Voici le moment où l’or va s’envoler – Avec Don Durrett

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L’hypothèse paraît presque extravagante. Pourtant, elle mérite d’être examinée sérieusement : et si la prochaine grande phase de hausse de l’or ne reposait plus principalement sur l’inflation, les taux d’intérêt ou les tensions géopolitiques, mais sur quelque chose de beaucoup plus profond — la fragilisation progressive du système de dette mondial ? C’est précisément la thèse défendue par Don Durrett, auteur, investisseur spécialisé dans les sociétés minières aurifères et fondateur de GoldStockData. Selon son scénario, l’économie américaine serait entrée dans une phase avancée d’une gigantesque bulle d’endettement, au point d’avoir franchi un « point de non-retour » budgétaire. Cette lecture est particulièrement spectaculaire parce qu’elle conduit à des objectifs de prix qui semblent, à première vue, presque impossibles à imaginer : un plancher de long terme autour de 3 750 dollars l’once, un objectif pouvant atteindre 15 000 dollars pour l’or et, dans un scénario extrêmement haussier, plusieurs centaines de dollars pour l’argent. Il faut évidemment rappeler qu’il s’agit de projections personnelles et non de prévisions consensuelles ni de garanties de marché. Mais leur intérêt réside dans la question fondamentale qu’elles soulèvent : que se passe-t-il lorsque la dette devient tellement importante que les autorités ne peuvent plus véritablement choisir entre austérité, croissance et inflation ? Dans un tel environnement, acheter de l’or physique peut être envisagé par certains investisseurs comme une manière de diversifier leur exposition au risque monétaire et financier, sans que cela ne signifie pour autant qu’une hausse future soit garantie.

Une réalité incontournable : l’or a déjà changé d’échelle

Avant même de discuter d’un hypothétique or à 15 000 dollars, il faut mesurer l’ampleur du mouvement déjà accompli. Le marché de l’or n’est plus celui d’il y a quelques années. Au premier trimestre 2026, le prix moyen LBMA avait atteint un record de 4 873 dollars l’once et le métal avait inscrit un sommet historique de 5 405 dollars en janvier, avant de subir une correction significative. Au deuxième trimestre, le prix moyen s’établissait encore à 4 506,29 dollars, soit environ 37 % de plus que la moyenne du deuxième trimestre 2025. Début septembre, le mouvement restait extrêmement puissant : le cours spot a progressé de plus de 2 % le 3 septembre pour atteindre environ 4 488,54 dollars, dans un contexte marqué par les anticipations de politique monétaire américaine, la faiblesse des rendements obligataires et les tensions géopolitiques. Autrement dit, la question n’est plus de savoir si l’or peut franchir durablement les 3 000 ou 4 000 dollars : il l’a déjà fait. La véritable interrogation est désormais celle de la poursuite du mouvement et de ses moteurs fondamentaux. C’est précisément dans cette perspective que l’achat d’or physique peut apparaître comme une composante de diversification pour ceux qui souhaitent détenir un actif qui ne constitue pas une créance sur un État ou une entreprise.

Le véritable moteur : une dette publique devenue structurelle

Pour comprendre le raisonnement de Don Durrett, il faut abandonner momentanément la logique classique du « l’or monte quand l’inflation monte » et considérer le problème sous un angle beaucoup plus large. Une dette publique peut parfaitement être soutenable lorsqu’une économie croît rapidement, que les taux restent maîtrisés et que les recettes fiscales progressent suffisamment. Le problème apparaît lorsque la dette augmente plus rapidement que la capacité de l’économie à générer les ressources nécessaires pour la stabiliser. Le gouvernement dispose alors de plusieurs leviers : augmenter les impôts, réduire les dépenses, favoriser une croissance plus rapide, refinancer continuellement sa dette ou accepter davantage d’inflation. Or chacun de ces choix comporte un coût politique ou économique. Une austérité brutale peut provoquer une récession ; une hausse massive des impôts peut freiner l’activité ; une croissance miraculeuse capable d’absorber seule une dette gigantesque est difficile à obtenir ; et une création monétaire excessive peut finir par détériorer le pouvoir d’achat de la monnaie. Dans ce contexte, détenir une part d’or physique peut être considéré comme une assurance patrimoniale contre certains scénarios de dépréciation monétaire, même si l’or lui-même reste soumis à des corrections parfois violentes.

