L’économiste et analyste Jim Rickards lance un avertissement sans détour : les États-Unis, et par extension les épargnants du monde entier, doivent se préparer à davantage d’inflation. Selon lui, la combinaison d’une dette publique massive, de déficits qui ne cessent de s’aggraver, de tensions sur l’énergie et d’une Réserve fédérale politiquement contrainte crée un environnement dans lequel les prix peuvent continuer à monter pendant plusieurs années. Son message central est clair : le problème n’est pas seulement l’inflation elle-même, mais la solution que les gouvernements choisiront probablement pour faire face à leur endettement, à savoir une croissance nominale obtenue en partie par l’inflation. Dans ce contexte, Rickards estime que les détenteurs d’actifs réels, notamment l’or et l’argent, se trouvent du bon côté de la bascule, tandis que ceux qui vivent de revenus fixes voient leur pouvoir d’achat fondre. Pour ceux qui souhaitent dès maintenant sécuriser une partie de leur patrimoine, acheter des pièces d’or comme le 20 francs Napoléon tête nue apparaît comme une réponse concrète à cette menace inflationniste.
La situation actuelle donne du poids à cette analyse. Aux États-Unis, l’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation a atteint 3,7 % en glissement annuel en septembre 2026, après 3,4 % en août, tandis que les prix ont progressé de 0,6 % sur le seul mois de septembre. L’énergie, et particulièrement l’essence, a été l’un des principaux moteurs de cette accélération, avec une hausse annuelle de 34,2 % du prix de l’essence et de 74,2 % du fioul. [2][14] Ce n’est donc pas une inflation abstraite ou théorique : elle se matérialise à la pompe, dans les factures, dans les transports, dans la logistique et, finalement, dans le prix de quasiment tous les biens consommés. Rickards insiste sur ce mécanisme : le carburant, le gazole et le kérosène sont des produits raffinés indispensables, dont la demande est peu élastique. Quand leur prix explose, les ménages et les entreprises ne peuvent pas simplement cesser de les consommer. Ils paient plus, puis réduisent d’autres dépenses, ce qui fragilise la consommation, ralentit l’économie et peut préparer une récession. Face à cette pression, les pièces d’or permettent de détenir un actif tangible hors du système monétaire, précisément lorsque la monnaie perd de sa valeur.
Jim Rickards commence par expliquer pourquoi la Réserve fédérale relève ses taux : parce qu’il y a de l’inflation. Mais il refuse de voir dans la Fed l’acteur tout-puissant que décrivent les médias financiers. Selon lui, la banque centrale contrôle surtout le segment très court de la courbe des taux, comme les bons du Trésor à trois, six ou douze mois. En revanche, elle a beaucoup moins de prise sur les taux à cinq, dix ou trente ans, qui déterminent les conditions de financement des ménages, des entreprises et des grands projets d’investissement. Le bon du Trésor à dix ans sert notamment de référence pour les crédits immobiliers, les baux longs, les investissements productifs et le financement des centres de données. Or, pour Rickards, ce sont l’inflation et les anticipations d’inflation qui pèsent réellement sur ces taux longs, bien plus que quelques hausses ou baisses de taux décidées par la Fed. Autrement dit, la banque centrale peut donner l’impression d’agir, mais elle ne règle pas nécessairement la cause profonde du problème. C’est précisément parce que les taux longs peuvent rester élevés malgré l’action de la Fed que la protection patrimoniale devient urgente, et l’achat de lingots d’or constitue une stratégie simple pour s’exposer à l’or physique.
Le point le plus explosif de son analyse concerne la nature réellement politique de la Réserve fédérale. Rickards affirme que l’indépendance de la Fed est, selon ses termes, une fiction. Il soutient que les présidents américains ont toujours exercé une influence sur les présidents de la Fed et que l’institution se comporte comme indépendante lorsqu’elle s’oppose à la Maison-Blanche, mais qu’elle suit la direction politique lorsque les intérêts convergent. Dans le contexte actuel, cela signifie que la Fed pourrait être poussée à paraître active contre l’inflation, même si ses outils ne s’attaquent pas aux causes structurelles du phénomène. Rickards estime que la Fed doit « faire quelque chose » pour l’image, alors même qu’une hausse des taux dans une économie déjà fragilisée par le choc énergétique pourrait aggraver le ralentissement. Ce dilemme est au cœur de sa thèse : si la banque centrale ne peut ni vaincre l’inflation d’offre ni accepter une récession profonde, la voie de moindre résistance devient l’inflation prolongée. Dans un tel scénario, l’or physique reste l’un des rares actifs qui ne dépend pas d’une promesse de remboursement.
