Pourquoi une réévaluation de l’or pourrait devenir l’arme ultime du Trésor américain
Pour Clive Thompson, ancien banquier suisse et gestionnaire de fortune, l’idée qu’un gouvernement puisse créer de la liquidité en « réévaluant » l’or de ses réserves est loin d’être une fantaisie théorique : c’est un outil très concret, déjà utilisé par les États-Unis au XXe siècle, et qui pourrait revenir au cœur de la stratégie américaine en cas de crise majeure. Dans un contexte où la dette fédérale américaine avoisine des niveaux historiquement élevés, où le déficit budgétaire se maintient autour de 6% du PIB, et où le marché des Treasuries montre de plus en plus de fragilités, Thompson estime qu’une réévaluation officielle de l’or détenu par le Trésor – aujourd’hui comptabilisé à un prix largement inférieur à sa valeur de marché – permettrait de créer instantanément des centaines voire des milliers de milliards de dollars de liquidité sans émettre un seul nouveau titre de dette. En pratique, il s’agirait de reconnaître que l’or stocké à Fort Knox et dans les autres dépôts américains vaut non pas quelques milliers de dollars l’once comme sur le marché, mais 15 000, 20 000 ou 25 000 dollars, et de monétiser cette différence via une opération spécifique entre le Trésor et la Réserve fédérale. Un tel mécanisme transformerait la valeur comptable de l’or en pouvoir de financement réel, permettant au gouvernement de réduire ses émissions de Treasuries et de soulager un marché obligataire déjà très sollicité. Pour un épargnant, comprendre cette logique renforce l’intérêt de disposer soi-même d’une part de son patrimoine en métal jaune, par exemple via l’achat d’or physique, afin de bénéficier de la même dynamique de réévaluation que l’État pourrait utiliser à son profit.
Le précédent de 1934 : quand Roosevelt a « volé » 65% de plus-value à la Fed
Thompson rappelle que ce type de manœuvre a déjà été exécuté avec succès par Washington, dans des circonstances économiques difficiles. Le 31 janvier 1934, en pleine sortie de la Grande Dépression, le gouvernement américain a forcé la Réserve fédérale à vendre son or au Trésor au prix de 20,67 dollars l’once (souvent arrondi à 20,22 dans certains récits). Dès le lendemain, un décret a fait passer le prix officiel de l’or à 35 dollars, générant une plus-value immédiate d’environ 65%… au bénéfice du Trésor, au détriment de la Fed. Si l’on se place du point de vue de la banque centrale, cette opération a ressemblé à une expropriation pure et simple : elle a été contrainte de céder un actif tangible, l’or, contre une somme de dollars qui, dès le lendemain, valait beaucoup moins en termes d’or. En échange de son métal, la Fed a reçu des « gold notes », des titres inscrits à l’actif de son bilan, mais dépourvus d’intérêt, de date de remboursement, et non considérés comme de la dette publique : du papier sans valeur réelle, qui figure encore aujourd’hui dans ses comptes. Ce précédent montre que l’État n’hésite pas, lorsque la situation l’exige, à utiliser des mécanismes de réévaluation pour transférer de la richesse depuis la banque centrale vers le Trésor, en jouant sur le prix de l’or. Pour un investisseur privé, cette histoire illustre à quel point il est risqué de dépendre uniquement d’actifs papier émis ou garantis par des institutions publiques, et à quel point il est pertinent de détenir au moins une fraction de son capital sous forme de métal physique, par exemple via l’achat d’or physique, qui ne peut être « re-pricé » unilatéralement sans votre consentement.
Clive Thompson sees a potential US gold revaluation as a way to create liquidity, reduce Treasury borrowing and push yields lower. He believes gold may need to be officially repriced to around $15,000 to $25,000 an ounce for the strategy to meaningfully extend the system for… pic.twitter.com/lJD4Tc38Lf
— TheGladiator (@TheGladiatorHC) July 29, 2026
Comment Washington pourrait transformer son or en liquidités sans augmenter officiellement sa dette
Transposé à aujourd’hui, le scénario décrit par Clive Thompson tient en une opération en deux temps entre le Trésor américain et la Réserve fédérale, votée par une loi ad hoc. Dans un premier temps, le Trésor « vend » officiellement l’or qu’il détient à la Fed à un prix largement réévalué – imaginons 15 000, 20 000 ou 25 000 dollars l’once – et reçoit en échange du « cash » fraîchement créé par la banque centrale. Ce n’est ni un impôt supplémentaire ni un emprunt sur les marchés : la Fed crée simplement la monnaie ex nihilo et crédite le compte du Trésor en dollars tout neufs. Dans un second temps, presque immédiatement, le Trésor « rachète » ce même or à la Fed, au même prix, mais au lieu de payer en cash, il lui remet des gold notes, c’est‑à‑dire des titres spéciaux sans échéance, sans intérêt, irrédémibles et surtout non comptabilisés comme dette publique. Au final, la Fed se retrouve avec un actif comptable – ces notes d’or – qui ne donne aucun droit réel de remboursement, tandis que le gouvernement conserve son or et dispose de montants considérables de liquidités pour rembourser des Treasuries arrivant à échéance, financer ses dépenses courantes ou réduire son recours au marché obligataire. Toute l’astuce comptable vient du fait que ces notes d’or ne sont pas classées comme dette, ce qui permet de « gonfler » la capacité de dépense publique sans augmenter officiellement le stock d’obligations en circulation. Pour un investisseur privé, ce mécanisme montre clairement jusqu’où un État peut aller pour remodeler son bilan en jouant sur le prix de l’or et la définition même de la dette. Il souligne l’intérêt de ne pas dépendre uniquement des obligations souveraines, et de diversifier son patrimoine avec des actifs tangibles comme l’achat d’or physique, qui reste hors bilan, insensible aux tours de passe‑passe budgétaires.
