Or, BRICS et dédollarisation : le basculement monétaire mondial est-il déjà en marche ? – Avec Andy Schectman

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Un changement monétaire mondial qui pourrait être beaucoup plus profond qu’il n’y paraît

Le marché de l’or ne se résume plus depuis longtemps à une simple question de cours, de taux d’intérêt ou d’inflation. Derrière les mouvements parfois contradictoires du métal jaune se joue une transformation beaucoup plus profonde du système financier international. Alors que les banques centrales continuent de renforcer leurs réserves d’or, que plusieurs grandes économies cherchent à réduire progressivement leur exposition aux obligations américaines et que les pays membres des BRICS développent des infrastructures de règlement alternatives au dollar, une question revient avec de plus en plus d’insistance : sommes-nous en train d’assister aux prémices d’un nouvel ordre monétaire mondial ? Pour Andy Schectman, dirigeant de Miles Franklin Precious Metals, la réponse mérite d’être prise très au sérieux. Son analyse repose sur une idée centrale : les investisseurs et les institutions ne regarderaient plus seulement l’or comme un actif spéculatif, mais comme une forme d’assurance contre l’érosion progressive de la confiance dans les monnaies fiduciaires et dans certaines dettes souveraines. Dans cette perspective, l’accumulation de métal physique par les banques centrales, le développement des mécanismes de règlement en monnaies locales et l’émergence de nouvelles infrastructures financières liées aux BRICS constitueraient autant de pièces d’un puzzle dont l’image globale commence seulement à apparaître.

Pour les investisseurs qui souhaitent comprendre concrètement comment cette évolution pourrait se traduire sur le marché des métaux précieux, il est possible de consulter les solutions disponibles pour acheter de l’or et ainsi étudier les différentes possibilités d’exposition au métal physique.

Pourquoi la baisse de l’or à court terme ne remet pas nécessairement en cause sa tendance de fond

L’un des paradoxes les plus frappants du marché actuel réside dans la réaction parfois contre-intuitive de l’or aux annonces économiques. Théoriquement, une accélération de l’inflation, une hausse des tensions géopolitiques ou une dégradation de la confiance dans les finances publiques devraient renforcer l’attrait du métal jaune. Pourtant, à court terme, l’or peut parfaitement reculer lorsque les anticipations de taux américains évoluent, lorsque les rendements obligataires progressent ou lorsque le dollar bénéficie d’un mouvement de recherche de liquidité. Cette apparente contradiction s’explique en grande partie par le fonctionnement des marchés financiers modernes. Le prix de l’or est déterminé quotidiennement par les flux d’investissement, les contrats à terme, les arbitrages entre classes d’actifs et les anticipations concernant la politique monétaire. Une variation des taux réels peut donc provoquer une baisse temporaire du métal jaune, même lorsque les facteurs structurels qui justifient sa détention restent parfaitement présents. C’est précisément cette distinction entre le bruit de court terme et la tendance de long terme qui constitue l’un des éléments essentiels de l’analyse d’Andy Schectman.

Dans une logique patrimoniale, la question n’est donc pas uniquement de savoir si l’or monte ou baisse cette semaine. Elle consiste plutôt à déterminer ce que représente le métal jaune lorsque la confiance dans les monnaies et les dettes souveraines évolue. Pour ceux qui souhaitent examiner cette problématique sous l’angle de la détention physique, l’achat d’or physique constitue l’une des pistes régulièrement étudiées par les investisseurs qui cherchent à diversifier leur patrimoine.

