Le scénario paraît presque irréel : après avoir déjà connu une envolée spectaculaire, l’or pourrait-il réellement atteindre 10 000 dollars l’once ? C’est pourtant l’hypothèse défendue avec conviction par Jim Rickards, qui estime que la combinaison de la guerre entre les États-Unis et l’Iran, des perturbations du détroit d’Ormuz, des tensions inflationnistes, de l’incertitude monétaire et de la demande persistante des banques centrales pourrait créer un environnement exceptionnellement favorable au métal jaune. Il faut toutefois distinguer une prévision d’un fait établi : 10 000 dollars n’est pas un objectif garanti, mais un scénario haussier qui mérite d’être étudié. Dans ce contexte, l’achat d’or physique peut constituer une façon concrète de s’exposer au métal précieux, à condition de l’envisager comme une composante patrimoniale de long terme et non comme un simple pari sur le prochain mouvement de marché.
Pourquoi le scénario des 10 000 dollars revient-il aujourd’hui sur le devant de la scène ?
La première idée à comprendre est que la thèse des 10 000 dollars ne repose pas uniquement sur la guerre en Iran. Le conflit agit plutôt comme un accélérateur potentiel d’un mouvement déjà engagé. Le marché de l’or bénéficie depuis plusieurs années d’une combinaison de facteurs particulièrement puissants : achats soutenus des banques centrales, recherche de diversification des réserves internationales, inquiétudes concernant l’inflation, incertitudes géopolitiques et interrogation croissante sur la solidité des grands équilibres budgétaires. Cette accumulation de facteurs explique pourquoi le métal jaune conserve une place aussi particulière dans les portefeuilles. Autrement dit, acheter de l’or physique ne correspond plus seulement à une stratégie de protection contre l’inflation : le métal jaune occupe également une place croissante dans les stratégies de diversification patrimoniale et dans les réserves des banques centrales.
Le détroit d’Ormuz : le véritable point de rupture
Dans l’analyse de Jim Rickards, le détroit d’Ormuz constitue l’un des éléments les plus importants du scénario. Cette voie maritime est stratégique pour le commerce mondial de l’énergie et sa perturbation ne concerne donc pas uniquement l’Iran ou les États-Unis. Lorsque la circulation des hydrocarbures est perturbée dans cette zone, les conséquences peuvent rapidement dépasser le cadre régional et se transmettre à l’ensemble de l’économie mondiale. Le problème n’est pas nécessairement que les États-Unis ou les autres grandes puissances manquent physiquement de pétrole, mais plutôt que les prix mondiaux de l’énergie peuvent fortement augmenter. Cette différence est fondamentale. Même un pays producteur peut subir une flambée des prix lorsque l’offre mondiale devient plus difficile à acheminer. Dans un tel environnement, l’or physique peut jouer son rôle traditionnel d’actif de diversification face aux chocs géopolitiques.
Le véritable danger n’est pas seulement le prix du pétrole
C’est ici que le raisonnement devient particulièrement intéressant. Une hausse du pétrole ne produit pas uniquement une essence plus chère à la pompe. Elle se transmet progressivement au transport routier, au fret maritime, à l’aviation, à l’industrie, à l’agriculture et finalement aux prix payés par les consommateurs. Le pétrole est une matière première tellement intégrée à l’économie moderne que son renchérissement peut agir comme une taxe invisible sur pratiquement toute la chaîne de production. Les entreprises doivent absorber une partie de cette hausse ou la répercuter sur leurs prix de vente. Les consommateurs disposent alors de moins de pouvoir d’achat pour les autres dépenses. Dans ce contexte, l’achat d’or physique peut être envisagé comme une manière de diversifier son patrimoine face à une éventuelle dégradation du pouvoir d’achat provoquée par une inflation énergétique persistante.
Pourquoi une inflation énergétique pourrait paradoxalement soutenir l’or
Le mécanisme paraît contradictoire : une inflation plus élevée peut pousser une banque centrale à maintenir des taux élevés, ce qui est normalement défavorable à un actif comme l’or, qui ne verse ni coupon ni dividende. Pourtant, lorsque l’inflation provient d’un choc géopolitique ou énergétique, le raisonnement devient plus complexe. Les investisseurs peuvent simultanément craindre une inflation persistante, une dégradation de la croissance, une détérioration des finances publiques et une montée des risques géopolitiques. C’est précisément cette combinaison qui peut renforcer l’attrait des actifs considérés comme des valeurs refuges. L’or bénéficie alors d’une caractéristique essentielle : il peut être recherché lorsque la confiance dans les actifs financiers traditionnels se fragilise. Dans cette perspective, l’or physique répond davantage à une logique de diversification patrimoniale qu’à une volonté de prévoir exactement le prochain mouvement du marché.