Rickards rappelle ensuite une leçon historique essentielle : l’inflation des années 1970. Entre 1977 et 1981, le dollar américain aurait perdu environ 50 % de son pouvoir d’achat en cinq ans, selon ses propos. Pourtant, l’inflation avait temporairement reculé après 1974, non pas parce que le problème avait été résolu, mais parce que l’économie était entrée dans une récession sévère. C’est ce danger qu’il voit aujourd’hui : l’inflation peut finir par baisser, mais pour de mauvaises raisons, notamment si le chômage grimpe fortement. Il évoque un scénario où le chômage atteindrait 8 % ou 9 %, ce qui ferait mécaniquement retomber les prix tout en détruisant emplois, revenus et patrimoines. Autrement dit, la baisse de l’inflation ne serait pas une victoire, mais le symptôme d’une économie en panne. Cette perspective explique pourquoi il appelle à ne pas se contenter d’attendre : il faut anticiper, restructurer son patrimoine et se placer du côté des actifs qui résistent à l’érosion monétaire. Pour concrétiser cette protection, le 20 francs Napoléon tête nue est une pièce d’or historique recherchée par les épargnants.
La dette publique constitue l’autre pilier de son avertissement. Rickards situe la dette fédérale américaine autour de 41 000 milliards de dollars et le ratio dette/PIB à environ 125 %, un niveau historiquement élevé. Il précise toutefois que le problème n’est pas de « rembourser » la dette, ce qui n’est ni nécessaire ni réaliste, mais de la refinancer en permanence : lorsque les anciennes obligations arrivent à échéance, l’État doit émettre de nouvelles dettes pour les remplacer et payer les intérêts. Or, les taux actuels rendent cette opération de plus en plus coûteuse. Les données récentes confirment l’ampleur du phénomène : les intérêts nets de la dette fédérale américaine ont dépassé 1 000 milliards de dollars pour l’exercice 2026, contre 970 milliards en 2025, tandis que le déficit fédéral a atteint 1 990 milliards de dollars, en hausse de 12 % sur un an. [7][10] Rickards considère que cette dynamique rend une politique d’austérité crédible politiquement improbable, ce qui renforce selon lui le scénario de l’inflation comme méthode de gestion de la dette. Dans ce cadre, investir dans des pièces d’or permet de détenir une réserve de valeur reconnue depuis des siècles.
Pourquoi la Fed ne peut pas vraiment vaincre cette inflation
Jim Rickards développe une distinction fondamentale entre deux formes d’inflation. La première est l’inflation par les coûts, ou cost-push. Elle naît lorsque le prix des intrants essentiels augmente : pétrole, gazole, carburants, métaux, énergie, transport ou matières premières. Cette inflation traverse toute la chaîne économique, car chaque produit fini dépend, à un moment ou à un autre, du transport routier, de l’énergie ou de composants industriels. Rickards souligne que l’essence, le diesel et le kérosène ne sont pas des produits facultatifs : les ménages doivent remplir leur réservoir pour travailler, conduire les enfants à l’école ou se déplacer, tandis que les entreprises doivent acheminer leurs marchandises. Lorsque ces coûts augmentent, ils se répercutent sur les prix de vente, sur les marges, sur les salaires et sur le niveau général des prix. Le risque est alors double : l’inflation érode le pouvoir d’achat, mais la hausse des coûts peut aussi provoquer une récession en réduisant la consommation discrétionnaire. C’est exactement le mécanisme qu’il décrit lorsque les ménages renoncent à un restaurant, à des vêtements ou à des vacances pour absorber le choc du carburant. [2][14]
La seconde forme, plus dangereuse selon Rickards, est l’inflation par la demande, ou demand-pull. Elle apparaît lorsque les consommateurs anticipent des prix plus élevés demain et décident d’acheter immédiatement. Une personne qui prévoit qu’une machine à laver, une voiture ou des matériaux de construction coûteront plus cher dans six mois peut avancer son achat. Ce comportement, rationnel à l’échelle individuelle, devient collectivement inflationniste : la demande anticipée se concentre sur le présent, les stocks se tendent et les vendeurs relèvent leurs prix. Rickards estime que l’économie américaine est « dangereusement proche » de ce point de bascule, sans y être encore totalement. Si cette psychologie s’installe, l’inflation cesse d’être un simple choc passager pour devenir un phénomène auto-entretenu. C’est ce type de dynamique qui, selon lui, rend l’inflation extrêmement difficile à écraser, car elle ne dépend plus seulement de l’offre ou de la politique monétaire, mais aussi des comportements et des anticipations de millions d’acteurs économiques.