Le véritable problème pourrait être la déformation progressive du prix des actifs

Selon cette lecture, le problème ne se limite pas à l’inflation mesurée par les statistiques officielles. Il concerne également la manière dont les politiques monétaires ont profondément modifié la valorisation des actifs financiers et immobiliers. Pendant de nombreuses années, des taux d’intérêt historiquement faibles ont permis aux ménages, aux entreprises et aux investisseurs d’emprunter à des conditions particulièrement favorables. Cette situation a soutenu les marchés immobiliers, les actions, les obligations et de nombreux actifs alternatifs. Mais une dette contractée à 2 ou 3 % n’a pas la même signification économique lorsque le coût du crédit remonte à 6, 7, 8 ou 9 %. Le prix théorique d’un actif peut alors se révéler extrêmement sensible au niveau des taux. Une maison dont la valeur semblait parfaitement justifiée lorsque les mensualités étaient faibles peut devenir beaucoup plus difficile à financer lorsque le coût du crédit augmente fortement. C’est ce mécanisme que Schectman résume par l’idée d’un retour à l’équilibre : lorsque les taux ont été artificiellement comprimés pendant suffisamment longtemps, la remontée du coût de l’argent peut obliger les prix des actifs à se réajuster.

Cette réflexion explique également pourquoi certains investisseurs considèrent l’or comme un actif patrimonial à étudier dans un environnement marqué par l’endettement élevé, les déficits publics et l’incertitude monétaire. Le métal jaune ne verse pas de coupon, mais il ne dépend pas non plus de la solvabilité d’un émetteur pour conserver une valeur intrinsèque en tant qu’actif physique.

La masse monétaire et l’effet Cantillon au cœur du débat

L’une des notions centrales de cette analyse est l’effet Cantillon. Celui-ci décrit notamment la manière dont une augmentation de la quantité de monnaie peut profiter de façon différente aux acteurs économiques selon l’endroit où cette nouvelle monnaie entre dans le système. Les premiers bénéficiaires peuvent accéder aux actifs avant que les effets inflationnistes ne se diffusent complètement dans l’économie. Les autres agents, qui reçoivent cette monnaie plus tard, peuvent être confrontés à des prix déjà plus élevés. Dans cette perspective, une progression importante des marchés financiers ou immobiliers peut parfois être interprétée non seulement comme le résultat de gains de productivité ou d’une meilleure rentabilité des entreprises, mais également comme une conséquence de l’abondance monétaire et du coût relativement faible du financement. C’est ici que le débat sur la mesure de l’inflation devient particulièrement important. Les indices de prix à la consommation cherchent à mesurer l’évolution du coût d’un panier de biens et services, mais ils ne reflètent pas directement toutes les variations de valorisation des actifs financiers, immobiliers ou patrimoniaux.

Pour un épargnant, cette distinction est loin d’être théorique. Si le prix des actifs augmente plus rapidement que ses revenus et son épargne disponible, son pouvoir d’achat patrimonial peut diminuer même si l’inflation officielle semble relativement contenue. C’est pourquoi certains investisseurs cherchent à conserver une partie de leur patrimoine dans des actifs réels. Dans cette optique, l’or physique peut être envisagé comme un instrument de diversification, notamment lorsque l’objectif est de ne pas dépendre exclusivement des actifs libellés dans une seule monnaie.

Pourquoi les banques centrales accumulent-elles autant d’or ?

L’argument le plus puissant en faveur d’un changement structurel du marché de l’or reste peut-être le comportement des banques centrales. Depuis plusieurs années, les achats officiels de métal jaune ont atteint des niveaux historiquement élevés. Cette tendance concerne notamment plusieurs pays émergents, mais également des institutions situées en Europe centrale et orientale. Le phénomène est particulièrement intéressant parce que les banques centrales disposent déjà d’un accès privilégié aux marchés financiers internationaux. Si elles décident malgré tout d’accroître leurs réserves d’or, c’est que le métal possède pour elles des caractéristiques spécifiques que les obligations souveraines ne peuvent pas totalement reproduire. L’or n’est la dette de personne. Il ne comporte pas de risque de crédit au sens classique. Il peut être conservé directement et constitue depuis des siècles une réserve de valeur reconnue dans de nombreuses civilisations. Il permet également de réduire, au moins partiellement, la dépendance à l’égard d’une seule monnaie de réserve ou d’un seul système financier.

