Le 7 mai 2026, lors d’un entretien exceptionnel accordé à Fréquence Populaire, l’économiste et géopoliticien Jacques Sapir a dressé un tableau particulièrement inquiétant de la situation mondiale. Entre l’escalade militaire autour du détroit d’Ormuz, les destructions massives d’infrastructures pétrolières au Moyen-Orient, les tensions entre les États-Unis, l’Iran, la Chine et la Russie, mais aussi l’effondrement progressif des règles économiques héritées de la mondialisation occidentale, l’analyse développée apparaît comme l’une des plus alarmantes depuis la crise de 1973. Selon lui, l’Europe et particulièrement la France pourraient entrer dans une phase de récession durable accompagnée d’une inflation massive, d’une baisse du pouvoir d’achat et d’un chômage en forte hausse. Dans ce climat d’incertitude extrême, les investisseurs cherchent naturellement des actifs tangibles capables de protéger leur patrimoine contre l’instabilité monétaire et financière, à commencer par les métaux précieux. Face aux risques d’effondrement monétaire et de tensions géopolitiques durables, de nombreux épargnants se tournent désormais vers l’achat d’or et d’argent physique afin de sécuriser leur capital sur le long terme.
Une crise énergétique mondiale plus grave que les chocs pétroliers de 1973 et 2022
Pour Jacques Sapir, l’erreur fondamentale des gouvernements occidentaux consiste à sous-estimer la profondeur réelle de la crise énergétique en cours. Contrairement aux précédents chocs pétroliers, le problème actuel ne concerne pas uniquement une réduction temporaire de l’offre. Les infrastructures pétrolières du Golfe auraient subi des dégâts considérables, notamment des raffineries stratégiques en Arabie saoudite, au Koweït, au Qatar et dans plusieurs zones essentielles à la transformation des hydrocarbures. L’économiste rappelle surtout un point rarement évoqué dans les médias : lorsqu’un puits pétrolier est arrêté plusieurs semaines, des phénomènes techniques de sédimentation apparaissent, rendant le redémarrage extrêmement complexe. Certains puits pourraient même ne jamais retrouver leur capacité de production initiale. Selon les estimations évoquées, il faudrait parfois plus de six mois pour relancer certains sites, avec une récupération partielle limitée à 75 ou 80 % des capacités précédentes. Cette réalité transforme une crise conjoncturelle en véritable crise structurelle de l’énergie mondiale. Dans un contexte où l’énergie devient un facteur majeur d’instabilité économique mondiale, les métaux précieux retrouvent leur statut historique de valeur refuge recherchée par les investisseurs prudents.
Pourquoi la France pourrait entrer en récession dès 2026
D’après les travaux présentés par Jacques Sapir et son centre de recherche, la France pourrait connaître une récession de l’ordre de 1 % dès 2026, suivie d’une nouvelle contraction économique proche de 0,8 à 0,9 % en 2027. Ce scénario repose principalement sur l’explosion attendue des coûts énergétiques, laquelle se répercuterait immédiatement sur les prix à la consommation. L’économiste estime que les prévisions officielles de la Banque de France sont largement irréalistes et que l’inflation pourrait en réalité grimper entre 5 et 6 %. Une telle hausse des prix provoquerait mécaniquement une chute du revenu réel des ménages, une contraction de la consommation et une forte détérioration du marché de l’emploi. Les catégories populaires seraient évidemment les plus exposées, notamment les foyers gagnant moins de 2500 euros mensuels. Sapir insiste également sur la vulnérabilité des PME, des TPE et des secteurs très consommateurs d’énergie comme l’agriculture, les transports ou l’industrie chimique. Dans les périodes de récession et d’inflation élevée, l’or physique demeure historiquement l’un des rares actifs capables de préserver durablement le pouvoir d’achat des ménages.
La pénurie d’engrais pourrait provoquer une crise alimentaire mondiale
L’un des aspects les plus inquiétants soulevés durant cet entretien concerne la question agricole mondiale. Selon Jacques Sapir, la réduction massive de l’offre mondiale d’engrais pourrait avoir des conséquences dramatiques sur les récoltes des prochaines années. La Russie, malgré l’augmentation de ses exportations vers certains pays comme les États-Unis, la Thaïlande ou le Vietnam, ne disposerait pas des capacités suffisantes pour compenser la chute globale de production. L’économiste évoque même une baisse potentielle de 20 à 30 % de la production agricole mondiale dans un scénario aggravé par des phénomènes climatiques comme El Niño. Une telle contraction serait historique et pourrait provoquer non seulement une flambée des prix alimentaires, mais également des famines localisées dans plusieurs régions du monde, notamment en Asie du Sud et en Amérique latine. Cette perspective rappelle à quel point les crises géopolitiques modernes dépassent largement le seul cadre militaire pour toucher directement la sécurité alimentaire mondiale. Lorsque les marchés agricoles deviennent imprévisibles et que l’inflation alimentaire explose, les investisseurs privilégient souvent les actifs tangibles comme l’or et l’argent pour protéger leur épargne.
