Les investisseurs occidentaux ne se ruent pas en priorité sur l’or, mais principalement sur les investissements passifs.
C’est l’un des paradoxes les plus frappants du cycle actuel. Dans un environnement marqué par l’inflation persistante, les tensions géopolitiques et l’endettement record des États, le réflexe historique aurait été de chercher refuge en priorité dans l’or. Or, ce sont les ETF actions et les stratégies passives qui captent l’essentiel des flux. Non pas par conviction profonde, mais par automatisme.
Depuis plusieurs mois, les entrées de capitaux dans les ETF actions américains atteignent des montants rarement observés, au point de devenir le principal moteur des indices.
Ce basculement a des conséquences structurelles. Les flux passifs ne font pas d’analyse, ne hiérarchisent pas le risque et ne discriminent pas la valorisation. Ils achètent ce qui monte, pondéré par la capitalisation. Plus les flux entrent, plus les mêmes valeurs sont renforcées, plus les indices progressent, attirant à leur tour de nouveaux capitaux. Le marché devient ainsi auto-référentiel, déconnecté des fondamentaux à la marge, mais soutenu par la mécanique des flux.
Le dernier Fund Manager Survey de Bank of America envoie un signal clair : le marché est extrêmement chargé en optimisme. Les anticipations de croissance mondiale rebondissent fortement, le niveau de cash moyen est tombé à 3,2 % des encours, un plus bas historique, tandis que la protection contre une baisse des actions est au plus bas depuis 2018. Autrement dit, les gérants sont investis, confiants, et peu couverts. Dans le même temps, le Bull & Bear Indicator de BofA flashe à 9,4, un niveau historiquement associé à des phases de complaisance avancée. Ce type de configuration ne dit rien sur le timing précis, mais il réduit fortement la marge d’erreur : quand tout le monde est du même côté du bateau, le marché devient mécaniquement vulnérable au moindre choc — macro, financier ou géopolitique. Ce n’est pas un signal de krach imminent, mais un avertissement classique : le potentiel de hausse marginal se contracte, tandis que l’asymétrie du risque se détériore.
Dans ce contexte, le fait que l’or ne capte pas encore ces flux est moins un signe de faiblesse qu’un indicateur de retard. L’histoire montre que les actifs monétaires réels sont rarement achetés en premier. Ils deviennent centraux lorsque la confiance dans les constructions financières — indices, promesses de liquidité, gestion passive — commence à se fissurer. Pour l’instant, les investisseurs occidentaux privilégient la simplicité et la liquidité. Mais ce choix en dit long sur l’état du système : un marché porté davantage par la structure des flux que par une conviction de long terme.
Ce positionnement très bullish ne repose pas sur une amélioration large et homogène des fondamentaux, mais sur une promesse unique : celle de l’IA. La hausse des indices est de plus en plus portée par un noyau extrêmement réduit de valeurs directement associées à l’infrastructure, aux semi-conducteurs et aux plateformes logicielles liées à l’intelligence artificielle. Le reste du marché participe peu, voire pas du tout. Cette concentration est la conséquence mécanique d’un environnement où la croissance réelle est molle, les marges sous pression et le coût du capital encore élevé : faute de relais macro crédibles, le capital se réfugie là où le récit de croissance paraît le plus lisible. Le problème n’est pas que ce scénario soit faux, mais qu’il soit devenu consensuel. Quand l’optimisme agrégé, le levier implicite et la concentration sectorielle atteignent simultanément des extrêmes, le marché cesse d’être porté par une dynamique diffuse et devient dépendant de la validation permanente d’un seul moteur narratif. C’est précisément ce type de configuration qui rend les corrections non seulement possibles, mais structurellement instables lorsqu’elles surviennent.
L’investissement massif dans l’IA est devenu le point d’ancrage central de la folie haussière américaine, et, par ricochet, l’une des principales sources du déséquilibre financier mondial actuel. Aux États-Unis, l’IA concentre à la fois le récit de croissance, les flux de capitaux, le levier implicite et la tolérance au risque, dans un contexte où la croissance réelle hors technologie reste modérée et très inégalement répartie. Ce phénomène crée une dissymétrie frappante : une poignée de valeurs capte l’essentiel de la performance, tandis que le reste du marché mondial — Europe, émergents, secteurs cycliques traditionnels — reste à la traîne. Cette concentration n’est pas seulement boursière, elle est aussi monétaire et financière : elle attire l’épargne mondiale vers les actifs américains, renforce le dollar, aspire la liquidité globale et contraint les autres régions à composer avec un coût du capital plus élevé et une croissance plus fragile. Le paradoxe est que cette dynamique repose sur un investissement colossal en capex, énergie et infrastructures, dont les retours économiques restent encore largement théoriques. Tant que la promesse de l’IA est crue, le système tient ; mais plus ce récit devient dominant, plus l’équilibre mondial dépend de la validation continue d’un seul moteur, localisé presque exclusivement aux États-Unis. C’est précisément cette dépendance asymétrique qui rend le cycle à la fois puissant… et intrinsèquement instable.

À cela s’ajoute un point souvent éludé : l’IA est aujourd’hui un gigantesque consommateur de capital, mais pas encore un producteur visible de résultats économiques. Les chiffres sont parlants : une large majorité des entreprises n’ont constaté ni baisse significative des coûts, ni hausse tangible des revenus liée à l’IA.
Le maintien artificiel du marché par des mécanismes défensifs comme le short vol, alors même que les fondamentaux se fragilisent, constitue un terrain particulièrement fertile pour l’or. Lorsque la stabilité apparente des indices repose moins sur une amélioration réelle de l’économie que sur la compression mécanique de la volatilité, le système devient dépendant d’une exécution parfaite et d’un contrôle permanent du risque. Dans le même temps, la remontée rapide des taux japonais, longtemps considérés comme l’ancre de stabilité mondiale, introduit une source de stress structurel sur les marchés de taux, le carry trade et la liquidité globale.
🇨🇳 La prime du prix de l’argent à Shanghai par rapport aux prix occidentaux atteint désormais un record de 11 $/oz.
L’écart a QUADRUPLÉ au cours des dernières semaines.
À titre de comparaison, le précédent record était d’environ 7 $/oz en 2011.
Cela intervient alors que le… pic.twitter.com/XCrKbqGAdt
— Or.fr (@Or_fr_) January 20, 2026
Source: or.fr
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