Le « point de non-retour » : une thèse en sept étapes

Le cœur du raisonnement de Don Durrett repose sur un modèle en sept phases censé décrire la progression d’une bulle de dette jusqu’à ce qu’elle devienne suffisamment importante pour modifier le comportement des investisseurs, des banques centrales et des gouvernements. La première phase correspond à la formation de la bulle : l’endettement augmente progressivement et semble encore parfaitement contrôlable. La deuxième survient lorsque le problème commence à être reconnu. La troisième apparaît lorsque la dette atteint un niveau tel que son remboursement intégral devient politiquement ou économiquement irréaliste. La quatrième correspond aux conséquences : les acteurs économiques commencent à modifier leur comportement, notamment en diversifiant leurs réserves. La cinquième phase est celle des interventions destinées à empêcher les tensions financières de s’amplifier. La sixième correspondrait à une dégradation plus nette de la confiance des investisseurs. Enfin, la septième serait le moment où la majorité du marché reconnaîtrait l’existence d’une véritable « doom loop », c’est-à-dire une spirale dans laquelle chaque tentative de stabilisation crée de nouvelles difficultés. Il s’agit d’un cadre analytique personnel, et non d’un modèle économique reconnu comme une loi mécanique. Néanmoins, il offre une grille de lecture intéressante pour comprendre pourquoi l’or d’investissement est régulièrement recherché lorsque la confiance dans les actifs monétaires et obligataires se dégrade.

Pourquoi les banques centrales achètent-elles autant d’or ?

C’est probablement l’un des éléments les plus importants de cette histoire. Les banques centrales ne prennent pas leurs décisions d’allocation comme des investisseurs particuliers cherchant à profiter d’une tendance de quelques semaines. Lorsqu’elles accumulent de l’or, elles réfléchissent généralement en termes de réserves stratégiques, de diversification et de résilience financière. Or les chiffres récents sont particulièrement révélateurs. Selon le World Gold Council, les banques centrales ont acheté net 289 tonnes d’or au deuxième trimestre 2026, soit un bond considérable par rapport au premier trimestre révisé à 57 tonnes. Sur l’ensemble du premier semestre, les achats nets atteignaient 345 tonnes. Le World Gold Council estime par ailleurs que la demande des banques centrales devrait rester supérieure à sa moyenne historique. Une enquête publiée en juin 2026 apporte un autre signal : 89 % des gestionnaires de réserves interrogés anticipaient une augmentation des réserves mondiales d’or au cours des douze mois suivants et 45 % prévoyaient d’accroître les réserves de leur propre institution, un record dans l’enquête. Cette dynamique explique pourquoi acheter de l’or physique est devenu, pour certains épargnants, davantage une réflexion stratégique de long terme qu’un simple pari sur une hausse à court terme.

Le changement de comportement des banques centrales est peut-être plus important que le prix

Il serait toutefois réducteur de considérer les achats des banques centrales comme une simple réaction à la hausse du cours. Le phénomène est plus profond. Le World Gold Council souligne que les banques centrales ont accumulé en moyenne environ 1 000 tonnes d’or par an au cours des quatre dernières années, contre environ 500 tonnes en moyenne pendant la décennie précédente. Cette accélération s’inscrit dans un environnement marqué par les tensions géopolitiques, les sanctions financières, les interrogations sur la sécurité des réserves détenues à l’étranger et la volonté de réduire certaines dépendances vis-à-vis des monnaies étrangères. Des mouvements récents de réserves illustrent cette nouvelle sensibilité : les Pays-Bas ont notamment réorganisé une partie du stockage de leur or afin d’améliorer son accessibilité et sa négociabilité dans un contexte géopolitique plus incertain. Pour l’investisseur particulier, la conclusion n’est pas qu’il faut automatiquement imiter les banques centrales, mais plutôt que l’or est en train de retrouver une fonction stratégique dans le système monétaire mondial. Dans cette perspective, l’acquisition d’or physique peut constituer, pour un patrimoine adapté à ce type d’actif, une façon de participer à cette logique de diversification.

