Mercredi soir, la banque centrale des États-Unis a relevé son taux directeur de 0,25%, déclenchant une forte volatilité.
Alors que les marchés essaient de mesurer l’impact de ce nouveau durcissement monétaire sur l’économie, essayons pour une fois de nous tenir à l’écart du brouhaha qui suit traditionnellement les annonces de la Fed. Cette semaine, nous allons plutôt nous intéresser à un élément ignoré par la plupart des analyses, mais qui est pourtant essentiel pour appréhender la reprise ou non de l’inflation ces prochains mois : le niveau des stocks de métaux.
Quel que soit l’ampleur du ralentissement économique, et celui de la demande future, l’offre de métaux est revue à la baisse sur la plupart des marchés. Les prévisions pour 2023 laissent penser que le niveau des stocks ne suivra pas le cycle habituel lié à la demande intrinsèque. En effet, on assiste déjà à de véritables “runs” sur certains marchés, les participants voulant assurer leurs approvisionnements futurs en prévision des pénuries annoncées par certains analystes dès 2023.
Commençons par le cuivre.
La situation au Pérou s’aggrave chaque semaine. L’agitation sociale est en train de gripper l’ensemble de la production minière du pays. L’opérateur chinois MMG vient d’annoncer la fermeture “pour maintenance” de sa mine de Las Bambas, qui représente plus de 1% de la production mondiale de cuivre. Les mines de Constancia, Antapaccay, Tintaya sont désormais susceptibles de subir le même sort dans les prochains jours, notamment à cause de la désorganisation logistique et sociale qui affecte les transports et toute l’économie péruvienne.
Dans l’État voisin du Chili, la société d’État Codelco, le plus grand producteur de cuivre au monde, a annoncé une baisse d’environ 10% de la production en 2022 par rapport à l’an dernier.
Les réserves de cuivre disponibles pour l’année 2023 déclinent encore.
Cette baisse se produit au moment où les stocks chinois sont à un plus bas historique :


Mais revenons à ce métal si particulier qu’est le cuivre.
Les analystes de Goldman Sachs anticipent un déficit dès 2023, avec une accélération de la pénurie en 2024. À l’inverse, les analystes de BNP pensent que les stocks seront largement suffisants au cours des trois prochaines années :
Pour le marché du cuivre, il faut comparer deux mouvements contraires et tenir compte de leur potentiel d’accélération.
Le ralentissement économique annoncé sera-t-il suffisant pour freiner la diminution des stocks de cuivre ?
En Chine, la fin du Covid a relancé la demande en métaux ferreux. Les indicateurs sur l’acier (particulièrement les nouvelles commandes) sont à nouveau orientés à la hausse en cette période de déconfinement :
Pour calmer la hausse des prix du cuivre, il faudrait une entrée assez nette en récession. Un simple ralentissement mondial sera probablement insuffisant pour calmer à court terme l’accès de fièvre sur les métaux, d’autant que les plans de relance risquent de compromettre les prévisions sur l’arrêt de la demande de cuivre.
On le sait peu en Europe, mais les États-Unis se sont engagés dans un vaste projet d’équipements en matière d’énergie renouvelable. Couplée à un effort significatif de modernisation du réseau électrique, ce projet d’investissement sera à lui seul responsable d’une hausse de la demande de plusieurs millions de tonnes de cuivre à très court terme…
À côté de ces besoins liés aux énergies renouvelables, il y a aussi et bien entendu les besoins liés au développement du parc automobile, dont la transition vers l’électrique ne fait que commencer.

Comme je l’expliquais dans mon dernier bulletin spécial minières, l’étain est également concerné par ce phénomène.
La Chine stocke massivement de l’étain, ainsi que les États-Unis. Il faut dire que c’est le métal dont l’usage va le plus progresser avec la transition énergétique :


Les besoins en étain vont exploser alors que les stocks diminuent. On comprend mieux la ruée des pays sur ce métal stratégique. Conséquence : les stocks sont à un plus bas historique :
Michael Silversqueeze, dont nous suivons les comptes rendus hebdomadaires, informe que les stocks d’argent sont au plus bas depuis 2017 :
D’après l’analyste Ronan Manly, la quantité d’argent livrable sur le COMEX est bien inférieur à ce que l’on imaginait, car 50 % des « éligibles » ne seraient pas disponibles.
La situation sur les stocks disponibles à Shanghai est également tendue. Les derniers chiffres font état d’un stock de 70 millions d’onces, soit un peu plus de 2 100 tonnes d’argent disponibles.
En avril 2020 et février 2021, la CME et la CFTC ont échangé des correspondances concernant la livraison de contrats à terme sur l’or et l’argent. Ces lettres indiquaient que 50% de l’or éligible dans les coffres agréés du COMEX à New York ne devait pas être comptabilisé dans l’approvisionnement livrable, ces lingots étant détenus par des investisseurs à long terme. En février 2021, la CME a révelé que la situation était la même sur le marché de l’argent. Autrement dit, les stocks d’argent du COMEX sont en réalité deux fois plus faibles que rapporté !
Le 18 novembre dernier, un article de Reuters confirmait ce que nous répétons depuis plusieurs mois : l’argent est sur le point d’entrer dans une période de déficit chronique.
Les stocks d’argent fondent, au moment où la capacité d’épargne des ménages chinois est en nette augmentation suite aux confinements liés à la crise sanitaire :
Dans les pays occidentaux, l’achat d’argent physique n’est pas toujours considéré comme un moyen de protéger son patrimoine, contrairement à l’Inde ou la Chine, où l’or et l’argent jouent un rôle de refuge lorsque les craintes sur l’économie et les rendements immobiliers resurgissent, comme c’est le cas actuellement en Asie.
Ces considérations sur les stocks d’argent sont bien loin d’inquiéter les baissiers sur les cours du métal, qui ont profité d’une invalidation du percement du drapeau haussier pour renforcer leurs positions baissières :

Source: or.fr
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