Cette évolution est particulièrement importante pour les investisseurs particuliers, car les banques centrales sont généralement beaucoup moins sensibles aux mouvements de cours de quelques jours ou de quelques semaines. Leur stratégie s’inscrit sur plusieurs années, voire plusieurs décennies. Lorsque des institutions monétaires renforcent progressivement leur exposition à l’or malgré son absence de rendement courant, cela constitue un signal qu’il est difficile d’ignorer. Cela ne signifie évidemment pas que le cours du métal ne peut pas corriger. Cela signifie plutôt que détenir une certaine quantité d’or physique peut répondre à une logique patrimoniale très différente de celle d’une simple opération spéculative à court terme.

Le recul des obligations américaines change la lecture du système financier

Un autre élément mis en avant dans cette analyse concerne les obligations du Trésor américain. Pendant plusieurs décennies, les Treasuries ont constitué l’un des principaux piliers du système financier mondial. Leur profondeur, leur liquidité et leur rôle central dans les marchés internationaux ont fait du dollar et de la dette américaine des instruments essentiels pour les banques centrales, les fonds souverains et les grands investisseurs institutionnels. Mais cette situation n’empêche pas certains détenteurs étrangers de chercher progressivement à diversifier leurs réserves. Une diminution de la part des obligations américaines dans les portefeuilles officiels ne signifie pas nécessairement une rupture brutale avec les États-Unis. Elle peut simplement refléter une volonté de réduire le risque de concentration. C’est précisément cette évolution graduelle qui mérite d’être observée. Une dédollarisation véritable n’a pas besoin de prendre la forme d’un abandon soudain du billet vert. Elle peut se manifester par une succession de décisions relativement modestes : acheter davantage d’or, réduire marginalement les Treasuries, utiliser davantage les monnaies locales dans les échanges commerciaux ou développer des infrastructures permettant de régler certaines transactions en dehors du réseau financier dominé par le dollar.

Dans ce contexte, l’intérêt pour l’investissement dans l’or ne repose pas nécessairement sur l’hypothèse d’un effondrement du dollar. Il peut simplement découler d’une volonté de diversifier les risques liés à l’évolution future du système monétaire international.

Le dollar ne disparaît pas, mais ses concurrents construisent des alternatives

L’un des points les plus importants de l’analyse des BRICS consiste justement à éviter une simplification excessive. Il ne s’agit pas nécessairement de remplacer immédiatement le dollar par une nouvelle monnaie mondiale. Une telle transformation serait extrêmement complexe compte tenu de la profondeur des marchés américains, du poids du dollar dans le commerce international et de l’utilisation massive de la devise dans les transactions financières. Le scénario le plus crédible pourrait être beaucoup plus progressif : la création d’un système multipolaire dans lequel le dollar continuerait à jouer un rôle majeur tout en étant progressivement entouré de mécanismes de règlement alternatifs. Les pays concernés pourraient utiliser leurs propres monnaies pour une partie de leurs échanges et employer l’or ou d’autres mécanismes de compensation pour régler les déséquilibres. Dans une telle architecture, l’or ne deviendrait pas nécessairement une monnaie quotidienne. Il pourrait plutôt jouer le rôle d’actif de règlement final entre institutions.

Cette distinction est essentielle pour comprendre pourquoi la montée en puissance des infrastructures financières alternatives peut être importante même si le dollar conserve sa domination pendant encore de nombreuses années. Le changement ne doit pas forcément être spectaculaire pour être significatif. Chaque nouvel accord commercial réglé dans une monnaie locale, chaque nouvelle infrastructure de compensation et chaque augmentation des réserves d’or peuvent réduire légèrement la dépendance à l’ancien système. Pour les investisseurs, cette transformation progressive renforce l’intérêt d’une réflexion sur la place que pourraient occuper les métaux précieux dans un patrimoine diversifié.