Le véritable signal d’alarme : lorsque les obligations cessent d’être perçues comme totalement sûres

La thèse du « doom loop » devient véritablement inquiétante lorsqu’on s’intéresse au marché obligataire. Une obligation souveraine est traditionnellement considérée comme l’un des actifs les plus sûrs disponibles. Mais « sûr » ne signifie pas sans risque. Même si un État souverain conserve la capacité nominale de rembourser une dette libellée dans sa propre monnaie, les investisseurs peuvent exiger une rémunération supérieure pour compenser l’inflation, la volatilité, le risque budgétaire ou simplement l’incertitude sur la trajectoire future des finances publiques. Une hausse durable des rendements obligataires augmente alors mécaniquement le coût du refinancement lorsque les anciennes dettes arrivent à échéance et doivent être remplacées par de nouvelles émissions plus coûteuses. C’est là que peut apparaître un mécanisme particulièrement inconfortable : davantage de dette entraîne davantage d’intérêts ; davantage d’intérêts augmente les besoins de financement ; ces besoins peuvent nécessiter davantage d’émissions ; et une offre importante de dette peut à son tour pousser les investisseurs à demander une rémunération supérieure. Il serait excessif d’affirmer que ce mécanisme conduit nécessairement à une crise, mais il explique pourquoi les marchés surveillent avec autant d’attention la trajectoire des taux longs. Dans un tel environnement, l’or physique peut jouer un rôle de diversification précisément parce qu’il ne dépend pas du paiement d’un coupon ou du remboursement d’un émetteur.

Pourquoi un objectif de 15 000 dollars paraît fou… mais pas impossible à modéliser

Passer d’environ 4 500 dollars à 15 000 dollars signifie multiplier le prix de l’or par plus de trois. À première vue, le chiffre semble donc démesuré. Mais une projection de ce type ne signifie pas nécessairement que l’or devrait tripler dans une économie parfaitement stable. Elle suppose plutôt une transformation profonde de la valeur relative de la monnaie et des actifs financiers. Si la dette mondiale continue de progresser, si les monnaies perdent progressivement du pouvoir d’achat, si les investisseurs réduisent leur exposition aux obligations longues et si les banques centrales poursuivent leur diversification vers l’or, le métal pourrait bénéficier simultanément de plusieurs moteurs. C’est ce que souligne la thèse de Don Durrett : l’or ne serait plus seulement une couverture contre l’inflation, mais un actif monétaire susceptible de bénéficier d’une crise de confiance plus générale. Il faut cependant insister sur un point essentiel : 15 000 dollars n’est pas une prévision certaine. Il s’agit d’un scénario haussier extrême. Le fait que l’or ait déjà dépassé 5 000 dollars au début de 2026 rend ce scénario mathématiquement moins lointain qu’il ne l’aurait semblé il y a quelques années, mais ne constitue absolument pas une garantie qu’il se réalisera. Dans un scénario de dépréciation monétaire importante, détenir de l’or physique pourrait néanmoins être considéré comme une protection contre une perte de pouvoir d’achat, plutôt que comme une simple spéculation sur un prix cible.

L’argent pourrait-il faire encore mieux que l’or ?

Le cas de l’argent est encore plus explosif, mais aussi nettement plus risqué. Contrairement à l’or, l’argent possède une importante composante industrielle. Il est utilisé dans l’électronique, les équipements électriques, certaines technologies énergétiques et de nombreuses applications industrielles. Le World Gold Council estime d’ailleurs que la demande technologique d’or elle-même a atteint 80 tonnes au deuxième trimestre 2026, soutenue notamment par les infrastructures liées à l’intelligence artificielle. Pour l’argent, cette double identité — métal industriel et actif monétaire — crée un comportement beaucoup plus volatil. Dans le scénario présenté par Don Durrett, l’argent pourrait atteindre 200 à 500 dollars, mais ces niveaux doivent être compris comme des hypothèses particulièrement haussières et non comme des objectifs consensuels. La volatilité serait également susceptible d’être considérable : une hausse spectaculaire peut être suivie de corrections extrêmement brutales. C’est pourquoi l’achat de métaux précieux physiques doit être distingué d’un investissement spéculatif dans des sociétés minières, dont le risque opérationnel, financier et boursier est beaucoup plus élevé.

