Ronnie Stoeferle, cogérant du fonds Incrementum et coauteur du rapport In Gold We Trust, maintient un objectif de 8 900 dollars l’once pour l’or d’ici 2030. Selon lui, ce niveau ne relève pas d’une fantaisie spéculative : il correspondrait simplement à une normalisation des ratios historiques entre l’or, la base monétaire américaine, l’agrégat M2 et la dette publique des États-Unis. Dans un entretien accordé à GoldSilver, l’analyste explique toutefois que l’or pourrait encore connaître une phase de baisse avant de lancer sa prochaine vague haussière, car le marché devra d’abord digérer une progression exceptionnelle de 65% enregistrée l’an dernier.
Pour comprendre l’ampleur de cette projection, il faut revenir à la trajectoire actuelle du métal jaune. Début octobre 2026, l’once d’or évoluait autour de 4 100 dollars, après avoir touché un record historique de 5 608 dollars en janvier, avant de reculer sous l’effet de rendements obligataires élevés et d’anticipations de nouvelles hausses de taux de la Réserve fédérale. Passer d’environ 4 100 dollars à 8 900 dollars d’ici la fin de la décennie exigerait donc une croissance annuelle moyenne d’environ 19,7%. C’est un rythme exigeant, mais Stoeferle rappelle que l’or a déjà progressé de 65% sur une seule année, ce qui rend ce scénario « impossible à exclure » dans un contexte de monétisation progressive du métal jaune.
Ce n’est pas la première fois que Stoeferle avance un objectif jugé excessif. En 2020, Incrementum avait présenté une « décennie dorée » avec un scénario de base à 4 800 dollars l’once pour 2030, une prévision alors largement moquée alors que l’inflation était considérée comme morte. Or, ce seuil de 4 800 dollars a déjà été atteint en 2026, ce qui donne une légitimité nouvelle au scénario inflationniste supérieur de 8 900 dollars. L’analyste estime que la question n’est plus de savoir si l’or reste un actif refuge marginal, mais si les investisseurs occidentaux vont enfin le traiter comme une véritable monnaie de réserve, comme le font depuis longtemps les investisseurs de Turquie, d’Inde, de Chine ou du monde arabe.
Dans cette logique, la détention physique reste le cœur du dispositif défensif. Stoeferle recommande environ 15% du portefeuille en « or refuge », c’est-à-dire en or physique conservé dans des juridictions sûres, sans chercher à chronométrer les achats. Pour un investisseur qui souhaite traduire cette conviction en actifs concrets, les pièces d’or historiques demeurent l’une des formes les plus accessibles et les plus liquides d’exposition au métal jaune. Vous pouvez par exemple étudier l’achat de la pièce de 20 francs Napoléon tête nue pour constituer cette réserve d’or physique.
L’argument central de Stoeferle est monétaire : si l’on valorise l’or comme de la monnaie, il faut le comparer non pas à une action ou à un indice boursier, mais à la base monétaire, à M2 ou au niveau de la dette américaine. Vu sous cet angle, l’or demeurerait relativement bon marché, même après sa forte hausse. Atteindre 8 900 dollars reviendrait, selon lui, à revenir vers la médiane de long terme de plusieurs ratios historiques. Autrement dit, ce ne serait pas nécessairement une bulle, mais une réévaluation du rôle de l’or dans un système financier où la création monétaire, les déficits et la dette souveraine pèsent de plus en plus lourd.
Cette lecture rejoint une réalité de marché de plus en plus visible : les banques centrales sont devenues les acheteurs marginaux de l’or. Le World Gold Council recense 288,9 tonnes d’achats nets au deuxième trimestre 2026, en hausse de 62% sur un an, soit le meilleur deuxième trimestre jamais enregistré. Invesco souligne également que les banques centrales achètent l’or pour diversifier leurs réserves, se protéger de l’inflation et réduire leur exposition aux risques géopolitiques. Pour s’exposer à cette tendance de fond, les investisseurs particuliers peuvent consulter la sélection de pièces d’or disponibles à l’achat.
Pourquoi l’or pourrait encore baisser avant de monter
Malgré son objectif à long terme, Stoeferle ne minimise pas les risques de court terme. Il indique que le modèle de prix de l’or d’Incrementum est passé en posture défensive dès le printemps 2026, ce qui a conduit les fonds qu’il gère à adopter une approche plus prudente. Sa raison est simple : après une hausse de 65% sur un an, la plus forte performance annuelle depuis 1979, puis des sommets historiques atteints en février et juin, le marché avait besoin de respirer. Il compare 2026 à une halte en altitude, à la constitution d’un « camp de base » avant la prochaine impulsion haussière.