À cela s’ajoute une troisième force : la politique budgétaire. Rickards affirme que la politique monétaire compte beaucoup moins que la politique budgétaire dans la formation de l’inflation actuelle. Lorsque l’État dépense massivement alors que l’économie tourne déjà proche de sa capacité maximale, il injecte de la demande sans nécessairement obtenir davantage de production. Le résultat n’est pas une hausse de l’offre, mais une hausse des prix. Les dépenses militaires, les programmes sociaux, les subventions, les investissements publics et les intérêts de la dette alimentent ce circuit. Rickards estime que ni les Républicains ni les Démocrates ne sont en mesure de réduire sérieusement les déficits : les premiers augmentent les dépenses de défense, les seconds souhaitent renforcer les dépenses sociales, et les deux orientations se cumulent. Il en conclut que les déficits continueront de se creuser, que la dette continuera d’augmenter et que cette trajectoire alimentera l’inflation. Les chiffres du Trésor américain confirment cette tendance, avec un déficit de 1 990 milliards de dollars en 2026 et des dépenses totales de 7 400 milliards de dollars, en hausse de 6 %, tandis que les recettes n’ont progressé que de 3 %. [10]
La dette américaine : pourquoi Rickards ne craint pas un défaut
Contrairement à une partie du discours ambiant, Jim Rickards ne prédit pas un défaut de paiement des États-Unis. Son raisonnement est simple : les États-Unis empruntent dans leur propre monnaie, le dollar, qu’ils peuvent créer. Il oppose cette situation à celle de l’Argentine, qui emprunte en dollars mais émet des pesos, ou à celle de l’Italie, qui emprunte en euros sans contrôler la création monétaire de la Banque centrale européenne. Pour Rickards, un pays qui emprunte dans une monnaie qu’il ne maîtrise pas peut réellement se retrouver en crise de dette. Les États-Unis, en revanche, disposent d’une soupape : ils peuvent émettre davantage de dette et le système financier peut l’absorber. Il rappelle que la Fed achète des titres du Trésor auprès des primary dealers, un petit groupe d’environ vingt banques autorisées à traiter directement avec elle, et paie ces titres avec de la monnaie créée ex nihilo.
Mais Rickards apporte immédiatement une nuance technique capitale : cette création monétaire par la Fed ne provoque pas, selon lui, l’inflation directement. Lorsque la Fed achète des titres, les banques reçoivent des réserves excédentaires qu’elles déposent souvent à nouveau auprès de la Fed. Ce mécanisme, appelé stérilisation, signifie que la monnaie créée ne circule pas nécessairement dans l’économie réelle : elle n’est pas prêtée, dépensée ou injectée dans les comptes courants des ménages. Pour Rickards, la véritable source d’inflation réside dans la création de crédit par les banques commerciales elles-mêmes. Lorsqu’une banque accorde un prêt immobilier, un crédit à la consommation, un financement d’entreprise ou un crédit de construction, elle crée un dépôt qui entre réellement dans l’économie. C’est cette monnaie bancaire, et non la simple création de réserves par la Fed, qui peut faire monter les prix. Cette distinction explique pourquoi il juge que les commentaires habituels sur la « planche à billets » de la Fed sont souvent hors sujet.