Le choc énergétique pourrait renforcer les pressions inflationnistes

L’énergie constitue un autre élément déterminant. Le pétrole intervient directement ou indirectement dans une immense partie de l’économie mondiale. Transport, agriculture, industrie, construction, logistique, fabrication et distribution dépendent encore largement des hydrocarbures. Une hausse durable du prix du pétrole ou des produits raffinés peut donc provoquer un effet en cascade sur les coûts de production. Le phénomène peut être particulièrement visible sur le diesel, qui joue un rôle majeur dans le transport routier et l’agriculture. Lorsque les coûts logistiques augmentent, les entreprises doivent choisir entre réduire leurs marges ou répercuter une partie de la hausse sur leurs clients. Si le choc persiste, l’impact finit par se transmettre à de nombreux biens et services.

C’est dans ce contexte que l’idée d’une inflation plus persistante devient importante pour le marché de l’or. Le métal jaune n’est pas une protection parfaite contre chaque épisode inflationniste à court terme. Son cours dépend également des taux réels, du dollar, des flux d’investissement et de la liquidité mondiale. Mais sur des périodes longues, l’or est régulièrement considéré comme un actif permettant de préserver une partie du pouvoir d’achat lorsque la valeur des monnaies se dégrade. C’est pourquoi certains épargnants choisissent d’étudier les possibilités d’achat d’or physique lorsque les risques inflationnistes deviennent une composante importante de leur stratégie patrimoniale.

L’argent métal révèle-t-il une tension croissante sur le physique ?

Le marché de l’argent présente également des caractéristiques intéressantes. L’argent est à la fois un métal monétaire et une matière première industrielle. Il intervient notamment dans différents secteurs technologiques et industriels, ce qui lui confère une dynamique différente de celle de l’or. Andy Schectman évoque également l’évolution du swap spread sur l’argent et l’idée selon laquelle un spread fortement négatif peut traduire une plus grande difficulté à emprunter du métal physique. Il faut toutefois être extrêmement prudent dans l’interprétation de cet indicateur. Un swap spread négatif ne constitue pas automatiquement la preuve d’une pénurie mondiale d’argent. Il peut en revanche signaler que certaines formes de métal immédiatement disponibles présentent une valeur particulière pour les participants au marché.

Cette distinction entre le métal physique et les instruments financiers qui en reproduisent l’exposition est fondamentale. Un contrat, une créance ou un produit financier ne possède pas exactement les mêmes caractéristiques qu’une pièce ou qu’un lingot détenu directement. Lorsque les acteurs du marché deviennent plus soucieux de la disponibilité physique des métaux, cette différence peut prendre davantage d’importance. C’est précisément pour cette raison que certains investisseurs s’intéressent à la détention d’or physique comme composante indépendante de leur allocation patrimoniale.

La Chine renforce progressivement son infrastructure autour de l’or

La Chine constitue un autre élément majeur de cette transformation. Le pays dispose depuis plusieurs années d’une stratégie visant à renforcer son influence sur les marchés asiatiques de l’or et à développer des infrastructures financières permettant de faciliter les échanges et le règlement en monnaies locales. Le développement des capacités de stockage, de compensation et de livraison physique autour de Shanghai et de Hong Kong s’inscrit dans cette logique. L’objectif n’est pas nécessairement de provoquer une rupture immédiate avec les marchés occidentaux. Il peut s’agir de construire progressivement une infrastructure suffisamment robuste pour que les acteurs asiatiques puissent effectuer davantage de transactions dans leur propre environnement financier.

Cette évolution devient particulièrement intéressante lorsqu’elle est associée à la volonté de la Chine de diversifier ses réserves de change et à son intérêt de longue date pour l’or. Si une part croissante des transactions internationales liées aux métaux précieux peut être réglée rapidement dans une monnaie asiatique et adossée à une infrastructure physique importante, le rapport de force entre les différents centres financiers peut progressivement évoluer. Pour les particuliers, cela rappelle que l’or physique reste un actif mondialement reconnu, indépendamment du centre financier dans lequel son prix est momentanément déterminé.

