Le marché obligataire en alerte rouge : l’alerte choc de Simon Hunt avant le grand reset

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Un marché obligataire en alerte rouge : ce que Simon Hunt voit vraiment

Pour Simon Hunt, vétéran de l’analyse macroéconomique et des matières premières, le message envoyé par le marché obligataire américain est sans ambiguïté : le système financier des États‑Unis est en « très grande difficulté », et les investisseurs qui ne le voient pas encore risquent de le découvrir dans la douleur. Alors que le rendement du 30 ans américain a frôlé 5,3%, son plus haut niveau depuis près de vingt ans, la réaction réflexe des autorités n’a pas été de reconnaître la gravité de la situation, mais de multiplier les annonces politiques et diplomatiques autour du conflit avec l’Iran pour tenter de contenir la panique. Dans un tel contexte, renforcer une poche d’or physique dans son patrimoine devient une mesure de prudence élémentaire plutôt qu’un pari spéculatif. Le problème, explique Hunt, est double : d’un côté, un endettement souverain devenu incontrôlable ; de l’autre, un environnement géopolitique et énergétique explosif qui menace directement la capacité des États‑Unis à défendre la valeur de leur monnaie et de leurs obligations. Autrement dit, ce que le marché obligataire « price » aujourd’hui, ce n’est pas une simple fluctuation de cycle, mais le début d’une remise en cause structurelle du modèle dollar‑dette qui a dominé les cinquante dernières années.

Guerre au Moyen‑Orient : une pause, pas la paix

Au cœur de cette instabilité obligataire se trouve la guerre au Moyen‑Orient, que certains titres de presse ont voulu présenter comme en voie de résolution après des déclarations sur une possible « paix » entre les États‑Unis et l’Iran. Simon Hunt, lui, n’y croit pas un instant : au mieux, dit‑il, nous assistons à une pause tactique, pas à un règlement durable. Selon lui, ce conflit va se prolonger par épisodes, « on and off », probablement jusqu’en 2030, parce qu’aucun des acteurs clés ne peut, politiquement, reculer : l’Iran ne renoncera pas à son levier stratégique sur le détroit d’Ormuz, et les États‑Unis ne peuvent pas reconnaître une défaite ouverte en acceptant un compromis qui entérinerait leur recul régional. Dans ces périodes de guerres longues et incertaines, l’or et l’argent ont historiquement servi de refuge contre les chocs géopolitiques et monétaires. La réorganisation des troupes américaines – progressivement poussées hors des États du Golfe vers la Jordanie, puis à terme vers Israël – s’inscrit, selon Hunt, dans une logique d’extension du théâtre d’opérations, pas de désescalade. Et c’est précisément ce cocktail de guerre prolongée, d’incertitude énergétique et de tensions financières qui inquiète le marché obligataire bien plus que les discours officiels rassurants.

Intégration d’Israël dans la machine de guerre américaine : un tournant historique

Un point crucial, souvent passé sous silence dans les médias grand public, concerne un projet de loi en cours d’examen à Washington : déjà voté par la Chambre, il devrait, selon Hunt, être adopté par le Sénat, avec pour effet de fusionner de facto l’armée israélienne (IDF) et les services de renseignement du Mossad dans l’appareil militaire américain. Concrètement, cela signifie que les guerres menées dans la région seraient désormais, juridiquement et opérationnellement, des guerres « américaines », avec Israël comme base avancée. Quand la géopolitique s’imbrique ainsi avec la puissance militaire, les risques sur les devises et les obligations souveraines augmentent mécaniquement, ce qui renforce la pertinence de détenir de l’or physique. Mais ce choix stratégique ouvre aussi une vulnérabilité majeure : l’infrastructure israélienne est fragile, souligne Hunt. Le pays ne dispose que de deux raffineries ; l’Iran a la capacité militaire de les frapper. En cas de destruction de ces installations, Israël serait littéralement « à sec » en produits raffinés essentiels, ce qui limiterait ses capacités militaires et logistiques, et placerait Washington face à un dilemme : escalader encore – avec tous les risques associés – ou accepter une perte de crédibilité stratégique. Le marché obligataire anticipe déjà, en creux, ces scénarios de rupture potentielle.

