La crise énergétique mondiale ne fait plus seulement peser une menace sur les prix du carburant. Elle fragilise désormais les chaînes logistiques, les marchés obligataires, les finances publiques et l’ensemble du système financier. Dans un entretien accordé à Manco 64, l’analyste Peter Carlin décrit une situation qui se dégrade rapidement : les stocks de diesel diminuent, les marges de raffinage explosent, les capacités de production ferment et les tensions géopolitiques perturbent les flux de pétrole à l’échelle mondiale.
Selon Peter Carlin, le problème ne se limite pas à une hausse temporaire des cours du pétrole. Les infrastructures énergétiques ont été progressivement négligées, les investissements dans l’exploration et le raffinage ont diminué et les gouvernements disposent de moins en moins de solutions pour compenser une rupture d’approvisionnement. Dans ce contexte, une nouvelle aggravation de la crise énergétique pourrait agir comme le déclencheur d’une crise de la dette souveraine, d’un effondrement obligataire et d’une ruée massive vers l’or et l’argent.
La pénurie mondiale de diesel continue de s’aggraver
Le diesel constitue le principal point de tension du marché énergétique mondial. Ce carburant alimente une grande partie du transport routier, des activités agricoles, de l’industrie, des groupes électrogènes et du transport maritime. Une pénurie de diesel ne provoque donc pas uniquement une augmentation du prix à la pompe : elle renchérit le coût du transport des marchandises, de la production agricole et de l’ensemble des biens de consommation.
Peter Carlin explique que les stocks disponibles sont désormais soumis à une pression considérable. Les États-Unis ont demandé à l’Europe et au Royaume-Uni de libérer une partie de leurs réserves, tandis que plusieurs pays producteurs restreignent leurs exportations. La Chine limite ses ventes de produits raffinés, la Russie maintient des restrictions sur le diesel et les exportations de produits raffinés de l’Inde ont fortement diminué. Les informations disponibles début octobre indiquent également que la Chine a suspendu une grande partie de ses exportations de carburants pour protéger son marché intérieur, alors que les stocks mondiaux de diesel étaient déjà très inférieurs aux niveaux précédant la guerre.
Cette situation crée une concurrence directe entre les pays importateurs. Chaque gouvernement cherche à sécuriser ses propres approvisionnements avant que les réserves ne deviennent insuffisantes. Le marché mondial fonctionne alors de moins en moins comme un système fluide et de plus en plus comme une succession de décisions nationales destinées à protéger les stocks domestiques. Pour Peter Carlin, cette évolution donne l’impression que chaque pays agit désormais pour lui-même, sans véritable capacité collective à résoudre le problème.
Les stocks commerciaux de diesel et de gazole en Asie seraient inférieurs d’environ 20 millions de barils aux niveaux considérés comme nécessaires avant la guerre. Les réserves d’essence chinoises seraient également inférieures aux objectifs fixés par Pékin. Dans le même temps, les perturbations au Moyen-Orient et les attaques visant des raffineries russes réduisent encore les volumes disponibles pour les autres régions du monde.
Pour les investisseurs qui souhaitent se positionner sur un actif tangible dans un environnement marqué par la pénurie, l’inflation et l’incertitude monétaire, l’achat de pièces d’or physiques peut constituer une solution à examiner.
Les marges de raffinage atteignent des niveaux extrêmes
La difficulté ne vient pas uniquement du manque de pétrole brut. Le monde manque surtout de capacité à transformer rapidement ce pétrole en diesel, en essence et en carburéacteur. Cette distinction est essentielle : un pays peut disposer de pétrole dans ses réserves tout en étant confronté à une pénurie de carburants raffinés si ses raffineries fonctionnent au maximum de leurs capacités, si elles sont arrêtées pour maintenance ou si les flux maritimes sont interrompus.
