Depuis plusieurs années, un mouvement profond traverse les marchés des métaux précieux. Mais depuis 2024-2026, les signaux se sont accélérés. Pour Andy Schectman, PDG de Miles Franklin, nous sommes entrés dans une phase finale : celle d’une réévaluation majeure de l’or, prélude à une transformation du système monétaire international.
Cet article décrypte, de manière pédagogique et détaillée, les mécanismes en cours : tensions sur le marché physique, flux massifs de métal, arbitrages Est/Ouest, rôle stratégique des stablecoins et hypothèse d’un relèvement officiel du prix de l’or.
Des tensions inédites sur le marché physique du COMEX
Le cœur du système occidental des métaux précieux reste le COMEX, filiale du CME Group. C’est là que se traitent les contrats à terme sur l’or et l’argent.
Un contrat argent représente 5 000 onces. Or, ces derniers mois, le nombre de contrats ouverts dépasse largement les stocks « registered » (disponibles pour livraison). Cela signifie que les promesses papier excèdent le métal réellement livrable.
Cette situation n’est pas nouvelle. Ce qui l’est, en revanche, c’est l’ampleur des livraisons physiques demandées et surtout… les retraits massifs hors des entrepôts.
Quand davantage de métal quitte les coffres que ce que les livraisons expliquent, un message apparaît : les acteurs les mieux informés veulent le métal, pas le papier.
Dans un contexte où les stocks disponibles deviennent stratégiques, comprendre les mécanismes d’achat d’or physique permet de se positionner en dehors du système de levier financier.
Un déséquilibre croissant entre papier et métal réel
Le système actuel fonctionne sur un principe simple : la majorité des contrats sont réglés en espèces et non en métal. Cela permet un effet de levier important.
Mais lorsque trop d’acteurs exigent une livraison réelle, la mécanique se grippe.
C’est ce que certains analystes décrivent comme un « jeu de chaises musicales ». Tant que peu de participants réclament leur métal, tout tient. Mais si une part significative décide de sortir du système, l’équilibre devient fragile.
Ce phénomène a déjà été observé lors d’épisodes de tensions extrêmes, notamment après la pandémie de 2020, période où l’or a dépassé les 2 000 dollars sous l’effet d’une demande physique accrue.
Face à ce risque structurel, détenir directement du métal via un achat d’or sécurisé constitue une alternative au risque de contrepartie inhérent aux produits financiers.
L’arbitrage Est/Ouest : la Chine attire le métal
Un autre signal fort réside dans l’écart de prix entre l’Occident et l’Asie, notamment via le Shanghai Gold Exchange.
Lorsque l’argent ou l’or s’échangent avec une prime significative en Chine par rapport aux marchés occidentaux, cela crée un arbitrage naturel : les traders achètent à l’Ouest et livrent à l’Est.
Mais ce qui intrigue, c’est la persistance de cette prime. Elle suggère une volonté stratégique d’aspirer le métal hors du système dollar.
Rappelons que depuis 2017, les banques centrales — notamment celles des BRICS — accumulent de l’or à un rythme record. La People’s Bank of China publie régulièrement des augmentations de ses réserves officielles.
Dans ce contexte géopolitique, l’achat d’or comme réserve stratégique n’est plus un simple placement, mais un outil de souveraineté.
Stablecoins et Genius Act : un moteur discret de hausse de l’or
Un élément central du raisonnement d’Andy Schectman concerne l’évolution réglementaire américaine autour des stablecoins, notamment via le projet souvent appelé « Genius Act ».
Le principe : des stablecoins adossés à des bons du Trésor américain court terme. Des acteurs majeurs comme Tether détiennent déjà d’importantes quantités de Treasuries.
Or, si les intérêts générés par ces titres ne sont pas redistribués mais réalloués vers l’or, cela crée une demande structurelle supplémentaire.
Dans cette logique, l’or devient l’outil parfait pour absorber la dépréciation progressive du dollar.
Historiquement, les États-Unis ont déjà réévalué l’or par décret :
- En 1933 sous Franklin D. Roosevelt (passage de 20,67 $ à 35 $)
- En 1971-73 sous Richard Nixon (fin de la convertibilité or)
L’hypothèse avancée aujourd’hui : laisser l’or monter organiquement… puis officialiser une nouvelle valorisation plus élevée.
Dans ce scénario, anticiper par un achat d’or avant réévaluation prend tout son sens.
L’or, véritable baromètre de la dévaluation du dollar
Contrairement à l’indice du dollar (DXY), qui compare le billet vert à d’autres monnaies fiat elles-mêmes affaiblies, l’or mesure la perte de pouvoir d’achat absolue.
Lorsque l’or monte, il ne « devient pas plus cher » : il révèle que la monnaie s’érode.
Avec une dette américaine dépassant 34 000 milliards de dollars et des déficits structurels persistants, une stratégie de dévaluation contrôlée apparaît plausible.
Dans ce contexte macroéconomique, l’achat d’or pour protéger son pouvoir d’achat s’inscrit dans une logique patrimoniale de long terme plutôt que spéculative.
Préparation plutôt que spéculation
Un enseignement majeur de ces derniers mois concerne la logistique : hausses des exigences de marge sur le CME Group, tensions chez les raffineurs, délais allongés chez les dépositaires.
Lors des pics de volatilité, certains produits deviennent temporairement indisponibles ou fortement décotés.
Comme pour toute stratégie de résilience, attendre la tempête pour agir est rarement optimal.
Détenir du métal physique via un achat d’or en période calme permet d’éviter les ruptures et les spreads élargis en période de stress.
Vers une réévaluation officielle ?
Andy Schectman estime que les autorités souhaitent un or « massivement plus haut ».
Pourquoi ?
Parce qu’un or élevé :
- Facilite l’absorption de la dette
- Soutient un système monétaire partiellement restructuré
- Sert d’actif de confiance dans un monde multipolaire
La question n’est peut-être plus si l’or sera réévalué, mais quand et à quel niveau.
Si un jour un décret venait fixer un nouveau prix de référence, ceux qui détiennent déjà du métal physique seraient mécaniquement repositionnés.
Dès lors, intégrer progressivement un achat d’or physique stratégique revient moins à parier sur une hausse qu’à se prémunir contre une reconfiguration monétaire.
Conclusion
Les flux physiques massifs, l’accumulation des banques centrales, la montée en puissance des stablecoins adossés aux Treasuries et les tensions récurrentes sur les marchés dérivés composent un tableau cohérent.
Nous assistons peut-être à la préparation méthodique d’une nouvelle architecture monétaire.
L’or, loin d’être un vestige du passé, redevient un pivot.
Et comme souvent dans l’histoire monétaire, ceux qui observent les mouvements silencieux des acteurs les plus informés disposent d’un temps d’avance.



NON la deuxième phase de destruction de l’or et de l’argent a commencé et ça va être violent.