Le concept de la BRICS Unit mérite une attention particulière

L’un des éléments les plus intrigants évoqués dans l’analyse concerne la BRICS Unit, présentée comme une unité numérique destinée à faciliter certains règlements entre institutions et dont la conception associerait une composante en or à un panier de monnaies des pays concernés. Il est essentiel de distinguer ici les faits établis des projections et des déclarations de différents intervenants. Le développement de mécanismes de règlement alternatifs est une tendance réelle et documentée, mais l’ampleur exacte, le degré de maturité et les modalités pratiques de ces projets doivent être examinés avec prudence. Les systèmes monétaires internationaux sont extrêmement complexes et la création d’un instrument alternatif ne signifie pas automatiquement qu’il deviendra une nouvelle monnaie de réserve mondiale.

Ce qui est réellement important, c’est le principe sous-jacent : plusieurs grandes économies cherchent à disposer de davantage d’options pour effectuer des échanges sans dépendre systématiquement d’un intermédiaire financier ou d’une monnaie unique. Si l’or est intégré à ces mécanismes comme actif de référence ou de règlement, son rôle pourrait progressivement évoluer. Il ne serait plus seulement considéré comme une réserve détenue dans les coffres des banques centrales, mais également comme une composante potentielle de l’infrastructure monétaire internationale. Dans cette perspective, posséder de l’or physique revient à détenir un actif dont les fonctions historiques pourraient retrouver une importance particulière dans un système financier plus multipolaire.

Pourquoi le scénario le plus probable pourrait être celui d’une transition lente

Les transformations monétaires majeures ne se produisent généralement pas en quelques semaines. Elles s’installent progressivement, souvent sans que le grand public en prenne immédiatement conscience. Une banque centrale augmente ses réserves d’or. Un pays réduit légèrement son exposition aux obligations américaines. Deux partenaires commerciaux décident d’utiliser leurs monnaies nationales. Une nouvelle plateforme de règlement est créée. Un centre financier développe ses capacités de stockage et de livraison de métal. Pris séparément, chacun de ces événements peut sembler relativement insignifiant. Mais lorsqu’ils se multiplient sur plusieurs années et convergent vers une même direction, leur importance devient beaucoup plus grande.

C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants de la thèse défendue par Schectman. Le scénario envisagé n’est pas nécessairement celui d’un effondrement brutal du dollar un matin donné. Il pourrait plutôt s’agir d’une érosion graduelle de son caractère incontournable. Le dollar resterait puissant, liquide et largement utilisé, mais il ne serait plus la seule option réellement crédible pour certaines transactions internationales. Dans un tel environnement, l’or pourrait bénéficier d’un regain d’intérêt institutionnel sans qu’une crise monétaire spectaculaire soit nécessaire. Pour l’épargnant, cette logique explique pourquoi l’achat progressif d’or peut être envisagé comme une stratégie de diversification plutôt que comme un pari sur un événement précis.

Le véritable risque pour l’épargnant : mesurer sa richesse uniquement en monnaie

Une idée particulièrement frappante développée dans cette analyse concerne la manière dont nous mesurons notre richesse. Un patrimoine peut augmenter en valeur nominale tout en perdre du pouvoir d’achat réel. Une maison qui passe de 250 000 à 500 000 dollars semble avoir doublé de valeur. Mais si, pendant la même période, les revenus, les biens, les services et les autres actifs ont augmenté encore davantage, le propriétaire n’est pas nécessairement deux fois plus riche en termes réels. C’est ici que l’or offre une unité de comparaison différente. Mesurer la valeur d’un logement, d’un salaire ou d’un portefeuille en quantité d’or permet de changer complètement de perspective. Ce type de comparaison ne constitue pas une méthode universelle de valorisation, mais il permet d’observer la dépréciation éventuelle d’une monnaie sur de longues périodes.