Les marges de raffinage, également appelées « crack spreads », mesurent la différence entre le prix des produits raffinés et celui du pétrole brut utilisé pour les fabriquer. Lorsque ces marges augmentent fortement, cela signifie que les raffineries peuvent vendre leurs produits à un prix très supérieur à leur coût d’approvisionnement en pétrole. Dans l’entretien, Peter Carlin souligne que les marges du diesel ont dépassé les niveaux déjà considérés comme exceptionnels quelques semaines auparavant.
Le « diesel crack spread » permet notamment d’évaluer la rentabilité théorique de la production de diesel à partir du pétrole brut. Pour le calculer, le prix du diesel est converti en valeur par baril, puis comparé au prix du pétrole. Lorsque l’écart s’élargit, cela traduit une forte tension sur le marché du diesel. Or les marges élevées ne disparaissent pas : elles continuent de progresser alors que les stocks diminuent.
La marge dite « 3-2-1 » combine deux unités d’essence et une unité de diesel pour trois unités de pétrole brut. Elle permet d’évaluer la rentabilité globale d’un schéma classique de raffinage. La progression simultanée des marges de l’essence et du diesel montre que le problème s’étend désormais à plusieurs produits énergétiques. Le marché ne fait donc pas face à une difficulté isolée concernant un seul carburant.
Cette situation profite à court terme aux raffineries encore opérationnelles, mais elle constitue un signal extrêmement négatif pour les consommateurs et pour l’économie mondiale. Les entreprises de raffinage peuvent réaliser des bénéfices élevés, tandis que les ménages, les transporteurs, les agriculteurs et les industriels subissent une hausse généralisée de leurs coûts. Ce transfert de richesse réduit le pouvoir d’achat et accentue les pressions inflationnistes.
Les raffineries ferment au moment le plus critique
La capacité mondiale de raffinage est insuffisante parce que de nombreuses installations ont été fermées, sous-investies ou retardées dans leurs opérations de maintenance. Peter Carlin insiste sur le fait que les infrastructures énergétiques ont été progressivement laissées à l’abandon. Les entreprises ont réduit leurs investissements dans les raffineries, l’exploration pétrolière et la production de gaz, alors que la demande mondiale d’énergie restait élevée.
Le Royaume-Uni illustre cette fragilité. Selon les éléments évoqués dans l’entretien, le pays disposait autrefois d’un nombre beaucoup plus important de raffineries. Il n’en compterait désormais plus que quatre, tandis que la production nationale de diesel aurait diminué d’environ un tiers en un an. La fermeture de plusieurs sites a rendu le pays fortement dépendant des importations, notamment en provenance des États-Unis.
Cette dépendance devient problématique lorsque les États-Unis eux-mêmes atteignent leurs limites. Les raffineries américaines utilisent notamment des pétroles lourds et soufrés importés pour produire des carburants à forte valeur. Si les approvisionnements en pétrole brut sont perturbés ou si les raffineries américaines doivent interrompre leur fonctionnement pour effectuer des opérations de maintenance, les volumes disponibles pour l’Europe diminuent mécaniquement.
Le Royaume-Uni importerait ainsi une part importante de son diesel des États-Unis. Mais cette solution ne peut pas fonctionner indéfiniment si les stocks américains diminuent et si les raffineries américaines doivent être entretenues. La situation crée une dépendance croisée : l’Europe a besoin des États-Unis, tandis que les États-Unis ne disposent pas d’une capacité illimitée pour approvisionner leurs partenaires.
Les données publiées début octobre décrivent également un recul important des capacités de raffinage européennes et une dépendance structurelle du continent aux importations de diesel. Les flux en provenance du golfe Persique et de Russie seraient très inférieurs à leurs niveaux antérieurs, tandis que les attaques contre les raffineries russes réduisent la production disponible.
Dans cet environnement, acheter de l’or physique sous forme de pièces peut permettre de diversifier une épargne exposée aux risques énergétiques et monétaires.
