
Pourquoi une correction de l’or ne remet pas nécessairement en cause sa tendance de fond
La principale erreur commise par les investisseurs consiste souvent à confondre mouvement de prix et changement de tendance fondamentale. L’or peut parfaitement perdre plusieurs centaines de dollars en quelques séances sans que les facteurs qui soutiennent sa demande à long terme disparaissent. La correction de juin 2026 avait déjà montré à quel point le marché pouvait être brutal : selon le World Gold Council, le prix de l’or en dollars avait reculé de 8 % au premier semestre, avant de retrouver de la vigueur en juillet et au début du mois d’août. En août, le métal avait de nouveau progressé avant la violente réaction au discours de Warsh. Cette succession de mouvements rappelle qu’un marché haussier ne signifie jamais une progression linéaire. Pour l’épargnant qui privilégie l’achat d’or physique, la question essentielle devient alors celle de l’horizon de placement et de la diversification, plutôt que celle de la capacité à prévoir le point bas de chaque correction.
Le scénario réellement dangereux pour les marchés serait-il ailleurs ?
La question fondamentale n’est peut-être finalement pas de savoir si la Fed peut faire baisser l’or pendant quelques heures ou quelques jours. Elle en est manifestement capable. Le véritable sujet est de déterminer combien de temps elle peut maintenir cette influence si les contraintes budgétaires, les déficits et les besoins de refinancement continuent de progresser. Les projections officielles du gouvernement américain sont suffisamment préoccupantes pour justifier une surveillance étroite de cette question. Le rapport financier du gouvernement fédéral estime que, sous les politiques actuelles, le ratio dette détenue par le public/PIB poursuivrait sa progression pendant plusieurs décennies. Dans un tel environnement, l’or peut connaître des phases de baisse liées aux taux et au dollar tout en conservant un rôle stratégique comme actif sans risque de crédit. C’est précisément cette différence entre volatilité à court terme et fonction patrimoniale à long terme qui soutient l’intérêt pour l’achat d’or et d’argent.
La véritable bataille se joue entre inflation, dette et confiance
Au fond, l’ensemble du débat peut être résumé par un triangle : inflation, dette et confiance. La Fed cherche à ramener l’inflation vers 2 %, mais elle doit également tenir compte de l’activité économique et de l’emploi. Dans le même temps, le gouvernement américain doit continuer à financer des déficits importants et refinancer une dette considérable. Enfin, les investisseurs obligataires doivent décider quel rendement ils exigent pour prêter leur argent au Trésor américain sur dix, vingt ou trente ans. Si la confiance demeure élevée, le système peut continuer à fonctionner malgré son endettement. Si elle se dégrade, les taux longs peuvent monter même lorsque la banque centrale préférerait les voir baisser. C’est ce risque de divergence entre la politique souhaitée et les prix imposés par le marché qui donne tout son intérêt à l’analyse de Francis Hunt et Eric Yeung. Dans cette perspective, l’achat d’or et d’argent représente moins une prédiction sur la prochaine décision de la Fed qu’une façon de détenir une partie de son patrimoine sous forme d’actifs tangibles.
Alors, la Fed peut-elle vraiment contrôler l’or et l’argent ?
La réponse la plus raisonnable est : elle peut fortement influencer les métaux, mais elle ne peut pas contrôler seule l’ensemble de leurs déterminants. La Fed influence les taux courts, les conditions financières, les anticipations monétaires et indirectement le dollar. Ces variables ont une influence considérable sur l’or et l’argent. Mais le prix des métaux dépend également de la demande asiatique, des achats des banques centrales, des flux d’ETF, de la production minière, de la demande industrielle pour l’argent, des tensions géopolitiques, des politiques budgétaires et de la confiance dans les monnaies. Le développement du marché de l’or à Hong Kong et la vigueur récente de la demande chinoise illustrent justement cette dimension internationale. La correction du 28 août doit donc être considérée comme une démonstration de la puissance de la politique monétaire américaine à court terme, et non comme la preuve définitive que la Fed peut empêcher durablement l’or de progresser. C’est pourquoi l’achat d’or et d’argent physique demeure une décision qui doit se réfléchir sur plusieurs années plutôt que sur une seule séance de marché.