La question devient alors beaucoup plus fondamentale : faut-il uniquement chercher à augmenter le nombre d’unités monétaires détenues, ou faut-il également réfléchir à la capacité de ces unités à conserver leur pouvoir d’achat ? Cette interrogation explique pourquoi certaines familles et certains investisseurs institutionnels maintiennent une allocation aux actifs tangibles. Dans ce cadre, l’or peut constituer une réserve de valeur complémentaire à d’autres placements, sans pour autant devoir représenter l’intégralité d’un patrimoine.

La grande transformation pourrait se jouer entre 2026 et 2027

Selon le scénario présenté par Andy Schectman, les tensions accumulées pourraient devenir plus visibles au cours de la fin de l’année 2026 et en 2027. Cette projection doit évidemment être considérée comme une hypothèse et non comme une certitude. Personne ne peut connaître avec précision le niveau futur de l’inflation, des taux d’intérêt, du dollar ou du prix de l’or. Les marchés peuvent également évoluer dans une direction totalement différente de celle anticipée par les analystes. Cependant, plusieurs facteurs justifient une surveillance attentive : le niveau d’endettement public, la politique monétaire, la demande institutionnelle pour l’or, les évolutions géopolitiques, les prix de l’énergie et la fragmentation progressive du commerce international.

Dans un scénario où l’inflation reste persistante tandis que les gouvernements doivent maintenir des conditions financières compatibles avec le poids de leur dette, le débat autour de la valeur réelle des monnaies pourrait prendre une nouvelle dimension. L’or pourrait alors bénéficier simultanément de plusieurs moteurs : demande des banques centrales, demande d’investissement, recherche de diversification et inquiétudes concernant les monnaies fiduciaires. Cela ne garantit évidemment aucune performance future, mais explique pourquoi le marché de l’or mérite une place dans la réflexion patrimoniale de ceux qui cherchent à comprendre les conséquences potentielles d’un changement du système financier international.

Faut-il pour autant vendre toutes ses obligations et acheter uniquement de l’or ?

Non. C’est probablement l’une des conclusions les plus importantes à retenir. Une analyse sérieuse de la dédollarisation et de l’évolution du marché de l’or ne doit pas se transformer en appel à placer l’intégralité de son patrimoine dans un seul actif. L’or comporte lui aussi des risques. Son cours peut subir des corrections importantes. Il ne génère pas de revenu régulier comme une obligation ou certaines actions. Les coûts de stockage, d’assurance et de transaction doivent également être pris en compte lorsqu’il s’agit de métal physique. La diversification reste donc essentielle. L’objectif d’une allocation en métaux précieux peut être de réduire certains risques spécifiques, et non de remplacer toutes les autres classes d’actifs.

La véritable question consiste plutôt à déterminer quelle proportion d’un patrimoine peut raisonnablement être consacrée à des actifs réels en fonction de l’horizon d’investissement, de la tolérance au risque et des objectifs de chacun. Dans cette logique, acheter de l’or de manière progressive peut être considéré par certains investisseurs comme une façon de construire une exposition dans le temps plutôt que de tenter de prévoir le sommet ou le creux du marché.

Un nouvel ordre monétaire ne signifie pas forcément la fin du dollar

Il faut enfin se méfier des prédictions trop catégoriques annonçant une disparition imminente du dollar. Le système financier américain conserve des avantages considérables. Les marchés américains restent extrêmement profonds, le dollar demeure au cœur du commerce international et les actifs libellés dans cette monnaie jouent encore un rôle central dans les portefeuilles institutionnels. Une transition vers un monde multipolaire pourrait donc être beaucoup plus nuancée. Le dollar pourrait rester dominant tout en perdant progressivement une partie de son caractère exclusif. C’est une différence fondamentale. La question n’est pas nécessairement de savoir quelle monnaie remplacera le dollar, mais plutôt de savoir si plusieurs monnaies, plusieurs infrastructures et plusieurs actifs de règlement pourront coexister.