Le détroit d’Ormuz reste un point de rupture majeur
Le détroit d’Ormuz occupe une place centrale dans le commerce mondial de l’énergie. Une grande partie du pétrole et des produits raffinés du Moyen-Orient transite par cette zone maritime. Même lorsque le passage reste officiellement ouvert, les opérations militaires, les risques d’attaque, les contrôles, les détours et les difficultés d’assurance peuvent perturber considérablement les flux.
Peter Carlin estime qu’il est difficile d’obtenir une vision fiable de la situation réelle dans le Golfe. Les gouvernements, les forces militaires, les compagnies pétrolières et les acteurs du transport maritime communiquent des informations différentes selon leurs intérêts. Une déclaration indiquant que le détroit reste ouvert ne signifie donc pas que les raffineries fonctionnent normalement, que les navires circulent sans risque ou que les volumes transportés sont suffisants.
Le prix du pétrole brut constitue un indicateur plus révélateur. Dans l’entretien, Peter Carlin souligne que le Brent est repassé au-dessus de 102 dollars, malgré un dollar américain relativement fort. Une hausse du pétrole dans un environnement où le dollar progresse face à plusieurs grandes devises traduit une pression importante sur l’offre énergétique.
Les perturbations ne concernent pas seulement le pétrole brut. Les raffineries situées dans le Golfe peuvent elles-mêmes être endommagées ou fonctionner au ralenti. Les navires peuvent également se détourner vers les itinéraires les plus rémunérateurs, ce qui réduit la disponibilité des bateaux pour les autres routes commerciales. Le problème devient alors logistique autant qu’énergétique.
La multiplication des tensions au Moyen-Orient, en mer d’Oman, en mer Noire et autour de l’Ukraine augmente le risque d’une crise plus large. Chaque nouveau foyer de conflit peut affecter les ports, les terminaux, les raffineries, les routes maritimes ou les compagnies d’assurance. Le système énergétique mondial devient ainsi extrêmement vulnérable à un événement supplémentaire.
Le coût du transport maritime explose
La crise énergétique se propage rapidement au transport maritime. Les navires capables de transporter d’importants volumes de pétrole deviennent très recherchés, car les négociants veulent profiter des écarts de prix entre les régions et sécuriser les cargaisons disponibles. Les tarifs journaliers des pétroliers grimpent alors à des niveaux exceptionnels.
Peter Carlin cite l’exemple des très grands transporteurs de brut, les VLCC. Leur taux journalier de location serait passé d’environ 125 000 dollars au début de l’année à près de 1,2 million de dollars par jour. Les navires anciens, pourtant moins performants que les modèles récents, valent parfois davantage parce qu’ils peuvent être immédiatement utilisés.
Cette situation montre que le marché ne cherche plus simplement à optimiser ses coûts. Il cherche à obtenir des navires disponibles immédiatement. Les acteurs sont prêts à payer des montants très élevés pour transporter du pétrole avant qu’une nouvelle perturbation ne rende l’opération impossible. Les courtiers et les propriétaires de navires profitent de cette hausse, mais les coûts finissent par être répercutés sur les prix de l’énergie.
La flambée des tarifs ne se limite pas aux routes reliant le Moyen-Orient à l’Asie. Les prix augmentent également sur les itinéraires entre l’Afrique de l’Ouest et l’Europe, entre la côte américaine du Golfe et l’Europe, ainsi que sur les routes de la mer Noire. La guerre et les mouvements de navires désorganisent l’ensemble de la flotte mondiale.
Peter Carlin estime qu’un accord de paix immédiat ne suffirait pas à rétablir rapidement la situation. Les navires ont été réaffectés, les contrats ont été bouleversés, les stocks ont diminué et les infrastructures doivent être réparées. Même une amélioration géopolitique nécessiterait plusieurs mois avant de produire des effets concrets sur les marchés énergétiques.