L’or a déjà montré qu’une correction spectaculaire ne signifie pas nécessairement la fin d’un marché haussier
L’un des arguments centraux attribués à Rickards concerne la psychologie des marchés. Après une hausse extrêmement rapide, il est courant qu’un actif corrige fortement avant de poursuivre éventuellement sa tendance. Les investisseurs ont souvent tendance à interpréter une correction importante comme la preuve que la hausse précédente était terminée. Or l’histoire des matières premières montre que les grands marchés haussiers sont rarement linéaires. Ils connaissent des phases de prises de bénéfices, de panique, de désengagement des investisseurs les plus spéculatifs, puis parfois de nouvelle accumulation. Une baisse de 20 %, 25 % ou davantage ne permet donc pas, à elle seule, de conclure que la tendance de fond est terminée. Pour un épargnant qui privilégie l’horizon patrimonial, l’achat d’or physique peut justement permettre de raisonner en quantité de métal détenue plutôt qu’en réaction permanente aux fluctuations quotidiennes de la cotation.
La règle des 50 % : une idée séduisante, mais à manier avec prudence
Jim Rickards s’appuie également sur une idée popularisée par le célèbre investisseur Jim Rogers : selon cette approche, une matière première destinée à connaître une très forte progression peut subir une correction extrêmement profonde en cours de route. Rickards applique ensuite une lecture inspirée des travaux sur les fractales et la notion de similitude des structures de marché à différentes échelles. Cette méthode peut être intéressante pour réfléchir aux comportements cycliques et à la psychologie collective, mais elle ne doit pas être présentée comme une loi mathématique garantissant un cours futur. Une configuration graphique passée ne contraint pas mécaniquement le futur. C’est précisément pourquoi une stratégie patrimoniale fondée sur l’acquisition progressive d’or physique doit tenir compte de la volatilité, de l’horizon de placement, des primes, de la fiscalité et du risque de correction.
Pourquoi 10 000 dollars n’est pas forcément aussi absurde qu’il y paraît
À première vue, passer d’un cours situé autour de plusieurs milliers de dollars à 10 000 dollars l’once paraît gigantesque. Pourtant, il faut raisonner en pourcentage plutôt qu’en valeur absolue. Un marché qui connaît une nouvelle phase d’appréciation extrêmement forte pourrait théoriquement atteindre un tel niveau si plusieurs facteurs se combinaient : poursuite des achats des banques centrales, faiblesse durable du dollar, inflation persistante, crise géopolitique prolongée, baisse des taux réels ou perte de confiance dans certaines monnaies fiduciaires. La question n’est donc pas seulement de savoir si l’or peut monter, mais dans quel environnement monétaire cette hausse pourrait se produire. Pour l’épargnant qui partage cette vision de long terme, acheter de l’or physique revient alors à détenir directement un actif tangible et mondialement reconnu plutôt qu’une simple position spéculative sur un produit financier.
Les banques centrales constituent l’un des piliers les plus puissants de la thèse haussière
Il s’agit probablement de l’un des arguments les plus solides, car il ne dépend pas uniquement des déclarations d’un analyste. Depuis plusieurs années, les banques centrales ont renforcé leurs achats d’or, poursuivant un mouvement de diversification des réserves particulièrement visible depuis les tensions géopolitiques de ces dernières années. Cette demande institutionnelle possède une caractéristique essentielle : elle s’inscrit généralement dans une perspective de long terme. Une banque centrale ne cherche pas à réaliser une plus-value en quelques semaines. Elle cherche à renforcer la solidité et la diversification de ses réserves. Lorsque des institutions souveraines augmentent durablement leur exposition au métal jaune, cela crée une base structurelle de demande qui peut contribuer à soutenir le marché. Pour l’épargnant, cette tendance ne constitue évidemment pas une garantie de hausse, mais elle renforce l’idée que l’or physique conserve une fonction monétaire et patrimoniale qui dépasse largement la simple demande de bijouterie.