Armes, pétrole et chantage stratégique : le triangle mortel

Si Donald Trump a fini par renoncer, in extremis, à un assaut massif sur l’Iran, ce n’est pas uniquement par vertu diplomatique. Simon Hunt avance plusieurs raisons plus prosaïques et inquiétantes : d’abord, un stock de missiles – en particulier de Tomahawk – en forte diminution, qui limite la capacité de projection à grande échelle ; ensuite, une réalité énergétique brutale : les réserves stratégiques de pétrole sour (« sour crude »), indispensables à la production de diesel et de kérosène, approchent du point de rupture. Dans un système où même la puissance militaire dominante commence à manquer de ressources énergétiques critiques, l’or retrouve sa fonction d’assurance ultime contre la désorganisation économique. De récentes analyses montrent que la composante sour du Strategic Petroleum Reserve (SPR) américain a été drainée à un rythme inédit, avec des estimations alarmantes évoquant quelques semaines de marge seulement avant d’atteindre des niveaux techniquement incompressibles, au risque de détériorer les cavernes de stockage elles‑mêmes. Parallèlement, l’Iran, via le Pakistan, aurait transmis aux États‑Unis et à leurs alliés une liste détaillée des infrastructures qu’il frapperait – raffineries, pipelines, usines de dessalement – en cas d’attaque contre ses propres installations. C’est un chantage stratégique explicite : attaquez‑nous, et nous replions toute la carte énergétique du Golfe. Là encore, le marché obligataire « sent » que la marge d’erreur se réduit dangereusement.

Le pétrodollar en danger : si le Golfe se détourne de Washington

Un autre élément central de l’analyse de Simon Hunt concerne la position des États du Golfe, en particulier l’Arabie saoudite (MBS) et les Émirats arabes unis (MBZ). D’un côté, MBS aurait appelé Trump pour lui demander de renoncer à une attaque massive contre l’Iran, signe que Riyad mesure le risque d’embrasement général. De l’autre, MBZ, depuis Abou Dhabi, discuterait avec Téhéran d’un « accord de travail durable à long terme », ce qui pose une question fondamentale : les monarchies du Golfe s’aligneront‑elles demain pour un nouvel ordre régional plutôt tourné vers l’Iran, la Chine et la Russie, ou continueront‑elles à s’adosser à Washington ? Si le soutien financier au dollar se fissure dans le Golfe, l’or devient mécaniquement le réceptacle privilégié des flux de réserves en quête de neutralité monétaire. Hunt rappelle que les revenus pétrodollars réinjectés dans la sphère américaine – data centers, investissements boursiers, obligations, immobilier – ont atteint des montants colossaux, de l’ordre de 4 300 milliards de dollars l’an dernier. Si ces flux se réduisent, ou pire, s’inversent, le financement du déficit américain devient beaucoup plus coûteux. Les États du Golfe, déjà affectés par la baisse de leurs revenus et par le coût de la guerre, pourraient être contraints de liquider une partie de leurs actifs en Treasuries et en actions américaines pour « tenir », ce qui ferait mécaniquement monter les rendements et peser sur les marchés mondiaux. Là encore, le marché obligataire envoie un avertissement que peu semblent vouloir entendre.

Diesel, jet fuel et pétrole sour : le talon d’Achille énergétique

Au‑delà du baril de Brent coté en une ligne sur Bloomberg, Simon Hunt insiste sur un point technique mais décisif : ce n’est pas seulement le prix du pétrole qui compte, mais sa qualité. Le pétrole sour, riche en soufre, est indispensable à la production de diesel et de carburéacteur (jet fuel), « deux produits clés dans un baril », rappelle‑t‑il. Or, les États‑Unis ont massivement puisé dans leur réserve de sour crude pour amortir l’impact de la guerre sur les prix domestiques, au point d’approcher un seuil critique. Lorsque les intrants énergétiques deviennent rarissimes, les chaînes logistiques et l’économie réelle vacillent, et l’or reprend son rôle de réserve de valeur déconnectée des flux physiques. Selon plusieurs rapports, une fois la portion sour du SPR épuisée, il n’existe pas d’alternative domestique immédiate : les États‑Unis dépendent de cargaisons en provenance du Golfe, dont le transit par Ormuz et la mer Rouge reste menacé par les tensions et les attaques contre les navires. Même si une flotte de tankers quittait le Golfe demain matin, il faudrait plus de six semaines de navigation pour livrer le brut, créant une fenêtre de tension inévitable sur le diesel et le kérosène, avec des hausses de prix et des pénuries susceptibles de déclencher une nouvelle vague d’inflation et de ralentissement économique simultanés : la définition même de la stagflation.