Le pari encore plus explosif : les sociétés minières aurifères

C’est ici que la thèse de Don Durrett devient véritablement spéculative. L’or physique bénéficie directement d’une hausse du métal, mais une société minière possède une structure de coûts qui peut amplifier les variations du prix de l’or. Prenons un exemple simplifié : une entreprise produisant une once d’or pour un coût total de 2 000 dollars bénéficie d’une marge de 1 000 dollars lorsque l’or vaut 3 000 dollars. Si l’or monte à 4 000 dollars, sa marge passe à 2 000 dollars. Le prix de l’or n’a progressé que de 33 %, mais la marge théorique a doublé. Ce phénomène explique pourquoi les producteurs peuvent parfois surperformer fortement le métal lorsque le cycle devient favorable. Mais l’effet fonctionne dans les deux sens : coûts énergétiques, problèmes techniques, baisse des teneurs, retards de production, accidents, dilution du capital, dette, risques politiques ou erreurs d’investissement peuvent rapidement détruire une partie de cette valeur. Autrement dit, une mine n’est pas simplement « de l’or avec un levier ». C’est une entreprise complexe dont la valorisation dépend d’une multitude de variables. Pour cette raison, l’or physique et les actions minières ne doivent surtout pas être considérés comme des produits interchangeables : le premier vise davantage la conservation de valeur, tandis que les secondes peuvent offrir un potentiel supérieur au prix d’une prise de risque beaucoup plus importante.

Pourquoi les mineurs pourraient connaître une réévaluation spectaculaire

Le raisonnement de Durrett repose également sur une idée simple : pendant une première phase d’un marché haussier, l’or peut progresser tellement rapidement que les investisseurs ne prêtent pas immédiatement attention aux producteurs. Les bénéfices des sociétés minières mettent du temps à être réévalués par le marché. Puis, lorsque les investisseurs commencent à constater l’amélioration des flux de trésorerie et des marges, les multiples de valorisation peuvent augmenter à leur tour. C’est ce double effet — hausse du métal puis expansion des multiples — qui peut produire des performances spectaculaires. Mais là encore, il faut séparer l’analyse du récit promotionnel. Une action minière capable de multiplier son cours par dix existe théoriquement ; identifier à l’avance laquelle y parviendra est extrêmement difficile. Même les meilleurs scénarios peuvent être invalidés par un problème géologique ou financier. Pour un investisseur souhaitant avant tout se protéger contre le risque monétaire, l’or physique d’investissement présente donc un profil fondamentalement différent de celui d’une petite société minière spéculative.

La correction est-elle une menace ou une opportunité ?

Un marché haussier ne monte jamais en ligne droite. C’est particulièrement vrai pour l’or, dont les phases de progression peuvent être interrompues par des corrections rapides et parfois violentes. Le scénario présenté par Durrett prévoit lui-même des phases de consolidation avant les prochaines jambes de hausse. Cette idée est importante car elle évite une erreur classique : confondre une tendance haussière de long terme avec une trajectoire parfaitement linéaire. Un investisseur qui achète après une accélération spectaculaire peut parfaitement subir une correction de 10 %, 15 % ou davantage sans que la tendance fondamentale soit nécessairement détruite. Inversement, une baisse importante ne doit pas automatiquement être interprétée comme une opportunité : si les fondamentaux changent, si les taux réels augmentent fortement ou si la demande d’investissement se contracte durablement, la correction peut devenir un retournement. Les données du World Gold Council montrent d’ailleurs que le deuxième trimestre 2026 a déjà connu un prix moyen inférieur de 8 % au record du premier trimestre. Pour cette raison, acheter de l’or physique progressivement peut être une approche que certains investisseurs préfèrent à une tentative de prédire précisément le sommet ou le point bas du marché.