Cette correction potentielle s’explique aussi par des vents contraires bien identifiés. Le marché de Dubaï, historiquement responsable de 20 à 25% des échanges mondiaux d’or selon Stoeferle, subirait les conséquences de la guerre au Moyen-Orient. Les marchés actions japonais et coréens, qui avaient constitué l’an dernier une source majeure de demande d’or, performent désormais bien, ce qui réduit l’attrait relatif du métal jaune. Enfin, la hausse des rendements obligataires de long terme pèse mécaniquement sur un actif qui ne verse ni coupon ni dividende.
Le point de bascule, selon lui, surviendra lorsque le marché comprendra que la Réserve fédérale ne peut plus relever ses taux. Stoeferle estime que la Fed pourrait encore procéder à une, voire deux hausses, mais qu’elle finira par devoir « appuyer sur le bouton panique ». Ce moment marquerait, à ses yeux, le déclenchement de la prochaine vague impulsive de l’or. Les marchés surveillent d’ailleurs étroitement les décisions de la Fed : une remontée des anticipations de hausses de taux a déjà fait reculer l’once sous 4 100 dollars en octobre 2026.
La répression financière, moteur silencieux du prix de l’or
Stoeferle développe une thèse particulièrement anxiogène pour les épargnants : les gouvernements chercheront à maintenir des taux réels profondément négatifs, c’est-à-dire une situation où l’inflation dépasse le rendement des placements sûrs. Il s’appuie sur les travaux de Russell Napier pour évoquer une « répression financière », un mécanisme par lequel l’épargne est progressivement orientée vers des actifs choisis par les États, au détriment du rendement réel des détenteurs d’obligations. Dans ce cadre, l’or redevient une assurance contre l’érosion silencieuse du pouvoir d’achat.
Cette perspective explique pourquoi l’analyste ne considère pas qu’être haussier sur l’or implique d’être baissier sur les actions. Les entreprises capables de répercuter la hausse de leurs coûts sur leurs prix peuvent continuer à créer de la valeur dans un environnement inflationniste. En revanche, il estime que les obligations doivent être abordées avec une extrême prudence, car un rendement nominal apparemment correct peut devenir une perte réelle une fois l’inflation déduite. Sa formule est brutale : « effrayez vos investisseurs pour les faire sortir des obligations ».
Stoeferle ajoute que les autorités pourraient être tentées de recalculer les indicateurs d’inflation ou d’adopter de nouvelles méthodologies, ce qui conduirait à sous-estimer l’inflation réelle. Ce risque de décalage entre l’inflation officielle et l’inflation ressentie renforce, selon lui, l’intérêt de l’or. Les banques centrales des marchés émergents l’ont déjà compris : elles achètent jusqu’à un tiers de la production annuelle mondiale d’or et se montrent peu sensibles au prix, ce qui en fait des acheteurs structurels plutôt que spéculatifs.
L’allocation idéale selon Stoeferle : 15% d’or refuge et 10% d’or de performance
Le portefeuille proposé par Stoeferle rompt clairement avec le modèle classique 60/40, composé de 60% d’actions et de 40% d’obligations. Il estime que cette répartition ne fonctionne plus dans un monde d’inflation structurellement plus élevée, de dette publique croissante et de taux réels potentiellement négatifs. Sa nouvelle allocation recommande environ 10% de matières premières, 5% de Bitcoin, 15% d’or physique de refuge et 10% d’« or de performance », composé d’actions minières aurifères et argentifères ainsi que d’argent métal.
Cette répartition distingue deux fonctions très différentes de l’or. L’or refuge, à hauteur de 15%, doit être détenu en continu, sans tentative de market timing, car il constitue une assurance monétaire contre les crises, les dévaluations et les chocs géopolitiques. L’or de performance, à hauteur de 10%, est en revanche une exposition plus volatile, qui exige une gestion active : les mines d’or et d’argent peuvent surperformer fortement lorsque le métal jaune accélère, mais elles peuvent aussi chuter bien plus vite lors des corrections.
Pour l’investisseur particulier qui ne souhaite pas gérer des actions minières au quotidien, la détention directe de métal physique reste la brique la plus simple de cette stratégie défensive. Les lingots permettent une exposition pure à l’once d’or, tandis que les pièces offrent souvent une meilleure divisibilité et une liquidité particulièrement recherchée. Une solution concrète consiste à examiner les lingots d’or afin de bâtir progressivement cette allocation d’or refuge.