Le facteur Fed : pourquoi des taux élevés ne condamnent pas forcément l’or
Autre élément déterminant : la politique de la Réserve fédérale américaine. La relation entre les taux d’intérêt et l’or est souvent présentée de manière beaucoup trop simpliste. En théorie, lorsque les taux augmentent, le coût d’opportunité de la détention d’or progresse également, puisque les investisseurs peuvent obtenir davantage de rendement avec des obligations ou des placements monétaires. Mais cette relation dépend surtout de l’inflation et des taux réels. Si les taux nominaux augmentent alors que l’inflation reste élevée, les investisseurs peuvent continuer à rechercher des actifs capables de préserver leur pouvoir d’achat. Une politique monétaire restrictive peut donc coexister avec une hausse de l’or lorsque les marchés redoutent une inflation durable ou une dégradation économique. Dans ce contexte, détenir de l’or physique peut être considéré comme une manière de réduire la dépendance exclusive à l’évolution des taux et des devises.
Un autre signal important : l’or peut résister même lorsque les rendements obligataires restent élevés
La relation classique entre taux d’intérêt et or existe bel et bien, mais elle n’est pas mécanique. Si les rendements obligataires progressent parce que les marchés anticipent une croissance saine et une inflation parfaitement maîtrisée, l’or peut effectivement subir des pressions. En revanche, si les rendements montent parce que les investisseurs exigent une prime de risque plus élevée face aux déficits publics, à l’inflation, aux tensions géopolitiques ou à l’incertitude budgétaire, le signal envoyé au marché est différent. L’or peut alors être recherché non seulement contre l’inflation, mais également contre le risque systémique. Cette distinction permet de comprendre pourquoi le métal jaune peut parfois progresser alors même que certains indicateurs traditionnellement considérés comme défavorables restent élevés. Dans une telle configuration, l’achat d’or physique peut prendre tout son sens dans une allocation diversifiée.
La réserve stratégique américaine est sous pression
L’un des passages les plus frappants du raisonnement présenté dans l’entretien concerne la réserve stratégique de pétrole américaine. Cette réserve constitue un amortisseur destiné à répondre à des perturbations majeures de l’approvisionnement. Son niveau est donc particulièrement important lorsqu’un choc géopolitique touche une région aussi stratégique que le Moyen-Orient. Plus la réserve est faible, plus la capacité des autorités à absorber rapidement une nouvelle perturbation diminue. Cela ne signifie évidemment pas que l’économie américaine va nécessairement s’effondrer, mais cela illustre une caractéristique essentielle du scénario développé par Rickards : les réserves constituent des amortisseurs temporaires, pas des solutions permanentes. Pour un investisseur cherchant lui aussi à constituer un amortisseur patrimonial, l’or physique peut jouer un rôle comparable sur un autre terrain, celui de la diversification financière et monétaire.
Le pétrole cher peut finalement devenir un problème beaucoup plus large
Si la crise énergétique se prolonge, son effet ne se limitera pas à l’essence. Le diesel est particulièrement important parce qu’il intervient dans le transport des marchandises, l’agriculture, la construction et une multitude de chaînes logistiques. Une hausse durable des coûts de transport peut donc se répercuter sur pratiquement tous les biens. L’agriculture est également exposée aux coûts de l’énergie et des engrais. C’est cette propagation progressive du choc initial que les marchés peuvent sous-estimer pendant plusieurs semaines avant d’en mesurer pleinement les conséquences. Le mécanisme est simple à comprendre : une entreprise qui paie davantage son énergie ou son transport doit soit accepter une diminution de ses marges, soit augmenter ses prix. Dans les deux cas, les conséquences économiques finissent par se diffuser. Dans ce cadre, acheter de l’or physique peut constituer une stratégie de protection patrimoniale contre un environnement où l’inflation devient plus difficile à maîtriser.
