Les marchés des métaux précieux vivent peut-être un moment charnière. Tandis que les tensions géopolitiques s’intensifient au Moyen-Orient et que les flux physiques quittent massivement les entrepôts occidentaux, un phénomène intrigue les professionnels : le stress sur les livraisons d’argent au COMEX.
Selon Andy Schectman, dirigeant de Miles Franklin Precious Metals, la situation actuelle pourrait représenter bien plus qu’une simple volatilité de marché. Elle traduirait une perte de confiance progressive dans le système des promesses papier.
Dans ce contexte d’incertitude structurelle, de plus en plus d’investisseurs privilégient l’achat d’or physique sécurisé, non pas comme pari spéculatif, mais comme protection patrimoniale face au risque de contrepartie.
Livraisons record et sorties massives : que se passe-t-il réellement au COMEX ?
Le COMEX (division du CME) fonctionne historiquement sur un système de contrats à terme. La majorité des positions sont réglées en espèces, très peu aboutissent à une livraison réelle.
Or, depuis plusieurs mois, un phénomène inhabituel s’installe :
- Des demandes de livraison en hausse
- Des sorties physiques supérieures aux entrées
- Des stocks qui s’érodent
En février 2026, plusieurs analystes ont souligné que des millions d’onces d’argent auraient quitté les entrepôts sans correspondance équivalente en nouvelles livraisons.
Ce type de déséquilibre est rare.
Lorsque des acteurs institutionnels préfèrent prendre livraison plutôt que rouler leurs contrats, cela envoie un signal clair : la confiance dans le marché papier diminue.
Dans ce contexte, détenir directement le métal plutôt qu’un produit dérivé devient stratégique, notamment via des pièces et lingots d’or d’investissement conservés hors système bancaire, afin d’éliminer tout risque lié à une défaillance de livraison.
Backwardation persistante : un signal d’alerte souvent ignoré
En temps normal, les marchés de matières premières sont en contango : le prix futur est supérieur au prix spot (coûts de stockage, financement, assurance).
Mais l’argent, et parfois l’or, évoluent régulièrement en backwardation :
le prix spot devient supérieur au prix futur.
Cela signifie une chose simple :
les acheteurs veulent le métal maintenant, pas une promesse pour demain.
Historiquement, une backwardation prolongée est un signe de tension physique. Elle traduit une demande immédiate supérieure à l’offre disponible.
Dans un environnement où la création monétaire reste illimitée alors que les actifs tangibles sont par nature limités, renforcer son exposition via l’acquisition progressive d’or physique permet de se positionner sur l’actif réel plutôt que sur une créance.
Tensions géopolitiques : catalyseur ou simple bruit de marché ?
L’attaque récente d’infrastructures énergétiques majeures au Moyen-Orient et les menaces sur le détroit d’Ormuz ont ravivé les craintes inflationnistes mondiales.
Historiquement, on s’attendrait à une flambée immédiate de l’or et de l’argent.
Pourtant, les marchés montrent parfois l’inverse à court terme. Pourquoi ?
Parce que les marchés modernes sont dominés par :
- Les algorithmes haute fréquence
- Les interventions sur le dollar
- Les effets techniques liés aux contrats dérivés
À court terme, le prix peut être contenu.
À long terme, la rareté physique finit toujours par s’imposer.
C’est précisément dans ces périodes de dislocation apparente que certains investisseurs choisissent d’acheter de l’or en tant qu’actif tangible de réserve, indépendamment des fluctuations quotidiennes.
Manipulation ou mécanique de marché ? La question sensible
Le débat sur la manipulation des métaux précieux n’est pas nouveau.
Des intervenants comme Rick Rule rappellent que si le marché obligataire américain peut être influencé par des politiques monétaires, alors le marché de l’argent — beaucoup plus petit — peut l’être également.
Cependant, ce que souligne Schectman est différent :
la vente à découvert devient dangereuse lorsque les acheteurs exigent livraison.
Un système peut fonctionner longtemps avec des promesses.
Il devient fragile lorsque trop d’acteurs réclament l’actif sous-jacent simultanément.
Dans cette perspective, sécuriser une partie de son patrimoine via l’achat direct d’or physique alloué réduit drastiquement l’exposition au risque systémique.
Or et argent : bien plus que de simples matières premières
Depuis l’Égypte antique jusqu’aux civilisations précolombiennes, l’or fut associé au divin, à la permanence et à l’incorruptibilité.
Contrairement aux monnaies fiduciaires :
- Il ne peut être imprimé
- Il ne se dégrade pas
- Il ne dépend d’aucune promesse
Cette constance historique explique pourquoi, malgré la financiarisation extrême des marchés modernes, les banques centrales continuent d’en accumuler massivement.
Dans un monde où la dette souveraine ne cesse d’augmenter et où les monnaies sont diluées pour soutenir la croissance nominale, renforcer sa résilience patrimoniale via une détention stratégique d’or d’investissement apparaît comme une assurance plutôt qu’une spéculation.
Opportunités actuelles : argent décoté et or historique sous-évalué
Le marché offre actuellement des anomalies rares :
- Argent « junk silver » américain sous le prix spot
- Eagles 2026 à prime réduite
- Lingots sud-africains à faible surcote
- Pièces pré-1933 proches de leur valeur de fonte
Historiquement, les périodes où les primes disparaissent correspondent souvent aux creux d’intérêt spéculatif — et non aux sommets.
Lorsque les primes reviendront, elles peuvent le faire brutalement, comme ce fut le cas en 2008-2009 sur certaines pièces américaines.
Dans cette optique, profiter des conditions actuelles pour investir dans l’or physique à des primes maîtrisées peut représenter une décision rationnelle à long terme.
Le véritable enjeu : la valeur d’une promesse
La question centrale soulevée par cette situation est philosophique autant que financière :
Quelle est la valeur d’un contrat si trop de détenteurs demandent livraison simultanément ?
Un système basé sur la création monétaire illimitée rencontre inévitablement une limite :
celle des actifs physiques disponibles.
L’or et l’argent ne sont pas seulement des actifs.
Ils sont une finalité de règlement.
Et lorsque le prix finit par se reconnecter à la valeur réelle, l’ajustement peut être rapide et désordonné.
C’est pourquoi de nombreux investisseurs privilégient désormais l’achat d’or comme réserve patrimoniale hors système bancaire, afin d’anticiper plutôt que de réagir.
Conclusion : le retour progressif au réel
Le stress sur les livraisons d’argent au COMEX n’est peut-être pas un événement isolé.
Il pourrait marquer :
- Une transition du papier vers le physique
- Une remise en cause des marchés dérivés
- Un retour à la notion de règlement final
L’histoire montre que l’or traverse les millénaires.
Les monnaies, elles, passent.
Dans un environnement où l’incertitude géopolitique et monétaire s’intensifie, la question n’est plus seulement celle du prix.
Elle est celle de la confiance.
Et lorsque la confiance vacille, le tangible reprend toujours sa place.