Effets sur le marché obligataire : pénurie de nouvelles émissions et chute des rendements
L’un des objectifs implicites de cette stratégie serait de soulager le marché des Treasuries, que Clive Thompson décrit comme un « colosse aux pieds d’argile » : réputés sûrs et liquides, les titres du Trésor sont pourtant de plus en plus exposés aux turbulences liées au déficit chronique des États-Unis, à la montée des taux et au recul progressif de certains acheteurs étrangers. Si le Trésor disposait soudainement de centaines de milliards – voire de milliers de milliards – de dollars issus de la réévaluation de l’or, il pourrait, pendant plusieurs années, réduire fortement ses nouvelles émissions d’obligations, et même racheter une partie des titres existants arrivant à maturité sans recourir au marché. Cette diminution de l’offre de Treasuries créerait un environnement de pénurie relative, où les investisseurs, habitués à pouvoir placer des sommes massives en dette américaine, se trouveraient en compétition pour une quantité moindre de titres. En théorie, cela ferait baisser les rendements – puisque les investisseurs acceptent des taux plus faibles pour obtenir un actif rare – et offrirait au gouvernement une occasion de revenir, après quelques années de « respiration », sur le marché à des conditions plus avantageuses. Thompson imagine ainsi une séquence où les taux longs, poussés trop haut par la montée des déficits et les inquiétudes sur la solvabilité, seraient brutalement contenus par une réévaluation de l’or, avant d’être re-stabilisés à des niveaux plus supportables. Pour un épargnant, cette perspective implique qu’il ne suffit pas de se reposer sur un portefeuille d’obligations souveraines pour traverser les prochaines années : les taux, les émissions et même la nature de la dette peuvent être modifiés politiquement. D’où l’intérêt de compléter son exposition par des actifs insensibles à ces arbitrages, comme l’achat d’or physique, qui offre une forme de protection contre les réécritures de règles du jeu obligataire.
Pourquoi viser 15 000 à 25 000 $ : l’échelle nécessaire pour « gagner » 10 à 15 ans
La question centrale est évidemment celle du niveau de réévaluation : pourquoi Clive Thompson parle-t-il de 15 000, 20 000 ou 25 000 dollars l’once, et non de 6 000 ou 8 000 ? La réponse tient à la taille du problème à traiter. Aujourd’hui, les États-Unis affichent un déficit annuel massif et une dette totale qui dépasse largement les dizaines de milliers de milliards de dollars. Réévaluer l’or de manière marginale – par exemple en doublant simplement son prix de marché – ne générerait qu’un « coussin » limité face à cette montagne de passifs. En revanche, fixer officiellement le prix de l’once à des niveaux beaucoup plus élevés permettrait de multiplier la valeur comptable des réserves d’or du Trésor par trois, quatre ou cinq, créant un montant de liquidité suffisant pour financer plusieurs années de déficits sans recourir autant au marché. Certains analystes estiment que l’or détenu officiellement par les États-Unis représente environ un trillion de dollars à son prix actuel ; porté à 15 000 ou 25 000 dollars l’once, ce stock serait valorisé à 3, 4 ou 5 trillions, de quoi repousser la contrainte budgétaire d’une décennie au moins. Thompson évoque ainsi un « coup de pied dans la canette » – une façon de repousser le problème encore 10 à 15 ans –, mais reconnaît que cette solution ne fait que prolonger la vie d’un système déjà très endetté. Pour les épargnants, cette réflexion a deux implications : d’une part, si une telle réévaluation survenait, elle propulserait le prix de l’or sur des niveaux aujourd’hui jugés extrêmes, bénéficiant directement à ceux qui détiennent déjà du métal ; d’autre part, elle montrerait que les autorités sont prêtes à des mesures exceptionnelles plutôt qu’à une restructuration ouverte de la dette. Dans les deux cas, il est rationnel de envisager l’achat d’or physique comme une façon de se placer du côté des « bénéficiaires » de cette possible re-pricing, plutôt que du côté des porteurs de dette qui en subiront les conséquences.
Implications pour le système monétaire et pour les investisseurs privés
Ce scénario n’est pas neutre sur le plan monétaire et politique. Réévaluer l’or à un niveau très élevé revient à reconnaître qu’une partie du pouvoir d’achat du dollar s’est déjà dissipée, et à lier explicitement la valeur de la monnaie à celle d’un actif tangible qui ne peut être créé à volonté. En ce sens, Clive Thompson ne propose pas un retour pur et simple à l’étalon-or, mais une forme de « reset comptable » où l’or sert de référence ponctuelle pour rééquilibrer le bilan public. À court terme, cette manœuvre pourrait stabiliser les marchés obligataires et prolonger la confiance dans les Treasuries ; à moyen terme, elle inciterait d’autres États – notamment ceux qui accumulent déjà beaucoup d’or, comme la Chine – à considérer l’or comme un pivot de leurs propres stratégies monétaires, accélérant la transition vers un système plus multipolaire. Pour les investisseurs privés, l’enseignement est clair : que ce soit par la reconnaissance officielle d’un nouveau prix de l’or ou par la simple poursuite de la dépréciation des monnaies fiduciaires, le métal jaune tend à être réévalué lorsque les bilans publics deviennent intenables. Se positionner en amont de ce type de décision, en construisant progressivement une réserve de métal physique via l’achat d’or physique, permet de ne pas dépendre exclusivement des promesses des États et des marchés de dette, et d’aligner son patrimoine sur un actif que même les gouvernements reconnaissent, lorsqu’ils sont acculés, comme la référence ultime de valeur.


