Et si la prochaine grande décision monétaire américaine ne consistait pas simplement à réduire les taux d’intérêt, mais à modifier brutalement la valeur officielle de l’or ? C’est le scénario avancé par Luke Gromen, analyste macroéconomique et fondateur de Forest for the Trees, qui estime que les États-Unis approchent d’un point de bascule où le niveau de la dette limite fortement l’indépendance de la Réserve fédérale. Selon cette lecture, Washington pourrait être contraint de choisir entre une période d’inflation très élevée, une monétisation plus directe des déficits ou une réévaluation spectaculaire des réserves d’or, potentiellement vers 20 000 ou 30 000 dollars l’once. Cette hypothèse n’est ni une décision annoncée ni une prévision officielle : il s’agit d’un scénario théorique destiné à montrer comment un État très endetté pourrait modifier la valeur de ses actifs monétaires. L’achat d’or et d’argent physiques peut être étudié comme une diversification face aux risques de dépréciation monétaire et de crise de la dette.
La domination budgétaire expliquée simplement
La domination budgétaire désigne une situation dans laquelle la politique monétaire ne peut plus se concentrer uniquement sur la stabilité des prix, car elle doit également préserver la capacité de l’État à financer sa dette. En théorie, la Réserve fédérale peut relever ses taux pour ralentir l’inflation. En pratique, une hausse rapide et prolongée des taux augmente les intérêts versés par le Trésor américain, fragilise les détenteurs d’obligations et peut provoquer une récession. Plus la dette est importante, plus la banque centrale doit tenir compte des conséquences budgétaires de ses décisions. Cela ne signifie pas nécessairement que la Fed est officiellement contrôlée par le gouvernement, mais son espace de manœuvre se réduit lorsque les intérêts et les dépenses obligatoires absorbent une part croissante des recettes fiscales. Le Fonds monétaire international estime que la dette publique mondiale pourrait atteindre 100 % du produit intérieur brut mondial en 2029, après avoir approché 94 % en 2025. [127][129] L’or physique peut servir de diversification lorsque les politiques monétaires sont de plus en plus contraintes par le poids de la dette.
Pourquoi une baisse des taux ne suffirait pas
Une réduction des taux pourrait alléger temporairement les intérêts de la dette et soutenir l’activité économique, mais elle ne résoudrait pas nécessairement le problème structurel. Si les taux sont abaissés alors que l’inflation reste élevée, les investisseurs peuvent exiger une prime supplémentaire pour détenir des obligations à long terme. Le gouvernement bénéficierait alors d’un financement moins coûteux à court terme, mais risquerait de provoquer une nouvelle baisse du pouvoir d’achat du dollar. À l’inverse, si la Fed maintient des taux élevés pour défendre la monnaie, le coût du service de la dette augmente et peut entraîner une contraction du crédit, des faillites et une récession. C’est ce dilemme qui conduit Luke Gromen à estimer que les outils conventionnels pourraient devenir insuffisants. La question ne serait plus seulement de savoir quel taux fixer, mais comment réorganiser l’ensemble du système de financement public. L’achat d’or et d’argent physiques peut être envisagé comme une protection partielle contre les effets d’une politique de taux réels négatifs.
Le précédent de 2020 à 2022
Pour défendre son raisonnement, Luke Gromen s’appuie sur la période comprise entre 2020 et 2022. Pendant la crise sanitaire, les déficits publics ont fortement augmenté, tandis que la Réserve fédérale a acheté d’importantes quantités d’obligations et maintenu des conditions financières très accommodantes. Les ménages ont reçu des aides directes, les entreprises ont bénéficié de dispositifs de soutien et la création de crédit a contribué à maintenir la demande. Cette combinaison a permis d’éviter un effondrement immédiat de l’activité, mais elle a aussi été suivie d’une forte hausse de l’inflation lorsque les dépenses ont dépassé les capacités de production disponibles. L’analyste estime qu’une politique similaire pourrait être utilisée à l’avenir, mais avec une différence majeure : les autorités chercheraient cette fois à limiter la durée de l’épisode inflationniste ou à réévaluer l’or afin de réduire plus rapidement le poids de la dette. Dans une période de création monétaire soutenue, l’or physique peut constituer une réserve de valeur complémentaire aux liquidités.