L’inflation élevée n’empêche pas l’or de monter
L’objection classique contre l’or est connue : lorsque l’inflation monte, les banques centrales relèvent les taux, ce qui augmente le coût d’opportunité de détenir un actif ne rapportant rien. Stoeferle ne conteste pas ce mécanisme à court terme, mais il estime que le jeu de règles a changé depuis 2022. Dans un monde de dette publique massive, les gouvernements auront besoin de taux réels négatifs pour alléger la charge de leur dette, même si cela signifie accepter une inflation durablement supérieure à l’objectif officiel de 2%.
Il souligne que les États-Unis connaissent désormais 65 mois consécutifs au-dessus de la cible d’inflation de 2%, et il considère que la Réserve fédérale a implicitement renoncé à cet objectif. Selon lui, l’Occident entre dans un scénario proche de celui des marchés émergents : les ménages s’habituent à des prix plus élevés, à des monnaies plus faibles et à une perte progressive de confiance dans les promesses monétaires. L’exemple qu’il donne est parlant : un steak et une bière aux États-Unis, dont les prix ont fortement augmenté d’une année sur l’autre, finissent par sembler normaux aux consommateurs.
C’est précisément ce phénomène d’accoutumance qui rend l’or stratégique. Dans les pays où l’inflation et la dévaluation sont des expériences récurrentes, l’or n’est pas un placement accessoire : il constitue le socle du patrimoine. À l’inverse, l’allocation moyenne à l’or des investisseurs occidentaux resterait limitée à environ 2,7%, un niveau que Stoeferle juge dérisoire au regard des risques monétaires actuels. Les investisseurs qui souhaitent corriger cette sous-pondération peuvent explorer les pièces d’or comme première étape d’une diversification patrimoniale.
L’argent, le « petit frère sauvage » de l’or
Stoeferle est tout aussi clair sur l’argent métal : il ne croit pas à un découplage durable entre l’argent et l’or. L’argent est, selon lui, le « petit frère sauvage » de l’or, beaucoup plus volatil, mais fondamentalement dépendant de la direction prise par le métal jaune. Tant que l’or ne casse pas résolument à la hausse, il ne faut donc pas attendre de forte envolée autonome de l’argent.
Cela ne signifie pas que le marché de l’argent manque d’arguments. Stoeferle observe que les producteurs d’argent sont désormais nettement positifs en trésorerie, que les nouveaux projets miniers restent rares et que certaines sociétés du secteur présentent des valorisations intéressantes, voire un potentiel de rachat. Mais il insiste : l’argent doit être traité comme un levier sur l’or, avec une volatilité supérieure et un besoin de gestion active.
Le sentiment de marché constitue d’ailleurs un signal intéressant. Stoeferle estime que le pessimisme est particulièrement marqué dans les actions minières aurifères et argentifères, au point que de nombreux investisseurs extérieurs au secteur auraient abandonné. Pour un investisseur actif, cette désillusion peut créer des opportunités d’entrée, notamment au quatrième trimestre, à condition d’accepter la volatilité et de ne pas confondre spéculation à court terme et constitution d’un patrimoine durable.
Ce que cela signifie pour les épargnants aujourd’hui
Le message de Ronnie Stoeferle n’est pas celui d’un vendeur de rêve annonçant une hausse linéaire et immédiate. Il anticipe au contraire une poursuite possible de la correction, une volatilité élevée et des obstacles liés aux rendements, au dollar et à la politique monétaire américaine. Mais il considère que la tendance de fond reste intacte : l’or est en train de retrouver un rôle monétaire, porté par les banques centrales, l’inflation persistante, la dette souveraine et la perte de confiance dans les actifs libellés en devises.
Pour un épargnant, la leçon pratique est donc double. D’une part, il ne faut pas chercher à acheter uniquement au plus bas, car les points d’entrée parfaits sont impossibles à identifier avec certitude. D’autre part, l’or physique doit être envisagé comme une assurance de long terme, et non comme un pari boursier. Dans cette optique, la pièce de 20 francs Napoléon tête nue peut constituer une porte d’entrée historique et tangible vers l’or physique.
L’objectif de 8 900 dollars d’ici 2030 restera bien sûr débattu tant qu’il ne sera pas atteint. Mais la logique de Stoeferle est cohérente : si l’inflation reste structurellement élevée, si les taux réels deviennent négatifs et si les banques centrales continuent d’accumuler des tonnes d’or, le métal jaune pourrait connaître une réévaluation majeure. Les investisseurs qui attendront la confirmation finale du scénario risquent, selon cette analyse, de payer bien plus cher leur assurance monétaire. Pour ceux qui veulent agir dès maintenant, la sélection de pièces d’or offre un accès direct à cette classe d’actifs.