La crise énergétique menace les marchés obligataires
La hausse des prix de l’énergie agit comme un choc direct sur les finances publiques. Les gouvernements doivent financer des subventions, soutenir les ménages, protéger les entreprises stratégiques et parfois libérer des réserves nationales. Dans le même temps, la hausse des coûts réduit l’activité économique et diminue les recettes fiscales.
Ce mécanisme intervient alors que les États sont déjà lourdement endettés. Depuis la crise financière de 2008, les économies mondiales ont accumulé une dette considérable grâce à des taux d’intérêt faibles, à des achats massifs d’obligations par les banques centrales et à une création monétaire importante. Le renouvellement de cette dette s’effectue désormais à des taux plus élevés.
Lorsque les obligations arrivant à échéance doivent être refinancées à un taux supérieur, la charge d’intérêt augmente. Plus la dette est importante, plus une variation même limitée des taux produit un effet massif sur les budgets publics. Une crise énergétique ajoute alors une dépense supplémentaire au moment où les États doivent déjà emprunter davantage.
Peter Carlin rejette l’idée selon laquelle la hausse de l’énergie serait l’unique cause de la crise obligataire. Pour lui, elle constitue plutôt le déclencheur visible d’un problème beaucoup plus ancien. Les fondamentaux étaient déjà fragiles : dette excessive, déficits persistants, refinancement à des taux plus élevés et absence de ralentissement de l’émission de nouvelles obligations.
Le marché obligataire peut tolérer des interventions ponctuelles, mais il ne peut pas absorber indéfiniment une accumulation de dettes toujours plus importante. Les achats de quelques milliards de dollars ne suffisent pas à modifier durablement un marché mondial évalué à plusieurs dizaines de milliers de milliards de dollars. Si les investisseurs exigent une rémunération supérieure pour conserver les obligations d’État, les rendements augmentent malgré les déclarations politiques.
La question centrale devient alors celle de la solvabilité des États. Si les dépenses énergétiques, militaires et sociales progressent simultanément, les gouvernements doivent choisir entre une hausse des impôts, une réduction des dépenses, une restructuration de la dette ou une nouvelle création monétaire. Chacune de ces solutions comporte des conséquences économiques et politiques majeures.
Pour les épargnants préoccupés par le risque de dépréciation monétaire, les pièces d’or représentent un actif physique directement accessible en dehors du marché obligataire.
Pourquoi l’or résiste malgré la hausse des taux
La progression de l’or surprend les investisseurs qui associent traditionnellement la hausse des taux d’intérêt à une baisse du métal précieux. Cette relation ne fonctionne pourtant pas toujours. Lorsque les taux augmentent parce que les investisseurs s’inquiètent de l’inflation, de la dette publique ou de la stabilité du système financier, l’or peut continuer à progresser malgré la remontée des rendements obligataires.
Peter Carlin compare la performance de l’or à celle des obligations américaines à dix ans. Selon les chiffres évoqués dans l’entretien, l’or aurait fortement progressé sur environ deux années, alors que le rendement à dix ans se situait autour de niveaux nettement plus élevés qu’auparavant. La comparaison conduit l’analyste à poser une question simple : quel actif a réellement protégé le capital sur la période considérée ?
Le rendement nominal d’une obligation ne constitue pas une protection suffisante si l’inflation, la création monétaire et la dépréciation de la devise réduisent le pouvoir d’achat. Un investisseur peut percevoir des intérêts réguliers tout en enregistrant une perte réelle lorsque le coût de la vie augmente plus rapidement que la rémunération de son placement.
L’or ne dépend pas directement de la solvabilité d’un émetteur. Une pièce détenue physiquement ne représente pas une promesse de remboursement d’un État, d’une banque ou d’une entreprise. Cette caractéristique explique pourquoi le métal est recherché lorsque les investisseurs doutent des obligations souveraines et des monnaies.
La Chine renforce cette tendance. La Banque populaire de Chine a augmenté ses réserves d’or de 740 000 onces en septembre, prolongeant à 23 mois sa série d’achats consécutifs. Les réserves officielles chinoises ont atteint environ 77,47 millions d’onces, selon les données rapportées début octobre.
