L’or traverse actuellement l’une des phases les plus fascinantes de son histoire moderne. Alors que les marchés actions américains continuent d’évoluer près de sommets historiques dans un environnement économique extrêmement fragile, de nombreux analystes considèrent que nous sommes à l’aube d’un changement de paradigme financier majeur. Parmi eux, Kevin Wadsworth, cofondateur de Northstar & Badcharts, développe depuis plusieurs années une thèse qui attire désormais l’attention des investisseurs institutionnels comme des particuliers : celle d’un immense “Capital Rotation Event”, un basculement progressif du capital des marchés actions vers les métaux précieux, les matières premières et les actifs tangibles. Selon lui, si certaines conditions techniques continuent de se confirmer — notamment la faiblesse du DXY, la poursuite de la hausse des marchés actions en phase terminale de “melt-up” et la cassure durable du ratio or/argent — alors le potentiel de l’or pourrait devenir explosif, avec des objectifs à 8 000 dollars l’once et un argent capable de dépasser les 200 dollars au cours du cycle actuel.
Dans ce contexte, la correction actuelle observée sur l’or physique apparaît moins comme un retournement baissier que comme une phase technique de respiration avant une nouvelle impulsion haussière. Le graphique partagé récemment par Kevin Wadsworth illustre parfaitement cette vision. En échelle logarithmique, l’or évolue toujours dans une immense structure haussière de long terme malgré les consolidations intermédiaires. La zone des 4 000 à 4 100 dollars représente selon lui un support psychologique et technique majeur dans l’hypothèse d’une correction plus profonde, tandis qu’une cassure durable de la ligne de tendance descendante verte ouvrirait la voie à une accélération monumentale vers les 5 100 dollars dans un premier temps, avant des objectifs beaucoup plus ambitieux à horizon 2029-2030. Ce type de lecture graphique n’est pas isolé : plusieurs analyses macroéconomiques convergent désormais vers l’idée d’un cycle haussier prolongé des matières premières alimenté par l’endettement mondial, la perte de confiance dans les monnaies fiat et les politiques monétaires ultra-expansives.
Pourquoi Kevin Wadsworth pense que le marché haussier de l’or est loin d’être terminé
Depuis plusieurs années, Kevin Wadsworth compare les cycles actuels à ceux des années 1930 et surtout des années 1970, période durant laquelle les métaux précieux avaient littéralement explosé face à l’inflation et à l’effondrement de confiance envers les actifs financiers traditionnels. Selon lui, le marché n’est pas encore dans la phase euphorique finale du bull market de l’or. Au contraire, nous serions encore dans une phase intermédiaire où la majorité des investisseurs restent massivement exposés aux actions technologiques américaines et sous-exposés aux métaux précieux. Cette situation serait précisément ce qui pourrait alimenter la prochaine jambe haussière. L’un des éléments clés de son raisonnement repose sur le ratio Gold/SPX, c’est-à-dire le rapport entre l’or et le S&P 500. Tant que ce ratio conserve une structure haussière, cela signifie que l’or continue de surperformer les actions américaines sur le long terme, signe qu’un transfert progressif de richesse est déjà en cours.
Dans cette logique, les minières aurifères pourraient connaître une phase d’appréciation spectaculaire. Historiquement, lorsque l’or entre dans une phase d’accélération parabolique, les producteurs d’or enregistrent souvent des performances très supérieures à celles du métal lui-même. Toutefois, Wadsworth estime qu’à un stade avancé du cycle, l’argent métal pourrait finalement surpasser tout le secteur minier en raison de son retard historique et de sa structure technique extrêmement explosive. Le célèbre “cup and handle” visible sur les graphiques long terme de l’argent constitue pour lui l’un des signaux les plus importants du marché actuel. Une cassure franche au-dessus de la zone des 55-56 dollars pourrait déclencher un mouvement vertical vers 100 dollars puis potentiellement vers 200 dollars ou davantage dans les années suivantes.
If stock markets continue to 'melt-up' and DXY falls, with the gold/silver ratio confirming its breakdown and the gold/SPX ratio holding, we have a recipe for this correction ending, leading to $8000 gold and $200+ silver ahead of the next 8 year cycle low (2029/30). The miners… https://t.co/BTRpY1B29C
— Northstar (@NorthstarCharts) May 9, 2026
Le rôle crucial du dollar index dans l’explosion potentielle de l’or
L’un des points les plus importants dans l’analyse de Kevin Wadsworth concerne le Dollar Index, le célèbre DXY. Historiquement, l’or évolue souvent à l’inverse du dollar américain. Lorsque le DXY entre dans une phase de faiblesse structurelle, les capitaux ont tendance à se diriger vers les actifs tangibles comme l’or, l’argent ou les matières premières. Or, plusieurs institutions financières estiment désormais qu’une baisse prolongée du DXY reste probable dans les prochaines années en raison du poids colossal de la dette américaine et des besoins constants de création monétaire.