Le vrai enjeu, pour Rickards, n’est donc pas l’impossibilité de financer la dette, mais le prix de ce financement et ses conséquences. Les États-Unis peuvent continuer à emprunter, mais chaque refinancement à des taux plus élevés alourdit la charge d’intérêts. En 2026, les intérêts bruts de la dette fédérale ont atteint 1 360 milliards de dollars, avec un taux d’intérêt moyen de 3,53 %, plus du double du niveau observé en 2021. [10] Rickards souligne que les États-Unis ont déjà connu une situation comparable après la Seconde Guerre mondiale : en 1945, le ratio dette/PIB atteignait environ 120 %, avant de retomber à environ 30 % en 1980. Mais il insiste sur la méthode employée : la dette n’a pas été remboursée, le déficit n’a pas été supprimé, et la dette nationale a même triplé. Ce qui a changé, c’est le dénominateur. Le PIB nominal a été multiplié par dix, grâce à la croissance réelle, mais aussi à l’inflation. C’est précisément ce modèle, selon lui, que Washington pourrait réutiliser.
L’inflation comme solution silencieuse à la dette
C’est ici que l’analyse de Rickards devient particulièrement glaçante. Il affirme que tous les problèmes évoqués — dette trop élevée, déficits persistants, intérêts insoutenables, système bancaire fragilisé — peuvent être « résolus » par l’inflation. Non pas parce que l’inflation serait bonne, ce qu’il refuse explicitement, mais parce qu’elle permet de réduire en termes réels le poids des dettes nominales. Si un État doit rembourser 1 000 dollars dans dix ans, mais que la monnaie a perdu une grande partie de son pouvoir d’achat entre-temps, la charge réelle de cette dette diminue. Rickards rappelle que le ratio dette/PIB est calculé en valeurs nominales : le PIB nominal comprend la croissance réelle et l’inflation. Ainsi, une économie qui croît de 3 % en volume mais subit 6 % d’inflation affiche une progression nominale de 9 %. Composée sur plusieurs décennies, cette dynamique peut transformer radicalement le rapport entre la dette et la taille de l’économie.
Il illustre ce mécanisme avec son propre expérience immobilière au début des années 1980. À l’époque, il contracte un prêt immobilier à 13 %, un taux qui paraît prohibitif. Mais l’inflation atteint alors environ 15 %, ce qui rend son coût réel négatif. Ajouté à la déductibilité fiscale des intérêts dans un système fiscal alors très progressif, le résultat est que l’emprunteur est en réalité favorisé par l’inflation. Rickards en tire une leçon structurelle : l’inflation crée des gagnants et des perdants. Les gagnants sont ceux qui possèdent des actifs réels — or, argent, immobilier —, ceux qui sont endettés à taux fixe, ou ceux dont les revenus peuvent être réévalués rapidement. Les perdants sont les retraités, les bénéficiaires de pensions à prestations définies, les épargnants placés en produits à revenu fixe et tous ceux dont les revenus ne suivent pas la hausse des prix. Il qualifie ce résultat d’injuste, mais il estime qu’il faut l’analyser froidement pour protéger son patrimoine.
C’est pourquoi son conseil macroéconomique est sans ambiguïté : lorsque l’inflation devient visible, il faut restructurer son portefeuille avant que le phénomène ne s’installe. Il ne s’agit pas de spéculer, mais de changer de camp. Tant que l’épargne reste dans des instruments nominaux, elle est exposée à l’érosion silencieuse du pouvoir d’achat. En revanche, les actifs physiques offrent une autre logique : ils ne promettent pas un remboursement en monnaie future, ils représentent une valeur en soi. L’or, en particulier, n’est la promesse d’aucun gouvernement, d’aucune banque centrale et d’aucune entreprise. C’est cette absence de contrepartie qui explique, selon la logique de Rickards, son rôle de protection dans les périodes de perte de confiance monétaire. L’or cotait environ 4 027 dollars l’once le 23 octobre 2026, après avoir atteint un record historique de 5 608 dollars en janvier 2026, ce qui illustre à la fois sa volatilité et l’intensité de la demande pour les actifs refuges. [4][13]
La Chine, l’or et la pénurie mondiale de dollars
Jim Rickards s’attaque également à un récit très répandu : celui d’une Chine qui « viderait » ses réserves de dollars pour se débarrasser du système américain. Pour lui, cette interprétation est erronée. La Chine réduit bien ses avoirs en titres du Trésor américain, mais cela ne signifie pas qu’elle abandonne le dollar. Au contraire, Rickards affirme qu’il existe une pénurie mondiale de dollars et que Pékin a besoin de dollars pour soutenir le yuan et stabiliser son système bancaire. Les titres du Trésor ne sont pas de la monnaie liquide : ce sont des actifs financiers. Pour obtenir des dollars, la Chine peut vendre ces titres ou les laisser arriver à échéance. Selon Rickards, cette réduction des avoirs en Treasuries traduit donc une demande urgente de liquidités en dollars, et non une fuite hors du dollar.