Le scénario le plus inquiétant : quand la dette rencontre la récession

La situation deviendrait beaucoup plus délicate si une récession importante survenait alors que les niveaux d’endettement sont déjà élevés. C’est précisément l’un des catalyseurs évoqués dans le scénario de Don Durrett. En période normale, une récession peut être combattue par une baisse des taux et des mesures budgétaires. Mais lorsque la dette est déjà extrêmement importante, les marges de manœuvre budgétaires se réduisent et une baisse massive des taux peut entrer en conflit avec une inflation encore élevée ou avec une perte de confiance dans la monnaie. Le problème n’est donc pas simplement le niveau absolu de la dette : c’est l’interaction entre dette, croissance, inflation, taux d’intérêt et confiance. C’est dans cette interaction que peut apparaître la « doom loop » décrite par Durrett. Il faut toutefois éviter toute conclusion catastrophiste automatique : les États disposent de nombreux instruments économiques et les marchés peuvent rester fonctionnels bien plus longtemps que ne le prévoient les scénarios les plus alarmistes. Mais pour un investisseur préoccupé par les risques systémiques, posséder une allocation en or physique peut représenter une forme de diversification face à des scénarios dans lesquels les actifs financiers traditionnels deviennent simultanément plus volatils.

Le dollar peut-il réellement perdre son statut dominant ?

Le scénario ultime va encore plus loin : que se passerait-il si une crise de confiance suffisamment importante remettait en cause la place du dollar dans le système financier international ? Il serait prématuré d’annoncer la disparition du dollar. Les États-Unis disposent toujours d’un marché financier extrêmement profond, d’une monnaie largement utilisée dans le commerce international et d’un marché obligataire d’une taille exceptionnelle. Mais le monde peut progressivement devenir plus multipolaire sans qu’un remplacement brutal du dollar soit nécessaire. C’est précisément ce que semble refléter une partie du comportement des banques centrales : diversification des réserves, accumulation d’or et volonté accrue de réduire certaines vulnérabilités géopolitiques. Le World Gold Council rapporte que 83 % des gestionnaires interrogés anticipent une part plus importante de l’or dans les réserves mondiales à cinq ans. Dans ce contexte, l’or pourrait progressivement occuper davantage d’espace sans qu’une monnaie concurrente ait besoin de remplacer totalement le dollar. Pour les investisseurs particuliers, l’or physique comme réserve de valeur peut ainsi être analysé non pas comme un pari contre le dollar, mais comme une diversification face à l’ensemble des monnaies fiduciaires.

Pourquoi le scénario de 15 000 dollars reste extrêmement spéculatif

Il serait toutefois dangereux de transformer cette analyse en prophétie. Un objectif de 15 000 dollars suppose une combinaison particulièrement favorable de facteurs : poursuite de la demande des banques centrales, faiblesse relative des monnaies, progression de l’investissement privé, tensions géopolitiques persistantes, contraintes de l’offre minière et éventuellement dégradation de la confiance dans les obligations souveraines. Si plusieurs de ces éléments disparaissent, le scénario peut considérablement changer. L’or ne verse pas de dividende, ne produit pas de flux de trésorerie et peut connaître des périodes prolongées de sous-performance. Même après avoir atteint des sommets historiques en 2026, il demeure exposé aux mouvements des taux réels, du dollar et des anticipations de politique monétaire. Le fait que le World Gold Council anticipe une demande d’investissement soutenue au second semestre 2026 et une demande persistante des banques centrales constitue un facteur favorable, mais ne permet pas de déterminer le prix futur du métal. Dans ces conditions, acheter de l’or doit être envisagé comme une décision patrimoniale dépendant de l’horizon, de la tolérance au risque et de la diversification globale du patrimoine, et non comme une garantie de rendement.