Pour Wadsworth, la situation actuelle est particulièrement intéressante car nous observons simultanément des marchés actions encore relativement solides et un dollar qui commence à montrer des signes d’essoufflement structurel. Ce cocktail pourrait créer une phase de “melt-up”, c’est-à-dire une accélération haussière finale des actifs risqués avant un retournement brutal. Historiquement, ces phases terminales de cycle se caractérisent par une euphorie extrême des investisseurs, suivie d’un effondrement violent des valorisations. C’est précisément ce moment que Kevin Wadsworth décrit comme le “Capital Rotation Event”. Dans ce scénario, les investisseurs quitteraient progressivement les actifs financiers traditionnels pour se réfugier dans les actifs réels. L’or et surtout l’argent deviendraient alors les grands bénéficiaires de cette transition historique.
Le plus frappant dans cette analyse réside dans le fait que le marché obligataire mondial semble déjà envoyer des signaux d’alerte. Les taux réels restent profondément problématiques, les déficits explosent et les banques centrales se retrouvent piégées entre inflation persistante et ralentissement économique. Dans un tel contexte, l’or redevient progressivement une véritable monnaie de réserve alternative aux devises fiduciaires.
Pourquoi la correction actuelle de l’or pourrait encore durer
Malgré son optimisme de long terme, Kevin Wadsworth insiste sur un point essentiel : il n’est pas encore totalement convaincu que la correction actuelle soit terminée. Son message récent sur X était particulièrement clair : “The evidence is still incomplete”. Autrement dit, certains signaux techniques nécessaires à une validation complète de la reprise haussière manquent encore. Cette prudence est importante car elle montre que son analyse reste méthodique et probabiliste, loin des discours excessivement émotionnels que l’on retrouve souvent dans l’univers des métaux précieux.
Le graphique partagé récemment montre une immense structure triangulaire dans laquelle l’or évolue actuellement. Tant que la cassure définitive de la résistance descendante verte n’est pas confirmée, le marché pourrait continuer à évoluer latéralement ou même connaître une nouvelle vague corrective vers les 4 000 dollars. Toutefois, même ce scénario resterait parfaitement compatible avec une poursuite du marché haussier de fond. Dans les grands cycles historiques de l’or, les corrections intermédiaires ont souvent été extrêmement violentes avant les phases d’accélération les plus spectaculaires.
Cette vision rejoint également les observations historiques des précédents grands marchés haussiers des matières premières. Dans les années 1970, l’or avait connu plusieurs corrections de plus de 30 % avant de finalement exploser vers de nouveaux sommets historiques. Les investisseurs les plus patients avaient alors été récompensés de manière exceptionnelle. Aujourd’hui, de nombreux analystes considèrent que nous pourrions être dans une configuration similaire, mais à une échelle encore plus importante compte tenu du niveau d’endettement mondial jamais observé dans l’histoire moderne.
Vers une décennie perdue pour les marchés actions ?
L’un des aspects les plus radicaux de la thèse de Kevin Wadsworth concerne les marchés actions américains. Selon lui, après le “Capital Rotation Event”, les indices boursiers pourraient entrer dans une véritable “décennie perdue”, similaire à certaines périodes historiques où les actions ont stagné pendant de longues années une fois ajustées de l’inflation ou comparées à l’or.
Ce phénomène est souvent mal compris par les investisseurs particuliers. Un indice peut rester relativement stable en valeur nominale tout en s’effondrant en valeur réelle face à l’or ou aux matières premières. C’est précisément ce que Wadsworth surveille à travers différents ratios comme le Dow/Gold ou le Dow/Silver. Historiquement, lorsque ces ratios se retournent durablement à la baisse, cela marque souvent le début de longues périodes de sous-performance des actions traditionnelles face aux actifs tangibles.
Cette hypothèse semble aujourd’hui de moins en moins marginale. La valorisation des marchés actions américains atteint des niveaux historiquement extrêmes, tandis que les déficits budgétaires et l’endettement global continuent de s’aggraver. Dans ce contexte, les métaux précieux apparaissent à de nombreux investisseurs comme l’un des rares refuges crédibles capables de traverser un éventuel changement de régime économique mondial.
L’or à 8 000 dollars : scénario irréaliste ou simple répétition historique ?
À première vue, un objectif de 8 000 dollars l’once peut sembler extravagant. Pourtant, lorsqu’on replace cette projection dans le contexte des précédents grands cycles inflationnistes et monétaires, elle devient beaucoup moins irréaliste qu’il n’y paraît. Si les banques centrales continuent d’accroître la masse monétaire mondiale pour soutenir des économies surendettées, la valeur nominale de l’or pourrait mécaniquement grimper de manière spectaculaire.
Kevin Wadsworth rappelle régulièrement que l’or n’est pas réellement en hausse : ce sont surtout les monnaies fiduciaires qui perdent progressivement leur pouvoir d’achat. Dans cette logique, voir l’or atteindre 8 000 dollars reviendrait avant tout à constater une dépréciation massive des devises papier dans un environnement de crise monétaire globale.
Le scénario central développé par Wadsworth reste donc celui d’un immense cycle haussier des matières premières, de l’énergie, du pétrole et surtout des métaux précieux jusqu’à la fin de la décennie. Même si le chemin pourrait rester extrêmement volatil avec des corrections importantes, sa conviction de fond demeure inchangée : le mouvement de fond serait déjà engagé et les investisseurs qui comprendront ce changement de paradigme suffisamment tôt pourraient assister à l’un des plus grands transferts de richesse de l’histoire moderne.