Vers une crise de la dette souveraine et un « grand reset »

Toute cette mécanique géopolitico‑énergétique se répercute sur le cœur du système : la dette souveraine. Simon Hunt considère que la crise de la dette périphérique européenne de 2011‑2012 n’était qu’un amuse‑bouche, un « appetizer » avant la vraie crise, centrée cette fois sur le dollar et sur les obligations américaines. Selon son scénario de base, nous pourrions connaître dès août‑septembre une correction boursière de 6 à 8%, suivie d’un rebond de fin d’année classique, alors que les marchés espèrent un pivot de la Fed et un ralentissement de l’inflation. Dans ce type de séquences – correction, rebond, puis choc majeur – l’or et l’argent physique servent de colonne vertébrale à une stratégie de survie patrimoniale. Hunt pense que Kevin Warsh, actuel président de la Fed, sera plus « hawkish » à Jackson Hole, tout en préparant en coulisse un scénario de « grand reset » vers 2030‑2032 : d’abord, une phase de récession en 2027, avec un 10 ans américain qui retomberait temporairement vers 3%, ce que souhaite ardemment le Trésor pour alléger la charge d’intérêts ; ensuite, un nouveau cycle de stimulation monétaire, qui déclencherait une séquence inflationniste comparable à celle de 1978‑1982, mais « en pire », avec une inflation à deux chiffres, des rendements obligataires à deux chiffres et, in fine, l’explosion contrôlée du système actuel, remplacé par une nouvelle architecture monétaire – potentiellement une forme de crypto‑dollar adossé à la dette publique, tandis que la Chine avancerait son propre système lié à l’or.

Scénario alternatif : l’explosion avant 2027

Le problème, reconnaît Hunt, c’est que ce scénario « propre » de reset gradué suppose que le système tienne encore deux ou trois ans. Or, la fragilité est telle qu’il n’exclut pas une déflagration beaucoup plus rapide, dès la fin de cette année. Dans ce cas, nous entrerions brutalement dans une phase de stagflation ouverte : croissance en berne, inflation élevée, dollar en baisse, rendements obligataires en hausse et marchés actions pris en étau entre la contraction des marges et la fuite des capitaux. Dans un tel environnement, l’histoire montre que l’or et l’argent, ainsi que les mines qui les produisent, connaissent des phases de hausse violentes qui compensent largement les pertes sur les autres actifs. Hunt estime que dans un scénario d’implosion rapide, les obligations seraient massivement vendues, les rendements « décrocheraient » à la hausse, les actions chuteraient d’abord avant de se reprendre sur la seule perspective de voir l’inflation éroder les dettes nominales, et les métaux précieux « exploseraient à la hausse ». Seule nuance de prudence : sur l’argent, il souligne un point structurel à surveiller. Le plus grand fabricant mondial de panneaux solaires en Chine est en train de remplacer progressivement l’argent utilisé dans les connexions par du cuivre ; à horizon 2030, près de 5 000 tonnes de demande annuelle d’argent pourraient ainsi disparaître. C’est peu pour le cuivre, mais significatif pour l’argent, même si l’effet exact sur les prix reste incertain.

Que faire concrètement : la recommandation de Simon Hunt

Face à un système qu’il juge « tellement fragile qu’il se peut que nous ne tenions pas jusqu’au quatrième trimestre de l’année prochaine », Simon Hunt reste clair sur la conduite à tenir – sans prétendre donner un conseil financier personnalisé. Pour lui, toute phase de rebond des marchés actions devrait être mise à profit pour alléger les expositions en actions et en obligations risquées, et convertir progressivement ces gains en or physique, de préférence détenu en dehors du système bancaire, afin de réduire le risque de confiscation ou de contrôle des capitaux si les gouvernements décident de puiser dans l’épargne privée pour stabiliser le système. Construire dès maintenant une position en or physique hors banque, même modeste, est une façon de prendre une longueur d’avance sur un scénario que les banques centrales elles‑mêmes semblent anticiper. En parallèle, Hunt insiste sur un point souvent négligé dans les stratégies patrimoniales : les prix alimentaires. Les pénuries d’engrais, le phénomène de super El Niño et le retour attendu du cycle climatique de type « Dust Bowl » dans le Midwest américain (Gleissberg cycle) pourraient conduire à des hausses spectaculaires des prix agricoles d’ici 2025‑2026, avec des tensions sociales majeures à la clé. Dans un tel monde, la sécurité ne se jouera plus seulement sur les graphiques de rendement ou d’écart de spread, mais sur la capacité des ménages à protéger leur pouvoir d’achat réel – ce qui ramène, encore une fois, aux actifs tangibles et à une gestion de long terme.

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