Le World Gold Council indique également que les banques centrales continuent d’accumuler de l’or. En août 2026, les achats nets déclarés ont atteint 39 tonnes, la Chine, la Pologne et l’Ouzbékistan figurant parmi les acheteurs les plus actifs.
Ces achats montrent que la demande d’or ne dépend pas uniquement des investisseurs particuliers. Les banques centrales cherchent elles aussi à diversifier leurs réserves et à réduire leur dépendance aux actifs libellés en dollars. Cette demande institutionnelle apporte un soutien structurel au marché de l’or.
Une ruée vers l’or pourrait suivre une panique obligataire
Peter Carlin estime qu’une véritable panique sur la dette souveraine pourrait provoquer une ruée vers l’or. Les investisseurs internationaux ne se dirigeraient pas automatiquement vers le yuan, car cette devise reste soumise aux décisions politiques et aux contrôles de capitaux. Le dollar pourrait être recherché dans un premier temps, mais cette réaction ne supprimerait pas les problèmes liés à la dette américaine.
Dans un scénario de crise, les investisseurs cherchent généralement l’actif qu’ils peuvent détenir directement et qui n’est pas lié à la promesse de paiement d’un débiteur. L’or répond à cette logique. L’argent métal peut également bénéficier d’une forte demande, mais son marché est plus étroit et davantage influencé par la demande industrielle.
L’analyste considère que la consolidation récente du cours de l’or ne correspond pas à une fin de marché haussier. Une correction temporaire peut faire sortir les investisseurs les moins convaincus, mais elle ne suffit pas à inverser une tendance soutenue par les achats des banques centrales, les tensions géopolitiques et la crise de la dette.
Peter Carlin prévoit même un scénario dans lequel l’or connaîtrait une dernière baisse avant de repartir fortement à la hausse. Selon lui, une crise sur les marchés actions pourrait provoquer des ventes forcées, y compris sur l’or, car certains investisseurs auraient besoin de liquidités immédiates. Une fois cette phase terminée, la demande de protection pourrait reprendre avec une intensité beaucoup plus grande.
Dans cette perspective, la détention de pièces d’or physiques s’inscrit dans une stratégie de protection contre une éventuelle panique financière.
La bulle de l’intelligence artificielle détourne les capitaux
Peter Carlin identifie un autre risque majeur : la concentration des investissements dans l’intelligence artificielle. Selon lui, une part considérable des dépenses d’investissement mondiales est absorbée par les infrastructures liées à l’IA, les centres de données, les semi-conducteurs, les réseaux électriques et les équipements nécessaires au fonctionnement des modèles informatiques.
Cette concentration des capitaux crée un déséquilibre. L’argent consacré à l’intelligence artificielle n’est plus disponible pour entretenir les raffineries, développer de nouveaux champs pétroliers, renforcer les réseaux électriques ou moderniser les infrastructures industrielles. Le monde finance donc massivement une technologie à forte valorisation tout en laissant se dégrader les secteurs indispensables au fonctionnement de l’économie réelle.
Le problème est encore plus grave si les revenus futurs de l’IA ne justifient pas les investissements actuels. Les entreprises peuvent dépenser des sommes gigantesques pour construire des capacités qui ne produisent pas suffisamment de bénéfices. Les investisseurs peuvent alors réviser brutalement leurs anticipations, provoquer une baisse des valorisations et interrompre les nouveaux financements.
Peter Carlin compare cette hypothèse à l’éclatement d’une bulle historique de très grande ampleur. Si les dépenses d’investissement liées à l’IA s’effondrent, la baisse ne toucherait pas uniquement les actions technologiques. Elle pourrait affecter les banques, les fournisseurs d’énergie, les fabricants de composants, les sociétés immobilières qui construisent les centres de données et les marchés obligataires qui financent ces projets.
