L’image de la semaine nous vient de Chine, où la moitié du pays est en confinement strict. 90% des villes les plus peuplées sont en quarantaine et la plupart des axes de circulations côtiers sont fermés. Maritime Traffic a publié une image impressionnante des navires en attente de déchargement au port de Shanghai. Celle-ci est rapidement devenue virale :
Cette situation inédite en Chine soulève des inquiétudes sur la future demande mondiale.
Cette semaine, un article de Bloomberg revient sur les restrictions de consommation liées à la hausse des prix :
Les ventes au détail ajustées à l’inflation sont en baisse le mois dernier. La hausse des prix ressentie par le consommateur est désormais tellement importante qu’elle réduit la valeur nette des ventes :

De telles prédictions auraient plus de chances de se produire dans le “monde d’avant”, dans un système globalisé où l’offre est maintenue et les échanges bien “huilés”. Comment anticiper l’évolution de l’inflation à partir d’anciens modèles lorsque l’ensemble du système se grippe ? Les fonds qui parient sur une inflation transitoire n’ont peut-être pas toutes les cartes en main, car le système des échanges internationaux est en pleine mutation.
D’autre part, et c’est une surprise, la consommation américaine s’est mieux comportée qu’attendu ces dernières semaines, grâce notamment à un marché de l’emploi très dynamique, un secteur bancaire toujours stimulé par l’accès facilité aux liquidités et des conditions de crédit toujours aussi favorables. Les résultats des entreprises sont meilleurs qu’attendus, ce qui soutient le marché des actions.
Il faut dire que le niveau de liquidités a encore dépassé un record ces derniers mois. Les bilans des banques centrales atteignent des montants inégalés et les mouvements de resserrement monétaire promis n’ont toujours pas débuté.
L’inflation n’est pas transitoire. Au contraire, elle s’accentue et se propage vers des marchés jusque-là épargnés. Le gaz naturel américain, qui avait échappé à la forte hausse du prix du gaz européen, est à son tour touché par un mouvement violent à la hausse, conséquence du report de la demande européenne de gaz naturel :
En Europe, la contagion de l’inflation au niveau du consommateur risque d’être encore plus sévère. L’indice PPI allemand vient de sortir à +30.9% par rapport à l’an dernier (vs 28.2% attendu). Ce chiffre est le plus important depuis… 1949 ! L’indice DEPPI, qui mesure l’indice des prix payés par les producteurs en Allemagne, n’a jamais connu une telle accélération à la hausse depuis l’après-guerre.
Les paris sur une inflation « transitoire » se sont donc révélés totalement incorrects, et plusieurs fonds font désormais face à des pertes conséquentes liées à des placements qui anticipaient un reflux rapide de l’inflation.
La poursuite à la hausse de certaines matières premières crée désormais un risque important de short-squeeze chez des institutions qui devront prendre leurs pertes…
Normura a déjà enregistré 30 millions $ de pertes sur des paris infructueux liés à l’inflation au Royaume Uni. Le président du bureau de Dallas de la Fed a averti que le risque d’appel de marge sur le marché des matières premières posait désormais un risque macroéconomique. En d’autres termes, les pertes accumulées par les institutions financières ayant parié sur une inflation transitoire pourraient affecter la santé financière de ces dernières et donc engendrer d’importants dommages.
Deuxième conséquence néfaste de ces mauvaises prévisions d’inflation : le marché anticipe désormais une action rapide de la Fed et la hausse violente des taux commence à provoquer des pertes conséquentes chez les fonds obligataires.
La valeur globale du marché obligataire a accentué ses pertes cette semaine, en baisse de 400 milliards $ en à peine 5 séances. C’est près de 6 500 milliards $ de pertes cumulées depuis le plus haut de ce marché.
Pour le moment, seule la banque japonaise est intervenue afin de freiner la hausse des taux d’intérêt. Le mois dernier, la BoJ a décidé de racheter des obligations japonaises. Elle n’avait en revanche pas prévu que le yen serait la victime collatérale de cette action non coordonnée. La chute du yen est historique et ce mouvement contribue au renforcement de l’indice DXY, qui repasse au-dessus de 100. L’or profite également de la baisse de la monnaie japonaise : l’envolée de l’or en yen est tout simplement parabolique ces dernières semaines :
Pour l’instant, la politique monétaire japonaise protège le marché obligataire japonais, mais l’effondrement actuel du yen est un nouveau challenge que la BoJ devra affronter à très court terme.
Cependant, la hausse des taux s’accélère aux États-Unis. Elle est désormais plus rapide que le rythme de l’inflation. Les taux réels à 10 ans ont gagné plus de 1% en quelques séances. L’or aurait dû corriger beaucoup plus face à ce mouvement de remontée brutale des taux réels.



Dans cette période d’attente, la volatilité des cours de l’or repart de plus belle à l’approche de l’expiration des contrats futures et de la décision de la Réserve fédérale américaine sur une probable hausse des taux, d’un demi-point ou plus.
Les lecteurs de mes bulletins commencent à le savoir : les deux semaines qui précèdent ce type d’évènements donnent souvent lieu à des ventes massives sur les contrats futures au moment du roulement de ces contrats, sans aucun rapport avec le niveau de l’offre et de la demande d’or physique. Par le passé, ces corrections violentes ont présenté de bonnes opportunités d’achats.
Source: or.fr
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