Le scénario d’une réévaluation de l’or
La proposition la plus spectaculaire consiste à réévaluer officiellement l’or détenu par le gouvernement américain à un prix beaucoup plus élevé. Aujourd’hui, les réserves d’or du Trésor sont comptabilisées selon une valeur historique très éloignée du prix de marché. Une réévaluation à 20 000 ou 30 000 dollars l’once augmenterait fortement la valeur comptable des réserves sans nécessiter l’achat immédiat de nouvelles quantités de métal. Dans le scénario décrit par Luke Gromen, cette plus-value pourrait être inscrite dans le compte général du Trésor, puis utilisée pour racheter une partie de la dette publique. Le ratio dette sur produit intérieur brut diminuerait alors mécaniquement, non parce que l’État aurait réduit ses dépenses, mais parce que la valeur monétaire attribuée à son stock d’or aurait augmenté. Cette opération serait une décision comptable et monétaire extrêmement radicale, qui modifierait la perception du dollar et du rôle de l’or dans le système financier. Détenir de l’or physique permet de posséder directement le métal qui se trouverait au cœur d’une telle réévaluation.
Comment une réévaluation pourrait réduire la dette
Le mécanisme imaginé peut être résumé en plusieurs étapes. Premièrement, le gouvernement américain annoncerait une nouvelle valeur officielle pour l’or détenu dans ses réserves. Deuxièmement, cette hausse de valeur créerait une augmentation comptable des actifs du Trésor. Troisièmement, les ressources ainsi reconnues pourraient alimenter le compte général du Trésor, avant d’être utilisées pour racheter une partie des obligations existantes. Enfin, la diminution du stock de dette réduirait le ratio dette sur PIB et pourrait rendre à la Réserve fédérale une plus grande liberté dans la fixation des taux. Il faut cependant souligner qu’il ne s’agit pas d’un financement gratuit : une réévaluation de l’or représenterait une dévaluation implicite du dollar par rapport au métal. Les détenteurs de dollars et d’obligations subiraient une perte de pouvoir d’achat réel, tandis que le prix nominal de l’or augmenterait considérablement. L’achat d’or et d’argent physiques peut être étudié comme une manière de détenir des actifs tangibles avant une éventuelle modification de la valeur des réserves monétaires.
Ce scénario ressemble-t-il à un retour à l’étalon-or ?
Une réévaluation officielle de l’or ne signifierait pas automatiquement le retour à l’étalon-or. Dans un véritable système d’étalon-or, la monnaie est convertible selon un prix défini et les autorités doivent respecter certaines contraintes sur l’émission monétaire. Une réévaluation comptable pourrait, au contraire, être utilisée ponctuellement pour renforcer le bilan du Trésor sans rendre le dollar librement convertible en métal. Elle pourrait également prendre la forme d’une opération exceptionnelle destinée à restaurer la confiance ou à recapitaliser le système public. L’histoire américaine montre que la valeur officielle de l’or a déjà été modifiée dans le passé, notamment lors du Gold Reserve Act de 1934, qui avait fait passer le prix légal de 20,67 à 35 dollars l’once. Cette référence historique ne prouve pas qu’une nouvelle réévaluation aura lieu, mais elle démontre qu’un prix officiel de l’or peut être modifié par décision politique. L’or physique conserve une fonction patrimoniale indépendante du régime monétaire officiellement choisi par les gouvernements.