Ce que les investisseurs devraient surveiller maintenant
Les prochaines semaines seront particulièrement instructives. Le premier indicateur à suivre sera évidemment l’inflation américaine : si les données restent élevées, la pression en faveur d’une hausse des taux demeurera importante. Le deuxième sera le rendement du Treasury à dix ans, qui constitue un baromètre beaucoup plus intéressant de la confiance obligataire que le seul taux directeur de la Fed. Le troisième sera le dollar, car une nouvelle appréciation de la devise américaine pourrait continuer à peser sur les métaux précieux. Il faudra également surveiller les flux vers les ETF aurifères, les achats des banques centrales, la demande physique en Inde et en Chine et l’évolution des stocks d’argent disponibles. Enfin, les décisions de politique économique chinoises et le développement du nouveau marché de l’or de Hong Kong pourraient devenir progressivement plus importants. Pour l’investisseur patrimonial, ces données permettent de mieux déterminer s’il convient d’attendre, de diversifier ou d’effectuer un achat d’or ou d’argent de manière progressive plutôt que de chercher à deviner le prochain mouvement de prix.
Le scénario le plus probable : davantage de volatilité, pas nécessairement la fin de l’or
La conclusion la plus prudente est probablement la moins spectaculaire : l’or et l’argent pourraient encore subir de fortes corrections, mais cela ne signifie pas nécessairement que leur histoire est terminée. Le discours de Kevin Warsh a démontré qu’un simple changement dans les anticipations de politique monétaire pouvait provoquer une violente réévaluation des actifs. Le marché obligataire a également montré que les rendements pouvaient remonter rapidement. Mais simultanément, les problèmes de dette publique, la demande asiatique, les investissements chinois dans l’or et le développement des infrastructures de marché à Hong Kong restent des éléments structurels à surveiller. Le véritable enjeu pour l’investisseur n’est donc pas de savoir si l’or sera encore plus haut demain matin, mais de comprendre pourquoi autant de capitaux continuent à chercher une protection contre les risques monétaires, budgétaires et géopolitiques. Dans cette logique, l’achat d’or et d’argent peut constituer une composante d’une stratégie de diversification, à condition de tenir compte de la volatilité, de l’horizon d’investissement et du niveau de risque accepté.
Conclusion : la Fed vient peut-être de gagner une bataille, pas nécessairement la guerre
La chute spectaculaire de l’or et de l’argent après le discours de Kevin Warsh constitue indéniablement un avertissement. La Fed conserve une puissance considérable sur les marchés et vient de rappeler aux investisseurs qu’elle n’hésitera pas à maintenir une politique restrictive si elle estime que l’inflation ne converge pas suffisamment rapidement vers 2 %. Mais cette puissance ne doit pas être confondue avec un contrôle absolu du système financier. La dette américaine continue de progresser, les besoins de financement restent considérables, les taux longs peuvent s’écarter des préférences de la banque centrale et les marchés asiatiques développent leurs propres infrastructures autour de l’or. Le paradoxe est donc saisissant : plus la Fed tente de rappeler qu’elle maîtrise la situation, plus les investisseurs doivent observer attentivement les variables qu’elle ne contrôle pas directement. C’est probablement là que se situe le véritable message de l’analyse de Francis Hunt et Eric Yeung. L’or et l’argent peuvent encore chuter, parfois brutalement, mais leur trajectoire de long terme dépendra moins d’une déclaration isolée de la Fed que de l’évolution de la dette, de l’inflation, des taux réels, du dollar et de la confiance mondiale dans les monnaies fiduciaires. Pour ceux qui souhaitent diversifier leur patrimoine avec des actifs tangibles, découvrir les possibilités d’achat d’or et d’argent permet précisément d’envisager cette question avec un horizon plus long que celui des marchés financiers à très court terme.