En parallèle, la Chine achète massivement de l’or. Rickards reconnaît qu’il est difficile de distinguer les achats officiels des achats privés, mais il estime que les flux observés à travers les exportations suisses et les importations via Hong Kong confirment une accumulation importante. Il rappelle que l’or a dépassé les titres du Trésor comme première réserve mondiale en valeur, mais il refuse d’y voir uniquement une preuve d’achats records : la hausse du prix de l’or a mécaniquement augmenté la valeur des stocks déjà détenus. Selon lui, l’or est passé d’environ 1 800 dollars à plus de 5 400 dollars l’once avant de revenir autour de 4 300 dollars, une évolution qui a considérablement gonflé la valeur des réserves aurifères. [4][12] Rickards estime par ailleurs que la Chine pourrait détenir beaucoup plus d’or que ne l’indiquent ses déclarations officielles, notamment via la State Administration of Foreign Exchange, ou SAFE, qui pourrait détenir entre 2 000 et 4 000 tonnes supplémentaires hors bilan.
Il rejette également l’idée que les BRICS disposeraient déjà d’une monnaie commune adossée à l’or ou que le yuan pourrait devenir une monnaie de réserve adossée à l’or. Son argument est arithmétique : la masse monétaire chinoise est très importante, tandis que le ratio or/masse monétaire resterait selon lui autour de 2 % sur la base des données publiques. Même en supposant que la Chine détienne deux fois plus d’or qu’elle ne l’annonce, cela ne suffirait pas, selon Rickards, pour adosser solidement le yuan à l’or. Cette analyse ne minimise pas l’importance de l’or pour la Chine ; elle souligne au contraire que Pékin accumule l’or parce qu’il représente une réserve stratégique, mais sans que cela implique immédiatement un remplacement du dollar. Pour les épargnants, la leçon reste la même : les grandes puissances achètent de l’or parce qu’elles considèrent ce métal comme un actif de dernier recours, et les particuliers peuvent suivre cette logique en acquérant des pièces d’or physiques pour diversifier leur épargne.
Le piège du yen et le risque d’une panique financière mondiale
Rickards identifie un risque qu’il juge plus immédiat que la dette américaine elle-même : le dénouement du carry trade en yen. Ce mécanisme consiste, de manière simplifiée, à emprunter en yens à des taux très bas pour investir dans des actifs plus rémunérateurs ailleurs dans le monde. Tant que le yen reste faible et que les taux japonais restent bas, le système fonctionne. Mais lorsque les taux japonais montent ou que le yen se renforce brutalement, les positions doivent être dénouées : les investisseurs vendent des actifs, rachètent des yens et provoquent une vague de ventes qui peut se propager aux marchés mondiaux. Rickards estime que ce risque est bien plus susceptible de déclencher une panique financière mondiale que la situation budgétaire américaine.
Il explique que le Japon a commencé à vendre des titres du Trésor américain pour obtenir des dollars, puis acheter des yens afin de soutenir sa monnaie. Cette vente de Treasuries fait mécaniquement pression sur les taux américains, ce que la Maison-Blanche ne souhaite pas voir se produire avant les élections de mi-mandat. Rickards affirme que le secrétaire au Trésor Scott Bessent aurait proposé au Japon un swap de devises d’environ 50 milliards de dollars : le Japon recevrait des dollars pour soutenir le yen, sans avoir à vendre massivement ses Treasuries. Selon lui, cette opération ne fait que gagner du temps. Une fois les élections passées, le Japon pourrait reprendre ses ventes pour faire face à la pression sur le yen. Ce scénario illustre la fragilité des marchés obligataires mondiaux : un pays peut être contraint de vendre ses réserves non pas parce qu’il perd confiance dans le dollar, mais parce qu’il doit défendre sa propre monnaie.