Pourquoi réduire fortement les dépenses serait difficile
Luke Gromen considère que les réductions budgétaires traditionnelles seraient politiquement et économiquement très difficiles à mettre en œuvre. Une baisse importante des dépenses de défense retirerait immédiatement une demande considérable de l’économie américaine, avec des conséquences sur les emplois, les fournisseurs et les régions dépendantes des contrats publics. Une réduction brutale des dépenses de santé ou de retraite provoquerait également une baisse de la consommation des ménages concernés, ainsi qu’une vente potentielle d’actions, d’obligations et de biens immobiliers pour maintenir leur niveau de vie. Dans ce scénario, l’austérité pourrait provoquer une récession, réduire les recettes fiscales et aggraver le déficit au lieu de le résorber. Cette analyse ne signifie pas que les dépenses publiques sont impossibles à réformer, mais qu’un ajustement rapide et massif présenterait un coût économique et social considérable. L’or et l’argent physiques peuvent compléter une épargne destinée à préserver une partie du patrimoine lorsque les finances publiques deviennent plus incertaines.
Le choix entre inflation et réévaluation
Selon Luke Gromen, les autorités américaines pourraient finalement être confrontées à deux grandes options. La première consisterait à ramener les taux vers zéro, soutenir la demande, financer les déficits et accepter une période d’inflation élevée accompagnée d’une dépréciation du dollar. La seconde reviendrait à réévaluer l’or à un niveau très élevé, afin d’utiliser la valeur comptable des réserves pour réduire une partie de la dette. Ces deux options ont un point commun : elles diminueraient la valeur réelle des engagements publics au détriment des détenteurs d’actifs libellés en dollars. La différence réside dans le mécanisme et dans la vitesse d’ajustement. L’inflation répartit progressivement la perte de pouvoir d’achat sur l’ensemble de l’économie, tandis qu’une réévaluation de l’or provoquerait un changement plus brutal de la référence monétaire. Rien ne permet d’affirmer que Washington choisira l’une ou l’autre de ces solutions, mais les deux scénarios illustrent la pression exercée par l’endettement. L’achat progressif d’or physique peut aider à diversifier une épargne exposée à l’inflation et à la dévaluation monétaire.
Le projet d’une économie « hamiltonienne »
L’autre volet de l’analyse concerne l’orientation industrielle et commerciale de l’administration américaine. Une politique inspirée d’Alexander Hamilton chercherait à protéger la production nationale par des droits de douane, des aides industrielles, des contrôles du capital et une relocalisation des chaînes d’approvisionnement. L’objectif serait de réduire la dépendance aux importations, de reconstruire une base manufacturière et de sécuriser les secteurs stratégiques. Cette stratégie pourrait soutenir les salaires et l’investissement intérieur, mais elle comporterait aussi un coût : les droits de douane renchérissent les importations, réduisent la concurrence et peuvent alimenter l’inflation. Le FMI estime que les tensions commerciales et géopolitiques constituent déjà un risque pour la croissance et la stabilité financière mondiales. [194][196] L’économie américaine pourrait donc connaître davantage d’investissements productifs tout en acceptant une période de prix plus élevés. L’or physique peut servir de diversification lorsque la relocalisation industrielle et les droits de douane exercent une pression sur les prix.
Qui paierait le coût de la dévaluation ?
Une politique de dépréciation monétaire ne répartit pas ses effets de manière uniforme. Les ménages qui détiennent principalement des liquidités, des obligations à long terme ou des revenus fixes voient leur pouvoir d’achat diminuer lorsque les prix progressent. Les emprunteurs peuvent en revanche bénéficier d’une réduction de la valeur réelle de leurs dettes, tandis que les propriétaires d’actifs tangibles, d’actions ou d’entreprises capables d’augmenter leurs prix peuvent mieux résister. Les jeunes travailleurs pourraient profiter d’une hausse nominale des salaires si la relocalisation crée une demande de main-d’œuvre, mais cette progression ne compenserait l’inflation que si les revenus augmentent suffisamment vite. Une réévaluation de l’or produirait également un transfert de richesse entre les détenteurs d’obligations et les propriétaires du métal. C’est pourquoi ce type de décision serait politiquement sensible, même s’il permettait de soulager les finances publiques. Détenir une part d’or et d’argent physiques peut constituer une protection partielle contre la perte de valeur des actifs monétaires.