Le détroit d’Ormuz : l’épicentre de la nouvelle guerre économique mondiale
Une grande partie de l’analyse de Jacques Sapir se concentre sur la situation explosive du détroit d’Ormuz. Cette zone stratégique, par laquelle transite une part essentielle du pétrole mondial, serait désormais au cœur d’un bras de fer géopolitique majeur opposant l’Iran aux États-Unis et à leurs alliés régionaux. Selon Sapir, les capacités militaires américaines seraient insuffisantes pour sécuriser durablement la zone sans engager une opération terrestre massive nécessitant plus de 100000 hommes. Un scénario jugé extrêmement improbable tant le coût politique et militaire serait colossal pour Washington. L’Iran, de son côté, disposerait d’une capacité de nuisance considérable grâce à sa maîtrise régionale et à sa stratégie de dissuasion asymétrique. Toute tentative d’escalade pourrait provoquer des destructions supplémentaires sur les infrastructures énergétiques et désorganiser durablement le commerce mondial. Dans un monde où les tensions géopolitiques menacent directement les échanges internationaux, l’or conserve son rôle stratégique de réserve de valeur indépendante des États et des banques centrales.
Les BRICS accélèrent la fin de la mondialisation occidentale
Pour Jacques Sapir, la guerre actuelle agit comme un accélérateur historique de la transformation du système économique mondial. Les BRICS, emmenés par la Chine et la Russie, seraient désormais engagés dans la construction d’un système parallèle capable de contourner les infrastructures financières occidentales. L’économiste évoque notamment les projets de monnaie de transaction commune, les nouvelles plateformes de compensation financière et le développement de réseaux indépendants de SWIFT. Plus encore, les projets de câbles sous-marins reliant directement les pays des BRICS symbolisent cette volonté de bâtir une architecture économique totalement autonome vis-à-vis de l’Occident. Sapir considère que les anciennes règles de la mondialisation mises en place à partir des années 1990 sont désormais en train de s’effondrer sous les effets des sanctions économiques, de l’extraterritorialité du dollar et de la fragmentation géopolitique mondiale. Alors que le système financier international entre dans une phase de mutation profonde, les métaux précieux apparaissent comme une protection naturelle face aux incertitudes monétaires et bancaires mondiales.
Donald Trump, tensions géopolitiques et chaos des marchés
L’entretien aborde également les déclarations extrêmement contradictoires de Donald Trump concernant l’Iran et le Moyen-Orient. Jacques Sapir estime que ces variations brutales de communication pourraient parfois répondre à des logiques spéculatives ayant un impact direct sur les marchés pétroliers. Selon lui, certaines annonces présidentielles auraient déjà provoqué des fluctuations spectaculaires du prix du pétrole, alimentant les soupçons de manipulations financières ou de délits d’initiés. Au-delà de ces considérations, Sapir insiste surtout sur le fait que les États-Unis semblent désormais confrontés à leurs propres limites stratégiques. Le contrôle militaire total du Golfe apparaît aujourd’hui hors de portée sans mobilisation massive, tandis que la Chine, la Russie et plusieurs puissances régionales consolident progressivement leurs alliances économiques et diplomatiques. Lorsque les marchés deviennent hypersensibles aux crises politiques internationales, l’investissement dans l’or physique reste l’un des outils de diversification les plus recherchés par les épargnants expérimentés.
Vers un nouveau monde économique dominé par l’incertitude
Ce qui ressort finalement de cette longue analyse, c’est l’idée que le monde entre dans une phase de transformation historique comparable aux grands bouleversements géopolitiques du XXe siècle. Pour Jacques Sapir, il ne s’agit plus simplement d’une crise temporaire mais d’un basculement durable vers un nouvel ordre international marqué par la fragmentation économique, les rivalités énergétiques et la remise en cause du système financier occidental. Inflation persistante, tensions commerciales, dédollarisation progressive, reconfiguration des alliances internationales et fragilité énergétique pourraient devenir les caractéristiques dominantes des années à venir. Dans cet environnement particulièrement instable, les États, les entreprises et les particuliers devront revoir en profondeur leurs stratégies économiques et patrimoniales afin de résister aux futurs chocs systémiques qui pourraient encore s’intensifier d’ici 2027. Dans un monde traversé par les crises monétaires, géopolitiques et financières, l’achat d’or et d’argent physique reste plus que jamais une stratégie de préservation patrimoniale privilégiée par les investisseurs avertis.