Rickards ajoute que les États-Unis disposent d’autres leviers pour absorber la vente de Treasuries, notamment en demandant aux grandes banques américaines d’acheter des titres du Trésor. Il estime que ces banques obéiraient, car le Trésor dispose d’un pouvoir de régulation et de supervision considérable sur elles. Mais cette solution a un coût : si les banques doivent immobiliser davantage de Treasuries dans leurs bilans, elles disposent de moins de capacité pour prêter à l’économie réelle. Si en outre ces titres perdent de la valeur en termes réels à cause de l’inflation, la solidité des bilans bancaires se dégrade. Rickards voit donc une chaîne de conséquences : plus de dette, plus d’intérêts, plus de pression sur les banques, moins de crédit, puis un risque de ralentissement économique. Et lorsque le système se tend, les autorités choisissent selon lui de sauver les banques, quitte à créer les conditions d’une inflation plus forte.
Silicon Valley Bank : le précédent qui change tout
Pour étayer cette thèse, Rickards revient sur la faillite de Silicon Valley Bank en 2023. Selon son récit, la banque a fait face à une ruée sur les dépôts, tandis que 97 % de ses dépôts n’étaient pas couverts par la garantie fédérale de la FDIC. Les autorités ont d’abord envisagé de traiter les déposants non assurés comme des créanciers ordinaires, avec un certificat dont la valeur aurait dépendu de la liquidation des actifs. Mais sous la pression des entreprises technologiques, qui risquaient de ne plus pouvoir payer leurs salaires, la FDIC, la Fed et le Trésor ont annoncé que tous les dépôts seraient protégés, au-delà des limites habituelles de l’assurance. Pour Rickards, cette décision a créé un précédent majeur : de facto, l’ensemble du système bancaire américain a bénéficié d’une garantie implicite des dépôts.
Il souligne également que la Fed a permis aux banques d’échanger des titres du Trésor dont la valeur de marché avait chuté contre leur valeur nominale, via un mécanisme de prêt à un an. Des obligations achetées autour de 2 % alors que les taux montaient vers 3 %, puis davantage, se trouvaient sous l’eau. Plutôt que de laisser les banques constater ces moins-values, la Fed leur a offert la valeur nominale en échange des titres. Rickards y voit une nouvelle rupture avec la discipline de marché : les dépôts sont garantis sans limite et les titres sont traités comme s’ils valaient leur pair, même lorsque leur valeur réelle est inférieure. Sa conclusion est sans appel : les autorités feront « tout ce qu’il faut » pour éviter l’insolvabilité bancaire. Mais la conséquence de ces sauvetages, selon lui, est l’inflation. C’est le cœur de son message : le système ne s’effondrera pas nécessairement, mais il sera sauvé au prix d’une dégradation continue de la monnaie.
Élections, paralysie politique et déficits sans fin
Jim Rickards relie ensuite cette situation à la politique américaine. Il anticipe que les Républicains conserveront le Sénat, tandis que la Chambre des représentants reste incertaine. Mais, quel que soit le résultat, il ne voit émerger aucun programme bipartite sérieux pour réduire les déficits. Selon lui, les Démocrates pourraient lancer des enquêtes, des auditions et des procédures d’impeachment, tandis que les Républicains continueraient à augmenter les dépenses de défense. Les Démocrates, de leur côté, souhaiteraient renforcer les dépenses sociales, la santé, le logement et les aides alimentaires. Rickards en conclut que les deux camps contribueront à aggraver la trajectoire budgétaire, sans qu’aucun ne soit en mesure d’imposer une discipline fiscale crédible.
Cette paralysie a une conséquence directe sur l’inflation. Si les déficits continuent de croître alors que l’économie est déjà soumise à des chocs d’offre, l’État injecte de la demande dans un système qui ne peut pas produire davantage. Rickards estime que cela crée une inflation particulièrement difficile à combattre, car elle ne provient pas uniquement d’un excès temporaire de demande, mais d’une combinaison de coûts énergétiques, de dépenses publiques et d’anticipations. Les chiffres de septembre 2026 montrent que cette pression est déjà visible : l’inflation globale a atteint 3,7 %, l’inflation sous-jacente 2,6 %, et les prix du logement ont progressé de 3,2 % sur un an. [2][15] Pour Rickards, ce n’est pas un retour transitoire vers 2 %, mais le début possible d’une phase inflationniste plus longue.