Le véritable message derrière le « doom loop »

Au fond, le scénario de Don Durrett ne dit pas seulement que l’or pourrait monter. Il pose une question beaucoup plus dérangeante : combien de temps un système économique peut-il continuer à fonctionner avec une dette qui progresse plus rapidement que la capacité de la rembourser ou de la stabiliser ? La réponse dépend de nombreux paramètres et aucune date précise ne peut être sérieusement donnée. Mais les signaux qui alimentent le débat sont bien réels : dette publique élevée, volatilité des rendements obligataires, inquiétudes concernant les déficits, achats persistants d’or par les banques centrales et recherche accrue de diversification des réserves. Le World Gold Council observe notamment que les banques centrales ont fortement accéléré leurs achats d’or depuis plusieurs années et qu’elles continuent de considérer le métal comme un actif stratégique. La véritable rupture ne serait donc pas nécessairement une explosion soudaine du système, mais une lente modification du comportement des investisseurs. Si suffisamment d’acteurs commencent à considérer l’or non plus comme une assurance marginale mais comme une composante stratégique de leurs réserves, le marché pourrait entrer dans une nouvelle phase. Dans cette hypothèse, l’or physique pourrait continuer à bénéficier de cette évolution structurelle, indépendamment même de la réalisation du scénario extrême à 15 000 dollars.

15 000 dollars : prophétie ou simple scénario ?

Le chiffre de 15 000 dollars restera probablement le point le plus spectaculaire de la thèse de Don Durrett. Mais le véritable sujet est ailleurs. Le marché de l’or est déjà entré dans une configuration que beaucoup auraient jugée improbable quelques années auparavant. Le métal a dépassé 5 000 dollars au premier trimestre 2026, les banques centrales continuent d’accumuler des réserves malgré des prix historiquement élevés et les investisseurs privés restent fortement présents sur le marché. Cela ne signifie pas que 15 000 dollars constitue une destination inévitable. Cela signifie plutôt que les anciennes références utilisées pour évaluer l’or pourraient devenir progressivement moins pertinentes dans un monde caractérisé par des dettes publiques massives, des tensions géopolitiques persistantes et une volonté croissante de diversification des réserves. Le véritable risque pour l’investisseur serait alors de considérer l’or uniquement comme une matière première dont le prix doit nécessairement revenir à ses anciennes normes. Si la nature du système monétaire évolue, la fonction de l’or peut elle aussi évoluer. Et c’est précisément pour cette raison que l’or physique d’investissement mérite aujourd’hui d’être étudié comme une composante potentielle d’une stratégie patrimoniale diversifiée, plutôt que comme un simple actif spéculatif.

Conclusion : le danger n’est peut-être pas l’or trop cher, mais la monnaie qui perd de sa valeur

La question « l’or peut-il atteindre 15 000 dollars ? » est finalement moins intéressante que celle-ci : que faudrait-il pour qu’un tel prix devienne possible ? Il faudrait probablement une transformation majeure de l’environnement monétaire et financier. Une inflation durable, une dégradation de la confiance dans les obligations, une poursuite de l’accumulation d’or par les banques centrales, une baisse du pouvoir d’achat des monnaies ou une crise systémique pourraient théoriquement pousser le métal beaucoup plus haut. Mais le même raisonnement doit fonctionner dans l’autre sens : si les finances publiques se stabilisent, si la croissance accélère fortement, si l’inflation revient durablement vers les objectifs des banques centrales et si les investisseurs retrouvent une confiance élevée dans les actifs obligataires, l’argument haussier perdrait une partie de sa force. C’est donc moins une question de prédiction qu’une question de scénario. Le « doom loop » de Don Durrett est une hypothèse extrêmement haussière, intéressante parce qu’elle met en lumière les conséquences potentielles d’un endettement devenu structurel, mais elle ne doit pas être confondue avec une certitude. Dans tous les cas, la progression spectaculaire de l’or en 2026, la demande persistante des banques centrales et la transformation du comportement des investisseurs montrent que le métal jaune occupe désormais une place beaucoup plus centrale dans les débats sur le futur du système financier mondial. Pour ceux qui souhaitent étudier cette question sous l’angle patrimonial, l’achat d’or physique peut constituer une piste de diversification à examiner avec méthode, en gardant à l’esprit qu’aucun actif ne protège contre tous les risques et qu’aucune projection de prix, aussi spectaculaire soit-elle, ne peut être considérée comme garantie.

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