Mais attention : la guerre en Iran ne signifie pas automatiquement « or à 10 000 dollars »
Il serait toutefois dangereux de transformer cette analyse en certitude. L’or peut subir de violentes corrections, notamment lorsque le dollar se renforce, lorsque les rendements réels progressent ou lorsque les investisseurs vendent leurs positions pour obtenir des liquidités. Une désescalade rapide au Moyen-Orient pourrait également provoquer une baisse de la prime géopolitique intégrée dans le cours. De même, une amélioration durable de la croissance mondiale ou une normalisation rapide de l’inflation pourrait réduire l’attrait du métal jaune. Le scénario à 10 000 dollars doit donc être considéré comme une hypothèse haussière et non comme une promesse. Cette distinction est essentielle avant tout achat, y compris l’achat d’or physique, qui doit être adapté au patrimoine, à l’horizon d’investissement et à la capacité de chacun à supporter les fluctuations de prix.
Ce que les investisseurs doivent surtout retenir de la thèse de Jim Rickards
La véritable force du raisonnement n’est finalement peut-être pas le chiffre de 10 000 dollars. Ce chiffre attire l’attention, mais la question plus profonde est celle de la transformation progressive de l’environnement monétaire mondial. Géopolitique, diversification des réserves des banques centrales, incertitude énergétique, inflation, déficits publics, fragilité des chaînes d’approvisionnement et incertitude concernant les politiques monétaires peuvent se renforcer mutuellement. Lorsque plusieurs de ces facteurs apparaissent simultanément, l’or bénéficie d’une caractéristique unique : il n’est la dette de personne et ne dépend pas directement de la solvabilité d’un émetteur. C’est pourquoi une stratégie raisonnable ne consiste pas nécessairement à attendre un cours précis, mais à déterminer quelle place un actif tangible peut occuper dans une allocation patrimoniale. Dans cette logique, l’or physique peut être étudié comme une réserve de valeur de long terme plutôt que comme un simple instrument de spéculation.
10 000 dollars : scénario extrême ou prochaine étape du marché de l’or ?
La réponse dépendra finalement de l’évolution de plusieurs variables qu’aucun analyste ne peut contrôler : la durée du conflit iranien, l’avenir du détroit d’Ormuz, l’évolution du pétrole, la réaction de la Réserve fédérale, le comportement du dollar, la croissance mondiale et surtout la poursuite ou non des achats officiels d’or. À court terme, le marché reste donc parfaitement capable de surprendre dans les deux directions. À plus long terme, plusieurs tendances structurelles restent favorables au métal jaune, notamment l’importance persistante des achats des banques centrales et la recherche de diversification face aux risques géopolitiques. Le cours de l’or pourrait ainsi connaître encore plusieurs phases de correction avant de poursuivre éventuellement sa progression. La question la plus pertinente n’est donc peut-être pas « l’or atteindra-t-il exactement 10 000 dollars ? », mais plutôt « quelle protection patrimoniale suis-je prêt à mettre en place face à un monde devenu durablement plus incertain ? ». Dans cette réflexion, l’achat d’or physique mérite naturellement d’être étudié avec une approche progressive, diversifiée et de long terme.
Conclusion : le chiffre de 10 000 dollars n’est peut-être que le symptôme d’un changement plus profond
La prédiction d’un or à 10 000 dollars est spectaculaire, mais elle ne doit pas faire oublier le mécanisme qui se trouve derrière. Le véritable sujet est la multiplication des risques auxquels le système financier mondial est confronté simultanément. La crise iranienne perturbe les flux énergétiques, le détroit d’Ormuz reste un point de tension majeur, les réserves pétrolières stratégiques sont sous pression, l’inflation demeure un sujet de préoccupation et les banques centrales continuent de considérer l’or comme un actif stratégique. Aucun de ces éléments ne suffit à lui seul à propulser mécaniquement le métal jaune vers 10 000 dollars. Ensemble, ils constituent néanmoins un environnement qui justifie de prendre au sérieux les scénarios de hausse extrême. C’est précisément pour cette raison que l’or physique peut trouver sa place dans une stratégie patrimoniale réfléchie : non pas parce qu’il garantirait un enrichissement rapide, mais parce qu’il peut servir de contrepoids tangible dans un monde où les incertitudes économiques, monétaires et géopolitiques semblent désormais s’inscrire dans la durée.
Article à caractère informatif et pédagogique. Les projections de cours, y compris l’hypothèse d’un or à 10 000 dollars, ne constituent pas des garanties de performance ni des conseils personnalisés en investissement. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.