Énergie, diesel et le vrai prix du pétrole
Rickards consacre une part importante de son analyse au marché de l’énergie, qu’il considère comme l’un des déclencheurs les plus concrets de l’inflation actuelle. Il explique que le problème ne se limite pas au brut : ce sont surtout les produits raffinés — essence, diesel, kérosène — qui déterminent les prix ressentis par les ménages et les entreprises. Or, selon lui, des raffineries dans le monde ont été détruites, fermées ou mises hors service, ce qui réduit la capacité à transformer le pétrole brut en carburants utilisables. Cette pénurie de capacité de raffinage fait grimper l’écart entre le prix du brut et celui des produits raffinés, appelé crack spread. Rickards affirme que cet écart, habituellement proche de 20 dollars le baril, dépasserait 100 dollars, ce qui impliquerait, selon son calcul, un prix réel du pétrole bien supérieur aux cotations des contrats à terme.
Il critique l’utilisation des contrats à terme Brent ou WTI comme indicateurs du prix réel du pétrole. Selon lui, ces contrats reflètent surtout un équilibre entre positions acheteuses et vendeuses, avec une échéance à un ou deux mois, et ne capturent pas nécessairement le prix payé pour une cargaison physique livrée à une raffinerie. Rickards affirme que le prix d’une cargaison physique de pétrole peut atteindre environ 140 dollars le baril, un niveau bien plus cohérent, selon lui, avec le prix implicite de 180 dollars obtenu en intégrant un écart de raffinage normal. Si cette analyse est correcte, l’inflation énergétique n’est pas un accident passager : elle résulte d’une contrainte physique sur la capacité de raffinage et d’une demande mondiale qui reste forte, notamment avec le retour de la Chine comme grand acheteur de pétrole.
Rickards évoque également le retour de la Chine sur le marché pétrolier. Après avoir réduit ses achats pendant la période de guerre, Pékin aurait progressivement augmenté ses importations pour dépasser à nouveau 10 millions de barils par jour. Cette demande supplémentaire, combinée à des capacités de raffinage réduites et à des tensions géopolitiques, renforce la pression sur les prix. Pour Rickards, cela alimente directement l’inflation par les coûts. Et lorsque l’énergie devient plus chère, elle se propage à l’alimentation, aux transports, à l’industrie, au logement et aux services. C’est ce caractère transversal qui rend le choc énergétique si dangereux : il ne reste pas confiné au prix à la pompe, il se diffuse dans l’ensemble de l’économie.
Métaux critiques, intelligence artificielle et pénuries structurelles
Le dernier pilier de l’analyse de Rickards concerne les métaux critiques et l’intelligence artificielle. Il observe que les systèmes d’armement traditionnels deviennent plus vulnérables face aux drones, aux systèmes autonomes et aux technologies fondées sur l’IA. Cette évolution oblige les États à moderniser massivement leurs équipements militaires, leurs réseaux électriques, leurs infrastructures numériques et leurs capacités industrielles. Or, cette transition exige des quantités considérables de métaux stratégiques : terres rares, gallium, cuivre, lithium, nickel et autres matériaux indispensables aux batteries, aux semi-conducteurs, aux moteurs électriques, aux réseaux et aux systèmes de défense. Rickards estime que la demande va exploser alors que l’offre n’a pas été suffisamment investie depuis une quinzaine d’années.
Il précise que les terres rares ne sont pas nécessairement rares en termes géologiques, mais qu’elles sont difficiles et coûteuses à extraire, séparer et raffiner. La Chine domine une grande partie de cette chaîne de valeur, et reconstruire des capacités alternatives en Occident prendra selon lui entre cinq et dix ans. Ouvrir une mine, obtenir les autorisations, construire les installations, recruter les compétences, produire puis raffiner les métaux relève de cycles très longs. Rickards en tire une conclusion simple : même si les prix montent, l’offre ne peut pas répondre immédiatement. Cette rareté structurelle devrait donc soutenir les prix des métaux critiques. Il ajoute que l’accès à certaines ressources russes pourrait devenir un enjeu géopolitique majeur, notamment si Washington cherchait à se rapprocher de Moscou pour isoler Pékin.