Le rôle de la Chine dans le nouvel ordre monétaire
Le scénario de Luke Gromen s’inscrit dans un contexte où la Chine augmente ses réserves officielles d’or et cherche à réduire sa dépendance aux bons du Trésor américains. La Banque populaire de Chine a accru ses réserves pour le vingt et unième mois consécutif en juillet 2026, portant ses avoirs déclarés à environ 2 366,4 tonnes. [70] Pékin développe également le rôle de Hong Kong dans la compensation, la conservation et le négoce du métal précieux. Cette accumulation ne signifie pas que la Chine s’apprête nécessairement à annoncer un retour immédiat à l’étalon-or, mais elle traduit une volonté de diversifier ses réserves et de renforcer son autonomie financière. Si les États-Unis modifiaient eux aussi la place de l’or dans leur bilan, la concurrence entre les grandes puissances pourrait accélérer la revalorisation mondiale du métal. L’achat d’or physique permet aux investisseurs de détenir directement l’actif que les banques centrales utilisent de plus en plus comme réserve stratégique.
Le marché obligataire serait le premier à réagir
Une réévaluation officielle de l’or ou une période d’inflation très élevée modifierait profondément les marchés obligataires. Les détenteurs de titres à taux fixe verraient la valeur réelle de leurs coupons diminuer, tandis que les nouveaux investisseurs exigeraient des rendements plus élevés pour compenser le risque d’inflation. Les obligations indexées sur les prix pourraient mieux résister, mais elles resteraient exposées au risque de taux et à la solvabilité de l’émetteur. Les banques, les assureurs et les fonds de pension devraient réévaluer leurs portefeuilles, ce qui pourrait provoquer des ventes et accroître la volatilité. Le marché des actions ne serait pas épargné : les entreprises ayant un fort pouvoir de fixation des prix pourraient mieux résister, tandis que les sociétés dépendantes du financement externe seraient fragilisées. L’or physique peut apporter une diversification différente des obligations et des actions, même s’il ne verse pas de revenu régulier.
Pourquoi l’objectif de 30 000 dollars reste hypothétique
Le niveau de 30 000 dollars l’once doit être compris comme un scénario de réévaluation monétaire et non comme une prévision de marché ordinaire. Une telle hausse supposerait soit une très forte perte de pouvoir d’achat du dollar, soit une décision officielle donnant à l’or une valeur comptable beaucoup plus élevée, soit une combinaison de ces facteurs. Le cours pourrait également atteindre un niveau nominal très élevé sans que le pouvoir d’achat réel des détenteurs d’or progresse dans les mêmes proportions, si les prix des biens, de l’énergie et des services augmentaient eux aussi. Il faut également tenir compte du fait qu’une réévaluation décidée par un gouvernement pourrait être accompagnée de contrôles, de restrictions ou de modifications réglementaires. Les investisseurs ne doivent donc pas acheter en considérant 30 000 dollars comme une certitude, mais comprendre les conditions nécessaires à la réalisation de ce scénario. L’or physique peut être étudié comme une assurance patrimoniale, sans fonder une décision d’achat sur un objectif de prix garanti.
Conclusion : l’or au centre du prochain choix monétaire
Luke Gromen avance une hypothèse radicale mais cohérente avec les contraintes d’un État très endetté : les États-Unis pourraient un jour réévaluer fortement leur or afin de réduire la dette, ou choisir une période d’inflation élevée pour en diminuer progressivement le poids réel. Cette stratégie permettrait théoriquement de libérer la Réserve fédérale de la domination budgétaire, mais elle pénaliserait les détenteurs de dollars, d’obligations et d’actifs à revenu fixe. Le virage industriel et commercial inspiré d’Alexander Hamilton pourrait renforcer la production américaine, tout en alimentant les coûts et l’inflation. La Chine, de son côté, poursuit l’accumulation de métal et développe ses infrastructures liées à l’or. Rien ne permet de savoir si une réévaluation à 20 000 ou 30 000 dollars aura lieu, mais les mécanismes décrits montrent pourquoi le métal jaune occupe une place croissante dans les débats sur l’avenir du système monétaire. L’achat raisonné d’or et d’argent physiques peut constituer une composante d’une stratégie de diversification face aux risques d’inflation, de dette et de dépréciation monétaire.