Dans ce nouveau paysage, l’or possède une caractéristique unique : il n’appartient pas exclusivement à un État. Une once d’or reste une once d’or qu’elle soit détenue par une banque centrale asiatique, un fonds souverain européen ou un particulier. C’est précisément cette neutralité qui explique son attrait historique. Dans un monde où les relations économiques deviennent plus fragmentées et où la confiance entre puissances évolue, l’or physique pourrait continuer à jouer un rôle de réserve de valeur internationale.

Ce qu’il faut réellement retenir de cette analyse

Le point essentiel n’est donc pas de savoir si l’or va atteindre un prix précis à une date donnée. Les prévisions de cours sont par nature incertaines et dépendent d’un nombre considérable de variables. L’enjeu beaucoup plus profond concerne la transformation progressive du système monétaire mondial. Les achats d’or des banques centrales, la diversification des réserves, le développement de mécanismes de règlement alternatifs, la montée en puissance des BRICS, l’internationalisation du yuan, les infrastructures asiatiques liées aux métaux précieux et les interrogations croissantes autour de la dette américaine forment un ensemble cohérent qui mérite d’être observé.

Pris séparément, aucun de ces phénomènes ne suffit à annoncer la fin du dollar. Ensemble, ils montrent cependant que plusieurs grandes puissances souhaitent disposer de davantage d’autonomie financière. Le monde pourrait ainsi évoluer progressivement vers un système dans lequel le dollar conserve une place centrale, mais partage davantage son influence avec d’autres monnaies, d’autres réseaux de paiement et des actifs réels comme l’or. Dans cette configuration, le métal jaune pourrait retrouver une fonction monétaire plus importante sans pour autant redevenir la monnaie utilisée quotidiennement par les consommateurs.

Pour l’investisseur particulier, la conclusion la plus raisonnable est donc de regarder au-delà des fluctuations quotidiennes. Une correction de l’or ne signifie pas nécessairement que sa fonction patrimoniale disparaît, tout comme une hausse spectaculaire ne garantit pas que le mouvement se poursuivra indéfiniment. La véritable question est celle de la diversification et de la protection du pouvoir d’achat sur le long terme. Dans cette perspective, l’achat d’or physique peut être étudié aux côtés d’autres formes d’investissement afin de construire une stratégie adaptée à son propre profil.

Conclusion : le véritable changement pourrait être déjà commencé

La thèse défendue par Andy Schectman est volontairement provocatrice, mais elle met en lumière une réalité que les marchés ne peuvent pas totalement ignorer : le système financier mondial évolue. Il ne s’agit peut-être pas d’un « grand soir » monétaire au cours duquel le dollar disparaîtrait brutalement. Il pourrait s’agir de quelque chose de beaucoup plus lent et, précisément pour cette raison, beaucoup plus difficile à détecter. Des banques centrales accumulent de l’or. Des pays cherchent à diversifier leurs réserves. Des infrastructures de règlement alternatives se développent. Les échanges en monnaies locales progressent dans certaines régions. Les BRICS cherchent à renforcer leur autonomie financière. La Chine développe son rôle dans l’écosystème mondial de l’or. Et, parallèlement, les investisseurs doivent composer avec une dette publique considérable, des politiques monétaires complexes et une inflation dont les conséquences ne se résument pas toujours à un simple chiffre mensuel.

La question n’est donc peut-être pas de savoir si le dollar va disparaître, mais si le monde est progressivement en train de construire les infrastructures nécessaires pour pouvoir fonctionner avec moins de dollars. Si cette tendance se poursuit, l’or pourrait occuper une place centrale dans ce nouvel environnement, non pas nécessairement comme monnaie de tous les jours, mais comme actif de règlement, réserve de valeur et instrument de confiance entre différents blocs économiques. Pour les épargnants, cette transformation constitue surtout une invitation à réfléchir à la composition de leur patrimoine, à leur exposition aux monnaies fiduciaires et à leur capacité à traverser différents scénarios économiques. Étudier l’achat d’or physique peut ainsi s’inscrire dans une démarche de diversification à long terme, sans que cela implique de parier sur l’effondrement imminent d’un système ou sur une hausse garantie du métal jaune.

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