Cette pression sur les métaux stratégiques rejoint la thèse centrale de Rickards sur les actifs réels. Dans un monde où les gouvernements dépensent massivement, où les chaînes d’approvisionnement sont fragiles et où la demande industrielle explose, les ressources physiques redeviennent centrales. L’or occupe une place particulière dans cet univers : il n’est pas un métal industriel de masse, mais il est la réserve de valeur historique par excellence. Lorsque la confiance dans les monnaies fiduciaires diminue, les banques centrales, les fonds souverains et les investisseurs privés se tournent vers lui. L’or était coté autour de 4 127 dollars l’once le 21 octobre 2026, tandis que l’argent atteignait environ 57 dollars l’once, ce qui montre que les métaux précieux restent au centre des stratégies de couverture. [12]
Qui gagne et qui perd quand l’inflation s’installe
La conclusion pratique de Jim Rickards est d’une brutalité rare : l’inflation ne frappe pas tout le monde de la même manière. Elle récompense ceux qui détiennent des actifs réels, sont endettés à taux fixe ou peuvent augmenter rapidement leurs revenus. Elle punit ceux qui vivent de salaires peu indexés, de pensions fixes, de rentes, d’épargnes placées en obligations ou de comptes rémunérés dont le rendement reste inférieur à l’inflation. Rickards insiste sur le fait que ce mécanisme est profondément injuste : les personnes les plus fragiles, souvent les retraités et les ménages modestes, sont précisément celles qui disposent du moins de leviers pour se protéger. Mais il estime que l’analyse ne doit pas s’arrêter à cette indignation : il faut comprendre la mécanique pour agir.
Son conseil est donc de ne pas attendre que l’inflation soit pleinement installée pour réagir. Selon lui, il faut restructurer son portefeuille dès que les signaux apparaissent : accélération des prix de l’énergie, déficits persistants, dette qui se renchérit, banques centrales politiquement contraintes et tensions géopolitiques. Dans cette configuration, l’or et l’argent ne sont pas des paris spéculatifs, mais des assurances patrimoniales. Ils ne produisent pas de rendement, ne versent pas de coupon et ne promettent pas de dividende. Leur force réside précisément dans cette absence de dépendance : ils ne peuvent pas être émis à volonté par un gouvernement, ni annulés par une banque centrale, ni dilués par une décision politique. C’est cette caractéristique qui explique leur rôle dans les périodes de perte de confiance monétaire.
Pour un épargnant français, la traduction concrète de cette analyse consiste à s’exposer progressivement à l’or physique, plutôt qu’à rester entièrement exposé à des actifs nominaux. Les pièces d’or présentent l’avantage d’être divisibles, reconnaissables, liquides et adaptées à une constitution progressive d’un patrimoine. Le 20 francs Napoléon tête nue est particulièrement populaire auprès des investisseurs européens en raison de son histoire, de sa reconnaissance internationale et de son format accessible. Les lingots conviennent davantage à ceux qui souhaitent acquérir des quantités plus importantes avec une prime potentiellement plus faible par gramme. Dans les deux cas, l’objectif est le même : détenir une partie de son épargne hors du système monétaire et hors de la promesse de remboursement d’un État endetté.
Le message final de Jim Rickards
Le message final de Jim Rickards peut se résumer en une phrase : préparez-vous à davantage d’inflation. Il ne dit pas que la récession est impossible, ni que les prix ne pourront jamais reculer. Il dit au contraire qu’une récession pourrait faire temporairement baisser l’inflation, mais au prix d’un chômage élevé, d’une contraction du crédit et d’une destruction de richesse. Il dit également que les États-Unis ne feront probablement pas défaut sur leur dette, parce qu’ils peuvent émettre leur propre monnaie. Mais il affirme que le coût de cette capacité à éviter le défaut sera l’inflation. Autrement dit, le système sera sauvé, mais les épargnants pourraient en payer le prix à travers l’érosion de leur pouvoir d’achat.
C’est pourquoi Rickards invite à regarder au-delà des annonces de la Fed et à se concentrer sur les véritables forces structurelles : dette, déficits, énergie, métaux critiques, géopolitique et comportement des épargnants. Tant que ces forces poussent dans la même direction, il considère que l’inflation restera une menace centrale. Et tant que cette menace persistera, les actifs réels garderont un rôle de protection. L’or, l’argent, l’immobilier et les ressources physiques ne sont pas des solutions magiques, mais ils appartiennent selon lui au camp des gagnants dans un monde où la monnaie perd progressivement de sa valeur. Pour ceux qui veulent agir concrètement, l’achat de pièces d’or physiques constitue une première étape de protection patrimoniale, avant que l’inflation ne poursuive son travail silencieux.