Un retournement de l’IA pourrait également libérer une masse de capitaux à la recherche d’un nouvel actif refuge. Les investisseurs qui avaient acheté des actions technologiques pourraient se tourner vers l’or après avoir constaté que les promesses de croissance ne correspondaient pas aux résultats réels. La déception technologique pourrait alors se transformer en fièvre de l’or.
Le risque d’un choc financier en chaîne
La combinaison de la crise énergétique, de l’endettement souverain, des tensions géopolitiques et de la bulle de l’IA forme un risque systémique. Chaque problème renforce les autres. Une hausse du pétrole alimente l’inflation, l’inflation maintient les taux à un niveau élevé, les taux aggravent la charge de la dette et la dette limite la capacité des gouvernements à financer des mesures de soutien.
Dans le même temps, les coûts élevés de l’énergie réduisent les marges des entreprises. Les sociétés fragiles peuvent faire défaut, les banques peuvent enregistrer des pertes sur leurs prêts et les investisseurs peuvent vendre les actifs les plus risqués. La baisse des marchés financiers réduit alors la richesse disponible, ce qui ralentit la consommation et accélère le ralentissement économique.
Le transport maritime ajoute une nouvelle pression. Des tarifs de fret plus élevés renchérissent les importations et ralentissent les livraisons. Les entreprises doivent constituer davantage de stocks, financer des trajets plus longs et payer plus cher les assurances. Ces dépenses alimentent à leur tour l’inflation et diminuent la rentabilité des entreprises.
Une crise énergétique prolongée peut donc devenir un choc global. Elle ne s’arrête pas aux stations-service ou aux raffineries. Elle affecte les prix alimentaires, le commerce international, les budgets publics, les taux d’intérêt et la confiance des investisseurs. C’est cette propagation en chaîne qui rend la situation particulièrement dangereuse.
Pour ceux qui souhaitent étudier les solutions de diversification liées aux métaux précieux, les pièces d’or historiques comme le Napoléon constituent une option concrète à considérer.
La crise énergétique peut-elle faire s’effondrer le système financier ?
La crise énergétique mondiale pourrait effectivement devenir le catalyseur d’un effondrement financier, mais le problème dépasse largement le seul prix du pétrole. Le système financier est déjà fragilisé par l’endettement accumulé depuis des années, la dépendance aux taux bas, la hausse des dépenses publiques et la concentration des capitaux dans certains secteurs spéculatifs.
Une rupture énergétique majeure pourrait révéler ces faiblesses en même temps. Les États devraient emprunter davantage alors que les investisseurs exigeraient des rendements plus élevés. Les entreprises verraient leurs coûts augmenter alors que la demande ralentirait. Les banques seraient exposées à la baisse de valeur des obligations, aux défauts d’entreprises et à la contraction du crédit.
Peter Carlin estime que l’or et l’argent pourraient devenir les principaux bénéficiaires de cette perte de confiance. La Chine poursuit ses achats d’or, les banques centrales renforcent leurs réserves et les investisseurs recherchent des actifs qui ne dépendent pas directement d’un débiteur. Si la bulle de l’IA éclate au même moment qu’une crise énergétique et obligataire, la demande de métal précieux pourrait atteindre un niveau inédit.
Le scénario présenté dans l’entretien est donc particulièrement inquiétant : la pénurie de diesel fragilise l’économie réelle, la hausse des coûts de transport accroît l’inflation, la dette souveraine devient plus difficile à refinancer et l’éclatement de la bulle de l’IA pourrait déclencher une panique sur les marchés financiers. Dans ce contexte, l’achat d’or physique apparaît comme l’un des moyens privilégiés par les investisseurs qui cherchent à se protéger d’une perte de confiance dans le système monétaire.
La crise énergétique mondiale ne constitue donc pas un événement isolé : elle peut devenir le point de départ d’une réaction en chaîne capable de bouleverser les marchés obligataires, les devises, les actions et les métaux précieux.